La chapelle de Pritz ou chapelle de PrizLa forme ancienne est donc bien Priz qui, pour la prononciation, se rapproche beaucoup de Priscum. (prononcé localement "prisse"), située à Laval est une chapelle principalement romane dont la construction s’étend du au ..
Cette chapelle est située à Laval, à sur la route de Changé proche d'un ancien gué sur la Mayenne. Pritz est aussi (d'abord) le nom d'un ruisseau affluent de la Mayenne long de . Une des niches de la façade adjacente est inscrite au titre des monuments historiques en 1926, la chapelle étant classée en 1938. Propriété privée depuis sa vente le 12 germinal an 2 (1794) pour , elle s'est transmise ensuite dans la même famille qui l'a préservée .
Désignation Prisco Siccino monasterio, 710Actus pontificum Cenomannis, . ; Ecclesia de Priz, 1062Bibliothèque nationale de France, latin, 5.441/3, . ; Prior Beatae mariae de Priz, 1142Cartulaire de la Couture, . ; Prior de Priciaco, 1150Ibid, . ; Ecclesiae Sanctae Mariae de Priz parrochiani, 1150Ibid, . ; Cymiterium de Priz, 1150 ; Prior de Pritio, 1162Ibid, . ; Priz, 1209Ibid, . ; Prioratus de Priz, 1327Ibid, . ; Priz près Laval, 1397Ibid, . ; Notre-Dame de Priz, 1407Aveu de Laval. ; Prioratus de Pixide, 1554Ins. eccl. ; Prioratus de Periculis, 1562 Notre-Dame Garde fortune et de Périls, 1624Inscription dans la chapelle. ; La chapelle de Péril, 1672Archives départementales de la Mayenne, minutes Jardrin. ; Notre-Dame de PrizHubert Jaillot. ; Notre-Dame du Pont, vulgo de Priz, 1720 ; Péril, ferme et chapelleCarte de Cassini..
Histoire Origine Il n'est pas douteux que Priz ne soit le monastère désigné sous le nom de Priscum Siccinum, situé dans le voisinage de Châlons, de Saint-Jean-sur-Mayenne, et qui fut attribué à un évêque nommé Béraire, dont on ne connait pas le siège, avec d'autres biens ecclésiastiques.
L'abbé Foucher avait bien distingué les deux monastères désignés par Prisco Siccino, attribuant le premier à Priz ; mais il fixait le second à Doucé, alors qu'il doit l'être à Sezain.
On a généralement compris le passage du testament de Béraire où il est question de ce monastère en ce sens qu'il en disposait en faveur de son couvent de Châlons. M. Havet propose avec plus de vraisemblance d'excepter au contraire de ses legs les établissements qu'il tenait de l'Église du Mans. Ces dispositions de Béraire sont datées du . Il reste dans la chapelle de Priz des parties qui peuvent dater de cette époque.
Mentions Entre les , il n'est plus fait mention de Priz. L'auteur des Actus pontificum Cenomannis, qui écrivait vers 830, ne cite jamais cette église, alors qu'il semble prendre à tâche d'attribuer à l'un ou à l'autre des premiers évêques du Mans la fondation des églises paroissiales dont il avait connaissance. La ville de Laval, fondée vers , fut dès l'origine, attachée à l'église de Priz, preuve que celle-ci était constituée en titre paroissial.
Église paroissiale de Laval vignette|alt= Photographie d'un mur en pierres.|Mur gouttereau nord de la nef (, ).
