Un trope (ou tropaire) désigne différents types d'interventions musicales dans les rites de diverses religions ou cultes.
Terme Le mot vient du (tropos).. Le terme s'employait dans les domaines littéraire, rhétorique et philosophique.
Pour la liturgie catholique, le mot latin tropus possède le sens « tour, manière », plus précisément « tourner sur soi-même ». Donc, le terme indique transformation ou changement de la musique.
Au regard du mot grec dans le domaine musical, il s'agissait essentiellement de « manière, façon de combiner les sons » en tant que synonyme de modus. Cet emploi se trouve également dans l'œuvre de Boèce au .
Ensuite, le sens « chant, mélodie » était familier pour Cassiodore, Venance Fortunat.
Enfin, à la suite de la parution de plusieurs genres musicaux au Moyen Âge, le mot tropare obtint le sens « inventer des poèmes et mélodies » en créant tardivement les termes trouvère et troubadour en France. Le mot trope adaptait à ce mouvement culturel et dynamique, et selon certains spécialistes, il s'agissait d'une réflexion de la Renaissance carolingienne.
Religion israélite Un trope est un élément important de la cantillation hébraïque, le mot est ici une translittération du yiddish טראָפּ trop.
Cantillation hébraïque
La cantillation des versets bibliques utilise des motifs musicaux traditionnels stéréotypés nommés tropes. Ces tropes sont le signe sonore d'une ordonnance grammaticale qui règle la longueur des pauses entre les mots psalmodiés. Les tropes varient selon les rites (ashkénaze, sépharade), selon les pays, et selon les communautés juives. Des accents graphiques notés en marge du texte massorétique de la Bible hébraïque font référence aux tropes cantillés et aux ordonnances grammaticales (te'amim) qu'ils signalent à l'auditeur de la lecture de la Torah.
Rite chrétien romain thumb|right|Ad te levavi animam meam.Notation du trope d'encadrement Sanctissimus namque Gregorius. Nouveau genre Le trope dans la liturgie catholique était l'un des nouveaux genres musicaux.
Auparavant, le chant grégorien était strictement composé d'après le rite romain, issu du Saint-Siège. En conséquence, son répertoire était quasiment identique à celui du chant vieux-romain, dans l'optique de le remplacer.
À partir du , de nouveaux chants, normalement à la base de texte non biblique mais souvent poétique, furent ajoutés dans les livres de chant, d'une part, afin d'enrichir le répertoire, d'autre part, en faveur de la liturgie locale. Cette tendance avait été amplifiée en profitant d'anciennes mélodies, une fois que la plupart d'anciens chants monodiques européens furent remplacés par le chant grégorien.
Il s'agissait du trope, de la séquence et de la prose. Leur dénomination était cependant ambiguë et compliquée, selon l'époque et la région. Même de nos jours, les spécialistes connaissent une difficulté considérable pour établir leur classification concrèteEugène Cardine, Vue d'ensemble sur le chant grégorien, p. 17, Abbaye Saint-Pierre, Solesmes 2002. Walter Howard Frere établit certes, à la fin du , sa classification en détail. Mais, de nombreux manuscrits ne respectent pas cette classification . Ainsi, sous le règne de Louis XIV, on employait la prose des morts pour la séquence Dies iræ, la prose du Saint Sacrament en faveur de la séquence Lauda Sion, tels les compositeurs Jean-Baptiste Lully ou Marc-Antoine Charpentier.
Historique
L'origine du trope dans la liturgie en Occident demeure identique à celle de la séquence, établie par Notker le Bègue à l'abbaye de Saint-Gall. Il s'agissait dès l'origine d'un chant non officiel. Dans la préface du Liber Hymnorum (vers 884), Notker lui-même précisait. : chant pédagogique pour mémoriser le jubilus, et non liturgique. Donc, il suffisait d'obtenir l'approbation de ses supérieurs. Néanmoins, cette invention ouvrit une porte en faveur de la composition des chants supplémentaires, notamment du chant syllabique. 5 séquences de Notker :
En dépit des chants non officiels, ce genre se développa, surtout auprès de deux monastères. Il s'agissait, bien entendu, de l'abbaye de Saint-Gall. D'autre part, l'abbaye Saint-Martial de Limoges devint un autre centre, en Aquitaine.
