Le parc national de Kejimkujik est un parc national du Canada situé en Nouvelle-Écosse, à environ à l'ouest d'Halifax. Le parc, qui protège , comporte deux secteurs. Le principal, dans une pénéplaine du Centre-Sud de la province, protège une forêt mixte, des cours d'eau et des lacs peu profonds. Il est riche de plusieurs espèces animales et végétales qui ne sont ordinairement présents que beaucoup plus au sud sur la côte atlantique. Le parc possède aussi une annexe sur l'océan Atlantique avec une côte découpée comportant deux lagunes et des plages où niche le pluvier siffleur.
Les terres du parc sont occupées depuis au moins par les Micmacs et leurs aïeux, comme en témoignent 38 sites archéologiques et trois sites villageois micmacs. Il comporte aussi quatre sites de pétroglyphes — l'un des plus importants regroupements de l'est de l'Amérique du Nord. Partiellement abandonné à l'arrivée des Français en Acadie, les Micmacs sont retournés sur le site au cours du pour tenter d'en cultiver le sol avant de servir par la suite de guides de chasse et de pêche.
La partie centrale a été reconnue en 1994 comme lieu historique national en tant que paysage culturel commémorant la vie des Micmacs en ces lieux.
La région du parc a servi au cours du pour l'agriculture, l'exploitation forestière et a même connu une petite ruée vers l'or. À partir du début du , plusieurs clubs de chasse et de pêche s'installent sur le territoire, ouvrant ainsi le temps de sa vocation touristique. Le parc a été créé en 1967 à la suite d'une entente fédérale-provinciale officialisée en 1974.
Administré par Parcs Canada, le parc est fréquenté par visiteurs par an. Depuis 2001, le parc est inclus comme aire centrale de la réserve de biosphère de Southwest Nova, reconnue par l'UNESCO. Il est aussi reconnu comme réserve de ciel étoilé par la société royale d'astronomie du Canada et son annexe côtière fait partie d'une zone importante pour la conservation des oiseaux.
Toponymie Bien que Kejimkujik soit un toponyme d'origine incontestablement micmaque, sa signification reste nébuleuse. Une première signification pourrait être qui décrirait le caractère houleux du lac. La seconde signification possible serait qui décrit l'émissaire étroit du lac Kejimkujik sur la rivière Mersey. Finalement, il s'agirait du ou . Le nom micmac pour fée est , qui est assez proche de Kejimkujik ; le lac a aussi déjà porté le nom de lac Fairy.
Géographie thumb|upright=1.5|Carte du parc national de Kejimkujik Localisation Le parc national de Kejimkujik est divisé en deux secteurs distincts faisant au total . Le premier est situé au centre-ouest de la Nouvelle-Écosse et a une superficie de . Son territoire est centré autour du lac Kejimkujik et est partagé entre le comté d'Annapolis, la municipalité du district de Digby et la municipalité régionale de Queens. Il est situé à à l'ouest de Halifax, à au nord-est de Yarmouth et à au sud-est de Digby.
Le parc possède aussi une annexe côtière située à au sud-sud-est de la section principale. Elle a une superficie de , dont sont situés en milieux marins. Elle est entièrement dans Queens, entre les villages de Port Joli et Port Mouton. Elle se trouve à au sud-est de Halifax et à à l'ouest de Yarmouth.
Le secteur central partage sa limite occidentale avec l'aire sauvage Tobeatic, qui est la plus grande aire protégée terrestre de la province, et sa limite sud-ouest avec l'aire sauvage de la Rivière-Shelburne.
Géologie thumb|Chutes Mill sur la rivière Mersey. Comme pour le reste des régions du Sud de la Nouvelle-Écosse, le parc est situé dans la zone de Meguma. Cette dernière est composée de quartzite et d'ardoise provenant de sédiments qui se sont déposés sur la marge continentale du Gondwana entre le Cambrien et le Devonien. Ces sédiments se sont ensuite ajoutés à Laurussia lors de l'orogenèse acadienne et ont été métamorphisés par la chaleur et la pression. L'ouest du parc fait quant à lui partie du batholite de South Mountain, qui avec sa superficie de , est la plus grande intrusion de roche granitique des Appalaches. Cette dernière s'est formée il y a environ d'années lors de l'orogenèse acadienne par l'intrusion de magma dans les sédiments de la zone de Meguma. Quant à l'annexe côtière, on retrouve le même ensemble de grès et de siltstone avec une plus petite intrusion de granite .
La Nouvelle-Écosse a connu au moins quatre glaciations au cours du Quaternaire. La dernière, le Wisconsinien, a débuté il y a environ et l'inlandsis s'est retiré il y a environ . Cette dernière glaciation a laissé dans le parc de nombreuses formes glaciaires dont des drumlins, des blocs erratiques et des eskers. La présence de nombreux lacs peu profonds est aussi une résultante de la glaciation. L'un des attraits de l'annexe côtière est la transgression marine due à l'isostasie qui a été de depuis la fin de la dernière la dernière glaciation.
Hydrographie et relief thumb|Lac Frozen Ocean à l'aube Le réseau hydrographique du secteur principal est constitué de et de 30 cours d'eau. La totalité des cours d'eau font partie du bassin de la rivière Mersey, qui s'écoule vers le sud-est vers l'océan Atlantique. La plupart des lacs sont peu profonds. Le plus grand, le lac Kejimkujik, couvre une superficie de et a une profondeur maximale de .
L'annexe côtière comprend deux lagunes séparées de l'océan Atlantique par des flèches littorales soit celle de la baie St. Catherines River () et du Petit port Joli (). Les marées varient généralement de à .
