L’ () est une espèce fossile du genre Homo, dont des fossiles ont été découverts en 2003 dans la grotte de Liang Bua, sur l'île indonésienne de Florès. Les outils lithiques trouvés sur le site couvrent une période allant de , tandis que les fossiles humains ont été datés en 2016 entre avant le présent Ewen Callaway, "Did humans drive 'hobbit' species to extinction ?", Nature, 30 mars 2016 Michel de Pracontal, L'homme de Florès, dit le « Hobbit », a précédé Homo sapiens en Indonésie, Mediapart, 2 avril 2016, .
Homo floresiensis était de petite taille (entre ), peut-être en raison d'un processus de nanisme insulaire, à l'instar d'autres populations de l'île.
Après des années de controverse sur la validité de cette nouvelle espèce, due notamment à l'ancienneté étonnamment faible des fossiles au regard de leur morphologie, il est désormais largement admis par les spécialistes que l'Homme de Florès représente bien une espèce humaine à part entière. Sa position phylogénétique demeure néanmoins débattue, certains chercheurs voyant en lui un descendant dHomo erectus ayant subi une forte dérive génétique due à l'isolement, et d'autres, de plus en plus nombreux, le plaçant plutôt à la racine du genre Homo, aux côtés dHomo habilis et dHomo luzonensis. Dans cette dernière hypothèse, l'Homme de Florès aurait précédé Homo erectus en Asie du Sud-Est.
Historique vignette|redresse=1.8|La grotte de Liang Bua (île de Florès).
L'Homme de Florès a été découvert en 2003 dans la grotte de Liang Bua par une équipe d'archéologues dirigée par Mike Morwood (Université de Wollongong, en Australie) et Radien P. Soejono (Centre indonésien pour l'archéologie de Djakarta). En s'appuyant sur des moulages, le paléontologue australien Peter Brown a réalisé la première étude des fossiles, publiée dans la revue Nature avec un article des découvreurs le .
Les premiers fossiles trouvés en 2003 incluaient le crâne et une bonne partie du squelette post-crânien d'un même individu (noté Liang Bua 1 ou LB 1). Au cours des mois et des années suivantes, d'autres fossiles furent mis au jour dans les couches sédimentaires de la grotte, mais ils étaient plus fragmentaires. Les fossiles découverts à ce jour représentent en tout neuf individus appartenant à la même espèce.
En 2005, l'étude de l'ensemble des fossiles provenant de la grotte de Liang Bua découverts à cette date (rassemblant au moins un crâne, deux tibias, une omoplate, un fémur, deux radius, un cubitus, une vertèbre et des phalanges de doigts et d'orteils) permit aux découvreurs de confirmer l'existence de la nouvelle espèce Homo floresiensis.
Datation Les fossiles dHomo floresiensis ont été datés en 2016 entre avant le présent ; les outils en pierre récupérés à côté des restes squelettiques provenaient d'horizons archéologiques allant de .
L'archéologue Mike Morwood et ses collègues avaient avancé en 2004, sur la base d'une première datation d'environ (révisée plus tard à ), que cette nouvelle espèce humaine aurait cohabité avec Homo sapiens pendant des dizaines de milliers d'années sur l'ile de Florès. Les nouvelles datations de 2016 semblent indiquer que l'Homme de Florès se serait en fait éteint peu après l'arrivée dHomo sapiens dans la région, possiblement à cause de la concurrence entre les deux espèces.
Nanisme insulaire
Homo floresiensis n'est à ce jour attesté que sur l'île de Florès.
La modeste taille des spécimens fossiles (la taille des individus est estimée entre ), surnommé le "hobbit"Cette petite taille a valu à l'Homme de Florès le surnom de « Hobbit », en référence aux romans de J. R. R. Tolkien. pourrait s'expliquer par l'isolement insulaire. Il est possible que les ressources alimentaires de Florès aient été trop faibles pour permettre le maintien de la taille initiale. La sélection naturelle aurait ainsi exercé une pression évolutive sur l'espèce dans le sens d'une réduction de sa taille.
