L'Armée d'armistice, nommée également l'Armée de Vichy, est l'armée qui se trouve placée sous l'autorité du gouvernement de Vichy après l'armistice du 22 juin 1940Texte de la convention d'armistice sur le site de l'université de Perpignan, mjp.univ-perp.fr. consécutif à la défaite de la France face à l'Allemagne au début de la Seconde Guerre mondiale. À la suite de l'armisticeLes modalités détaillées furent décidées par le Allemands et les Italiens, le 29 juin 1940, à Wiesbaden, puis par la Commission allemande d'armistice., la France n'est autorisée à conserver qu'une armée de « transition » de à en métropole et des forces plus nombreuses au sein de l'Empire français : plus de en Afrique , à Madagascar et Djibouti, répartis dans les mandats de Syrie et du Liban. entre et Jacques Marseille, « L'Empire », dans La France des années noires, tome 1, Éd. du Seuil, rééd. , 2000, 282. en Indochine, une marine de guerre de . et une Armée de l'air de . Symbole de la souveraineté française qui justifie aux yeux du régime de Vichy une collaboration de plus en plus poussée avec le vainqueur, l'Armée d'armistice est en partie le résultat de cette collaboration, tout en étant le moyen par lequel Vichy défend sa neutralité vis-à-vis des Alliés et des forces de l'Axe..

À partir de , à la suite du débarquement allié en Afrique du Nord, l'Armée d'armistice cesse d'exister : d'une part, les unités stationnées en Afrique basculent massivement du côté des Alliés et s'engagent dans l'Armée française de la Libération, et d'autre part, les unités restées en métropole sont dissoutes sur ordre d'Hitler le , procédure exécutée en décembre de la même année.

L'Armée française avant l'armistice L'Armée française en 1939

alt=Militaires, en capote kaki et coiffés de la chéchia, présentant les armes autour de leur porte-drapeau. Derrière eux, des musiciens portant le même uniforme que la garde du drapeau.|vignette|La musique et la garde d'honneur du de zouaves début 1940. Dans la période qui a suivi la Première Guerre mondiale, le militarisme qui avait pu être de rigueur en France pendant les années de guerre a laissé la place à une vague de pacifisme et d'antimilitarisme. Beaucoup d'officiers ont alors démissionné. Avec une situation internationale menaçante, on assiste à un regain d'intérêt pour l'Armée française qui se traduit notamment par un accroissement des candidatures aux grandes écoles militaires. Ce renouvellement relatif se traduit, par exemple, par le fait que près d'un quart des officiers sont sortis du rang alors que cette proportion n'était que de 4 % en 1913. Toutefois, selon Christian Bachelier, ce renouveau est limité, la plupart des cadres de l'Armée restant conforme au soldat-fonctionnaire, discipliné et prêt à l'abnégation, mais craignant les initiatives et les responsabilités..

À l'issue de la mobilisation, décrétée le , cinq millions d'hommes mobilisés sont disposés près du front ou à l'intérieur, encadrés par un corps de , , dont . Cette armée va connaître les mois d'inactivité de la Drôle de guerre avant d'être submergée par l'Armée allemande au cours de la bataille de France, en mai et .

Situation de l'Armée française après la défaite vignette|Les artilleurs du régiment d'artillerie de position (Armée des Alpes) à la gare de Saint-Raphaël le avant leur démobilisation.|alt=Soldats devant un wagon couvert, portant les inscriptions à la craie : l'héroïque E.O.15 et Cap-Saint-Martin Entre le et le , l'Armée française a subi le plus grand désastre de son histoire : elle n'a pas pu empêcher l'invasion des deux tiers du territoire métropolitain par l'Armée allemande, son commandement est discrédité, et et quelque environ sont retenus prisonniers.Jacques Durand, La captivité, histoire des prisonniers de guerre français 1939-1945, éd. par la FNCPG-CATM, 20-21.. Le bilan des morts finalement retenu en 1990 par le ministère de la défense après exploitation des archives des décès morts pour la France entre et retient le chiffre d'une soixantaine de milliers de morts militairesJean Quellien, « Les pertes humaines », dans La France pendant la Seconde Guerre mondiale - Atlas historique, éd. Fayard, ministère de la Défense, 2010, .. À ce chiffre s'ajoutent les morts civils, environ . Le nombre des blessés est d'environ militaires.

Une centaine de milliers d'hommes se trouvent en Grande-Bretagne. Ce sont les membres du corps expéditionnaire de Narvik, les rescapés de Dunkerque et les équipages appartenant à la marine de guerre et à la marine marchande. La grande majorité choisiront d'être rapatriés en France. Seuls 882 marins dont 30 officiers et de l'Armée de terre, ayant appartenu, pour la plupart, au corps expéditionnaire de Narvik, acceptent de se placer sous l'autorité de De Gaulle après l'appel lancé le et d'intégrer les Forces françaises libres (FFL). 200 aviateurs ont également rejoint Londres. Le , la Première brigade de légion française qui représente l'unité terrestre des FFL n'inclura que 123 officiersJean-Louis Crémieux-Brilhac, « La France Libre », dans La France des années noires, tome 1, Éd. du Seuil, 1993 ; rééd. , 2000, 195-197..

