L est une opération militaire organisée par la France et autorisée par la résolution 929 du du Conseil de sécurité de l'ONU pendant le génocide des Tutsi au Rwanda. Elle a pour mission de

L' est une importante intervention militaire française avec le déploiement de plus de . Défendue par les uns comme une intervention humanitaire, elle a été vivement critiquée et a fait l'objet de polémiques concernant le rôle de la France dans son soutien au gouvernement intérimaire rwandais.

Objectif et ordre de mission L'objectif de cette opération est précisé, dans l'ordre d'opération lui-même, par les consignes suivantes du commandement relatives aux règles de comportement sur le théâtre d'opération (paragraphe QUINTO/Alpha) :

Elle est dirigée par le général français Jean-Claude Lafourcade. La résolution précise que le Conseil de sécurité :

Opération de l'ONU comme la MINUAR, le statut de l' lui donne plus de moyens militaires puisqu'il se réfère au chapitre VII de la Charte de l'ONU (Action en cas de menace contre la paix, de rupture de la paix et d'acte d'agression), contrairement à la MINUAR qui relève du chapitre VI (Règlement pacifique des différends).

La genèse Les Nations unies disposaient déjà à Kigali d'une force de maintien de la paix, la Mission des Nations unies pour l'assistance au Rwanda (MINUAR), chargée d'observer que les accords d'Arusha étaient en cours de réalisation. Après le début du génocide () et la mort de plusieurs soldats belges enlevés, la Belgique retire sa contribution à la MINUAR, sous le commandement du Canadien Roméo Dallaire. Il est interdit à Dallaire d’impliquer la force dans la protection de civils.

Immédiatement après le début du génocide, le Front patriotique rwandais (FPR) lance une nouvelle offensive visant à renverser le gouvernement génocidaire et gagne progressivement du terrain. À la fin du mois de juin, le FPR contrôlait une grande partie du pays et était sur le point de remporter une victoire complète. Les unités du FPR ont mené des attaques punitives dans les zones qu’elles contrôlaient, mais elles n’étaient pas de la même ampleur et de la même organisation que celles du génocide.

Dès la première semaine du génocide, le Nigeria s'était efforcé d'obtenir un renforcement de la MINUAR. Il en avait été de même, plus tard, de la République tchèque, de l'Espagne, de l'Argentine et de la Nouvelle-ZélandeHWR, FIDH, Aucun témoin ne doit survivre, le génocide au Rwanda, Karthala (1999) . Mais l'ONU ne parvenait pas à se mettre d'accord pour que cette MINUAR 2 se mette rapidement en place. En , la France, bien qu'ayant voté la réduction des effectifs de la MINUAR le , devient très active à l'ONU dans les discussions sur le renforcement de la MINUAR mais refuse de la renforcer par ses propres forcesRoméo Dallaire, J'ai serré la main du diable, Libre Expression, . Devant ce qu'elle qualifie comme une inertie de la communauté internationale, la France décide d'intervenir et présente une proposition de résolution le , mais obtient difficilementCinq membres du Conseil de Sécurité choisirent de s'abstenir, la Nouvelle-Zélande, le Nigeria, le Pakistan, la Chine et le Brésil. Cf. rapport de la mission d'information parlementaire française sur le Rwanda et Roméo Dallaire, J'ai serré la main du diable, Libre Expression (2003), . Parmi les pays ayant voté la résolution figure le Rwanda, représentant le gouvernement intérimaire qui conduit le génocide. l'aval du Conseil de Sécurité de l'ONU, pour conduire l', du au , date prévue du renforcement de la MINUAR tant demandé par son commandant depuis le début du génocide. Quelques pays africainsLe Sénégal, la Mauritanie, le Niger, l’Égypte, le Tchad, la Guinée-Bissau et le Congo, cf rapport de la mission parlementaire française d'information sur le Rwanda, , acceptèrent de se joindre à la France dans cette opération.