La composition des tropes était si florissante jusqu'au . Puis, la création devint moins fréquente, à l'exception du trope de substitution du Benedicamus Domino.
À la suite du concile de Trente, la légitimité du trope devint à nouveau discutable. Celui-ci fut par conséquent formellement supprimé lors de la réforme du pape saint Pie V au Plus précisément, c'était à partir du concile de Cologne tenu en 1536 que l'Église commença à examiner les livres liturgiques, afin de lutter contre le protestantisme. Son article 11 condamnait les séquences ajoutées dans le missel sans jugement. Le concile ordonna de réformer les missels et les bréviaires. (https://books.google.fr/books?id=Ar4MAAAAIAAJ&pg=RA1-PA601). Dès lors, le trope ne subsiste plus que sous la forme de quelques proses ainsi que séquences. Mais ses traces restent dans les pièces du Kyrie (lux et origo, cunctipotens, orbis factor…), qui sont, à l'origine, les premiers mots du trope correspondant.
Plusieurs types de trope En considérant l'importante diversité, le musicologue Jacques Chailley proposait sa propre classification : trope de développement (séquence) : il s'agirait de l'origine du trope ; comme la composition du chant grégorien était si profondément liée au texte latin, notamment à son accentuation, il était tellement difficile que les chantres carolingiens mémorisent la mélodie du jubilus sans support de texte ; inspiré d'un antiphonaire de Jumièges, Notker le Bègue auprès de l'abbaye de Saint-Gall inventa sa séquence primitive, de sorte que les jeunes moines de son abbaye puissent mémoriser plus facilement ce jubilus, sans modifier la mélodie, mais en attribuant de nouveaux textes à cette mélodie sans paroles ; d'où, on l'appelle séquence de Notker ; le trope de développement n'est donc autre que le type de cette séquence de Notker, liée au jubilus ;par exemple, l'alléluia Hac clala die turma dans un manuscrit de Saint-Martial de Limoges. thumb|centre|upright=1.8|Notation contemporaine de Laudes Deo, première œuvre de Notker dont la mélodie préexistante et texte composé. Chant syllabique pour mémoriser le mélisme, à savoir, le texte composé fonctionnait comme do - ré - mi de nos jours. trope d'adaptation :le trope d'adaptation adoptait de même un chant mélismatique préexistant, en lui donnant un nouveau texte syllabique ; donc, il n'y avait aucune modification mélodique tout comme le trope de développement ;par exemple, mélisme final de l'offertoire de l'Avent Respice in me dans le même manuscrit. trope d'interpolation :dans le trope d'interpolation, on trouve au contraire un nouveau texte et une nouvelle mélodie, insérés dans le chant existant ;ainsi, Pierre de Corbeil composa, pour son Office de fous, quelques versets afin de renforcer le Credo : Credo in unum Deum [Unum Deum in Trinitate] Patrem omnipotentem [Qui poli summa] ... . D'ailleurs, cette alternation entre les textes formels et des versets supplémentaires se trouve dans un manuscrit du chant vieux-romain, chant papal (dit Graduel de Sainte-Cécile du Transtevere, copié à Rome en 1071) : Gloria in excelsis Deo . Mais, il n'est pas certain que cette façon fût autorisée en dehors du Vatican. trope d'encadrement :au lieu de l'alternance, le trope d'encadrement renforce le chant-mère, avant ou après ; donc, il s'agissait d'une pièce indépendante et ajoutée ;ainsi, on peut considérer que lAve verum corpus était vraisemblablement, à l'origine, un trope pour le Sanctus VIII.. ; le trope de la notation au-dessus introduit l'introït Ad te levavi avec son texte poétique consacré à une légende de saint Grégoire. trope de complément :à la différence des tropes précédents, le trope de complément ne possédait aucune liaison obligatoire avec les pièces existantes ; trope de substitution :celui-ci remplaçait entièrement l'œuvre initiale ;par exemple, il existait de nombreux tropes versifiés du Benedicamus Domino, tel l'''O filii et filiae.
