Les Frères des Écoles chrétiennes ou Lasalliens (en latin ) forment une congrégation laïque masculine de droit pontifical.
Généralités La congrégation des Frères des Écoles chrétiennes ou Lasalliens ou Frères de la Doctrine chrétienne, fondée à Reims en 1680 par saint Jean-Baptiste de La Salle, est vouée à l'enseignement et à la formation des jeunes, en particulier des plus défavorisés.
Les frères ne sont pas prêtres. Aux vœux traditionnels de pauvreté, chasteté, obéissance, ils ajoutent une consécration totale de leur personne à la Sainte Trinité qui conduit à un engagement de stabilité dans la société pour tenir ensemble et par association les écoles gratuites ou faire dans ladite société ce à quoi ils seront employés soit par leurs supérieurs, soit par le corps de la société.
Les frères portaient une soutane noire non boutonnée avec un large rabat blanc, ils étaient familièrement surnommés les « Frères Quatre Bras » à cause de leur grand manteau à manches flottantes. Ils sont parfois désignés sous le terme de « FEC » (à ne pas confondre avec les « FIC », expression réservée aux Frères de l'instruction chrétienne).
Afin de mieux attacher ses disciples à leur vocation d'instituteurs, Jean-Baptiste de La Salle avait écarté résolument les Frères du sacerdoce en leur interdisant l'étude du latin, et cette règle fut strictement observée jusqu'en 1923. À cette époque, par une lettre adressée au général, le pape leur demande formellement d'ouvrir leurs programmes aux études classiques. Les Frères s'inclinent devant la volonté pontificale et modifient leur règle, afin de pouvoir aborder l'étude du latin et l'enseignement classique.
L'emblème de l'Institut est une étoile d'argent rayonnante placée sur un bouclier bleu dans lequel figure la devise « Signum Fidei » ou « Signe de la Foi ». L'étoile fait allusion à la foi et à la charité avec la devise « Indivisa manent » (« Que rien ne nous sépare jamais ! — restons toujours unis ! »).
Histoire de l'institut des Frères
vignette|Plaque 12 rue Princesse (Paris), devant le bâtiment où est installé le premier établissement parisien en 1688.
En 1719, à la mort du fondateur, enseignaient à dans vingt-trois écoles. En 1724, la Congrégation obtint de des lettres patentes qui lui conféraient la personnalité civile. Le pape Benoît XIII lui octroie le rang de congrégation religieuse l'année suivante par la bulle pontificale « In Apostolicae dignitatis solio ».
Au cours du , l'Institut se développe rapidement. . Ainsi, au pensionnat d'Angers, comme à Saint-Yon de Rouen, et à Maréville de Nancy, outre le programme des écoles primaires, on y enseigne : l'histoire, la géographie, l'histoire naturelle, l'hydrographie, la mécanique, la cosmographie et les langues. On y donne des cours de sciences et de dessin industriel, des cours de mathématiques et d'architecture. On y apprend aussi certains métiers : tissage, travail du fer et du bois.
À la veille de la Révolution, il y a en France, , répartis en cent vingt-huit établissements et donnant l'instruction à . En Italie, l'Institut compte également deux écoles (qui servirent de refuge à un certain nombre de frères pendant la période révolutionnaire).
Comme toutes les autres congrégations enseignantes, l'institut des Frères est supprimé le par un décret de l'Assemblée législative
Le secrétaire général de l'Institut, Guillaume-Nicolas-Louis Leclercq (frère Salomon), béatifié par la suite, est assassiné dans la prison des Carmes à Paris le . Le , toutes les écoles sont fermées et les biens saisis.
vignette|Croix d'honneur Al Merito ou mérite scolaire, insigne de récompense d'élève d'un collège lasallien, fin du , Espagne, Portugal ou Amérique latine.
En 1803, sous le premier Empire, les Frères sont à nouveau autorisés grâce à l'influence de l'inspecteur général Ambroise Rendu, qui exige cependant d'eux (et des autres congrégations) un brevet d'enseignement.
