Marie l'Égyptienne est une sainte chrétienne, qui aurait vécu en ermite au , ou au selon Jacques de Voragine, en Palestine. Elle fait partie de ces anachorètes absolus que l'on nomme brouteurs. Elle est fêtée dans l'Église orthodoxe et dans l'Église catholique. Elle est célébrée le .
vignette|240x240px|Sainte Marie l'Égyptienne, José de Ribera, huile sur toile, 1641, Montpellier, Musée Fabre.
Origine de la légende
Si l'on se réfère au Dictionnaire Encyclopédique du Christianisme ancienDictionnaire encyclopédique du christianisme ancien, Angelo du Bernardino et François Vial, Paris, Cerf, 1990., l'histoire de Marie l'Égyptienne se serait transmise oralement parmi les moines de Palestine aux environs du . Il s'agissait de la vie d'une femme, appelée Marie, qui vécut de nombreuses années en Palestine, au désert, pour y expier les péchés de sa vie passée. Des anachorètes la trouvèrent un jour, morte, et l'ensevelirent.
Il y eut plusieurs rédactions ultérieures de ce récit. L'une fait partie de la Vie de Cyriaque l'Anachorète. L'autre est insérée dans le Pré spirituel de Jean Moschus.
Sophrone de Jérusalem en fit aussi un récitLire sur : https://www.pagesorthodoxes.net/saints/marie-egyptienne.htm., dans lequel la sainte devient Égyptienne. Ce texte eut beaucoup de succès. Il y eut de nombreuses traductions et adaptations dans diverses langues : en latin, celles de Paul Diacre et d'Anastase le Bibliothécaire ; un poème de Flodoard ; une traduction en français de Rutebeuf ; un chapitre de La Légende dorée de Jacques de Voragine.
À partir de là, le culte ayant suivi la légende, de nombreuses églises furent dédiées à cette sainte.
Certains auteurs se sont demandé si Marie-Madeleine et Marie l'Égyptienne n'étaient pas une seule et même personne, et si La vie érémitique de Marie Madeleine (récit du ) n'était pas directement inspirée de celle de la pénitente du désertÉlisabeth Pinto-Mathieu, Marie Madeleine dans la littérature du Moyen-Âge, Beauchesne, Paris, 1997, 90 et suiv., eu égard aux nombreux points communs que l'on retrouve dans leur hagiographie ; mais d'autres détails comme les trois pains et le visage émacié sont propres à Marie l'Égyptienne souvent représentée comme une vieille femme (tableaux de Ribera).
Hagiographie Conversion thumb|Marie l'Égyptienne par Luis Salvador Carmona.|alt=
Marie, née en Égypte dans les premiers siècles de la chrétienté, vécut à Alexandrie où elle arriva alors qu'elle avait douze ans. Elle se prostitue pendant dix-sept ans.
Un jour, alors qu'elle allait avoir vingt-neuf ans, elle rencontra des pèlerins qui partaient pour Jérusalem sur un bateau. Elle décida de les suivre en payant son passage de ses charmes. Ils arrivèrent tous devant la basilique de la Résurrection, le jour de l'Exaltation de la Sainte CroixActuellement fêtée le 14 septembre.. Tous y entrèrent pour faire leurs dévotions. Mais Marie ne put en franchir le seuil, une force la repoussait chaque fois qu'elle voulait passer. Désespérée, elle se tourna vers l'icône de la Vierge Marie et la supplia d'intercéder en sa faveur.
Elle put ainsi enfin entrer dans la basilique, tandis qu'une voix lui disait : . Elle communia saintement et partit au-delà du Jourdain, dans le désert. Elle vécut là 47 ans, sans rencontrer âme qui vive, n'ayant pour seule ressource que quelques pains rapportés de Jérusalem, aux prises à de pénibles et intenses tentations.
