thumb|275px|Le marchand d’orviétan de campagne.thumb|Étienne Jeaurat, Le marchand d'orviétan ou L'opérateur barri. Vers 1743L’orviétan est un faux antidote des .

Histoire Médicament de rencontre resté fameux dans les fastes du charlatanisme médical, l’orviétan était dû, dit-on, à l’imagination d’un certain Jérôme Ferrante, natif d’Orvieto, d’où il tira son nom, et depuis son origine jusque vers la fin du , il fut apporté en France en 1647 par un autre natif d’Orvieto du nom de Christoforo Contugi, qui se fit d’abord appeler Lorvietano, puis Lorviétan ou l’Orviétan. L’apothicaire Pierre Pomet écrit en 1694 dans son Histoire des drogues : « L’orviétan étoit commun à Rome depuis longtemps, et c’est de là que le faisoient venir les épiciers avant que le sieur Contugi eût obtenu du Roi la permission de le débiter publiquement. ».

Notoriété

Contugi acquit vite célébrité et richesse sous le nom qu’il avait choisi et il était déjà fameux au temps de la Fronde, car son pseudonyme figure en tête de plusieurs mazarinades. Ayant entrepris, en 1647, de faire approuver sa drogue par la Faculté, il réussit, moyennant espèces sonnantes trébuchantes, à obtenir la signature de douze docteurs. Mais cette ambition le perdit lorsque, voulant avoir jusqu’à l’attestation du doyen, Jean Piètre, il offrit audacieusement de la lui payer quatre cents écus en lui mettant sous les yeux les approbations qu’il avait déjà achetées. Jean Piètre, mauvais médecin, mais honnête homme, réunit toute la Faculté et les douze docteurs corrompus « furent chassés de la compagnie par un décret solennel. ». Patin, le , dans une lettre à son ami Charles Spon se fait le chroniqueur zélé de ce scandale:  Sont impliqués : Jean III de Gorris (fils de Jean de Gorris) , René Chartier, Jean Chartier, François Guénault, Denis Le Soubz, Sébastien Rainssant, Pierre de Beaurains, François Pijart, Jean Du Cléda, Élie Bedé des Fougerais, Isaak ou Eusèbe Renaudot, et enfin Armand-Jean de Mauvillain. De l'école de Montpellier, chaud partisan de l’antimoine et de l’orviétan, Mauvillain ne pouvait que s'attirer l'inimité de Patin, partisan de la saignée. Devenu doyen de la Faculté, Mauvillain réussit à imposer l'antimoine en 1666. François Nivelet fait de Mauvillain l’inspirateur de l’Amour médecin (1665), Monsieur de Pourceaugnac (1669) et le Malade imaginaire (1673), pièces de Molière.

Cette mésaventure du charlatan italien ne nuisit nullement au succès qu’obtenait sa drogue qui finit par obtenir l'approbation de la faculté. Un extrait du privilège du Roi indique :

Toute personne susceptible de vendre l'Orviétan devait en principe avoir l’autorisation des Contugi et des autorités.

Dans L’Amour médecin

Dans L’Amour médecin (), on retrouve un vendeur d’orviétan auquel s’adresse Sganarelle fâché. Comme l’atteste comiquement Molière, c’était une véritable panacée Molière, L'Amour médecin, acte II, scène 7.:

Un nom de théâtre vignette|Karel Dujardin - Les charlatans italiens ou Le Marchand d'orviétan. 1657. Le nom de l'Orviétan apparaît le , dans l'acte de mariage d'un compatriote, Lucatelli (le Trivelin d'alors), il prend alors les noms et qualités de « Christofle Contugi, dit l'Orviétan, opérateur du Roi ». L'Orviétan est un vrai nom de théâtre, qui semble indiquer que celui qui le portait n'avait pas renoncé à monter sur les tréteaux et à distribuer ses boîtes en personne. Et Adolphe Régnier de dire :