Le , le décret impérial qui organise l'Université stipule dans son article 109 : « Les Frères des Écoles chrétiennes seront brevetés et encouragés par le grand-maître, qui visera leurs statuts intérieurs, les admettra au serment, leur prescrira un habit particulier et fera surveiller leurs écoles. Les supérieurs de ces congrégations pourront être membres de l'Université ». Ils reprennent donc officiellement leurs fonctions en 1810 et se développèrent rapidement dans toute la France.
Ce rapide essor inquiéte les milieux libéraux et anticléricaux. Afin d'y apporter une alternative, une nouvelle méthode d'enseignement, l'enseignement mutuel, dont le modèle était importé d'Angleterre, est promueL'École mutuelle, une pédagogie trop efficace ?, Anne Querrien, Les Empêcheurs de penser en rond, 2005. L'enseignement mutuel est cependant interdit par le pape Léon XII en 1824.. Dans les années qui suivent la révolution de , plus de mutuelles existent, principalement dans les villes. La congrégation se développe tout particulièrement sous le généralat du frère Philippe qui débute en 1838. (100 ans plus tard les frères sont plus de et disposent d'écoles dans 64 pays). En 1833, François Guizot, ministre de Louis-Philippe , promulgue une nouvelle loi visant à organiser l'éducation primaire, tranche aussi sur les méthodes pédagogiques, pour l'enseignement simultané des écoles lasalliennes, au détriment de l'enseignement mutuel qui, dès lors, entame un recul qui le mene en quelques années à la marginalisation.
En 1828, les Frères publient une édition revue et corrigée du livre de leur fondateur « Conduite des écoles chrétiennes ».
L'année 1900 marqua pour l'Institut l'apogée de sa prospérité en France. Le jury de l'Exposition universelle de Paris lui décerne plus de 60 récompenses, dont 4 grands prix, 14 médailles d'or et 21 médailles d'argent. En cette même année 1900, le , le pape , devant 34 cardinaux et 250 évêques, procède à la canonisation du fondateur, saint Jean-Baptiste de La Salle.
Cependant, l'exode des Frères hors de France amorcé dès 1881, avec les lois laïques de Jules Ferry, est général après la suppression légale de l'ordre en France le Robert Raymond Tronchot, Les Temps de la Sécularisation, 1904–1914. La Liquidation des biens de la congrégation des Frères des Écoles chrétiennes, Frère des Écoles chrétiennes, Rome, 1992.. L'Institut compte dont en FranceStatistiques au 31 décembre 1903, .. Canada
thumb|Collège Sainte-Brigide des frères des Écoles Chrétiennes en (1920). BAnQ P748S1P2487 À la déclaration de guerre, en 1914, beaucoup de frères reviennent en France, et mille huit cent quatre-vingt-dix d'entre eux sont mobilisés. Entre les deux guerres, beaucoup de frères se sécularisent, gardant ainsi une place dans le domaine scolaire.. Cherchant à allonger la formation au-delà de la 6 e année de l’élémentaire, des congrégations avaient mis en place, au fil des ans, des 7e , 8e , 9e et même 10e années dans les établissements qu’elles dirigeaient. En plusieurs endroits, cette extension du cours primaire nommé post-primaire, ou prit la forme d’un « cours commercial » comme l'Académie commerciale de Québechttps://sites2.csfoy.ca/fileadmin/user_upload/_imported/Academie_150ans_2012_VF_JB_01.pdf. En 1928, lorsque le programme harmonisé fut mis en place, 156 établissements dans la province offraient ce cours secondaire public à 2 202 élèves. L'enseignement catholique était parfaitement capable de se moderniser. Le modèle ressemble au modèle anglais High School of Montreal et également l'Enseignement primaire supérieur en France. En 1960, on dénombrait 1300 frères des Écoles chrétiennes œuvrant dans trois cent quarante-quatre écoles primaires ou complémentaires., trente-deux écoles secondaires et quarante-trois écoles techniques.
Abus sexuels
Plusieurs institutions lasalliennes dans différents pays ont été accusées, et ont admis, des abus physiques et sexuels graves et répétés à l'encontre des personnes dont elles avaient la charge.
En juillet 2026, les représentants des écoles chrétiennes de France et d’Europe demandent pardon aux victimes et indiquent engager un audit pour déterminner les « violences physiques et sexuelles » commises entre 1950 et les années 1990..