La difficulté de l'obtention de cette mission était liée à la perception que de nombreux pays avaient de la politique de la France au Rwanda et de ses intentions réelles ou supposées, compte tenu de son implication au Rwanda depuis plusieurs années, de son opposition au FPR, et du fait qu'elle ait été le seul pays à reconnaître le Gouvernement intérimaire rwandaisCatherine Coquio, Guerre coloniale française et génocide rwandais : la responsabilité, l’implication de l’état français et sa négation, Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, 2006, mis en ligne le 01 avril 2009, consulté le 11 mars 2016., responsable du génocide« C’est en partie en raison de son attitude par rapport au gouvernement intérimaire qu’il lui fut difficile de faire accepter le caractère strictement humanitaire de l’opération Turquoise, puisque certains y voyaient une intention cachée de soutien au régime qui organisait le génocide. » Rapport de la mission d'information sur le Rwanda, . Voir aussi , fichier auditio1.rtf, .. Ce débat existait également au sein de l'État français. Face aux tenantsDans son audition par la mission parlementaire française d'information sur le Rwanda, Édouard Balladur ne précise pas qui est partisan d'une telle intervention, et la mission parlementaire ne le lui demande pas. Alain Juppé, alors ministre français des affaires étrangères, précise que le gouvernement français était unanimement de l'avis d'une intervention humanitaire (Cf , fichier auditio1.rtf, , , ). Dans son audition, M. Bernard Debré (qui sera ministre de la coopération six mois après le génocide) affirme que M. Mitterrand était favorable à une opération sur l'ensemble du territoire et au rétablissement d'un pouvoir Hutu, et que M. Balladur s'est opposé à ce dessein (cf Audition de M. Debré).Lire aussi : Benoît Collombat, David Serveney, Au nom de la France, guerres secrètes au Rwanda, La Découverte (2014), chapitre Les trois cercles du pouvoir, qui décrit des divergences entre d'une part l'Élysée et Matignon, et d'autre part des tensions au sein du gouvernement opposant M. Balladur, soutenu par François Léotard aux chiraquiens tels qu'Alain Juppé et son directeur de cabinet Dominique de Villepin. d'une intervention militaire pour s'opposer au FPR, Édouard Balladur, alors premier ministre de la France, précisait par écrit le au président français François Mitterrand qu'une des conditions de réussite de l'opération nécessitait de « limiter les opérations à des actions humanitaires et de ne pas nous laisser aller à ce qui serait considéré comme une expédition coloniale au cœur même du territoire du Rwanda »Rapport de la mission parlementaire française d’information sur le Rwanda, annexe 9 - Turquoise, , , cité également par Patrick de Saint-Exupéry, L'inavouable, la France au Rwanda, les Arènes (2004) , .. En outre, la présence française était limitée à deux mois. Devant la mission parlementaire d'information sur le Rwanda, M. Balladur préciseraMission d'information sur le Rwanda, audition de M Balladur que « certains responsables (ont) envisagé une intervention militaire, notamment à Kigali. Toutefois, un accord est très rapidement intervenu entre le président de la République et lui pour rejeter cette hypothèse qui aurait pu entraîner la France dans un conflit ou l’exposer à être mise en accusation par des puissances de la région. »

Cette ambivalenceSelon Patrick de Saint-Exupéry, l'Opération Turquoise fut « littéralement schizophrénique », les ordres étant à double volet. cf. L'inavouable, la France au Rwanda, . Plus loin, , il estime que la conjonction de la neutralité, de la détermination à arrêter les massacres et de la nécessité pour cela de rétablir l'autorité des responsables du génocide relève d'une « chimère ». semble également partagée par les soldats et leurs officiers sur place. Lors de son entrevue à Goma fin juin avec le général Lafourcade pour délimiter les zones respectives occupées par le FPR et l'opération Turquoise, le commandant de la MINUAR, le général Dallaire, note que, si le général Lafourcade ne recherche pas l'affrontement direct avec le FPR, il n'en est pas de même de son entourage qui, au nom de la loyauté de la France avec ses anciens amis, pense que l'opération a pour but d'aider les FAR à contrer le FPRUn colonel de l'Opération Turquoise, ancien conseiller militaire des FAR, déclara publiquement qu'il n'était pas au Rwanda pour désarmer les FAR ou les milices, mais qu'il mettrait tous les moyens à sa disposition pour défaire le FPR s'il s'avisait de s'approcher de la zone occupée par les Français. Ses propos furent repris par la RTLM. Il dut être désavoué par le Général Lafourcade. cf. Roméo Dallaire, J'ai serré la main du diable, Libre Expression (2003), . La confrontation avec les réalités du génocide fut un choc pour de nombreux membres de l'opération.

