(en arménien ; né vers 820, mort en 890), Achot Medz ou Ašot Meç (, « Achot le Grand ») est un roi d'Arménie, membre de la famille arménienne des Bagratouni.
Neveu du prince d’Arménie et fils du sparapet (« généralissime ») , il succède à son père dans cette fonction sous le nom d’ après la reprise en main de l’Arménie par le Calife al-Mutawakkil et l’exil des princes arméniens dans les . Combinant sa propre intelligence à l’affaiblissement des dynastes arméniens et à la division des émirs arabes, et équilibrant le pouvoir déclinant des Abbassides par la puissance renaissante de l’Empire byzantin, il devient prince des princes d’Arménie en 862, puis roi d’Arménie vers 885. Ce faisant, il contribue au rétablissement de la royauté arménienne, quatre siècles après son abolition par les Sassanides.
Ce souverain, véritable chef de famille des Bagratides arméniens et ibères, conclut diverses alliances matrimoniales et s’allie ainsi le Vaspourakan et la Siounie. En parallèle, il réduit le pouvoir des émirs arabes d’Arménie. Sous son règne, le pays connaît la croissance économique, une renaissance artistique et l’affirmation de son orthodoxie religieuse.
Son fils lui succède à sa mort en 890.
Contexte Depuis la fin du , l’Arménie est une province sous domination arabe, dirigée par un ostikan (« gouverneur ») arabe représentant le Calife omeyyade puis abbasside., et est un champ de bataille entre celui-ci et l’Empire byzantin jusqu’au début du .. Afin de renforcer leur autorité, ces ostikans implantent dans les diverses contrées arméniennes des émirs.. Les territoires des Bagratouni, situés au nord-ouest du pays et adossés à l’Empire byzantin et à l’Ibérie, sont toutefois relativement préservés du fait de cette situation périphérique, ce qui permet l’essor de cette famille au début du , et notamment sous le règne d’, ichkhan (« prince ») d’Arménie en 804.. La reprise en main de l’Arménie par le général turc Bougha au nom du Calife al-Mutawakkil dans les années 850 affecte cependant de nombreux nakharark dont les Bagratouni..
Biographie Jeunesse Achot naît vers 820 et est le premier enfant issu de l’union de , fils cadet d’ et sparapet (« généralissime ») d’Arménie, et d’une certaine Hripsime.. Les années de sa jeunesse sont marquées par des révoltes arméniennes et suivies par la reprise en main du pays ; malgré sa loyauté envers le Calife et une certaine collaboration avec les armées califales, qu’Achot est chargé d’informer., Smbat est envoyé en exil à Samarra avec de nombreux autres nakharark. (dont notamment son frère, l’ichkhan , et les deux fils de ce dernier.) et y meurt en captivité..
Achot est toutefois maintenu à la tête des domaines largement préservés de son père., situés autour de la ville de Bagaran (cantons de Shirak et d'Arsharounik de la province d’Ayrarat.). Son titre de sparapet, précédemment porté par son père, est en outre confirmé par le Calife en 856.. Dans les années qui suivent, Achot profite de circonstances intérieures et extérieures pour s’imposer au premier plan de la noblesse arménienne.
Prince des princes L’année 860 voit la reprise des guerres arabo-byzantines. Conscient du danger que pourrait représenter Achot, dont les territoires sont situés à la frontière byzantine, le calife Al-Musta`in se décide alors à se l’attacher et lui confère en 862 le titre d’ichkhanats ichkhan (« prince des princes », Batrik al-batarika selon les sources arabes.).Soit quelques mois après le concile de Shirakavan ( infra), dont la réussite semble avoir convaincu le Calife de l’autorité d'Achot. .. Le Calife, dont le pouvoir est alors en déclin, y voit en outre un moyen de faire contrepoids aux émirs locaux.. Avec ce titre, Achot reçoit les pouvoirs d’un ostikan sur les nakharark (qui ne tardent pas à le considérer de facto comme roi, ce dont témoignent les inscriptions remontant au milieu des années 870.) et sur les émirs d’Arménie. L’ostikan arabe est toutefois maintenu, et le titre ne confère à Achot qu’une prééminence administrative et honorifique.. Jouant l’équilibre entre Bagdad et Byzance, le Bagratide parvient en outre à faire reconnaître ce titre par cette dernière, via l’équivalent (Archôn tôn archontôn).
