Le Parlement de Bordeaux est une cour de justice, confirmée dans ses fonctions en 1451 par le roi de France Charles VIICharles-Bon-François Boscheron des Portes, Histoire du Parlement de Bordeaux, 1878, ., suspendue entre 1453 et 1462, et rétablie par Louis XI le . Le Parlement de Bordeaux fut établi en tant que troisième cour derrière Paris et Toulouse mais au même rang que GrenobleBoscheron des Portes, 1878, .. Jusqu'à sa dissolution en 1790 ; il siégeait au palais de l'Ombrière.

Les parlements français remontent tous à l'établissement d'une entité géographique dénommée sous un vocable régional, constituant le territoire d'un seigneur. Le seigneur rendait justice, c'est l'origine du mot cour.

La cour d'Aquitaine était donc le lieu où se rendait justice et Aliénor y siégeait. Le palais de l'Ombrière en Guyenne (Aquitaine) fut construit au Moyen-Âge et c'est là que se tenait donc ce qui devint le Parlement de Guyenne à Bordeaux. On trouve même la trace d'une cour de justice organisée bien avant Aliénor d'Aquitaine et le Parlement de Bordeaux ainsi que tous les Parlements de ce qui constituait les royaumes vassaux du royaume de France, ont été créés bien avant que Paris ne devînt Paris à l'époque de la Révolution. Un état que le (dont les écrits sont, on le sait désormais, sujets à caution en matière d'histoire) lui prêta une omniprésence dans l'histoire de toutes les régions désormais françaises. Les propos d'Étienne de la Boétie à une époque où les Seigneurs remettent précisément en cause le principe de vassalité, notamment face au peu de sens qu'il y aurait à voir un monarque tout régenter en sont un exemple. Leur revenu leur venait de leur seigneurie. Cette volonté de Paris soudain au de vouloir s'affirmer va se poursuivre jusqu'à la Fronde où elle s'impose par la force, comme par la suite. Malgré l'affirmation de Paris par la force et le sang, les Parlements garderont une grande indépendance, seront créateurs de droit et ne ratifieront pas toujours les traités résolus par le roi. Ainsi à la veille de la révolution, même quand Versailles existe depuis un siècle, le Parlement de Lorraine refuse d'augmenter la portion congrue, augmentation présentée au roi par M. de Talleyrand de Périgord et agréée en conseil du roi. L'indépendance des régions, notamment sur le plan juridique sera terminée avec la Révolution qui va être un acte centralisateur.

Histoire thumb|Nicolas de Bohier (1469–1549), président à mortier au parlement de Bordeaux, en dispute.

La formation du Parlement de Bordeaux et de sa juridiction au

Les débuts incertains du Parlement durant la guerre de Cent Ans Une cour supérieure de Guyenne, issue de l'administration anglaise, existait avant le Parlement de Bordeaux, mais elle semble n'avoir eu qu'un rôle limité puisque les appels étaient généralement portés devant la cour du roiPierre Prétou, Crime et justice en Gascogne…, 2010, ..

La conquête militaire de Charles VII dans le Sud-Ouest le poussa en 1444 à placer les pays conquis sous la juridiction d'une cour locale : le Parlement de Toulouse, créé en 1443. Cette décision fut largement contestée par les Bordelais et Charles VII consentit en 1451 à la création d'une Curia Suprema Burdigale.

Mais le Parlement de Bordeaux fut suspendu en raison d'une révolte des Bordelais à l'encontre de l'autorité royale en 1452 et Charles VII institua donc en remplacement les Grands JoursOrdonnances des rois de France, t. XV., assemblée dépendante du Parlement de Paris. Un président et quatre conseillers devaient théoriquement être envoyés une fois tous les deux ans à Bordeaux (cette assemblée ne siégea en fait qu'en 1456 et 1459), pour rendre la justice en appelBoscheron Des Portes, Histoire du Parlement de Bordeaux, 1878, .. La cour se composait alors de d'un président, dix magistrats, un procureur général, un avocat général, trois huissiers, un greffier et un notaire.

