La négation en français peut être exprimée à l'aide de certaines formes lexicales et grammaticales dites négatives. On appelle négation une relation d'opposition entre deux expressions qui ne peuvent pas être vraies en même temps.

Définition

La négation est une . Ainsi, si la proposition Ulysse est là est vraie, alors sa négation Ulysse n'est pas là est fausse.

Syntaxe de la négation Règle générale

En français, on distingue syntaxiquement deux formes principales de la négation, selon qu'elle porte sur l'ensemble de la phrase ou sur un constituantJean Dubois et René Lagane, La nouvelle grammaire du français, Larousse, 1973 :

La négation portant sur l'ensemble de la phrase se forme en ajoutant à la phrase affirmative l'adverbe ne pas ; les deux éléments de cet adverbe se placent ordinairement de part et d'autre du verbe ou de l'auxiliaire : Jean aime les voyages → Jean n’aime pas les voyages. J’ai fait cela → Je n’ai pas fait cela. Lorsque le verbe est à l'infinitif, les deux éléments sont placés devant l'infinitif : Je vous demande de ne pas me déranger Je crains de ne pas avoir compris ou parfois (plus littéraire) de part et d'autre de l'auxiliaire du participe passé à l'infinitif (donc dans ce cas, l'élément "pas" reste positionné avant le participe passé): Je crains de n’avoir pas compris.

Ne… pas (sans partitif) est une négation complète. Pas étant tonique et ne atone, donc plus étroitement lié au verbe, on peut dire : Il ne manque, après l'appel, pas un élève mais pas : * Il ne, après l'appel, manque pas un élève. Pourtant, ne peut être employé seul devant le verbe.

Si la négation porte sur un groupe du nom, sujet ou objet, on emploie ne et un déterminant négatif : Il a fait un effort → Il n’a fait aucun effort Quelqu’un est venu → Personne n’est venu.

Ne pas peut être remplacé par une formulation parallèle (ne point, ne plus, ne guère, ne jamais…), selon le sens et le registre de langue. Ces adverbes en deux parties sont aussi appelés morphèmes discontinus, ou disjoints.

Si la négation porte sur un nom, un adjectif, un adverbe, elle peut être exprimée par un préfixe : Son attitude est incompréhensible (= elle ne peut pas être comprise).

Dans la majeure partie de ces phrases, à la négation correspondent deux éléments, souvent désignés (à la suite de Jacques Damourette et Édouard PichonDes mots à la pensée, essai de Grammaire de la langue française, éd. d'Atrey, Paris, 1911-1940) discordantiel (ne) et forclusif (pas, aucun N etc.). En français, la double négation est un cas particulier de cette configuration.

Le « ne » explétif et comparatif ; « ne » explétif après sans que

Le ne explétif ne traduit pas réellement une négation, mais plutôt une éventualité. Il s'utilise après des verbes exprimant crainte, empêchement, doute ; dans des subordonnées introduites par avant que, à moins que, de peur que, peu s'en faut que ; ou encore après autre / autrement que, ou un comparatif : Je crains qu'il ne vienne (= « j'ai peur qu'il vienne », et non pas : « qu'il ne vienne pas ») Prévenez-moi avant qu'il ne soit trop tard (= « avant qu'il soit trop tard »). Il est moins habile que je ne pensais (= « que je pensais »).

En revanche, après la locution sans que, le ne explétif est proscrit L'Académie, dans une mise en garde du 17 février 1966, déclare que sans que doit se construire sans négation, même s'il est suivi d'un mot comme aucun, personne ou rien, qui ont dans ces phrases un sens positif. Maurice Grevisse, dans son ouvrage Le bon usage (§ 882, b), est du même avis. car cette locution comporte déjà une négation. Tu peux venir sans que je t'y invite expressément (et non : « sans que je t'y invite… »). Tu peux venir sans que je t'envoie aucun carton d'invitation (et non : « sans que je ). L'usage, après sans que, de l'infinitif à la place du subjonctif montre d'ailleurs clairement que le ne n'est pas supportable ; on dira évidemment : Tu peux venir sans avoir reçu d'invitation (et non : « sans avoir reçu d'invitation »). Tu peux venir sans avoir reçu aucune invitation (et non : « sans avoir reçu aucune invitation »).

