Israel Lazarevich Gelfand dit Alexandre Parvus (), né à Berazino (Bierézan), Russie impériale (maintenant Biélorussie) le – mort à Berlin le , est un révolutionnaire et homme politique russe et un social-démocrate allemand.

Biographie Origines et enfance Israël Lazarevich Gelfand (en )Son nom est parfois rendu Gelfant, Helfand, Helfant ou Helphand., surtout connu sous son pseudonyme, Alexandre Parvus, est né de parents juifs le [ ] 1867 dans le shtetl de Berezino, une ville de l'actuelle Biélorussie. Il grandit à Odessa, où il s'associa aux cercles révolutionnaires juifs (le Bund) Scharlau, Winfried and Zeman, Zbynek A. Freibeuter der Revolution. Parvus-Helphand. Eine politische Biographie (Gebundene Ausgabe), Cologne, 1964 (The most important biography of the German-Russian-Turkish Social Democrat and Revolutionary Parvus) See also English edition Zbynek Zeman, W. B. Scharlau Merchant of Revolution: Alexander Helphand, 1867-1924 Oxford University Press 318 pages 1965 .

Révolutionnaire

En 1886, Parvus, alors âgé de 19 ans, quitte pour la première fois la Russie et se rend à Bâle, en SuisseZeman et Scharlau, The Merchant Revolution, .. Il y prend connaissance des travaux d'Alexandre Herzen ainsi que de la littérature révolutionnaire de l'époqueZeman et Scharlau, The Merchant Revolution, .. Il retourne brièvement en Russie l'année suivante, mais il est l'objet de la surveillance de la police secrète tsariste et doit quitter à nouveau le pays pour sa sécuritéZeman et Scharlau, The Merchant Revolution, .. Il retourne à Bâle où il s'inscrit à l'université. Au bout de trois ans, il devient docteur en économie, en 1891, sa thèse portant sur les problèmes de la division du travail. À cette époque, il est ouvertement marxiste. Il s'installe en Allemagne, adhère au Parti social-démocrate allemand et se lie d'amitié avec la révolutionnaire allemande Rosa Luxemburg. En 1900, il rencontre Lénine pour la première fois, à Munich, chacun admirant chez l'autre ses travaux théoriques. Parvus encourage Lénine à publier son journal révolutionnaire Iskra, Khronos, Accessed September 27, 2009..

Les tentatives de Parvus pour devenir un citoyen allemand n'aboutissent pas. Dans une lettre à son ami allemand Wilhelm Liebknecht, il écrit : L. Shub, « Kupets revoliutsii » (« Marchand de la Révolution »), Novy Zhurnal [New York], vol. 87 (1967), . Cité dans Александр Парвус (Израиль Гельфанд), Khronos, consulté le 27 septembre 2009.. Il tente à plusieurs reprises d'émigrer aux États-Unis, les socialistes révolutionnaires allemands s'employant à établir un réseau de relations avec la plupart des révolutionnaires juifs des États-Unis, - y compris Léon Trotsky, qui habitait alors New York -, en vain, le contre-espionnage allemand ayant pénétré une partie du réseau socialiste révolutionnaire. Les écrits de Parvus publiés dans la presse socialiste pendant la guerre russo-japonaise prédisent que la Russie perdra la guerre, et que cela y entraînera des troubles et la révolution. Lorsque ces prédictions se réalisent en 1905, le prestige de Parvus parmi les socialistes et d'autres révolutionnaires allemands s'accroit fortement et les services de renseignement allemands se mettent à estimer que Parvus serait utile dans leurs efforts contre l'Empire russe.