Les vendeurs d'orviétan notoirement enrôlaient des comédiens et des bouffons, souvent italiens, pour jouer des farces sur leur théâtre et attirer ainsi la foule des badauds. Tout le monde connaissait Mondor et Tabarin, Descombes et Grattelard. La notoriété des frères Modor et Tabarin était immense, et tout Paris se déplaçait pour les entendre et acheter leur onguents et remèdes : . S'il faut en croire Le Boulanger de Chalussay, auteur d'Élomire hypocondre ou les Médecins vengés (Élomire, l'anagramme de Molière), Molière lui-même aurait commencé chez l'Orviétan, et peut-être chez le fameux opérateur Barry. Cette pièce qui n'a jamais été jouée est une attaque virulente contre Molière de son vivant.

L’orviétan fut ensuite débité en France, probablement usurpé, dans les villes, dans les bourgs et dans les villages, par des tabarins de bas étage, des bateleurs effrontés, charlatans, saltimbanques, marchands de drogues prétendues médicales vendant leurs produits avec accompagnement de lazzis, de farces burlesques, de parades et de coups de grosse caisse, qui s’installaient sur les places publiques, dans les foires et dans les carrefours, et qui, attirant les badauds par le moyen de leur spectacle grossier, aidaient ainsi la vente de leur spécifique incomparable. De là est venu qu’on a donné, par la suite, le nom de « marchand d’orviétan » aux charlatans de toutes sortes.

Postérité

L'orviétan en transmit le secret à ses descendants, et l’un d’eux le vendit à un autre entrepreneur de guérisons, le sieur Nicolas de Blegny, créateur de nombreuses spécialités pharmaceutiques, aigrefin qui, pour avoir le titre de médecin du roi, connaissait pourtant mieux le chemin de la prison que celui de la Cour.

L'Orviétan demeura la propriété exclusive de la famille Contugi jusqu’au , date à laquelle nomma un ancien doyen de la Faculté de Médecine de Paris, Nicolas Andry, « inspecteur de la composition de l’orviétan ». La famille Contugi demeura toutefois propriétaire de la formule, fabricant, et grossiste.

Il se vendait encore en 1741, rue Dauphine, au bas du Pont Neuf, à l'enseigne du Soleil d'or, chez un descendant de Ferranti.

Alors que l'Orviétan est toujours propriété de la famille Contugi, son utilisation passe de mode à la fin du .

Composition

Patin le décrit comme un Opiat.

La thériaque entrait dans la composition de cet électuaire.

Dans Furetière :

Moyse Charas (1619-1698) en donna une formulation dans sa Pharmacopée royale galénique et chimique. .

Chez Panckoucke, le Dictionnaire des sciences médicales :

Patrizia Catellani et Renzo Console ont analysé trente-cinq recettes différentes d'orviétan, publiées entre 1655 et 1857Patrizia Catellani et Renzo Console, L'orvietano, Pise, ETS, 2004.. L'orviétan était un mélange de végétaux de vin et de miel, qui existait également sous forme de poudre (vendue dans des boîtes en plomb). Le nombre d'ingrédients varie de neuf à cinquante-sept. La base du produit est la chair de vipères séchées garnies de leur cœur et de leur foie, mélangée à diverses plantes dont les plus fréquentes sont : angélique, aconit tue-loup, aristoloche, renouée, acore odorant, chardon carlin, dictame, gentiane, immortelle, salsifis noir, tormentille, valériane, chardon béni, dictame de Crète, rue, germandrée, baies de laurier, genévrier, cannelle, clous de girofle. On y ajoute une petite quantité des deux concoctions, mithridate et thériaque, ainsi que du vin blanc et du miel.

Notes

Bibliographie

Alfred Franklin, La Vie privée d'autrefois, Paris, Plon-Nourrit, . Arthur Pougin, Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s’y rattachent, Paris, Firmin-Didot, 1885, .

Voir aussi

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