Le romaniste Kristoffer Nyrop, d'après LE GRAND ROBERT qui le cite (article SANS, § 6°, Loc. conj. SANS QUE), donne une indication supplémentaire ; il écrit, dans sa Grammaire historique de la langue française : « Selon les règles officielles, il ne faut jamais mettre ne après cette conjonction. Pourtant, la négation contenue dans sans amène parfois l'emploi d'un ne explétif, quand la proposition principale est négative. Ex. On ne pouvait faire allusion à cela sans qu'elle n'entrevît aussitôt des scènes (P. Bourget, André Cornelis) ».

Pourtant, même dans ce cas, le ne n'est guère admissible, comme le montre le passage du subjonctif à l'infinitif : Elle ne pouvait entendre la moindre allusion à cela sans entrevoir aussitôt des scènes (et non : « sans entrevoir aussitôt des scènes »).

Le ne comparatif « équilibre en quelque sorte une comparaison de disparité ». Ce ne est lui aussi explétif, c'est-à-dire non obligatoire (utilisé uniquement dans une langue soignée). Il ne peut s'employer que si la comparaison exprime une inégalitéReverso (Grammaire) : Constructions syntaxiques particulières : Pierre est plus épris de Marie qu'elle ne l'est de lui (c'est-à-dire : « Pierre est le plus épris » + « Marie est la moins éprise »).

« Ne… que… »

La locution adverbiale ne… que… exprime la restriction (elle est dite restrictive ou exceptive) et signifie « seulement, rien de plus que ». Dans : Je n’ai que dix euros sur moi le locuteur à la fois affirme qu'il a dix euros et nie en avoir davantage.

Pour Marc Wilmet, « l'auxiliaireSic : « auxiliaire » et non pas « adverbe négatif ». exceptif que arrête ne […] au seuil de la prédication négative et relance la prédication positive. » Le locuteur nie le sous-ensemble des éléments complémentaires de l'objet : Pierre n’aime que Zack ; du circonstanciel : Marie ne part que dans un mois ; de l'attribut : Moi je ne suis qu’une ombre, et vous qu’une clarté ! " E. Rostand, Cyrano de Bergerac, III, 7. ; du complément de présentatif : Il n’y a que lui qui me comprenne ; de la séquence impersonnelle : Il ne reste, autour de moi, que la desserte d'un long été (Colette).

Rien que (ou nul que) et pas que sont contraires, l'un signifiant « uniquement » et l'autre « pas seulement ». Dans le premier cas, on a bien une relance de prédication positive, rien que moi signifiant « uniquement moi » mais aussi « rien sauf moi » : sauf moi étant la relance positive. Dans le second cas, que est simplement un adverbe comme uniquement.

Cependant, rien que suivi de compléments indirects ou circonstanciels peut exprimer l'exception : On le reconnaît rien qu’à sa démarche.

Il convient également de signaler quelques variantes, rarissimes de nos jours, de la négation restrictive, en particulier ne ... mais que (particulièrement répandue autrefois en Normandie ; mais conserve ici son sens originel en ancien français de synonyme de plus : n'avoir mais que de 10 euros, c'est littéralement n'avoir pas plus de 10 euros) et ne ... fors que ou ne ... fauque (surtout en Picardie et dans le Nord-Pas-de-Calais ; fauque étant une déformation de fors que comparable à la manière dont faubourg, en français moderne, est une déformation du moyen français forbourg, fors-bourg). Je n’avais mais que deux bouteilles de cidre après cette vente Il ne lui dit fors que la vérité

« Ne… goutte, ne… mie », et autres négations rares

Ces constructions employées comme variantes de ne… pas sont des survivances de l'époque où la négation habituelle était ne, suivi de n'importe quel objet dont la fonction, l'existence, la possession, etc. étaient niées (cf. infra). On trouve encore aujourd'hui des exemples de ce type de négation : je n'ai domestique ni valet signifie je n'ai pas de domestique, ni de valet ou je n'ai ni domestique ni valet. Cette construction peut être aussi une double négation comme dans cet exemple de Charles d’Orléans :

