L'armée des émigrés ou l'armée des princes est une armée contre-révolutionnaire constituée de personnes qui ont émigré depuis la France sous la Révolution française.

Entre 1789 et 1815, environ , les émigrés, quittent le territoire français, en raison des lois révolutionnaires, et ceci dès le lendemain du et de la prise de la Bastille. Les émigrés, monarchistes, craignent l'effondrement de la royauté. Beaucoup d'entre eux sont nobles, riches bourgeois ou bien prélats. Certains d'entre eux émigrent pour combattre la révolution de l’extérieur : c'est au milieu d'eux que se lève l'armée des émigrés.

L'armée des émigrés veut au début des guerres de la Révolution et de l'Empire marcher à l’avant-garde des armées ennemies de la révolution française, libérer la famille royale et rétablir la monarchie. Mais pendant cette campagne de 1792 les anciens adversaires de la France divisent ses effectifs, , en trois corps d'armées ne leur laissant à mener que des combats d’arrière-garde. Après la retraite et dans les années qui vont suivre, le but des princes va être de conserver une armée française à leur service et au combat contre les révolutionnaires, puis les troupes de Napoléon Bonaparte. Leur but est de pouvoir le jour de la victoire de leurs alliés s’asseoir à la table des négociations de paix, éviter un partage de la France rappelant celui de la Pologne et la mise en place d’une nouvelle dynastie – peut-être étrangère – sur le trône de France. Il faut donc une armée des émigrés non pour les affronter, mais pour rappeler son rôle dans les combats contre les armées révolutionnaires et rassurer les monarques étrangers sur les chances de la Restauration par les Bourbon d’une monarchie à Paris.

Pourtant, après la campagne de 1792, l'armée des princes se disperse tandis que celle de Condé continue de se battre, à la solde de l'Autriche, puis de l'Angleterre et de la Russie, jusqu'en 1801.. Les princes ne vont pas pouvoir appliquer leurs plans. Les émigrés combattant la république vont soit être tués lors des combats et ne pas être remplacés, soit du temps de l’Empire retourner en France et même parfois combattre dans les armées napoléoniennes. Et puis les régiments et les légions soldées par les monarchies alliées vont disparaître et leurs hommes, surtout les officiers acceptent de servir des monarques étrangers. Cette insertion des émigrés dans l’armée prussienne, par exemple, va être un instrument fondamental pour l’intégration de la monarchie prussienne et cette émigration française contre-révolutionnaire, comme celle des huguenots au siècle précédent, vont faire en partie la force du militarisme prussienAnnales Historiques de la Révolution française, , Thomas Höpel, L’attitude des rois de Prusse à l’égard des émigrés français durant la Révolution..

Liste d'officiers français engagés dans l'armée des émigrés

Liste non exhaustive, à compléter thumb|right|upright|Louis-Marie-François de La Forest Divonne, pair de France. thumb|right|upright|Louis Auguste Victor de Ghaisne de Bourmont.

Le recrutement thumb|Soldats émigrés à la bataille de Quiberon : 1) Régiment du Dresnay, puis de Léon.2) Régiment Loyal-Émigrant.3) Régiment Royal-Louis, puis d'Hervilly. 4) Royal Artillerie.5) Régiment Hector ou Marine Royale.

L’armée des émigrés est constituée à partir des émigrés qui cherchent refuge d'abord à Turin, en Italie, puis en Allemagne et en Autriche, plus tard en Angleterre et en Russie. Ils sont royalistes et fuient la révolution française. Mais tous les émigrés ne prennent pas les armes contre la république. Une partie d’entre eux cherchent juste à se soustraire à ses massacres et parfois à refaire leur vie à l’étranger en partant, par exemple, aux États-Unis. D’autre part, certains combattants contre-révolutionnaires ne combattent pas dans l’armée des émigrés, mais dans des unités composées de nationaux des monarchies alliées.