La partie intérieure du parc est située dans une pénéplaine qui ne varie que de entre le mont Tom () et le point le plus bas. Quant à l'annexe côtière, elle a un dénivelé d'environ entre son sommet et le niveau de la mer.
Climat L'aire centrale a un climat particulier par rapport au reste de la Nouvelle-Écosse. Son éloignement par rapport à la côte rend les hivers plus froids et moins longs et les étés plus chauds par rapport à cette dernière. La moyenne estivale pour l'intérieur de la province est de et la moyenne hivernale de . Le parc a en moyenne de précipitations par année, dont de neige. L'annexe maritime reçoit moins de précipitations que l'intérieur (en particulier de neige) mais en contrepartie plus de jours de pluie et de jours sans gel.
Milieu naturel thumb|Forêt mixte sur le ruisseau Still en automne. Selon la commission de coopération environnementale, le parc est situé dans l'écorégion de niveau III des Appalaches du Nord et des plateaux de Maritimes des forêts septentrionales. Le cadre écologique canadien inclut la partie intérieure dans l'écorégion des hautes-terres du Sud-Ouest de la Nouvelle-Écosse. Cette région est caractérisée par ses étés chauds et ses hivers doux et neigeux. Elle est la région la plus humide des provinces Maritimes. La forêt est une forêt mixte peuplée d'épinette rouge, d'épinette noire, de pruche du Canada, de pin blanc, de pin rouge, de bouleau à papier, d'érable rouge et de chêne rouge. L'annexe côtière est quant à elle incluse dans l'écorégion de la côte de l'Atlantique. Elle est la région ayant la plus grande période sans gel des Maritimes, mais est en contrepartie exposée à des vents violents. Elle connait des étés frais et humides et des hivers doux et humides. Elle est composée d'une forêt de conifères peuplée d'épinette blanche, d'épinette noire et de sapin baumier. Finalement, selon le classement du fonds mondial pour la nature, elle est située dans l'écorégion des forêts de la Nouvelle-Angleterre et de l'Acadie .
L'annexe côtière fait partie de la zone importante pour la conservation des oiseaux du South Shore (secteur de Port Joli) pour sa population de pluvier siffleur et d'arlequin plongeur et comme halte migratoire pour la bernache du Canada .
Flore Kejimkujik renferme 544 espèces de plantes vasculaires. Le milieu forestier est composé d'une forêt mixte. Les principaux arbres que l'on rencontre dans le parc sont l'érable à sucre (), l'érable rouge (), le bouleau jaune (), le pin blanc () et la pruche du Canada (). Les plantes de sous-bois des forêts de feuillus sont la violette cucullée (), la trientale boréale (), le streptope rose (), la conopholis d'Amérique (). Les forêts mixtes sont quant à elles accompagnées par le quatre-temps (), la clintonie boréale (), la linnée boréale (), la trille ondulé () et la coptide trifoliolée (). Les tourbières et les milieux riverains sont quant à eux accompagnés par le rhododendron du Canada (), l'andromède glauque (), le kalmia à feuilles d'andromède () et l'airelle à gros fruits (). On retrouve aussi dans le parc plusieurs espèces d'orchidées dont le cypripède acaule (), la goodyérie panachée (), la corallorhize trifide (), la corallorhize maculée (), le calopogon tubéreux (), la pogonie langue-de-serpent () et la platanthère claviforme (). On y retrouve aussi une plante menacée, l'hydrocotyle à ombelle (), du fait qu'elle n'est présente que dans deux lacs du pays, dont le lac Kejimkujik.
Faune Mammifères thumb|Porc-épic d'Amérique 35 espèces de mammifères sont dénombrées dans le secteur central et 16 espèces de mammifères terrestres dans l’annexe côtière. Il y a deux espèces de cervidés dans le parc. Le cerf de Virginie () est le plus abondant tandis que l'orignal () est présent au sud et à l'ouest de l'aire centrale et dans l'annexe maritime. Le parc a aussi abrité par le passé une population de caribou (), mais ce dernier a disparu de la province à la fin du . Les carnivores sont représentés par l'ours noir (), le coyote (), le renard roux (), le lynx roux (), le raton laveur (), l'hermine (), le vison d'Amérique (), la martre d'Amérique (), le pékan (), la mouffette rayée () et la loutre de rivière (). Les petits mammifères du parcs sont l'écureuil roux (), le tamia rayé (), le petit polatouche (), le grand polatouche (), le castor du Canada (), la souris sylvestre (), la souris à pattes blanches (), le campagnol-lemming de Cooper (), le campagnol de Gapper (), le campagnol des prés (), le rat musqué (), la souris-sauteuse des champs (), la souris sauteuse des bois (), le porc-épic d'Amérique (), le lièvre d'Amérique (), la musaraigne cendrée (), la musaraigne fuligineuse (), la musaraigne palustre (), la musaraigne pygmée (), la grande musaraigne () et le condylure à nez étoilé (). Les chauves-souris observées sont le parc sont le vespertilion brun (), le vespertilion nordique (), la pipistrelle de l'Est (), la chauve-souris rousse () et la chauve-souris cendrée ().
thumb|left|Phoques communs sur un rocher. Les eaux territoriales du sud de la Nouvelle-Écosse sont visitées par 14 espèces de baleines, de marsouins et de dauphins, mais ces derniers sont rarement visibles depuis la côte. L'annexe côtière est quand même fréquentée par le phoque gris () et le phoque commun ().
Oiseaux thumb|Grands cormorans sur un rocher de l'annexe côtière.