Tropes consacrés à saint Grégoire Historiquement, certains tropes d'encadrement tel le Gregorius præsul étaient liés à saint Grégoire I, rendant hommage au créateur légendaire du chant grégorien.
Toujours supprimé depuis le , l'Édition Vaticane n'employait pas de trope. Mais avant la notation de l'introït Ad te levavi, première pièce du graduel, l'édition adoptait le frontispice de ce trope Gregorius præsul, à la mémoire de ce saint pape. Il s'agissait initialement d'une idée de l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes en faveur du Liber gradualis (1883), car, à cette époque-là, le chant grégorien était encore attribué à saint Grégoire.
Exécutants On considère que, lors de leur apparition, les exécutants du trope, de la séquence et de la prose étaient des solistes virtuoses tandis que la schola exécutait les chants de base. Plus tardivement, au , un document précisait qu'à Bayeux, les tropes du propre étaient certainement confiés à quatre chantres lors de la messe du jour de Noël. Toutefois, en faveur de celle de la nuit de Noël, il s'agissait d'un chœur entier, pour un Kyrie Cunctipotens et un Gloria Quem cives celestes. À l'abbaye Notre-Dame du Bec, les tropes du Kyrie étaient chantés par les clercs alors que ceux du Gloria étaient attribués aux chanoines, ou en cas d'absence, aux vicaires. En bref, leur distribution était variable et flexibleEugène de Montalembert et Claude Abromont, Guides de genres de la musique occidentale, 2010, p. 587 Trope (https://books.google.fr/books?id=JoEpuVk_H9QC&pg=PT587).
Tropaires
Un tropaire est un recueil de tropes liturgiques notés. Mais les tropaires médiévaux peuvent contenir d'autres pièces musicales comme des proses, et d'autres pièces du missel ou de l'antiphonaire. Le tropaire de Winchester (Winchester troper) est la compilation de cent soixante-quinze pièces extraites de tropaires anglais et étrangers, d'abord copiées en un volume à la fin du . Il se compose de deux volumes, après être révisé et augmenté de 150 organa polyphoniques au . Il transmet ainsi, dans sa seconde partie seulement, un témoignage de la polyphonieCf. La Musique au Moyen-Âge, par Richard H. Hoppin, Liège, Mardaga, 1991, 639 p., p. 233 sqq. ( éd. : W. W. Norton & Company, 1978). Walter Howard Frere : The Winchester troper from Mss. of the Xth and XIth centuries with other documents illustrating the history of tropes in England and France, Harrison and sons, Londres 1894 Les deux tropaires d'Apt, Bibliothèque municipale (actuellement Médiathèque La Halle aux Grains), manuscrits 17 et 18, Gunilla Björkvall, Les deux tropaires d'Apt, mss. 17 et 18 : inventaire analytique des mss. et édition des textes uniques, dans la série Corpus troporum tome V ainsi que Acta universitatis Stockholmiensis Studia Latina Stockholmiensia ISSN 0491-2764 n° 32, Almqvist & Wiksell, Stockholm 1986 442 p. (http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb428548219).. Le tropaire-prosaire à l'usage d'Auch, entre 990 et 1010, en notation aquitaine ; Abbaye Saint-Martial de Limoges (avant 1029) puis Bibliothèque royale (1730, actuellement Bibliothèque nationale de France), latin 1118 :
Le tropaire dans le rite byzantin