vignette|Paysan encaissant ses assignats auprès d'un changeur. Gouache de Jean-Baptiste Lesueur, Paris, musée Carnavalet. vignette|Assignat de .
L’assignat est une monnaie fiduciaire mise en place sous la Révolution française.
Après le système de Law (1716 – 1720), l'assignat est la seconde expérience de monnaie fiduciaire en France au : toutes deux se soldèrent par un échec retentissant.
À l’origine, il s’agissait d’un titre d’emprunt émis par le Trésor en 1789, et dont la valeur est gagée sur les biens nationaux par assignation. Les assignats deviennent une monnaie de circulation et d’échange en 1791, et les assemblées révolutionnaires multiplient les émissions, qui entraînent une forte inflation. Le cours légal des assignats est supprimé par la loi du ..
Histoire Contexte 150px|vignette|Talleyrand, initiateur de la confiscation des biens du clergé. En France, au début des années 1780, les finances royales sont dans un état très préoccupant avec une dette évaluée entre de livres, la moitié du budget royal servant à résorber cette dette qui ne fait qu’augmenter et à servir de rente pour diverses personnes. On voyait déjà circuler depuis 1787 des billets de la Caisse d'escompte pratiquement à cours forcé (ce fut le cas à partir d’, entraînant une panique), c’est-à-dire que le Trésor émettait sur promesse de remboursement des traites qui avaient par là-même, valeur de monnaie puisqu’on pouvait les réescompter, les échanger, les utiliser pour acheter des biens, et enfin les négocier : d’ailleurs, sur le marché, leurs cours ne cessaient de chuter. Leurs rapports s’amenuisant bientôt, l’État ne pouvait plus espérer grand-chose du côté de ces billets. Le , à l’ouverture des états généraux, Jacques Necker propose l’émission d’un « papier national », via la Caisse d'escompte, qui se verrait alors affectée au règlement de la dette publique et il est rejoint par Mirabeau qui déclare .. Le risque de banqueroute est grand et il faut, de toute urgence, trouver de l’argent ; le député Talleyrand propose l’idée de confisquer les biens du clergé (et non pas de les nationaliser car aucune indemnité n’a été versée) ..
C’est ainsi que le , l'Assemblée nationale constituante décide que tous les biens du clergé seront « mis à disposition de la Nation ». Ces biens seront dorénavant des biens nationaux, destinés à être mis aux enchères pour remplir les caisses de l’ÉtatCette idée n’est pas nouvelle : treize ans avant l’expérience de Law, en , Michel Chamillart, secrétaire d’État, et (1639-1712), premier président au Parlement, se réunissent à propos de l’argent qui se fait rare. Auditant les principaux négociants de la place de Paris, ceux-ci proposent « d’aliéner à perpétuer les biens de l’Église moyennant huit millions, persuadés que Sa Majesté en peut disposer sans la participation du clergé » (cité par ..
Cet apport de patrimoine, évalué entre de livres, constitue un gain considérable pour les finances publiques. La mise en vente est confiée à une caisse de l'Extraordinaire, créée par le décret du 19- et définitivement organisée le Philippe Buchez, Histoire parlementaire de la Révolution française, J. Hetzel, 1846, « Histoire de l’Assemblée constituante », t. 4, p. 522..
La vente de tant de biens prend du temps, au minimum un an. C’est un délai beaucoup trop long, les caisses de l'État sont vides.
C’est ainsi qu’il est décidé de créer, le jour même de l’ouverture de la caisse de l’Extraordinaire, des billets dont la valeur est « assignée » (autrement dit gagée) sur les biens du clergé. Rappelons que durant l’été 1789, le Trésor royal devient Trésor public et reçoit mission de gérer le produit des contributions ordinaires. La caisse de l’Extraordinaire gère les fonds provenant de la vente des biens nationaux et subvient aux dépenses du Trésor public (elle sera dissoute le par décret du ). La Caisse d'escompte, elle, assure les paiements jusqu’en et voit ses propres effets endossés en tant qu’assignatsSources : Centre des archives économiques, Ministère de l’économie, des Finances et de l’Emploi, en ligne le 27 mai 2012.. La loi du ordonne l’échange des effets de la Caisse d’escompte contre des assignats, qui deviennent ainsi le seul papier monétaire.
Débuts vignette| Assignat des « Domaines nationaux » d'un montant de livres, un des premiers émis après avril 1790 avec des montants jugés très élevés. Le fonctionnement de l’assignat est simple : comme il est impossible de vendre tout de suite les biens du clergé, des billets seront émis, qui représenteront la valeur de ces biens par fraction : la valeur d’un bien est divisée en assignats, comme l’on ferait d’une société par actions. Toute personne qui désire acheter des parts dans les biens nationaux doit le faire via des assignats. Il faut donc avant tout que les particuliers achètent des assignats auprès de l’État, c’est ainsi que la rentrée d’argent se fait. Une fois la vente d’un bien effective (ou « réalisée »), le produit de la vente est inscrit au registre civil et, de retour dans les mains de l’État contre remboursement, les assignats doivent être détruits. Ainsi, la rentrée d’argent frais est plus rapide : les biens sont vendus de façon indirecte et par fractions, et non en une seule fois.
Dès le début de 1790, les premiers ratés surviennent. Le , Anne-Pierre de Montesquiou-Fezensac déclare au sujet des assignats que c’est .
Le 16 et , la valeur totale de la première émission est de de livres divisés en assignats de avec intérêt de par jour (soit 3 % l’an). Une valeur nominale si importante ne les destine pas à servir de billets pour la population, mais à être thésaurisés par des investisseurs : certains assignats comportaient même des coupons avec intérêt et leur cotation commence à être discutée.