Fusion En 1938, les Frères des Écoles chrétiennes de la Miséricorde de Montebourg, fondés par sainte Marie-Madeleine Postel en 1842, fusionnèrent avec les Frères des Écoles chrétiennesArchives lasalliennes de France : Benoît Gillet, 50 E 1, Fonds de l'établissement de Montebourg (1844–2010), répertoire numérique détaillé, mars 2015, p. 3..
Maisons généralices 1717–1771 : manoir de Saint-Yon, faubourg Saint-Sever, près de Rouen ; 1771–1780 : maison du Saint-Esprit, rue Neuve Notre-Dame-des-Champs, Paris ; 1780–1792 : maison du Saint-Enfant-Jésus, rue Saint-Ambroise, Melun ; 1795–1804 : place du Saint-Sauveur, Rome, Italie ; 1804–1821 : maison du Petit-Collège, place du Petit-Collège, Lyon ; 1821–1847 : maison du Saint-Enfant-Jésus, 185 rue du Faubourg-Saint-Martin, Paris ; 1847–1905 : maison Saint-Joseph (ancien hôtel de Montmorin et actuel ministère des Outre-mer), 27 rue Oudinot, Paris ; 1905–1936 : maison Saint-Joseph, Lembecq-lez-Hal, Belgique ; depuis 1936 : maison Saint-Jean-Baptiste-de-La-Salle, 476, Via Aurelia, Rome, Italie.
Innovations pédagogiques
Principales innovations vignette|195px|Jean-Baptiste de La Salle par Pierre Léger.
Au , Jean-Baptiste de La Salle et ses premiers disciples n'ont pas ouvert un seul type d'école. Ils ont su répondre, d'une manière adaptée, aux diverses demandes. Ils ont créé :
des écoles primaires, gratuites, organisées par classe, adaptées aux enfants : Jean-Baptiste de La Salle recommande l'apprentissage de la lecture dans la langue maternelle. Jusque-là, on apprenait d'abord à lire en latin. Chez les Frères, l'enseignement est simultané, les élèves sont groupés par niveau. Auparavant le maître, l'écolâtre, s'occupait individuellement des enfants. Pendant ce temps, les autres restaient inactifs ;
des écoles normales. Jean-Baptiste de La Salle eut pour souci constant d'assurer une sérieuse formation des maîtres, une formation tout à la fois chrétienne et pédagogique, il inaugure un premier Séminaire (ou école normale) de maîtres pour la campagne, à Reims, en 1684 ; un second, en 1685, et un troisième, à Paris, en 1699soit plus d'un siècle avant l'établissement similaire d'Yverdon, en Suisse (1805), par Pestalozzi., ce qui lui valut le titre d'« Instituteur des Instituteurs ». Avant lui, les écoles sont sans organisation et sans lien entre elles. Le recrutement et la formation des maîtres n'offrent que de médiocres garanties. Il conçoit un vaste plan d'organisation scolaire et créé les organes propres à le réaliser ;
des cours pour adultes, qui permettent à l'ouvrier, à l'apprenti, après sa journée de travail, de perfectionner sa culture intellectuelle, en vue d'élever sa situation, ou tout au moins de l'améliorer. Ainsi des écoles dominicales sont-elles ouvertes, à Paris en 1698 et 1703. Ces cours pour adultes seront réorganisés par les Frères en 1830 ;
des classes de formation professionnelles (préparant à un métier) pour les fils de bourgeois commerçants, où le sens pratique est développé. Les élèves travaillent sur des contrats, des imprimés et autres documents dont ils sauront se servir plus tard. La première école professionnelle est établie à Paris, à la paroisse Saint-Sulpice, en 1699, une seconde est créée à Saint-Yon en 1705 ;
des « pensions de force » pour la rééducation des enfants difficiles et des jeunes délinquants.
Idées d'avant garde Connaître l'enfant. Le maître s'intéresse à son milieu social et familial. Chaque écolier a son dossier. Tous les mois, les élèves peuvent changer de division, s'ils sont arrivés au niveau ;