Taïwan n'a jamais été un pays à part entière. Pourtant l'histoire de l'évolution de sa nationalité a été marquée par de nombreux changements radicaux. Une nationalité proprement « taïwanaise » n'a commencé à émerger que dans les années 1990, même si plusieurs pratiques de la nationalité se sont succédé avant cela. La formation d'une nationalité et d'une citoyenneté propres ont été permises grâce aux outils légaux et politiques que sont la constitution et la progression vers la démocratie.

La nationalité taïwanaise aujourd'hui

Taïwan n'est pas un pays reconnu comme tel par les Nations unies ou les États-Unis. Pourtant, Taïwan se nomme officiellement République de Chine, a sa propre nationalité et octroie des passeports indépendants de ceux de la République populaire de Chine.

Pour recevoir un passeport de la République de Chine, il faut être un citoyen taïwanais, c'est-à-dire être né à Taïwan ou avoir au moins un parent de nationalité taïwanaise. Pour les personnes venant de la République populaire de Chine, il est possible, selon l'Article 18 du code de procédure d'obtention d'un passeport, d'obtenir un passeport taïwanais. Pour cela, il faut que la personne vive hors de la Chine continentale depuis plus de quatre ans ou qu'elle ait obtenu le statut de résidence permanente à l'étranger depuis plus de deux ans ou qu'elle soit mariée à un citoyen taïwanais depuis plus de deux ans ou, enfin qu'elle ait un enfant avec un citoyen taïwanais. Pour les citoyens taïwanais même, certaines restrictions s'appliquent aussi. Comme le service militaire est obligatoire entre 19 et 35 ans pour 14 mois (depuis , va être raccourci à 12 mois en 2008)CIA - The World Factbook - Taiwan, certaines restrictions s'appliquent pour les jeunes hommes ne l'ayant pas encore fait. Par exemple, selon l'Article 20, un jeune homme à la veille d'être en âge pour le service militaire ne peut avoir un passeport valide que pour moins de trois ans.. Plus d'information sur les procédures à suivre pour obtenir un passeport de la République de Chine voir le site officiel du Bureau des Affaires Consulaires de la République de Chine:

Composition de la population de Taïwan et la question de l'identité

Population totale : 23,595,274 (estimations 2024)

Répartition de la population: Taïwanais (incluant Hakkas) : 84 % Chinois : 14 % Aborigènes : 2 %

La question fondamentale qui alimente encore aujourd'hui les débats politiques à Taïwan concerne l'identité des Taïwanais. Comment se perçoivent-ils ? Quelle est leur statut par rapport au reste de la Chine ?

Le groupe ethnique le plus important de la Taïwan est composé de Chinois Han. Ce groupe a un sens défini de son identité et de la signification politique de cette identité : ils se voient comme faisant partie de la « Nation Chinoise »Alan M. Wachmann, « Competing Identities in Taiwan », dans The Other Taiwan: 1945 to the Present, édité par Murray A. Rubinstein (Armonk, NY: M.E. Sharpe, 1994), 61. et est proche du Kuomintang. Néanmoins, certains de ces Taïwanais, tout en reconnaissant leur ascendance chinoise, se considèrent néanmoins comme faisant partie de la nation de Taïwan. Il y a en outre les Taïwanais qui s'identifient comme Chinois mais qui n'aiment pas le Parti Populaire de la République de Chine. Enfin, quelques Taïwanais ne se sentent ni Taïwanais, ni Chinois mais plutôt déracinésShoppa,Keith R. The Revolution and its Past Upper Saddle River: Pearson Prentice Hall,2007: 446.

Parmi les Hans on distingue parfois les Hakkas qui parlent leur propre langue de la famille des langues chinoises. En , le gouvernement créa le Conseil des Affaires Hakka afin de revitaliser cette culture. En 2003, les Hakkas ont donc pu jouir d'une chaîne de télévision diffusé dans leur langue, ce qui n'est qu'un exemple parmi d'autres de l'intégration de ce groupe dans la société taïwanaise.