Révolution russe de 1905

En 1905, Parvus arrive à Saint-Pétersbourg avec de faux papiers austro-hongrois. Il est considéré par les marxistes européens de l'époque comme une autorité sur les questions politiques et financièresJ.L.H. Keep, The Rise of Social Democracy in Russia, Londres, Oxford University Press, 1963, .. Aussi, lorsqu'il y écrit en décembre de cette année-là un article provocateur intitulé « Le Manifeste des finances » qui décrit l'économie russe comme étant sur le point de s'effondrer, il reçoit une large audience dans la presse révolutionnaire. Parallèlement à cette propagande, Parvus coordonne une agitation par des habitants feignant une ruée sur les banques. L'hystérie qui suit réussit à bouleverser l'économie russe et à enrager le premier ministre Serge Witte, mais elle ne provoque pas de crise financière.

À la suite de cette agitation et de l'implication de Parvus dans l'organisation d'actions anti-gouvernementales pendant la révolution de 1905, Parvus est arrêté par la police russe. En prison, il entre en étroite relation avec d'autres révolutionnaires ; Rosa Luxemburg lui rend visite. Condamné à trois ans d'exil en Sibérie, Parvus réussit à s'enfuir et émigre en Allemagne, où il publie La Bastille russe pendant la Révolution un livre sur ses expériences.

Il développe aussi le concept de l'aide qu'une guerre avec l'étranger peut apporter pour provoquer une révolte interne au sein d'un pays et ravive la théorie marxiste de « révolution permanente ». Il la communique à Trotsky, qui l'étend et la développe par la suite. Grâce à Trotsky, le concept est finalement adopté en 1917 par Lénine de retour d'exil en Russie dans ses thèses d'avril puis par les bolcheviks.

L'affaire Maxime Gorki

En Allemagne, Parvus conclut un accord avec l'auteur russe Maxime Gorki pour monter sa pièce Les Bas-Fonds. Selon l'accord, la majorité des recettes de la pièce doit aller au Parti ouvrier social-démocrate russe et environ 25 % à Gorki lui-même. Malgré 500 représentations de la pièce, Parvus ne paie pas Gorki et est accusé de l'avoir volé . Gorki menace Parvus de poursuites, mais Rosa Luxemburg réussit à le convaincre de ne pas ébruiter la querelle à l'extérieur du parti. Parvus rembourse finalement Gorki, mais sa réputation dans les cercles du parti est ternie.

Période d'İstanbul

Peu de temps après, Parvus s'établit à Istanbul, la capitale de l'Empire ottoman, où il vit cinq ans. Il y crée une société de commerce d'armes, qui lui rapporte beaucoup d'argent pendant la guerre des Balkans. Il devient le conseiller financier et politique des Jeunes-Turcs. En 1912, il devient rédacteur de Turk Yurdu, leur quotidien. Il travaille en étroite collaboration avec les triumvirs connus comme les « Trois pachas » et le ministre des Finances Mehmet Djavid Bey. Son entreprise organise des livraisons de denrées alimentaires à l'armée turque et il est un partenaire d'affaires du Konzern Krupp, de Vickers Limited, et du célèbre trafiquant d'armes Basil Zaharoff. Le trafic d'armes avec Vickers Limited pendant la guerre fournit la base à la théorie selon laquelle Alexandre Parvus était également un agent britannique.

Révolution russe de 1917

Alors en Turquie, Parvus entre en relation étroite avec l'ambassadeur allemand, le baron Hans Freiherr von Wangenheim, connu pour être favorable à l'établissement de cinquièmes colonnes révolutionnaires chez les Alliés. C'est ainsi que Parvus propose un plan à l'état-major allemand par l'intermédiaire du baron von Wangenheim : paralyser la Russie par une grève générale, financée par le gouvernement allemand qui, à l'époque, est en guerre avec la Russie et ses alliés. Von Wagenheim envoie à Berlin Parvus qui y arrive le et présente au gouvernement allemand un plan de 20 pages intitulé Préparation de grèves politiques massives en Russie.

Dans ce plan détaillé, Parvus recommande de diviser la Russie en soutenant la fraction bolchevique du Parti ouvrier social-démocrate de Russie, en encourageant le séparatisme ethnique dans diverses régions du pays et en soutenant les auteurs qui critiquent le tsarisme depuis le début de la guerre. Son expérience de 1905 a fait conclure Parvus que la division de la Russie et sa défaite lors d'une guerre seraient les meilleurs moyens d'y provoquer une révolution.