L'intervention de saint Zosime Un jour, vint à passer l'anachorète Zosime de PalestineDétails dans La Légende dorée, 298, édition La Pléiade, 2004. qui, après avoir entendu son récit, lui donna la Communion. Marie lui demanda de revenir l'année suivante, au même endroit, afin de lui apporter de nouveau ce sacrement. Zosime revint et découvrit la sainte couchée sur le sol, morte, la tête tournée vers Jérusalem. Près d'elle se trouvait un message lui demandant de l'ensevelir à la place où elle était. Mais le sol du désert était trop sec et trop dur, et Zosime ne put creuser la tombe. Un lion s'approcha, le saint lui demanda de l'aide. Le lion creusa la fosse avec ses pattes, et Zosime put enterrer Marie. Ensuite le lion s'éloigna, et Zosime rentra dans son cloître où il vécut encore de nombreuses années.
Vénération
Elle est fêtée le dans l'Église orthodoxe et dans le Martyrologe romain., ainsi que le cinquième dimanche du Grand Carême. Elle est fêtée le dans les martyrologes occidentaux.
Représentations
Elles sont nombreuses : on la représente le visage émacié, habillée de haillons, ou nue recouverte d'une longue et épaisse chevelure, elle a tantôt la peau noire, tantôt la peau claire. Elle est parfois accompagnée d'anges ou de démons.
De nombreuses statues la représentent, ainsi que des icônes et des tableaux : dessin à la plume de Baccio Bandinelli - Marie l'Égyptienne (début ), Musée des Beaux-Arts de Rennes ; tableau d'Antonio del Pollaiolo - La Communion de Marie l'Égyptienne (1460-1470), église de Poggibonsi ; statue polychrome du de l'église Saint-Germain-l'Auxerrois de Paris.
L'Église Saint-Merri à Paris est décorée de trois scènes de la vie de Sainte Marie l'Égyptienne, réalisée par Théodore Chassérieau en 1842..
Prières orthodoxes à Marie l'Égyptienne TropaireDans le rite byzantin, ce nom désigne tout chant liturgique poétique, de structure simple, à cadence rythmée ; plus particulièrement strophe poétique (...) qui est répétée entre chaque verset d'une série de versets psalmiques.
KondakionUn Kodakion (du grec Kontos = court, abrégé), dans le rite byzantin, tropaire qui contient en abrégé le thème de la fête du jour. Le mot peut aussi s'employer pour désigner un genre d'homélie en vers.
Dans la culture populaire
François Villon, dans sa Ballade pour prier Notre Dame (1431), la mentionne..
Dans le Faust de Goethe, Marie l’Égyptienne est l'un des trois saints qui demandent à la Vierge le pardon de Faust. Les paroles ont été reprises par Mahler dans le finale de sa Symphonie.
Dans la pièce de Ben Jonson Volpone (1606) un des personnages utilise l'expression "Marry Gip". Des commentateurs ont avancé qu'il fallait comprendre "Mary of Egypt."
Marie l’Égyptienne a inspiré le livret de l'opéra Maria Egiziaca d'Ottorino Respighi de 1932 et celui de Sir John Tavener Mary of Egypt, (écrit en 1992 pour le Festival d'Aldeburgh).
Le Chef-d'œuvre inconnu (1831), une nouvelle de Balzac, contient une longue description d'un portrait de Marie l’Égyptienne « se disposant à payer le passage du bateau ».
Jacques Lacarrière publie en 1983 le roman "Marie d'Égypte", fondé sur une connaissance profonde de l'Antiquité grecque.
Le roman de science fiction de Nalo Hopkinson, The Salt Roads, représente également Marie l’Égyptienne et utilise une fiction historique pour raconter son histoire.
Dans le livre de poésie de John Berryman, vainqueur de Prix Pulitzer , , le poème 47, sous-titré « April Fool's Day, or, St. Mary of Egypt », raconte la traversée du Jourdain par Marie l’Égyptienne.
Notes et références
Source Rosa Giorgi, Le Petit Livre des saints, Larousse, 2006, 202 .
Annexes Bibliographie La vie de sainte Marie l'Égyptienne - Rutebeuf - Traduction de M. Glomeau - 1925 Voir aussi : Écrits de Sophrone de Jérusalem La Légende dorée de Jacques de Voragine
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Liens externes
Sainte Marie l'Égyptienne dans la Liturgie Orthodoxe de rite byzantin et les Vierges Noires: Triode, tropaires & kondakion, iconographie, bibliographie Vie de sainte Marie l'Égyptienne, par saint Sophrone, Patriarche de Jérusalem
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