Une partie des opposants royalistes choisissent de ne pas quitter le sol français et de combattre dans les armées catholiques et royales ou participent à des insurrections royalistes ou fédéralistes ou bien encore à la chouannerie. Les contacts entre les contre-révolutionnaires de l’intérieur et de l’extérieur sont assez limités, sauf lors du débarquement des émigrés à Quiberon et lors du siège de Toulon (1793).

Les régiments et légions formés par des royalistes français opposés à la Révolution française sont très nombreux et ils ne combattent pas qu’aux frontières du Saint-Empire romain germanique. Mais il s’agit en réalité de faibles bandes formées : de nobles volontaires, issus de l’ancienne armée royale ou non, émigrés hors de France ; de troupes levées par ces nobles au moyen de subsides des monarchies européennes, ou sur leurs propres deniers ; d’unités de l’armée française retournées, comme le de hussards, ou le régiment de hussards de Bercheny de marins français sans activité du fait de la maîtrise anglaise des mers, de survivants du siège de Toulon (1793).

thumb|Soldats émigrés à la bataille de Quiberon : 1) Légion du Périgord.2) Légion de Béon.3) Légion de Damas. 4) Régiment de Rohan.5) Légion de Salm-Kiburg.

Il ne faut non plus oublier que les soldats émigrés sont en réalité souvent des prisonniers des armées républicaines qui se sont engagés pour la solde ou ne pas croupir dans les prisons de Southampton et retourner en France, ou parfois par convictionGreg Dening, Beach Crossings: Voyaging Across Times, Cultures, And Self, .. Mais les 400 soldats carmagnole, surnom des soldats républicains changeant de camp du Fort Penthièvre vont pour une partie d’entre eux déserter et renseigner HocheDuc de Castrie, Les Émigrés, ..

Les officiers nobles servant dans les armées républicaines modifient leur nom pour dissimuler leur origine. On cite notamment les généraux du Gommier, du Merbion, Desaix de Veygoux, de Pérignon, de Richepanse, de Canclaux, d'Aboville, de Nansouty, d’Hédouville, de Menou, de La Grange, de Latour-Maubourg, de Gouvion-Saint-Cyr, Leclerc de Landremont ou le marquis de Grouchy et tant d’autres, issus de familles noblesForneron, Henri (1834-1886), Histoire générale des émigrés pendant la Révolution française, Forneron, E. Plon, Nourrit (Paris), T.I, .. Le marquis de Grouchy, conduit d’ailleurs brusquement son régiment de Montmédy à Lunéville, pour empêcher que ses soldats soient emmenés par les recruteurs de l'armée des princesMémoires de Grouchy, publiées par son petit-fils citées par Forneron, Henri (1834-1886), Histoire générale des émigrés pendant la Révolution française, Forneron, E. Plon, Nourrit (Paris), t. I, .. Le général républicain Leclerc de Landremont déclare lors de son procès : « Nous étions neuf à l'armée du Rhin, de la même famille, non compris cinq qui servaient à l'armée du Nord et deux à l'armée de la Moselle ; pas un n'a émigré et ne porte les armes contre sa patrie. ».

Les émigrés, nobles ou roturiers, sont privés par la révolution de leurs droits civils et de leurs terres, qui sont vendues comme biens nationaux. Ils sont rendus hors-la-loi par des décrets prévoyant leur condamnation à mort s'ils rentrent en France et leurs familles sont souvent persécutées. Les princes sont en général partisans mais ne combattent pas pour déchu et prisonnier, car ils savent le sort qui lui est réservé. Si une minorité soutient le futur , qui va être régent à la mort de son frère, tous placent leurs espoirs dans le Dauphin, puis Roi Louis XVII. En 1802, Napoléon Bonaparte, Premier Consul, décrète une amnistie générale, dont seuls sont exclus quelques généraux de l’armée des émigrés.