L'opération de Copenhague

Certains accusent Parvus d'avoir financé Lénine, alors en Suisse. Une biographie de Parvus par et conclut en effet qu'il y avait une coopération absolue entre les deux hommes et que les services de renseignement autrichiens avaient fourni par l'intermédiaire de Parvus de l'argent aux journaux russes bolcheviks émigrés de Paris. Et que quand les sources de ce financement devinrent claires au début de 1915 et plus largement comprises, Lénine et les émigrés de Paris rejetèrent un tel soutien. Harold Shukman conclut : Harold Shukman, Lenin and the Russian Revolution, Putnam Pub Group, 1967..

Parvus parie sur Lénine, qui non seulement est un radical, mais est prêt à accepter le parrainage de l'ennemi en ce temps de guerre entre le tsar et le kaiser. Ils se rencontrent à Berne en et scellent la collaboration entre les sociétés de l'un et le parti de l'autre, mais Lénine évite soigneusement de s'afficher en public aux côtés de Parvus. Il n'y a pas de preuve certaine qu'ils se rencontrent face à face, même s'il existe des indications qu'une telle rencontre pourrait bien avoir eu lieu le , pendant l'escale de Lénine à StockholmHans Björkegren, Ryska posten: de ryska revolutionärerna i Norden 1906-1917 (en suédois), 1985, Stockholm, Bonnier Fakta ; Parvus envoie à Lénine un certain nombre de messages ce jour-là et essair d'arranger une réunion, et certaines sources suggèrent que cette rencontre a effectivement lieu avant le départ de Lénine pour la Russie..

Parvus travaille assidûment à maintenir la confiance de Lénine. Mais ce dernier le tient à l'écart à cause des liens connus de Parvus avec les services de renseignements allemands et de sa propre relation passée avec cet ancien allié des socialistes qui n'était plus respecté par ceux-ci après ses années passées en Turquie à devenir un riche entrepreneurMichael Pearson, The Sealed Train, London, 1975, .. Les renseignements allemands mettent en place via des opérations offshore les réseaux financiers de Parvus à Copenhague, pour que l'argent allemand puisse être transféré en Russie via de fausses transactions financières entre des sociétés suédoises et russes de façade, stratégie rendue possible par la surcharge et le manque de pouvoir des bureaux fiscaux et douaniers des pays scandinaves, inadéquats pour lutter contre le marché noir en plein essor dans ces pays pendant la guerre.

On débat encore à l'heure actuelle pour savoir si l'argent de ce réseau financier était en fait d'origine allemande. Les données publiées par le gouvernement de Kerensky de 1917 en vue d'un procès prévu pour octobre (novembre) 1917 ont été récemment réexaminées et jugées soit non concluantes soit carrément fausses Semion Lyandres The Bolsheviks' “German Gold” Revisited: An Inquiry into the 1917 Accusations (voir aussi Documents Sisson).

Cependant, des revers surviennent, comme les activités suspectes de contrebande d'armes de Yakov Ganetsky, qui attirent l'attention indésirable du Secret Intelligence Service britannique qui peut alors relier Ganetsky à Parvus et au baron von Wangenheim. Le baron avait longtemps été sous surveillance du fait de son soutien aux actions révolutionnaires des Jeunes-Turcs contre les Britanniques. En conséquence Ganetsky est chassé du Danemark, tandis que les Britanniques et les Russes s'efforcent d'éradiquer le réseau financier bolchevik en Turquie. En outre, comme Lénine devient de plus en plus conscient de la double relation de Parvus avec les renseignements allemands, leurs relations se tendent. Perdant la confiance et / ou le contrôle de ses agents, Parvus commence alors à chercher d'autres moyens de fonctionnement.