Le renforcement du Parlement et l'extension de sa juridiction sous le règne de Louis XI Devant les difficultés d'administration engendrées par l'éloignement et le nombre d'affaires à traiter, Louis XI replace le la Guyenne sous la juridiction de Toulouse. La disgrâce de Toulouse permit l'année suivante à Bordeaux de retrouver son Parlement : en 1462, Louis XI reconstitua un véritable parlement autorisé sur les sénéchaussées de Guyenne, du Bazadais, Agenais, Landes, Périgord, Quercy, Saintonge et AngoumoisOrdonnance de Louis XI, Chinon, le 12 juin 1462.. La cour se composait à sa création d'un président et de 6 conseillers, à savoir 3 clercs et 3 lays ou laïques, ainsi que d'un avocat du roi (avocat général), un greffier civil.

Par lettres patentes, le roi autorisa, le , une augmentation des membres requis ainsi que la nomination de l'évêque de Dax en tant que conseiller-clerc du ParlementLettres patentes de Louis XI, Chartres, le 3 novembre 1467..

En juillet 1468, à la suite de la transformation de la Guyenne en apanage pour Charles de France, Louis XI ordonna la transition du Parlement à Poitiers, deuxième Parlement après celui de ParisLettres patentes de Louis XI, Amboise, juillet 1469.. Cependant, le duc Charles mourut en 1472, et la Guyenne retourna à la couronne. En conséquence, le Parlement fut rétabli à Bordeaux, le par lettres patentesLettres patentes de Louis XI, Saintes, le juin 1472..

Dès 1474, la sénéchaussée d'Armagnac aussi se plaça dans le ressort du Parlement de Bordeaux ; si la sénéchaussée de Condom restera dans le ressort de Bordeaux, la sénéchaussée de Lectoure puis celle d'Auch, les plus importantes, ressortiront de ToulouseLettres patentes de Louis XI, Senlis, le 25 avril 1474.. De même, celle de Quercy y retournaLettres patentes de Louis XI, Bechesy, le 24 mai 1474..

Le parlement de Bordeaux au temps de la Réforme et des guerres de religion (1517-1590)

Le développement du Parlement au Au , le Parlement de Bordeaux se développa de façon considérable. Le nombre de conseillers passa de 18 en 1483, à 22 en 1515, puis à 30 en 1533, jusqu'à atteindre 55 conseillers en 1543. Cette évolution était due à la création de nouvelles chambres au sein du Parlement. La Grande Chambre (ou « Grand' Chambre » où siègent les grands chambriers) constituait la chambre principale, sous Louis XII fut créée la Chambre des Enquêtes, qui était chargée d'assister la Grande Chambre en préparant ses arrêts et en instruisant les dossiers. En 1519 fut créée une chambre criminelle spécialisée, appelée la Tournelle, composée de huit conseillers et d'un président ; en 1543 fut créée une seconde Chambre des Enquêtes.

De véritables dynasties de Parlementaires se constituèrent, dont la famille de Michel de Montaigne, tandis qu'il siégeait à la Chambre des Enquêtes, son beau-frère siégeait à la Grande Chambre et son beau-père, à la Tournelle. Ces logiques dynastiques furent encouragées par le système de la vénalité des charges, et par la possibilité de leur transmission familiale, qui fut mise en pratique au Parlement à partir de 1530.

Dans les années 1548-1549, le Parlement traversa une grave crise qui remit en cause ses prérogatives. La décision de François Ier d'instaurer la gabelle ainsi que des greniers à sel en Guyenne provoqua une émeute en août 1548 à Bordeaux. Le pouvoir royal accusa les autorités locales d'avoir fait preuve de tiédeur dans la répression de cette révolte et décida en guise de châtiment de suspendre leurs fonctions, les conseillers du Parlement de Bordeaux furent alors remplacés par une juridiction de conseillers de Paris et de Rouen qui siégea d'août 1549 à janvier 1550. Henri II cependant décida de se montrer magnanime et accorda à la ville une amnistie.

Le Parlement de Bordeaux eut dès lors l'occasion de s'affirmer et de renforcer ses prérogatives. En 1557 fut créée une nouvelle chambre, la Chambre des Requêtes, chargée d'examiner la recevabilité des demandes, et sous le règne de Charles IX, le Parlement fut doté d'un pouvoir de contrôle politique, puisqu'il reçut en 1566 le droit d'approuver les élections à la Jurade. Par ailleurs, deux conseillers furent introduits dans les élections et les assemblées de la Jurade.