Achot profite par ailleurs du vide créé au sein de la noblesse arménienne dans les années 850 : il procède ainsi à l’annexion du Bagrévand, dernière possession des Mamikonian, à la mort de Grigor Mamikonian en 862, avec confirmation du Calife.. La même année, Achot intervient dans les affaires du Vaspourakan et de ses princes, les Arçrouni : il tente avec succès une médiation entre le jeune prince Grigor-Dérénik Arçrouni et son cousin Gourgen, qui l’a capturé ; soucieux de la montée en puissance vasprakanienne, Achot se retourne peu après contre Grigor-Dérénik, le fait prisonnier et réduit son domaine aux cantons environnant Van.. Cette action réveille la fibre familiale de Gourgen, qui force Achot à relâcher Grigor-Dérénik ; la réconciliation est assurée par l’union de ce dernier avec Sophie, fille d’Achot.. Enfin, Achot s’attache une autre importante maison arménienne, les Siouni, par un autre mariage, celui de sa seconde fille, Mariam, avec Gabour, prince de Siounie occidentale., tout en maintenant d'excellentes relations avec la branche orientale de la famille Hovhannès Draskhanakerttsi, Histoire d’Arménie, XVII, cité par .. Ces deux mariages lui assurent ainsi l’appui de ses gendres, qui semble ne lui avoir que rarement fait défaut« Lié par mariage avec Achot, Grigor-Dérénik désirait sa protection paternelle, ses bons conseils, son amitié. Il reconnaissait sa grande expérience et témoignait toujours de la déférence à son égard. Dans le commencement tout au moins, il agit prudemment en lui montrant une entière soumission. Il mit à ses pieds tous les ennemis qu’il attaqua, il entretint constamment avec lui une bonne harmonie, il resta tranquille dans sa demeure, dans la propriété qu’il tenait de ses pères. » Hovhannès Draskhanakerttsi, , cité par . Stépanos Orbélian, Histoire de Siounie, , 37, cité par ..
Fort de ces soutiens, Achot peut alors se retourner contre les émirs, et en particulier contre l’émir kaysite de Manazkert, qu’il neutralise en 863. avec l’aide de son frère Abas, devenu sparapet. En 877, il apporte son aide à l’ostikan afin de mater la rébellion de l’émir de Barda ; la résistance de ce dernier provoque cependant le remplacement de l’ostikan.. Son successeur se réconcilie alors en secret avec l’émir et complote avec lui contre Achot, qui l’apprend et déjoue le complot : il envoie son frère Abas désarmer l’ostikan à Dvin et le raccompagner à la frontière, avec égard afin de prévenir d’éventuelles représailles califales.. Les alliés de l’ostikan éloigné connaissent un sort différent : Achot défait les émirs de Barda et de Manazkert, et assiège cette cité vers 884 ; le siège est cependant levé en raison de l’affaire de la succession du Taron, dans laquelle l’entraîne son gendre Grigor-Dérénik Arçrouni.. Ce dernier est en effet entré en conflit avec un autre Achot, prince bagratouni du Taron, qu’il cherche à remplacer par le frère de ce dernier, Davith Bagratouni, qui a l’avantage d’être le beau-frère du prince Arçrouni ; il y parvient en 878, mais Achot réussit à s’échapper grâce à la complicité de son geôlier, un certain Hasan, neveu de Grigor-Dérénik qu’il finit par ailleurs par capturer. avant de le libérer à la suite de l’intervention du prince des princes.
Toujours sur le plan intérieur, Achot obtient en outre dans les mêmes années (peut-être même dès les années 860.) la soumission des clans du Gougark et de l’Outik..
L’action d’Achot ne se limite toutefois pas à l’Arménie et s’étend à l’Ibérie voisine, où une branche cadette des Bagratouni s’est implantée à la fin du : il s’allie ainsi vers 875 à son beau-frère. contre son frère (qui est également le beau-frère d’Achot), qu’ils défont. Achot y gagne le canton frontalier d’Ashotz (province de Gougark) ainsi que celui de Gardman (province d’Outik) et place Bagrat dans sa sphère d’influence.. De même, il apporte en 881 son appui au fils et successeur de Bagrat, , puis à son petit-fils , contre le fils de Gouaram, Narsès.