Des parties de l'édifice datent aussi de l'époque intermédiaire entre les . Le service religieux n'y avait donc pas discontinué. Les bénédictins de la Couture y sont appelés, constituent un prieuré et donnent à un chapelain le soin et l'administration paroissiale, comme ils le font pour la ville nouvelle et pour Grenoux. En 1150, le cimetière de Priz est encore le seul où peuvent se faire enterrer, pour un honoraire de 13 deniers, les habitants de Laval, indubitablement reconnus comme paroissiens de Notre-Dame de Priz. Jusque vers la fin du , l'église primitive de Priz est demeurée église paroissiale. Cette église est agrandie à cette occasion. Elle était fort petite et se composait du chœur qui existe encore, accompagné de deux latéraux étroits; elle se terminait au chevet par trois absides, répondant au chœur et aux deux latéraux; la nef était en rapport avec les dimensions restreintes du reste de l'édifice. Le chœur, les latéraux, les absides sont respectées, la nef seule est en grande partie démolie et remplacée par les trois travées de la nef actuelle (1080 à 1085), doublant sa longueur
Le développement et l'éloignement du centre de la ville de Laval () rendant cette situation impossible, ce titre est transporté dans les années 1156, 1188 à l'église de la Trinité, annexe édifiée par les bénédictins de la couture au centre du nouveau bourg près du château vers 1070. Seul subsiste le prieuré, mais l'église reste toujours fréquentée et financée en devenant un lieu de pèlerinage.
Prieuré On la décora de peintures dont il reste douze tableaux, sous l'arcade du transept, un zodiaque curieux ; des personnages considérables y eurent leur sépulture, comme André MerienneSon épitaphe est reproduite dans l' Épigraphie (), ainsi que l'inscription de la cloche de 1557 ()., bienfaiteur du lieu, dont la statue et l'inscription funéraire sont conservées.
Au mois d'octobre 1478, la dame de Poligné, avec une nombreuse suite à cheval, s'y rendit, passant la rivière au port de Botz (prononcé "bosse"), et trouva à l'église les religieux cordeliers, venus pour chanter à son intention un office solennel. Beaucoup de paroissiens eurent de tous temps la dévotion de faire bénir leur mariage à Notre-Dame de Priz. Même après la chute en commende du prieuré, le sanctuaire resta toujours l'objet de la vénération des Lavallois.
Au mois de mai 1791, les marguilliers de la Trinité de Laval et les officiers municipaux s'opposèrent à la vente de la chapelle qui ne fut adjugée que le 12 germinal an II à Julien Dupré pour . On y remarque deux autels, à baldaquins du , une clôture à jour du , séparant le chœur de la nef, supportant le Crucifix, la Vierge et Saint-Jean (statues en bois du ), comme les jubés d'un usage plus ancien.
Jules-Marie Richard et Jacques Salbert attribue à Michel I Lemesle, le retable du maître-autel, avec de grandes probabilités, car les statues de Saint-Pierre et de Saint-Paul sont signées de luiDeux phototypies reproduisent l'ensemble de l'autel et la statue de Saint Paul (Bulletin de la Mayenne, t. XXII, , 149.).
La Charité de Priz Une confrérie dite l'Aumônerie ou la Charité de Priz existait dès le commencement du au plus tard et ne s'est éteinte au milieu du que pour porter ses revenus à l'hôpital Saint-Julien. L'institution charitable désignée sous ce nom a été pendant plusieurs siècles une des plus originales du pays de Laval. Elle consistait essentiellement dans une distribution de pains et de deniers qui se faisait tous les ans dans le cimetière de Priz, le jour de l'Ascension, dans des conditions vraiment singulières.
Il y a des renseignements sur cette Charité dès le commencement du . Les comptes de l'œuvre sont mentionnés pour cette époque. Mais elle existait de longue date. Le Cornu 15px fait un legs à la Charité de Priz en 1364. Déjà elle était organisée de toutes pièces, fonctionnait en vertu de traditions qui semblent anciennes et était dotée en tant de lieux et de rentes si multipliées, sinon si importantes, qu'on ne peut faire moins que de lui attribuer une antiquité de plusieurs siècles.
Un receveur prêtre était chargé de veiller « à la récepte des bleds » et à « la recepte d'argent » à la Toussaint et à Pâques, puis de pourvoir à la distribution du jour de l'Ascension. Il rendait ses comptes par receptes et minses devant l'élu de Laval, un commissaire nommé par Monseigneur l'official du Mans et le procureur de la communauté.