Des fossiles d'animaux ont été découverts associés aux restes dHomo floresiensis, dont un stégodon nain, parent disparu de l'éléphant, et un rat géant (Papagomys). Les dragons de Komodo, présents sur Florès, sont des varans géants pouvant mesurer jusqu’à de long. La théorie de l'évolution insulaire explique certaines adaptations évolutives en raison de l'isolement : la limitation des ressources pousse vers la réduction de la taille des grands animaux, tandis que l'absence de grands prédateurs permet l'augmentation de la taille des petits animaux.
On trouve aussi sur Florès une population actuelle de pygmées, dont les génomes montrent une sélection polygénique de la petite taille, ainsi qu'une part d'ascendance néandertalienne et dénisovienne (comme chez les autres populations de la région) mais apparemment pas de l'Homme de Florès. La sélection d'une petite taille aurait donc opéré indépendamment chez au moins deux lignées humaines sur l'île..
Caractéristiques Morphologie générale L'Homme de Florès mesure environ pour et se tient debout. Sa bipédie est attestée par la position du trou occipital, à la base du crâne, auquel se rattache la colonne vertébrale. Sa caractéristique principale est la petite taille, mais aussi la taille réduite du cerveau.
Le spécimen LB 1 vignette|upright=2.2|Analyse comparative du crâne de LB 1 avec d'autres espèces du genre Homo (Homo habilis, Homo erectus et Homo naledi). Le premier spécimen analysé par Peter Brown (LB 1) est une femme de . C’est le squelette le plus complet que l’on ait retrouvé dans la grotte de Liang Bua.
Il comporte : un crâne assez complet et peu déformé ; une mandibule ; un fémur ; un tibia ; un pied gauche relativement complet et des fragments de pied droit ; la partie gauche du bassin ; plusieurs autres fragments osseux.
LB 1 présente à la fois des caractères dérivés et des caractères archaïques, ce qui rend son analyse complexe.
Étude du crâne vignette|upright=1.2|Détails du crâne de LB1 (la femme de Florès, dite Flora) vu de profil. On peut observer la faiblesse de l'angle formé par le sinus ethmoïdal, ainsi que les légers bourrelets des os pariétaux (partie supérieure-arrière de la calotte crânienne). Le crâne de l'Homme de Florès présente les caractères suivants : un volume endocrânien comparable à celui de l’australopithèque Lucy, environ , soit la taille d'un pamplemousse ; une cloison nasale renforcée par une structure osseuse (comme chez les Australopithèques) ; un os de la voûte crânienne épais, comme chez les autres représentants du genre Homo, mais renforcé vers l'arrière (caractère propre) ; une forte courbure de l'os occipital (que l'on observe dans l'ensemble des individus appartenant au genre Homo, à l'exception dHomo sapiens) ; un faible prognathisme ; de petites canines ; un bourrelet sus-orbitaire réduit et séparé en deux parties nettes.
Des analyses microtomographiquesIl s'agit d'une technique de radiographie consistant à observer un objet au moyen d'un scanner aux rayons X, lequel possède une résolution d'un micromètre, soit un agrandissement de 10. de l'holotypeC'est-à-dire, le spécimen taxomique de base qui sert à déterminer les critères morphologiques, anatomiques et comportementaux d'une espèce donnée. de la boite crânienne de LB 1 pour en détecter les éventuelles traces d'une pathologie de pneumatisationAutrement dit, des alvéoles ou cavités provoquées par l'air. liées aux sinus frontaux, ethmoïdaux et également maxillaires, ont permis de révéler des caractères pathologiques factuels et indéniablement normaux au sein des homininés. Des observations comparatives poussées et effectuées en 2015 ont montré que ces mêmes critères pathologiques sont comparables à ceux dHomo erectus et dHomo sapiens...