Liste des armées thumb|Marche du Don Quichotte moderne pour la défense du Moulin des Abus.Caricature anonyme de 1791 montrant le prince de Condé en Don Quichotte accompagné du vicomte de Mirabeau (Mirabeau Tonneau) en Sancho Panza, entourés d'une armée de contre-révolutionnaires se portant à la défense du moulin des abus surmonté d'un buste de . thumb |La Grande Armée du cidevant Prince de Condé. À gauche, Louise-Adélaïde de Bourbon-Condé déballe une armée de soldats de carton et les passe à Louis-Antoine de Bourbon-Condé ; à droite, le chien du Père Duchesne les renverse.

Armée de Condé (1791-1801)

L'armée de Condé est une formation créée par Louis V Joseph de Bourbon-Condé, cousin du roi Louis XVI, pour lutter contre la révolution française. Se sentant menacé après la prise de la Bastille, il émigre aux Pays-Bas puis à Turin. Puis, en prévision de la guerre, il s'installe à Worms, sur les bords du Rhin, tandis que les frères du Roi établissent leur quartier général à Coblence. Dans cette petite ville, il crée l'armée qui va porter son nom. 27 officiers du régiment de Beauvoisis sont présentés au prince le .

Cette armée va participer aux guerres de la Révolution française de 1792 à 1801, aux côtés de l'armée autrichienne.

Comme l'armée des princes, elle compte dans ses rangs des aristocrates, comme son propre fils, Louis VI Henri de Bourbon-Condé, son petit-fils, Louis-Antoine de Bourbon-Condé (le « duc d'Enghien »), le duc de Richelieu, le duc de Blacas, le duc de Choiseul, le comte de Langeron, le comte de Damas, le comte de Montlosier, le Comte de Mauny, vicomte de Bonald et beaucoup de hobereaux comme François-René de Chateaubriand. Cette troupe compte presque autant d'officiers que de soldats. Des officiers élégants deviennent tout à coup soldats par dévouement pour la monarchie, c'est un corps où personne ne veut nettoyer son fusil, ni faire l'exercice, mais où chacun est prêt à se faire tuer et est d'une bravoure à toute épreuve, constate le chevalier d'HespelChevalier d'Hespel, cité par Cité par L'armée de Condé.

Philippe-Jacques de Bengy de Puyvallée (1743-1823), ancien député de la noblesse du bailliage de Bourges, remarque qu'en , « il n'y a ni ébauche d'un vaste plan habilement conçu, ni ensemble dans les détails, ni liaison dès les rapports, tout est couvert du voile de la nudité totale… Cependant on organise des légions, des compagnies et tous les jours j'entends dire que nous serons en France au mois de janvier au plus tard, à la tête de et lors que je dis que je ne vois pas un caporal, on me soutient que les troupes marchent la nuit, à petits pelotons »Philippe-Jacques de Bengy de Puyvallée, cité par ..

Chateaubriand note que l'armée des émigrés est « un assemblage confus d'homme fait de vieillards, d'enfants descendus de leurs pigeonniers, jargonnant normand, breton, picard, auvergnat, gascon, provençal, languedocien »Chateaubriand cité par .. Le corps de Condé fait meilleure figure en dépit des marches et contre-marches qui n'ont guère permis de parfaire son instruction militaire.

D'autres ne se posent pas de question de ce genre, le duc d'Enghien, comme son grand-père, « rêve de ramener les émigrés vers une patrie qu'ils avaient plus le droit d'habiter que ces hommes qui chaque jour la font rétrograder jusqu'à la barbarieLe duc d'Enghien, cité par . ».

L'armée de Condé combat au début aux côtés des Autrichiens. Les promis à Puyvallée ne sont finalement que . Soucieux de contrôler étroitement les mouvements des émigrés, les Autrichiens et les Prussiens les tiennent à l'arrière des opérations militaires en 1792.

Après cette quasi inaction forcée de 1792, l'armée de Condé échappe à la dissolution générale des forces françaises émigrées. Stationnés dans le Pays de Bade, à Villingen, les Condéens restent tout l'hiver dans l'expectative quant à leur sort. En attendant, l'instruction se poursuit. Le , un service funèbre est célébré dans l'église de la ville à la mémoire du roi Louis XVI, exécuté (selon eux, assassiné) quatre jours plus tôt.