Roi d'Arménie thumb|upright=2|L’Arménie bagratide vers l’an mil. Si les divisions intérieures ont évolué depuis la fin du règne d’Achot, l’étendue du pays n'a que peu varié. Les territoires contrôlés par Achot couvrent les futurs royaumes bagratides d’Ani, de Kars et de Lorri.
Les historiens arméniens Hovhannès Draskhanakerttsi, Samvel Anetsi et Stépanos Orbélian écrivent qu’en raison de ces réalisations, les princes et nakharark arméniens, au premier rang desquels se retrouvent Grigor-Dérénik du Vaspourakan, Vasak-Ichkhanik de Siounie orientale et de Siounie occidentale., ont demandé au Calife al-Mutamid d’élever Achot à la dignité de roi., lequel accède à leur demande vers 885Le selon Hovhannès Draskhanakerttsi (confirmé par ), en 884/885 selon Stépanos Orbélian, en 885/886 selon Samvel Anetsi ; , et ., probablement afin de flatter les Arméniens qu’il n’a pas réussi à mater ; il fait en outre apporter par l’ostikan une couronne à Achot, qui est sacré roi en sa capitale de Bagaran par le Catholicos .. Le titre est par ailleurs immédiatement reconnu par l’empereur byzantin , qui qualifie Achot de et qui, selon les historiens Vardan Areveltsi et Kirakos Gandzaketsi, lui aurait également envoyé une couronne ; cet envoi, non relaté par Hovhannès Draskhanakerttsi et absent des sources byzantines, ne serait cependant qu’une fabrication littéraire..
Ce rétablissement de la monarchie arménienne, plus de quatre siècles après la déposition de la monarchie arsacide par les Sassanides de Perse, signifie ; définitivement débarrassé de l’ostikan arabe mais soumis à la supervision des émirs d’Azerbaïdjan, Achot reste néanmoins vassal du Calife., auquel il verse un tribut, tout en se déclarant également vassal de Byzance. En tant que représentant effectif du Calife, son autorité s’étend à tous les princes arméniens (même s’il n’est selon toute vraisemblance qu'un primus inter pares.) ainsi qu’à Dvin et aux émirats de Manazkert et de Karin (voire, selon Constantin Porphyrogénète, à ceux de Her et de Salmast)., même si ces derniers ont du mal à l’accepter. L’émir de Manazkert est ainsi défait et contraint de se soumettre à l’autorité royale en 885..
L’influence du nouveau roi continue de s’exercer tant en Arménie qu’en Ibérie. En 887, à la mort de son beau-fils Grigor-Dérénik Arçrouni, il règle la succession du Vaspourakan en plaçant son petit-fils Achot-Sargis sous la régence d’un autre Arçrouni, Gagik Aboumerwan.. En 887/888, il soutient avec succès son neveu contre . Également en 888, il envoie son frère le sparapet Abas mater l’insurrection du prince Sahak-Mleh de Vanand (région de Kars) ; la région est alors incorporée à ses territoires, la citadelle de Kars revenant à Abas. Achot doit cependant faire face au même moment à une rébellion en Gougark et y envoie son fils aîné et héritier Smbat ; victorieux, ce dernier s’y trouve toujours lorsque survient la mort du roi : victime d’une chute, le roi, cette , s’éteint en 890 (voire 891.) dans les bras de son ami le Catholicos et est enterré à Bagaran, .. est son exécuteur testamentaire..
L’historien contemporain Hovhannès Draskhanakerttsi a ultérieurement brossé le portrait suivant du souverain :
Famille
Descendance Achot a eu sept enfants de son union avec une certaine Katranide. ou Kotramide (née en 825.) : (né vers 850, mort en 912), roi d’Arménie ; Isaac ou Sahak ; Schapouh, sparapet (mort en 912) ; David (mort en 902) ; Sophie, mariée en 863 à Grigor-Dérénik Arçrouni, prince de Vaspourakan ; Mariam (morte en 914), mariée à Gabour, prince de Gelarkounik ; une fille au prénom inconnu, épouse de Vahan, prince Arçrouni.
Ses descendants en ligne directe se maintiennent à la tête du royaume jusqu’en 1045, année de son annexion à l’Empire byzantin..
Parentèle simplifiée