Les nationalisations en France sont l'ensemble des nationalisations des biens ou entreprises n'appartenant pas originellement à l'État français. La nationalisation peut être totale si toute l'entreprise passe dans le secteur public, ou partielle, si seulement une partie du capital est achetée.

Ancien Régime Les premières nationalisations ont lieu sous l'Ancien Régime. Il s'agit alors pour le pouvoir royal de renforcer son pouvoir sur l'appareil économique afin de structurer le tissu productif français. Ces interventions étaient souvent motivées par une doctrine mercantiliste. Ainsi, en 1662, Jean-Baptiste Colbert nationalise la manufacture des Gobelins. La manufacture de Sèvres est ensuite nationalisée en 1756.

L'utilisation du terme de est toutefois sujette à caution, car le concept est alors anachronique : ces entreprises sont acquises par le roi sur les fonds publics, qui ne sont pas nécessairement distincts de ses fonds propres. +Nationalisations sous l'Ancien Régime1662Manufacture des Gobelins1756Manufacture de Sèvres

Révolution française et Première République (1789-1804) Certains biens, appartenant notamment à l'Église catholique et à la noblesse, sont nationalisés par la France révolutionnaire. Ces biens, appelés biens nationaux, sont ensuite vendus afin de renflouer le Trésor.

Premier Empire (1804-1814)

Napoléon Bonaparte nationalise en 1810 la production et la vente de tabac. Cette mesure a une vocation fiscale avant tout. Jacques Duclos rappellera cet épisode en 1945 pour souligner que les nationalisations voulues par le gouvernement provisoire ne sauraient fonder une véritable politique socialiste, car .

Première Restauration (1814-1815)

Cent-Jours (1815)

Seconde Restauration (1815-1830)

Monarchie de Juillet (1830-1848)

Deuxième République (1848-1852)

La nationalisation des compagnies d'assurance, ainsi que celle des chemins de fer, sont proposées à l'Assemblée nationale législative sous la Deuxième République. Alphonse de Lamartine et Louis-Antoine Garnier-Pagès l'envisagent rapidement.

Second Empire (1852-1870) Napoléon III nationalise par décret, le , le Crédit foncier de France. Les nationalisations font déjà partie des revendications de certaines sociétés socialisantes. Nationalisations sous le Second Empire1854Crédit foncier de France

Troisième République (1870-1940)

Jusqu'à la Première Guerre mondiale Les projets de nationalisation sont principalement portés par les socialistes sous la Troisième République. Jules Guesde vote en 1897 un texte en faveur de la nationalisation de la Banque de France, qui échoue. Le groupe socialiste propose ces nationalisations ou bien pour des raisons pratiques, ou bien idéologiques.

L'État nationalise les réseaux téléphoniques en 1889. La première nationalisation à caractère économique a lieu en 1907. L'État vole au secours de la Compagnie ferroviaire de l'Ouest, en difficulté financière. Nationalisations sous la Troisième République (1870-1918)1877-1879Réseau des chemins de fer de l’État1889Réseaux téléphoniques divers 1907-1908Compagnie ferroviaire de l'Ouest

L'après Première Guerre mondiale En 1919, l'État prend le contrôle des mines de potasse d'Alsace. Ces premières nationalisations sont exceptionnelles. La nationalisation des caisses de crédit agricole, qui deviennent la Caisse nationale de crédit agricole, est un cas singulier.

Certaines nationalisations sont partielles. C'est le cas de celle la Compagnie nationale du Rhône en 1921. La nationalisation était rendue nécessaire par les hauts niveaux d'investissements requis. C'est aussi le cas, trois ans plus tard, de la Compagnie française des pétroles ; l'État montera à 35% du capital en 1931.