L’idée est loin de faire l’unanimité au sein de l’Assemblée nationale constituante, qui se rappelle la banqueroute du système de Law : des députés comme Talleyrand, Dupont de Nemours sont vivement hostiles. Pour eux, le problème majeur de l’émission d’assignats est qu’il ne faut pas qu’il y ait plus d’assignats en circulation que la valeur réelle des biens nationaux. De plus, à cette époque, les billets sont facilement falsifiables. Au bilan, il y a donc un fort risque de retrouver en circulation une quantité trop importante d’assignats, et donc de dépréciation de cette monnaie.
vignette|Billet de confiance de 5 sous, émis par le district de Saint-Gaudens. Les premiers assignats affichant de gros montants, l’or et l’argent métal étant thésaurisés, les espèces viennent à manquer dans la population pour les échanges courants. L’État autorise donc l’émission de « monnaies et billets de confiance » affichant de petits montants. Les frères Monneron à Paris, puis d’autres établissements et des municipalités se lancent dans ce type d’émission.
La demande en assignats augmente rapidement. Le , Pierre Didot, qui est chargé par l'Assemblée nationale législative du service de l’impression, confie le contrat à Éleuthère Irénée du Pont de Nemours qui vient d’ouvrir une imprimerie.
Dépréciation vignette|Assignat métallique de 5 livres (1791), carton cerclé de cuivre. Poids : . Peu d’exemplaires ont été émis avant l’abandon de cette forme d’assignat. Le , l’assignat est transformé en un papier-monnaie : il a donc cours forcé. Et l’État, toujours à court de liquidités, l’utilise pour toutes ses dépenses courantes. La machine s’emballe… L’État ne détruit pas les assignats qu’il récupère ; pire, il imprime plus d’assignats que la valeur réelle des biens nationaux. Jacques Necker, alors ministre des Finances, résolument contre la transformation de l’assignat en papier-monnaie, donne sa démission en septembre.
Entre 1790 et 1793, l’assignat perd 60 % de sa valeur. Entretemps, la valeur faciale des assignats se réduit : entre le et le , voient le jour des valeurs situées entre (inférieures à 5 livres), suppléant ainsi à l’absence d’espèces métalliques et répandant l’usage de ce moyen de paiement dans toutes les couches de population.
Bien que la valeur de l’assignat se réduise, les enchères des biens nationaux restent tout de même très élevées et seules les personnes aisées peuvent les acheter. C’est ainsi que certains s’enrichissent énormément et achètent d’immenses terrains et bâtiments pour presque rien, en comparaison de leur valeur réelle. La surévaluation légale de l’assignat permet d’acheter des biens par conséquent sous-évalués ..
vignette| Assignat de 400 livres émis par la Première République française (après septembre 1792). Collection nationale numismatique du Smithsonian Institution.
Pour soutenir l’assignat, plusieurs lois successives, toujours plus dures, sont votées, comme la fermeture provisoire de la Bourse de Paris (décret du ) . et la fin de la publication des taux de change en 1793, de manière à limiter la spéculation, mais aussi de lourdes amendes et de graves peines d’emprisonnement pour toute personne surprise à vendre de l’or ou des pièces d’argent ou traitant différemment la monnaie de papier et les métaux précieux, ce qui comprend le refus d’un paiement en assignats. Le , la Convention décide que les prix de tous les achats et marchés conclus avec l’État seront stipulés uniquement en assignats. Trois jours plus tard, cette mesure est étendue au secteur privé ..
Dès les premiers jours de la Terreur, le , la non-acceptation de l’assignat est déclarée passible de la peine de mort : les biens sont confisqués et le délateur récompensé. Le , le directeur de la fabrication des assignats, pris dans une affaire de complot, Delamarche, est guillotiné. Le , le commerce au moyen des métaux précieux est interdit. En , toute personne qui aurait demandé en quelle monnaie le contrat serait conclu doit être condamnée à mort ; passage publié dans Choice in Currency, A Way to Stop Inflation, par Friedrich Hayek, The Institute of economics affair, 1976. Traduction française sous le titre la Crise financière française de 1789-1799, éd. Le jardin des Livres, octobre 2013, 200. Version anglaise intégralement consultable en ligne.. vignette|Premier assignat émis en francs (1795).
Malgré tout cela, les pouvoirs politiques ne savent pas faire face à la crise économique, et l’État continue d’émettre de plus en plus d’assignats pour financer la guerre. Le nombre d’assignats fabriqués correspond à une valeur de de livres en ; elle passe à en . Au début de 1794, le volume d’assignats émis atteint . Toutefois, les autorités ont fini par comprendre que la dépréciation continue des assignats était due à l’excès des émissions. Aussi une partie est-elle retirée de la circulation à partir de 1793 au moyen de l’emprunt forcé. En retranchant les sommes rentrées et brûlées, il n’en reste en circulation que . En , la création d’un nouveau milliard d’assignats, de valeurs s'échelonnant de à , est décrétée, dans le même temps qu’un emprunt forcé sur les riches de est lancé par le comité des financesAdolphe Thiers, Histoire de la Révolution française, Elibron Classics, t. 6 : livres XXI-XXIV, p. 87-88 . .. Après de nouvelles émissions en , cette fois avec des valeurs en francs (la plus élevée étant )Création du 8 nivôse de l’an III avec mention « hypothéqué sur les Domaines nationaux »., les assignats mis en circulation passent la barre des en à près de de livres en Études sur l’histoire religieuse de la Révolution française, 1887, . , l’évalue précisément à 45 581 411 018 livres d’assignats., alors que la somme totale des assignats n’aurait jamais dû dépasser les , valeur des biens du clergé. La cause de l’inflation réside dans la surproduction des assignats, le contrôle des prix ne permettant pas de baisser ceux-ci mais ayant pour effet de créer la pénurie..