Paul Victor Antoine Struye, né le à Gand et mort le à Ixelles (Belgique), est un homme d'État belge, notamment membre du Parti social chrétien
Il est conseiller communal d'Ixelles de 1936 à 1938 et de 1945 à 1959, ministre de la Justice de 1947 à 1948, sénateur de 1946 à 1973, président du Sénat de Belgique de 1950 à 1954 et de 1958 à 1973. Ministre d'État en 1958.
Biographie Enfance et scolarité
Paul Struye est né à Gand, le , fils du docteur Eugène Struye et de Jenny Linon. Si son père est gantois, ses racines se trouvent à Ypres ; arrière petit-neveu de Félix Struye-Provoost, il est un cousin éloigné du sénateur catholique yprois Félix Struye de Swielande. Sa mère Jenny est la fille d'un banquier de Verviers. Lorsque la guerre éclate le , Paul n'a pas dix-huit ans et entre en deuxième candidature en Philosophie et Lettres, après avoir terminé ses humanités gréco-latines au collège Sainte-Barbe (il obtient la «médaille d'or» de celui qui est premier en excellence durant les six années d'humanités), puis sa première candidature en Philosophie et Lettres à l'Université de Gandarchives familiales Pierre-Paul Struye.
La Première guerre mondiale
Le , il prend la plume et, dans un petit carnet, écrit: «J'entreprends aujourd'hui de retracer rapidement les épisodes les plus saillants qui ont marqué et qui marqueront les jours inoubliables que nous aurons vécus en 1914. Il est à peine besoin de dire que ces quelques mots, hâtivement couchés sur le papier, ne prétendent pas le moins du monde constituer une relation suivie de la terrible guerre déchaînée sur l'Europe. Quelques impressions et souvenirs personnels: voilà ce qu'elles seront uniquement. Reportons-nous aux prodromes de la catastrophe, nous noterons ensuite les événements au jour le jour ... »
Après avoir décrit la montée de la tension internationale à la fin du mois de juillet, avec la déclaration de guerre par l'Autriche à la Serbie, puis la guerre déclarée par l'Allemagne à la Russie et la mobilisation générale de l'armée belge, il est le à Bruxelles : «Arrivé à Bruxelles vers 9 h 30, j'y achète un journal qui m'apprend une nouvelle épouvantable et inattendue, véritablement renversante : l'Allemagne a adressé un ultimatum à la Belgique, la sommant de s'unir à elle, de laisser passer ses troupes sur son territoire. La Belgique a refusé. Il est à peine besoin de dire que cette nouvelle m'atterre littéralement. Hier encore, tous ceux avec qui j'avais conversé à Gand m'avaient exprimé leur conviction que notre neutralité ne serait pas violée ... Je me sens envahi par un vif sentiment de haine contre l'Allemagne. Dans les rues, on s'arrache fiévreusement les journaux et l'on commente les tragiques nouvelles ... »
Les anciens élèves du collège Sainte-Barbe invitent par une circulaire leurs condisciples à s'engager comme volontaires. Paul écrit: «Mes sentiments ont bien changé à ce sujet. Aussi longtemps qu'on restait persuadé que les soldats belges ne couraient et ne courraient jamais aucun danger, le service militaire n'apparaissait que comme une ennuyeuse corvée et une perte de temps inutile. Maintenant au contraire que le danger est proche, on est honteux presque de ne pas prendre les armes. L'on se prend à regretter vivement de ne pas avoir l'âge requis, ni l'autorisation paternelle!»
Le lendemain , il se rend à nouveau à Bruxelles, devant le Parlement où la foule attend la sortie des ministres: «Voici que s'ouvre la porte du Palais de la Nation et qu'apparaît la haute stature, l'énergique et sympathique visage de celui en qui, en ce moment solennel, tous les Belges concentrent leurs espérances et de toutes parts des cris enthousiastes s'élèvent: "Vive de Broqueville!" C'est au milieu d'une tempête d'acclamations que le chef de cabinet, qu'accompagnent les ministres Poullet et Helleputte, s'achemine vers le Palais du Roi. Sanglés dans leur redingote, les ministres ont l'air soucieux et grave. Sur tout le parcours, on les salue respectueusement, tandis que retentissent les accents solennels de la Brabançonne. Je vivrais cent ans que je n'oublierais jamais ces moments pathétiques et profondément impressionnants, ces acclamations délirantes, cette explosion de sentiments communs, on le sent bien, à sept millions de Belges!»