Le déroulement de l'opération

Le lancement, le

Cette opération fut conduite à partir du Zaïre. L'ordre de mission de Turquoise du dispose que l'armée française doit pénétrer au Rwanda à partir de Gisenyi, dans le nord-ouest du Rwanda, et par Cyangugu dans le sud-ouest du Rwanda. L'aéroport de Goma au Zaïre sert de base logistique pour l'opération tandis que le détachement aérien est stationné à Kisangani.

L'objectif affirmé est de protéger, dans une « zone humanitaire sûre », les « populations menacées » aussi bien par le génocide que par le conflit militaire entre le Front patriotique rwandais (FPR) et le gouvernement intérimaire rwandais. Aucune hiérarchie n'est établie entre les personnes menacées par le génocide et celles qui sont menacées par les effets collatéraux du conflit armé. Elles étaient assimilées aux deux parties d'un conflit militaire. Le génocide était donc perçu comme un phénomène collatéral de la guerre. Il était ordonné de rester neutre entre ces parties. En particulier, il n'était pas question de procéder à des arrestations de responsables du génocide. La mission avait pour but de faire cesser les massacres en incitant les Forces armées rwandaises à rétablir leur autoritéExtrait de l'ordre des opérations de Turquoise, en date du 22 juin 1994 : « Affirmer, auprès des autorités locales rwandaises, civiles et militaires, notre neutralité et notre détermination à faire cesser les massacres sur l'ensemble de la zone contrôlée par les forces armées rwandaises en les incitant à rétablir leur autorité ». cf Annexe du rapport de la mission d'information de l'Assemblée Nationale sur le Rwanda, , ou encore, « Adopter une stricte neutralité vis-à-vis des différentes factions en conflit ». Au vu de cet ordre, Patrick de Saint-Exupéry, auteur de L'inavouable, la France au Rwanda, les Arènes (2004), jugera l'opération Turquoise comme une mystification., alors qu'elles étaient directement impliquées dans le génocide. La neutralité de l'intervention fut critiquée notamment par Jean-Hervé Bradol, responsable de programme à Médecins sans frontières, une opération simplement humanitaire lui paraissant largement insuffisante pour stopper un génocideRapport de la mission parlementaire française d'information sur le Rwanda, ..

La composition de la force Turquoise

La force comptait de l'armée française et 500 autres venus de sept pays d'Afrique (Sénégal, Guinée-Bissau, Tchad, Mauritanie, Égypte, Niger et Congo). Elle a bénéficié d'une couverture satellitaire de l'Union de l'Europe occidentale qui lui a permis de localiser les camps de réfugiés et les colonnes en mouvement. La flotte d'Antonov du trafiquant d'armes Viktor Bout a pour l'occasion été utilisée par l'armée française pour le transfert du matériel et des troupes via des transitaires de transport et la société SPAIROPS (Spécial Air Opération Inlt) dirigée par Michel Victor-Thomas.

Unités françaises engagées : Éléments de la de Légion étrangère, du étranger d'infanterie, du étranger de parachutistes et du étranger de génie. La moitié des effectifs du régiment d'infanterie chars de marine. Des éléments de la du d'artillerie parachutiste. La du d'infanterie de marine détachée du Gabon. La du d'artillerie de marine détachée de .