La nationalisation n'est pas une revendication majeure dans la vie politique avant les années 1930. Elle apparaît, discrètement, dans le programme du cartel des gauches. Ce n'est qu'alors qu'elle devient un objet de débat entre la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO) et les partis avec lesquels elle pense pouvoir gouverner. Nationalisations sous la Troisième République (1919-1935)1919Mines de potasse d'Alsace1920Crédit agricole1921Compagnie nationale du Rhône1924Compagnie française des pétroles

Sous le Front populaire Le Front populaire promeut les nationalisations dans son programme de campagne. Conformément à son programme, il nationalise les usines d'armement dès le . Il nationalise également les compagnies de chemins de fer en créant la SNCF le . Le secteur de la construction aérienne est également nationalisé en et début 1937, et répartie au sein de six entreprises (SNCASO, SNCASE, SNCAC, SNCAN, SNCAO, SNCAM). Seuls les motoristes aéronautiques (Caudron-Renault, Gnome et Rhône, Lorraine-Dietrich, Hispano-Suiza) échappent à la nationalisation forcée, mais le seront à la Libération.

Toutefois, le programme de nationalisations du Front populaire était beaucoup plus important que celui effectivement réalisé. La Banque de France n'est par exemple pas nationalisée, quoique le gouvernement y affermisse son contrôle. Les freins à ces nationalisations sont de trois types. D'abord, la résistance patronale. Mis à part les sociétés très déficitaires comme celles des chemins de fer, les patrons sont très hostiles à ces nationalisations. Si les socialistes de la SFIO apparaissent favorables aux nationalisations, c'est moins vrai pour les radicaux et les communistes. Les radicaux se méfient de l'interventionnisme de l'État, tandis que les communistes rejettent une solution réformiste renforçant le système capitaliste. Dernier frein, enfin, la conjoncture. Les réformes monétaires et les réformes de structure accaparent les gouvernements du Front populaire entre 1936 et 1938. Cette période a le mérite d'ouvrir le débat concernant les nationalisations : qui, pourquoi et comment. Avant 1936, ce type de débats concernait seulement quelques initiés. Il est désormais sur la place publique. Nationalisations sous la Troisième République (1936-1938)1936Diverses entreprises d'armement1936Schneider et Cie1936-1937Diverses sociétés aéronautiques1937Société nationale des chemins de fer français

Seconde Guerre mondiale (1940-1944)

Côté régime de Vichy Le régime de Vichy met en œuvre une politique de nationalisation, quoique ses motifs soient souvent différents de ceux avancés par le Front populaire. Il nationalise l'agence de presse Havas qui devient l'AFP à la Libération, à des fins de contrôle de l'information, ainsi que la Société française de radio-diffusion et la Société nouvelle Pathé Cinéma. Dans un objectif stratégique, la Société nationale des pétroles d’Aquitaine est nationalisée. Nationalisations sous le Régime de Vichy (1940-1944)1940Agence Havas-PublicitéInformation1940Société nouvelle Pathé CinémaInformation1941Société nationale des pétroles d'AquitaineÉnergie1942Société française de radio-diffusionInformation

Côté France Libre Le programme du Conseil national de la Résistance (CNR) réclame dès 1944 le . Quatre raisons majeures expliquent ce choix. La sanction pour collaboration (soit réelle, soit couvrant un règlement de comptes), la mise en place d'une , la rationalisation de l'économie et l'urgence de la reconstruction.

Gouvernement provisoire de la République française (1944-1946)

Première vague (décrets) Le Gouvernement provisoire de la République française succède au régime de Vichy à la tête de l’État. Il est successivement dirigé par Charles de Gaulle, Félix Gouin, Georges Bidault et Léon Blum. Trois vagues de nationalisation se succèdent, dont deux sous le gouvernement provisoire. La première vague a lieu de à , sous l'égide de Charles de Gaulle.

Il nationalise par ordonnance, notamment, les Houillères du bassin du Nord et du Pas-de-Calais () et les Charbonnages de France (), qui exploitent des matériaux stratégiques au redressement du pays. Renault est nationalisé le , sans compensation financière, pour collaboration avec l'ennemi, et devient une régie.