Il assiste, atterré, à l'entrée des troupes allemandes dans Gand le 12 octobre: «On se sent envahi par un sentiment de tristesse et d'indignation Les casques à pointe succèdent aux casques à pointe. La foule regarde et, parfois, adresse aimablement la parole, plaisante et rit avec ces bandits ! Étrange mentalité !. .. Combien de temps allons-nous subir le joug de l'envahisseur? Combien de temps l'odieux drapeau allemand flottera-t-il en vainqueur orgueilleux au sommet de l'hôtel de ville? Nul ne le sait ... »
Il est déçu de l'attitude de la population: «La population n'est pas fort courageuse en général. Ma sœur Nina et moi sommes parmi les rares Gantois qui ont "osé" conserver à la boutonnière la cocarde tricolore. Aux étalages des magasins, tout ce qui semble compromettant a disparu, jusqu'aux portraits du Roi et de la Reine !»
Paul veut s'engager comme volontaire, mais son père, médecin, sachant qu'il n'a pas une excellente constitution physique, refuse de le laisser partir. On pense d'abord que la guerre se terminera vite par la défaite allemande, mais on déchante au bout de quelques moisCarnets de campagne 1914-1918, Paul Struye. Archives familiales Struye. The STRUYE's. Tome II.
Volontaire de guerre
Finalement, en , le Struye laisse son fils libre d'essayer de quitter la Belgique occupée pour s'engager comme volontaire. Paul Struye franchit clandestinement la frontière par la Hollande, avec l'aide d'un réseau de «passeurs», pour rejoindre l'armée, via l'Angleterre: «Tout cela, écrit-il dans son carnet, pour une idée, pour la défense du pays.»
Arrivé à Folkestone, dans un bureau de recrutement de l'armée belge, il est déclaré inapte au service actif vu son état de santé, comme son père l'avait prévu, mais il est admis au service auxiliaire et reçoit un uniforme militaire: «Me savoir et me voir revêtu de cet uniforme militaire, objet de mes aspirations depuis si longtemps, me ravit d'une joie véritablement enfantine. »
Les volontaires sont alors envoyés à Calais, en France, dans un centre de transit de l'armée belge. Là, il doit passer une nouvelle visite médicale, où des médecins le déclarent inapte à tout service dans l'armée! «Un de ces messieurs poussa la grossièreté jusqu'à se moquer de moi, me demandant comment j'avais eu l'idée de m'engager, moi qui ne valais pas le quart d'un homme, qui étais bossu, et patati et patata, ces déclarations, dis-je, m'avaient consterné.» Il est refusé au service et doit rendre son uniforme! Mais il ne s'avoue pas vaincu. Le gouvernement belge en exil est au Havre. Il se souvient avoir rencontré l'année précédente le ministre Cooreman, venu rendre visite à la Conférence de Saint-Vincent de Paul, dont il était président à l'université de Gand. Il se rend au Havre, obtient une audience du ministre et est finalement admis au service auxiliaire infirmier, dans un hôpital de l'arrière à Saint-Aubin.
Il y apprend son nouveau métier et, vu ses excellents services, est nommé «caporal-dépensier», responsable de tout l'approvisionnement de l'hôpital.
