La centrale thermique de Vouvry, également appelée usine de Chavalon, est une centrale électrique située sur la commune de Vouvry, dans le canton du Valais, en Suisse. Jusqu'à sa fermeture en 1999, la centrale utilise du mazout lourd, qui chauffe un générateur de vapeur en brûlant. L'eau vaporisée actionne alors une turbine, qui entraîne un alternateur.
Seule centrale à pétrole de Suisse, elle est construite en 1965 par un consortium mené par l'entreprise Énergie de l'Ouest-Suisse (EOS) afin de pallier les manques de production d'électricité hivernaux de l'énergie hydraulique suisse. D'abord envisagée sur le territoire de la commune d'Aigle, dans le canton de Vaud, elle profite de sa proximité avec la raffinerie de Collombey pour produire de l'électricité à des tarifs préférentiels. Cependant, à la fin des , son exploitation engendre des pertes financières non négligeables, ce qui décide les exploitants à désaffecter le site. Depuis, plusieurs projets de réhabilitation ont été imaginés, mais la centrale reste à l'état d'abandon.
Situé à environ au-dessus de la plaine pour limiter la pollution, le site de l'usine est composé de deux plateaux et d'une pente sur lesquels se situent un bâtiment principal abritant la salle des machines, une cheminée d'évacuation de , quatre tours de refroidissement, une station pour téléphérique et anciennement habitées par les employés de Chavalon. La centrale est reliée à la raffinerie de Collombey par un oléoduc qui longe principalement le canal Stockalper, ce dernier étant utilisé pour fournir de l'eau d'appoint, et elle injecte le courant généré sur le réseau électrique suisse au moyen d'une ligne à haute tension .
Géographie vignette|gauche|alt=Village au pied de montagnes. L'usine se trouve à mi-hauteur dans les montagnes. |L'usine de Chavalon et le village de Vouvry vus depuis Corbeyrier en 2021.
La centrale thermique de Chavalon se situe en Suisse, dans le canton du Valais, sur le territoire de la commune de Vouvry. Elle se trouve sur le balcon naturel de Chavalon, à d'altitude, surplombant la plaine du Rhône de .. Le site de la centrale est accessible depuis Vouvry par un téléphérique exploité entre 1965 et 2005. Une route mène également à la centrale, grâce à un embranchement de la route menant au village de Miex.
Les bâtiments de la centrale sont répartis sur une pente et deux plateformes constituées de roches sédimentaires biogènes et évaporites à base de calcaire et parfois de marne... Le plateau du bâtiment de l'usine mesure tandis que celui des tours de refroidissement fait , pour une surface totale du site de .
Histoire Genèse vignette|gauche|alt=Clairière sur une colline. |Vue aérienne du site de Chavalon en 1943. Dans les années 1950, un projet de raffinerie dans le Chablais suisse voit le jour, porté par la société des « Raffineries du Rhône ». L'oléoduc du Rhône doit acheminer du pétrole en provenance de Gênes, en Italie, jusqu'à une raffinerie qui est originellement prévue près d'Aigle, dans le canton de Vaud. Cependant, puisque l'oléoduc passe par le Valais, le canton demande que la raffinerie soit située sur son sol, et celle-ci est finalement construite à Collombey.
Parallèlement au projet de raffinerie, en 1959, l'entreprise Énergie de l'Ouest-Suisse (EOS) cherche un moyen d'augmenter sa production d'électricité en hiver. Elle établit un rapport, qui recommande l'augmentation du nombre de centrales hydrauliques et la construction de centrales thermiques pour pallier les manques de production hivernaux ; une centrale nucléaire est également envisagée, mais cette technologie est encore en développement à ce moment. La présence de la raffinerie de Collombey permet par ailleurs d'approvisionner une potentielle centrale à des prix favorables, motivant d'autant plus sa construction.
Pour compenser le changement de canton de la raffinerie, la nouvelle centrale est prévue sur le territoire de la commune d'Aigle. Le projet est porté par un consortium entre EOS et la société des « Raffineries du Rhône ». En , une demande d'autorisation de construire est déposée pour une centrale de , avec une cheminée de , sur le lieu-dit « Les Îles ». La mise à l'enquête du projet donne cependant lieu à , la majorité craignant une pollution au dioxyde de soufre () pour l'environnement local et la santé publique. Après plusieurs recours de la population et également de la commune d'Ollon, le Conseil d'État vaudois impose une hauteur de cheminée minimum de . Cela provoque une réaction de l'Office fédéral de l'air, qui déclare en qu'une cheminée d'une telle hauteur serait pour la navigation aérienne et décide de limiter sa hauteur à . Ces restrictions mettent ainsi fin à une possible construction à Aigle, obligeant le consortium à chercher un nouvel emplacement.