Si elles font l'objet d'une adhésion générale, ces nationalisations ne remportent pas une adhésion totale. Joseph Laniel dit à l'Assemblée nationale : . Nationalisations sous le Gouvernement provisoire de la République française (1944-1945)1944Houillères du bassin du Nord et du Pas-de-CalaisÉnergie1944Charbonnages de FranceÉnergie1945RenaultTransports (punitif)1945Gnome et RhôneTransports

Deuxième vague (lois) La deuxième vague a lieu du au . Il s'agit cette fois-ci de lois. Sont nationalisés les transports aériens et l'industrie aéronautique (), la Banque de France et les quatre plus grandes banques françaises () suivent. Après le départ du général de Gaulle, le gaz et l'électricité (loi du ) et les onze plus importantes compagnies d'assurance () sont nationalisés.

La nationalisation des banques s'est effectuée de manière rapide, afin d'éviter des mouvements spéculatifs qui ont pour but la réalisation de bénéfices à court terme. Le projet de loi a été déposé le vendredi au soir, après la fermeture de la bourse, pour être voté le et publié au Journal officiel dès le lendemain. Nationalisations sous le Gouvernement provisoire de la République française (1945-1946)1945Air Bleu, Air France TransatlantiqueTransports1945Banque de FranceCrédit1945Crédit LyonnaisCrédit1945Société généraleCrédit1945Banque nationale du commerce et de l'industrieCrédit1945Comptoir national d'escompte de ParisCrédit1946Entreprises d'électricitéÉnergie1946Entreprises de gazÉnergie1946Entreprises d'assurances (34)Énergie1946Caisse des dépôts et consignationsCrédit1946Crédit foncier (100 %)Crédit1946Crédit nationalCrédit1946Crédit agricole (100 %)Crédit1946Banque de l'AlgérieCrédit

Quatrième République (1946-1958) La Quatrième République nationalise assez peu, l'essentiel des nationalisations nécessaires à la reconstruction ayant eu lieu sous l'égide du gouvernement provisoire. Toutefois, une troisième vague de nationalisations, de moindre ampleur, complète les deux précédentes actées sous le GPRF, du au .

Si la SFIO se déclare favorable à un secteur public fort, aucun comité interne travaille sur de nouvelles planifications. Par ailleurs, lorsque Guy Mollet accède à présidence du Conseil, il n'a aucune intention d'étendre le secteur public.

Cinquième République (depuis 1958)

Sous Charles de Gaulle (1958-1969) Des années 1950 à 1981, le secteur nationalisé change peu. En revanche, l'État accroît ses participations minoritaires dans un nombre important d'entreprises au cours de cette période. En avril 1967, le Rapport Nora dénonce la centralisation économique de l'État. Il préconise une orientation plus commerciale et moins politique des entreprises nationalisées. La télévision est exemplaire. Jugée stratégique, la télévision est alors sous la coupe directe et pesante du ministère de l'Information. Ce carcan se desserre progressivement : 1968, introduction de la publicité ; 1969, suppression du ministère de l'Information puis décret libéralisant le statut du personnel.

Sous Georges Pompidou (1969-1974) Dans Le Nœud gordien, Georges Pompidou écrit : . Il ne nationalise aucune entreprise durant son mandat, considérant que les secteurs clefs l'ont déjà été.

Sous Valéry Giscard d'Estaing (1974-1981) En 1975, l'ORTF est éclaté en sept sociétés (TF1, Antenne 2, FR3, Radio France, INA, SFP, TDF).

Sous François Mitterrand (1981-1995)

Plan Mauroy L'élection du président de la République François Mitterrand s'accompagne d'une nouvelle vague de nationalisations indemnisées, pour un coût estimé, en 1983, à hauteur de 39 milliards de francs immédiatement après la nationalisation (contre une prévision initiale de 30 milliards) et à 102,585 milliards de francs au total sur 15 ans.