Le dernier groupe ethnique est composé des Aborigènes austronésiens. Ils étaient les premiers habitants de l'île de Taïwan. Ces aborigènes constituent maintenant 2 % de la population. L'Alliance des Aborigènes de Taïwan (AAT) a été formée en 1984 en vue de défendre les droits de la communauté. En 1995, Yi-chiang et un autre leader du groupe AAT furent jetés en prison pour avoir tenté de sensibiliser la population aux enjeux des aborigènes. La situation entre le gouvernement taïwanais et les aborigènes semble toujours dans une impasse à ce jourShoppa, The Revolution and its Past 446-447..

La nationalité taïwanaise avant 1895

Il est difficile de savoir si, avant que la Chine prenne un contrôle direct de Taïwan en 1683, les habitants de l'île de Taïwan formaient une nation. Le concept de nationalité semble avoir évolué à Taïwan au fur et à mesure que la Chine intégra l'île et ses habitants dans sa sphère politique et culturelle. Cela dit, la formation d'une nationalité chinoise à Taïwan se fit au détriment de certains groupes de la population, comme les aborigènes qui furent rapidement exclus de la société, ils durent migrer ou s’assimilerWang I-Shou, Cultural contact and the migration of Taiwan's Aborigenes : A historivcal perspective, China's island frontier, Ronald G. Knapp, SMC publishing inc., p39.

Dès le , Taïwan fut ouvert au commerce avec les Hollandais, les Espagnols et les Chinois. Taïwan était peuplée d'environ aborigènes, et du même nombre de Chinois HansSchoppa, Revolution and its Past, 23. L'île de Taïwan servait d'endroit de refuge pour les dissidents politiques Chinois ou simplement de port de commerce avec les Européens et donc, comme il a été dit plus haut, n'avait pas de statut de nationalité propreWills, John E. « The Seventeenth-Century Transformation: Taiwan Under the Dutch and the Cheng Regime », dans Taiwan, a New History édité par Murray A. Rubinstein: 2007, 84-103..

En 1683, Taïwan devint une préfecture de la province chinoise de Fukien, sous la dynastie Qing. Cela signifie que Taïwan n'était pas reconnue comme étant une province chinoise. L'île était ouverte au commerce avec la Chine et les étrangers mais ne serait plus terre d'accueil pour les dissidents. Sans donner un statut de citoyenneté pleine aux Taïwanais, le gouvernement chinois s'assurait tout de même de garder le contrôle de l'îleWills, John E. « The Seventeenth-Century Transformation: Taiwan Under the Dutch and the Cheng Regime », dans Taiwan, a New History édité par Murray A. Rubinstein: 2007,102.

La prise de pouvoir de la dynastie Qing favorisa le rapatriement de la majorité des Chinois vivant à Taïwan. Avant l'arrivée des Hollandais au début du , beaucoup de guerres entre les villages aborigènes avaient lieu. Un nouveau système d'administration et de taxation fut mis en place par les Hollandais puis par Zheng Chenggong et ses descendants, premiers dirigeants chinois à Taïwan (1661-1683)Wills, John E. « The Seventeenth-Century Transformation: Taiwan Under the Dutch and the Cheng Regime », dans Taiwan, a New History édité par Murray A. Rubinstein: 2007,95. Ce système fonctionnait très bien, alors les Qings n'avaient aucune envie de le changer : les aborigènes ne payaient donc pas beaucoup de taxes, en pratique. Rapidement, néanmoins, les responsables officiels commencèrent à s'inquiéter des abus infligés sur la population aborigène et de la corruption des contrôleurs de taxesShepherd, John R. « The Island Frontier of the Ch'ing, 1684-1780 » dans Taiwan, a New History édité par Murray A. Rubinstein: 2007,110-111. Avec l'arrivée massive de Chinois (dont les Hakkas venus du sud de la Chine à la fin du ), Taïwan développa une identité très liée à la Chine. Les Chinois avaient tendance à se regrouper selon les régions d'où ils venaient. L'organisation sociale était très proche de celle que l'on pouvait retrouver en Chine, avec ses mêmes lois et ses mêmes luttes ethniquesShepherd, John R. « The Island Frontier of the Ch'ing, 1684-1780 » dans Taiwan, a New History édité par Murray A. Rubinstein: 2007,128-129. Taïwan n'obtiendra de statut au sein de la Chine Impériale qu'au .