Il n’y a bête ni oiseau / Qu'en son jargon ne chante ou crie

Dans ces constructions, certains noms se sont spécialisés à la manière de pas et sont à leur tour devenus adverbes : goutte associé au verbe voir. N'y voir goutte signifie ne rien y voir ; point : ne même pas avoir un point ; mie : ne même pas avoir une mie (une miette) ; rien : autrefois substantif, rien (ancien français : ren, de l'accusatif latin rem, « chose »), est le terme le plus utilisé aujourd'hui. Il est possible d'entendre d'autres noms utilisés pour former la négation dans les parlers régionaux, notamment du Nord de la France (domaine des langues d'oïl). Pour la seule Normandie, on trouve par exemple pièce (pièche ou pyiche) dans les parlers normands du Cotentin (il n'y en a pièce pour il n'y en a pas), mèche dans ces mêmes parlers (je n'en vois mèche pour je n'en vois pas), brin dans le Pays de Bray et dans le parler rouennais (vous n'avez brin rangé pour vous n'avez pas rangé), pain dans le Pays de Caux (il n'a pain mangé pour il n'a pas mangé) ou encore miette dans l'ensemble de la Normandie (il ne mange miette ce midi pour il ne mange pas ce midi). L'ensemble de la Normandie connaît également un ne ... peis qui est la version normande de la négation ne ... pois bien attestée en ancien français.

L'expression ne… guère…, surtout utilisée à partir du , provient à l'origine du francique waigaro qui signifiait « beaucoup »Dauzat, Dubois, Mitterand, Dictionnaire étymologique, Larousse, 1989 , et n'entre donc pas directement dans ce cadre.

Emploi de « ne » seul

Dans un registre soutenu, on peut employer ne seul pour exprimer une négation totale : Je ne puis vous dire ma joie (langue courante: « je ne peux pas vous dire ma joie ») Que ne me l'aviez-vous dit ? (que signifiant ici pourquoi) À Dieu ne plaise ! Si je ne me trompe, nous sommes arrivés (= « si je ne me trompe pas »)

Omission de « ne »

Le morphème ne est omis : à l'oral : J'ai jamais dit ça

je sais pas dans les constructions elliptiques : – Est-ce que vous avez vu ce film ? – Pas encore.

L'adverbe pas étant tonique, il est senti comme plus négatif que le ne seul d'un point de vue intersubjectif, mais pas d'un point de vue grammatical pur.

Pas seul peut être employé sans qu'il y ait omission de ne : Pitié, pas moi !

Des tournures interrogatives littéraires ou vieillies comme A-t-on jamais [vu] (à comprendre comme « y a-t-il eu le moindre exemple de ») sous-entendent la négation (= « On n'a jamais [vu] cela ») : Harpagon : (…) Mais voyez quelle audace ! A-t-on jamais vu une fille parler de la sorte à son père ? Élise : Mais a-t-on jamais vu un père marier sa fille de la sorte ? Molière, L’Avare, I, 4.

Omission simultanée de « ne » et « pas »

L'omission exceptionnelle tout à la fois de ne et de pas est très rare et demande des conditions énonciatives particulières : elle n'est utilisée que dans les défenses. T'occupe ! (= « ne t'occupe pas de cela, mêle-toi de ce qui te regarde »). « L'antéposition du pronom objet premier » pallie l'absence des deux adverbes négatifs.

Il ne faut pas confondre négation sans mot négatif et affirmation ironique. C'est cela ou oui c'est ça, bien sûr, pour dire « je ne suis pas d'accord » sont de vraies affirmations (ironiques), tout comme je pense que c'est faux. T'inquiète ! et t'occupe ! sont en revanche de vraies négations.

Cette omission des adverbes négatifs est rendue possible par un double phénomène : la place du pronom (antéposition/postposition) et sa forme (tonique / atone). La phrase affirmative correspondante serait : occupe-toi ou occupe-t'en.