Pour les articles qui ne pouvaient se justifier par des preuves d'une autre nature, le receveur prêtait serment sur le « Corpus Domini ». Il lui était alloué 45 sols pour « assérer les bleds de rente de la Charité. » Les revenus en argent s'élevaient, en 1510, à la somme de 30 livres 15 sols 5 deniers et une obole, répartis sur une centaine de petites rentes. Les revenus en grains donnaient annuellement 30 septiers, une mine et un boisseau, soit 245 boisseaux, le septier valant huit boisseaux et la mine un demi septier.
Il faut dire toutefois qu'il y avait sur ces rentes en argent ou en nature une somme relativement considérable à défalquer pour les créances irrécouvrables. Cette particularité qu'on remarque d'ailleurs pour toutes les anciennes rentes féodales ou ecclésiastiques est une preuve de la haute antiquité de la Charité de Priz.
Le détail des articles de la recette pris sur les comptes du temps n'offrirait aucun intérêt. C'est une nomenclature de maisons et de pièces de terre qui souvent ne sont désignées que par le nom du propriétaire et qui étaient disséminées dans toute la ville et dans les faubourgs.
Les métairies chargées de redevances en blé ou froment étaient aussi très nombreuses et reparties dans toutes les paroisses qui avoisinent la ville de Laval. Jusqu'ici nous sommes en face d'une œuvre de bienfaisance chrétienne qui ressemble à beaucoup d'autres, mais où la Charité de Prix devient curieuse et révèle des mœurs d'une intéressante originalité, c'est dans le mode de distribution des secours.
À l'approche de l'Ascension, le receveur faisait marché avec les boulangers et comme alors, aussi bien que de nos jours, les conventions de ce genre ne se concluaient pas sans frais et pourboires, sans vin de marché, au sens primitif du mot, on rencontre dans les comptes des articles de dépense comme ceux-ci : « Pour marchander o les boulangers, II sous VI deniers. — Pour le vin aux boulangers, II sous VI deniers. » Pendant que les boulangers faisaient les quatre mille pains qui se distribuaient annuellement, on amenait à Priz une charretée de perches qui coûtait 12 sous 6 deniers ; une somme de paulx pour 20 deniers et douze claies qu'on empruntait à cet effet ; avec tous ces matériaux on construisait des « hayes et clouaisons » alentour du cimetière de Priz et un autre second enclos au-dedans du premier. Dans celui-ci, on renfermait « les seize vings dix douzaines » de pains confectionnés pour la distribution.
Les ouvriers qui faisaient ce travail recevaient 18 sous 6 deniers. Les boulangers avaient eu pour leur peine 4 livres 12 sous 6 deniers, et deux boisseaux de sel pour saler le pain. Le charretier qui transportait à Priz cette provision avait 6 sous. On mettait alors des gardes autour de l'enclos, sans doute pour prévenir le pillage et aussi « pour garder alentour du cimetière que le monde ne sortist durant que l'on faisoit la Charité » ; ces gardes étaient payés 12 sous 6 deniers, et 23 sous 4 deniers revenaient à « ceux qui départissoient la Charité et vacquoient aux affaires. » Les quatre mille pains coûtaient 34 livres 6 sous 6 deniers, à ce prix, l'abbé Angot estime que chaque pain devait être d'environ trois livres, au . On distribuait également en doubles une somme d'environ 7 livres. Le double ou doublet était un double denier. Ce qui suppose qu'il n'y aurait eu qu'environ 800 personnes à participer à cette aumône en espèces.
Il est à croire que cette Charité, qui réunissait non seulement les pauvres de Laval, mais ceux de la région, était l'occasion d'une cérémonie pieuse où l'on devait prier pour les bienfaiteurs, d'une prédication populaire pour instruire les pauvres en même temps qu'on les assistait, ou de tout autre exercice de culte dont le souvenir ne nous est point parvenu. La circonstance d'un jour aussi solennel et la précaution de ne laisser sortir personne pendant la distribution rendent cette supposition vraisemblable.