En 1884, Taïwan devient une province à part entière avec comme capitale Taipei et les habitants de l'île sont officiellement nommés sujets de l'Empereur de Chine. La forte population chinoise (dont les Hakkas) ne présente pas de problèmes d'assimilation mais il en est autrement pour les peuples aborigènes. Une campagne d'éducation des aborigènes fut mise en place. En 1887, Liu Mingchuan, le premier gouverneur de Taïwan (1884-1891) se targuait d'avoir transformé aborigènes en « bons sujets loyaux de l'Empereur »Gardella, Robert. « From Treaty Ports to Provincial Status, 1860-1894 » dans Taiwan, a New History édité par Murray A. Rubinstein: 2007, 191.. Cela grâce à l'apprentissage du mandarin, des classiques de Confucius, de la médecine chinoise et à un contrôle militaire des régions habitées par les aborigènes.

Jusqu'à la première des deux guerres sino-japonaises, en 1894, les Taïwanais étaient considérés de nationalité chinoise mais ce statut sera vite changé lorsque l'île passera aux mains des Japonais.

Taïwan sous le contrôle Japonais (1895-1945)

En 1895, la Chine perd Taïwan en faveur des Japonais selon le traité de Shimonoseki qui met fin à la première des deux . Taïwan devient donc une colonie du Japon, colonie qui sera administrée différemment tout au long de ces 50 années. Ce qui marque cette période est le statut ambivalent donné à Taïwan : d'abord considérée comme n'étant qu'une simple colonie, l'île sera peu à peu assimilée à la culture du JaponSchoppa, Keith. Revolution and its Past: Identities and Change in Modern Chinese History. Pearson Education, (New Jersey: 2006,) 297-298.

Répression militaire (1895-1918)

Durant cette période, le Japon assura le contrôle de Taïwan en s'imposant militairement. De dures répressions caractérisent la politique de contrôle militaire. Le massacre de Yulin et autres répressions militaires du début de l'occupation japonaise visaient surtout la population chinoise de Taïwanhttp://www.taiwan.com.au/Polieco/History/report04.html, consulté le 22 novembre 2007.

Néanmoins, dès 1915, la politique du Japon à l'égard de Taïwan s'adoucit. Le Japon veut en effet faire de Taïwan une extension du Japon et favorise une politique d'assimilation culturelleHarry J. Lamley, « Taiwan under Japanese Rule, 1895-1945: the Vicissitudes of Colonialism », in Taiwan: a new History,ed. Murray A. Rubinstein (Armonk, NY: M.E. Sharpe, 1999), 204..

Assimilation par l'éducation (1918-1937)

En 1919, une nouvelle définition officielle de l'assimilation est mise de l'avant par les Japonais, visant l'intégration des Taïwanais dans la vie coloniale sur une base égalitaire avec les JaponaisTsurumi, Patricia. « Education and Assimilation in Taiwan under Japanese Rule, 1895-1945 » dans Modern Asian Studies 13, no 4 (1979): 626.. Cela dit, en pratique, les colonisateurs Japonais présents sur l'île n'appliquèrent jamais ces principes venant de l'autorité officielle et continuèrent à voir les Taïwanais assimilés comme étant inférieurs aux JaponaisTsurumi, Patricia. « Edication and Assimilation in Taiwan under Japanese Rule, 1895-1945 », 626.