Le Parlement de Bordeaux face aux crises religieuses du Face à la diffusion des idées de la Réforme, le Parlement de Guyenne s'érigea en défenseur de la foi catholique. Dès 1534, les magistrats interdirent aux régents du Collège de Guyenne de détenir des livres défendus par la faculté de théologie de Paris. À partir de 1540, les Parlements en France obtinrent davantage de prérogatives dans la lutte contre l'hérésie au détriment des officialités. De 1541 à 1559, le parlement de Bordeaux rendit ainsi 450 arrêtés relatifs à la crise religieuse, ce qui témoignait de l'intensité de son activité dans ce domaine. Entre 1530 et 1560, 26 arrêts de mort furent prononcés par le Parlement à l'encontre d'hérétiques, la répression exercée par les magistrats ne fut donc pas aussi brutale que celle qui fut entreprise dans les juridictions de Paris ou de Toulouse.

Mais à partir de 1560, un parti intransigeant émergea au Parlement autour du troisième président Christophe de Roffignac, qui constitua un syndicat qui s'opposait à la modération du premier président, Lagebaston, plutôt favorable à l'inflexion de la répression royale qui fut amorcée dès la mort d'Henri II. Le , l'avocat Jean de Lange, appartenant du syndicat de Roffignac, prit la parole devant les conseillers et s'éleva contre les dangers représentés par l'existence de deux religions à Bordeaux. Le Parlement prit alors des mesures immédiates : ordre aux étrangers de quitter Bordeaux, interdiction de circuler armé, interdiction de participer à la Cène, aux consistoires et aux synodes.

La reprise de la guerre en 1567 fit tomber le parti modéré, Lagebaston fut contraint d'abandonner sa charge. La répression du Parlement à l'égard des Protestants s'accentua alors considérablement : en 1569, 579 condamnations à mort furent prononcées, et 563 l'année suivante. Cependant, lorsque la paix du Fleix fut signée en 1580, le Parlement, qui avait pris le tournant de l'hostilité envers les protestants, fut à nouveau affaibli par le pouvoir royal. Entre 1580 et 1584, une chambre de justice composée de magistrats parisiens fut installée au Parlement de Bordeaux. Par la suite, le Parlement parvint à naviguer entre Ligueurs et Protestants, sans prendre clairement parti et il reconnut dès janvier 1590 Henri IV comme roi de France.

L'âge de fer du Parlement de Bordeaux (1590-1690)

Le Parlement entre épidémies, révoltes et contestations de son autorité (1590-1648) En dépit de la soumission des magistrats à l'autorité d'Henri IV, les relations entre le souverain et le Parlement demeuraient néanmoins sous tension, l'arrivée de l'édit de Nantes au Parlement en 1599 donna ainsi lieu à l'arrêt de remontrances. Cette diatribe d'Henri IV à l'égard du président du Parlement illustre la défiance du souverain à l'égard de cette institution : "Vous dites que mon peuple est foulé. Eh ! Qui le foule, que vous et votre compagnie ? Oh ! La méchante compagnie ! Eh ! Qui gagne son procès à Bordeaux que celui qui a la plus grosse bourse ? Tous mes parlementaires ne valent rien mais vous êtes les pires de tous.".

En 1599 une épidémie de peste frappa la ville, l'activité du Parlement en fut grandement affectée, une chambre provisoire fut alors formée pour continuer d'assurer l'activité du Parlement, les magistrats s'y relayaient de huitaine en huitaine. Lorsqu'une nouvelle épidémie frappa Bordeaux en 1604, le Parlement constitua le un Bureau de la santé, qui fut chargé de connaître l'état sanitaire de la ville. Une nouvelle épidémie fit son apparition en 1629-1630, durant toutes ces crises, le Parlement s'efforça de prendre des mesures, de concert avec la Jurade, pour préserver Bordeaux de la peste : quarantaines, nettoyage des rues, garde du port...