Le projet est dès lors pensé à quatre endroits, trois sur le canton de Vaud et un en Valais, sur le site de la Porte-du-Scex. Estimé 25 % moins cher que les autres, ce dernier l'emporte. Afin de contrer le problème de la cheminée, un « fumoduc » est imaginé, déjetant ainsi la fumée au Pro de Taila, à d'altitude. En 1962, la société de la « centrale thermique de la Porte-du-Scex » est créée, ses actionnaires étant les entreprises EOS (40 %), CFF (15 %), Aluminium Suisse (10 %), Lonza (10 %), Raffineries du Rhône (5 %) et Romande Energie (5 %). La qualité du terrain de la Porte-du-Scex se révèle cependant insuffisante et la sécurité d'un système de « fumoduc » difficile à assurer. Le projet est donc encore déplacé, cette fois sur le site du Pro de Taila, qui s'avère cependant trop reclus. Finalement, le site de Chavalon est retenu comme un bon compromis. Le site de construction définitif est confirmé en . Les conditions de ventilation étant très bonnes à Chavalon, la hauteur de la cheminée est fixée à ; cette hauteur permet à la cheminée d'évacuer la fumée de la centrale à près de d'altitude, soit au-dessus de la couche d'inversion (). Le directeur de l'Institut suisse de météorologie Jean Lugeon effectue des mesures environnementales et déduit que les risques de pollution ne devraient pas dépasser la limite tolérée de l'époque. Le projet final est approuvé le , et la société de gestion de la centrale change de raison sociale le pour devenir la « Centrale thermique de Vouvry SA ». En butte à des difficultés financières, la société des « Raffineries du Rhône » revend sa participation financière aux autres actionnaires en 1965.
Construction et mise en service
vignette|alt=Vue d'avion d'un chantier composé de piliers métalliques, de baraquements et de grues. |Le chantier de la centrale. Le chantier débute en , avec la construction d'une route d'accès de . Celle-ci est pensée pour accueillir des transports lourds, et peut ainsi supporter au maximum . Le terrain sur lequel la route est aménagée est très difficile, et ses murs de soutènement font jusqu'à de hauteur. Le transport du matériel de construction représente l'un des plus gros défis du chantier ; de longues pièces sont acheminées sur cette route durant toute la durée des travaux, la plus longue étant un pont roulant de . Les deux alternateurs de la centrale sont quant à eux acheminés depuis Vouvry en .
Au total, près de sont employées sur le chantier, parmi lesquelles 220 travaillent sur le génie civil ; selon René Vittone, architecte du projet, les ouvriers représentent différentes. Tous sont supervisés par un même chef de chantier, qui vit sur place, les baraquements de chantier ayant été recyclés de la construction du barrage de la Grande-Dixence. Le terrassement du site a lieu pendant l'hiver 1963-1964, avec au total de terrain aménagé, dont de roche. En , les premières fondations sont bétonnées. Le fût de la cheminée, haut de , est réalisé au moyen d'un coffrage glissant du au , soit à une vitesse de . L'utilisation intensive d'ossatures métalliques et de pièces préfabriquées permet une construction rapide du bâtiment principal, qui est mis hors-d'eau en .
L'équipement technique des chaudières, de la salle des machines et du bâtiment de commande est réalisé en atelier entre et . Les travaux de montage débutent un mois plus tard, avec la fin des travaux et la mise en exploitation du premier groupe de production de la centrale en . Le deuxième groupe est quant à lui opérationnel dès le mois de . Au total, la construction de la centrale a coûté de francs ( en ).
Exploitation (1965-1999) Production
Bien que l'usine existe pour répondre à la consommation hivernale, au début des années 1970 l'usine produit de septembre à mai pour pallier une augmentation des besoins en électricité. Durant cette période, les groupes de production sont très rarement mis à l'arrêt, leur maintenance étant assurée durant les fêtes de fin d'année, à Pâques et durant les trois à quatre mois d'été durant lesquels ils ne fonctionnent pas. Les groupes peuvent tourner jusqu'à par an, brûlant près de de mazout lourd pour .
Le premier choc pétrolier en 1973 ayant provoqué une hausse du prix des combustibles, qui passe de par baril, la production de Chavalon est revue à la baisse. Les groupes de production sont limités entre de fonctionnement, fournissant dès lors par année pour environ de combustible.
À partir du deuxième choc pétrolier de 1979, les coûts d'exploitation de l'usine augmentent considérablement et engendrent des pertes annuelles de de francs suisses. Le prix du baril est de . La production est mise au ralenti et sert uniquement à couvrir les hausses de consommation hivernales. De ce fait, les actionnaires de l'usine procèdent à un amortissement accéléré des installations et limitent l'entretien et les révisions. Le , EOS annonce que la centrale sera mise hors service dès que les réserves de combustibles qui s'y trouvent seront épuisées. À ce moment, le site emploie , et il est alors estimé que la production devrait s'arrêter entre et le printemps 2000.. Le personnel ayant déjà reçu son congé, le stock est finalement rapidement brûlé en , par précaution., et la centrale est officiellement fermée le même mois. Au cours de son exploitation, elle a fourni près de ..
Conditions de travail vignette|alt=Usine au milieu d'une forêt.|L'usine de Chavalon et le village de Vouvry vus du dessus en 1995. Chavalon étant la seule centrale thermique à mazout de Suisse, tous ses employés sont formés par Électricité de France (EDF). Ceux-ci sont envoyés un an dans une centrale thermique française et suivent des stages au centre de formation d'EDF. Le personnel de l'usine est ainsi qualifié en électricité, en chimie et en mécanique, et les employés effectuent une rotation constante pour suivre la centrale qui tourne généralement .
Durant toute l'exploitation de l'usine, les employés peuvent choisir d'habiter avec leurs familles à Chavalon. Puisque les villas sont assignées à différentes professions, un employé qui change de poste doit également déménager. Les cadres sont obligés de vivre sur place. Une partie des ouvriers vivent cependant à Vouvry, et un bus leur sert de navette le matin et le soir. Les familles disposent à toute heure du téléphérique, qui fonctionne à la manière d'un ascenseur. Pour aller à l'école, un chauffeur récupère tous les matins les enfants avant de descendre avec eux en téléphérique et les conduire à l'école. Selon Roland Fontana, agent d’exploitation à Chavalon entre 1967 et 1999, .
Projets de réaffectation