Une étude de 2014 indique quHomo floresiensis aurait été doté d’un cerveau évolué, présentant un lobe frontal, impliqué dans la résolution de problèmes, et un lobe temporal développé, important dans les mécanismes liés à la mémoire. Par conséquent, bien que de taille remarquablement modeste, l'étude du crâne de LB 1 suggère des comportements cognitifs potentiellement plus avancés que supposé à l'origine.
Étude des ossements post-crâniens vignette|redresse=1.2|Reconstitution anatomique de LB 1.On peut remarquer la grande largeur du bassin et la faible longueur du fémur par rapport à Homo sapiens. Les ossements post-crâniens de l'Homme de Florès présentent les caractères suivants : insertion du fémur plus oblique que chez H. sapiens ; bassin plus large que chez H. sapiens ; taille du pied exceptionnellement longue par rapport aux os de la jambe, et bien différente d'Homo erectus The foot of Homo floresiensis par W. L. Jungers et al. dans Nature 459:81-84 du 7 mai 2009.
En 2009, une étude sur la structure du pied dHomo floresiensis a mis en relief la longueur particulièrement grande de celui-ci par rapport au tibia et au fémur, et l'absence de voûte plantaire, caractères absents chez les autres humains récents, et qui rapprochent l'Homme de Florès des australopithèques ou des Homo habilis. Par ailleurs, bien que la structure osseuse des métatarses et de l'hallux soient sans ambigüité de type Homo, de nombreuses proportions s'apparentent également à celles des australopithèques. Sur ces constatations, les chercheurs émettent l'hypothèse selon laquelle Homo floresiensis ne dériverait pas dHomo erectus, mais d’un hominine plus primitif comme Homo habilis« Le "nain" de Florès : différent de la tête aux pieds », nouvelobs.com, 7 mai 2009..
Il semble difficile d'imaginer que cette nouvelle espèce soit issue d’Homo erectus. Ses origines seraient donc beaucoup plus éloignées...
Controverse vignette|redresse=1.2|Un moulage du crâne LB1 (à gauche) comparé à un crâne d’Homo sapiens microcéphale (à droite). Selon Peter Brown, l'homme de Florès est une espèce totalement nouvelle au sein du genre humain.
Certains scientifiques ne croient toutefois pas à la théorie d’une nouvelle espèce : Alfred Czarnetzki, Carsten Pusch (université de Tübingen), Jochen Weber (Schweinfurt) et leur équipe de chercheurs, grâce à l'analyse du plus grand échantillon de microcéphales jamais examiné, ont démontré que l'on ne peut exclure l'hypothèse que Homo floresiensis ait été atteint de microcéphalie. Maciej Henneberg, Robert B. Eckhardt, Sakdapong Chavanaves, et Kenneth J. Hsü défendent l’hypothèse d’une trisomie 21.. Ils se basent sur : une erreur d’estimation de la taille du volume crânien du spécimen LB1 ( au lieu de ), une asymétrie cranio-faciale typique de la trisomie, la courte taille des tibias qui, avec un modèle de trisomique vivant actuellement dans la région au lieu du modèle de pygmée africain, relève la taille du spécimen LB1 à .
On peut pourtant observer des divergences notables entre le crâne d'individus atteints de microcéphalieEn langage médical, ce terme désigne une faiblesse anormale de la structure osseuse crânienne, laquelle a pour conséquence une atrophie du volume cérébral. issus de l'espèce Homo sapiens d'une part, et le crâne de LB1 d'autre part. Ce dernier présente notamment un épaississement de la structure osseuse pariétaleAutrement dit la partie supérieure-arrière formant la calotte crânienne. bien plus important que chez Homo sapiens. Ces caractères anatomiques montreraient plutôt des affinités avec Homo erectus.
Une tomodensitométrie avait été prise du crâne et une endoprothèse virtuelle du crâne (Endocaste) de Homo floresiensis avait été produite et analysée par Dean Falk et al. en 2005. Cette équipe avait conclu que le cerveau n'était ni celui d'un pygmée ni d'un individu avec un crâne et un cerveau mal formés.