Cependant, il enrage de ne pas être au front et d'être un «planqué» de l'arrière. Ses amis de l'hôpital, eux, ne comprennent pas qu'il veuille abandonner une vie confortable, pour risquer la mort dans les tranchées et ses supérieurs rejettent toutes ses demandes de transfert au front, car il est trop précieux pour eux sur place ... 2
Alors, il n'hésite pas et écrit à la reine Élisabeth pour qu'elle obtienne son envoi au front de l'Yser : «Madame, Je me permets de m'adresser humblement à Votre Majesté, dont toute l'armée connaît et admire l'inépuisable bonté, afin de Lui exposer très respectueusement une situation que je crois digne d'intérêt, et d'obtenir de sa Haute et toute-puissante intervention une faveur que j'estime justifiée.» La reine dut être surprise, car la faveur qu'il demandait n'était pas celle d'être éloigné du danger, bien au contraire. Après avoir exposé ses vaines demandes par la «voie hiérarchique», il conclut: «Votre Majesté concevra combien il est pénible pour un jeune Belge qui s'est arraché volontairement à l'affection de sa famille pour se mettre au service de l'Armée et de son Roi, d'être relégué à l'arrière, loin du combat et loin du danger ... »
C'est ainsi qu'il arrive au front comme brancardier et qu'il décrit sa vie dans les tranchées chez les carabiniers. «Je viens d'apprendre ce que c'est que d'aller ramasser un blessé sous le bombardement ... Un obus éclate soudain au milieu de mon peloton, qui travaillait à peu de distance. Je me lève et aperçois, au travers du nuage de fumée noire et des mottes de terre qui se dispersent partout, les soldats qui fuient éperdument. Je cours aussitôt à leur rencontre en leur criant: "Y a-t-il des blessés?" La plupart, trop affolés, ne répondent rien. Mais quelques-uns lancent rapidement: "Oui, là-bas!" Je continue ma course, en remontant non sans peine le flot des fuyards. Pendant ce temps, des obus tombent à droite et à gauche, nous éclaboussant de terre grasse. Enfin, j'aperçois le blessé que soutient courageusement un sergent du peloton. Le malheureux paraît souffrir. C'est au dos qu'il a été atteint. Rapidement, avec des mouvements nerveux, nous lui défaisons sa veste, je lui coupe sa chemise et sa vareuse. Je puis constater qu'il n'y a pas de plaie, mais une forte contusion qui a déterminé un épanchement et une hémorragie interne. L 'homme crache du sang ... Sous les obus qui pleuvent de toute part, nous soulevons le blessé et l'amenons, non sans peine, au poste. De là, je dois chercher une seringue dans un autre poste, ce qui me fournit l'occasion de traverser encore deux fois - aller et retour -la région bombardée. L 'homme est gravement atteint. L'aumônier entend sa confession dans la petite pièce où pétille un feu de bois et qui tremble sous l'écho des explosions qui continuent toutes proches. Qui sait si le malheureux vivra jusqu'à ce soir?»
Paradoxalement, au front, sous les obus, il continue à étudier la philosophie et il obtient une permission de huit jours, en , pour aller passer son examen de candidat en Philosophie et Lettres au Jury central, organisé par l'armée et le ministère de l'Instruction publique au Havre. Il est reçu avec la plus grande distinction! ...
Deux mois plus tard, il est blessé lors de l'offensive de , alors qu'il espérait tant rentrer avec les troupes libératrices dans sa bonne ville de Gand. 2
Ses carnets de campagne
Paul Struye a décrit ainsi sa vie de guerre dans treize petits carnets retrouvés après son décès, en 1974. Ces carnets laissent libre cours aux sentiments, montrant l'affection profonde qui l'unit à sa famille. Il fait part aussi des principes de vie que son éducation chrétienne lui a donnés et qui l'aident à tenir le coup. Le jeune étudiant-soldat découvre la diversité des tempéraments et des éducations chez les autres jeunes soldats, ses camarades. Il note aussi les petits travers de l'armée. Sa plume est claire et vive. La géopolitique ne le laisse pas indifférent: on y voit déjà le futur chroniqueur de la «Semaine internationale» de La Libre Belgique. Mais parmi les plus belles pages figurent celles où il décrit les nuits dans les tranchées, sous les obus dont les explosions illuminent le ciel, celles où il décrit le courage tranquille des «petits carabiniers», celles où il se demande comment il arrivera jamais à parcourir les quinze kilomètres à pied avec tout son harnachement, car c'est vrai qu'il n'est pas robuste ...
Avocat et chroniqueur à La Libre Belgique