L'armistice Les clauses de l'armistice Lorsque Philippe Pétain, appelé par le président de la République Albert Lebrun à remplacer Paul Reynaud comme président du Conseil, demande l'armistice le , il laisse la possibilité à Hitler de dissoudre purement et simplement l'Armée française.. Après la démission de Paul Reynaud, le nouveau gouvernement n'a formulé que deux préalables : d'une part, un État français doit être maintenu et d'autre part, la flotte de haute mer, invaincue, ne doit pas être livrée. Le , lorsqu'ils arrivent épuisés à la clairière de Rethondes où les attend la voiture de chemin de fer qui avait servi à la signature de l'armistice de 1918, les officiers français conduits par le général Huntziger se voient remettre par Hitler un exemplaire du texte d'armistice dont ils sont invités à prendre connaissance..

Les conditions d'armistice apparaissent clémentes à la délégation française. En particulier, ils sont agréablement surpris d'apprendre que la Flotte pourrait rester aux mains de la France. Une dizaine parmi les 24 articles de la convention d'armistice concerne la neutralisation du potentiel militaire françaisJean-Pierre Azéma, De Munich à la Libération, 1938-1944, Éd. du Seuil, 1979, 73-77. : les troupes sont désarmées, sauf celles nécessaires au maintien de l'ordre. Selon l'article 4 de la convention franco-allemande d'armistice, les effectifs de la nouvelle armée en France métropolitaine sont limités à organisés en huit divisions militaires et quatre régiments de cavalerie (certaines formations sont exclues de ce nombre : la brigade des sapeurs pompiers de Paris a été démilitarisée alors que certains régiments avaient combattu sur la Loire ; les gendarmes ne sont pas démilitarisés, mais avaient été dès le , placés sous les ordres du ministère de l'Intérieur, et considérés par les Allemands comme une force de maintien de l'ordre). Le principe du service de longue durée oblige à dégager des cadres et à recruter des hommes de troupe.. En outre, les plans des fortifications doivent être remis à la Wehrmacht, le matériel de guerre livré intact, les aérodromes passent sous contrôle allemand. Article 10 : Article 8 :

Les principales modalités concernant la taille et l'organisation de l'Armée sont décidés par des militaires allemands et italiens réunis le à Wiesbaden, une ville de la Hesse qui avait été le siège du quartier général des autorités militaires françaises en Allemagne après 1918. Par la suite, une Commission allemande d'armistice siégeant dans la même localité dès le début du mois de juillet et chargée de veiller au respect des clauses de l'armistice en réglera aussi tous les détails..

Diktat ou pont d'or ? Pour la plupart des dirigeants français, il semble clair que les forces allemandes qui ont écrasé l'Armée française vont rapidement venir à bout du Royaume-Uni. Ils n'imaginent pas une guerre mondiale durant plusieurs années, mais une paix très proche..

La question de savoir si en définitive les clauses de l'armistice ont été une bonne affaire pour Hitler a été très débattue dès le lendemain de la guerre : une fraction de la Wehrmacht estimait qu'Hitler avait commis une erreur en n'imposant pas un contrôle direct sur l'Empire français. En janvier 1944, Winston Churchill déclarait au général Georges : . Le , Hitler déclare à Mussolini : .

Les partisans de l'armistice ne voient pas plus loin que la conclusion d'une paix immédiate. Ce sont les Britanniques qui ont modifié la donne stratégique et déjoué les plans hitlériens en gagnant la bataille d'Angleterre.

L'Armée française de Mers el-Kébir à Montoire vignette|Le cuirassé Bretagne en feu, quelques minutes avant qu'il n'explose à Mers el-Kébir.|alt=Vue d'un navire de guerre en feu. Dans l'Armée d'Outre-mer, il se développe un mouvement hostile à l'armistice qui ne doit rien à l'Appel du 18 Juin du général de Gaulle qui, bien qu'ayant été brièvement sous-secrétaire d'État à la Guerre et à la Défense nationale dans le Gouvernement Reynaud, n'est alors que général de brigade à qui des généraux beaucoup plus étoilés n'ont aucune raison de se rallier. Le commandant en chef de l'Armée d'Afrique du Nord, le général Charles Noguès est le plus récalcitrant d'entre eux. Tout au long du mois de juin, il envoie au Gouvernement des télégrammes pour l'inciter à se transporter en Afrique du Nord pour y poursuivre la guerre. L'opposition de Noguès à l'armistice reçoit l'approbation de l'amiral Jean-Pierre Esteva commandant de la flotte de la Méditerranée à Bizerte et du général Eugène Mittelhauser commandant des forces françaises au Levant, c'est-à-dire en Syrie et au Liban..

Le général Maxime Weygand, commandant en chef des armées françaises depuis le et ministre de la Défense nationale dans le nouveau Gouvernement Pétain fait savoir à Noguès qu'aucune force ne pourra lui être envoyée depuis le continent. Finalement Noguès accepte l'armistice, après avoir fait savoir qu'il risquait de concourir à une perte d'« autorité morale » aux yeux de la population indigène. Le , le général Mittelhauser qui avait d'abord désapprouvé l'attitude de Noguès proclame à son tour la cessation des hostilités sur son théâtre d'opérations..

thumb|Base aérienne 144 Aïn Arnat, Sétif 1940, inspection du général Weygand accompagné de l'amiral Abrial et du général Noguès, salué par le commandant de la base et ses officiers.|alt=Deux généraux se serrent la main, encadrés d'officiers de l'Armée de l'air, sur une base aérienne.

Sans l'appui d'aucun chef prestigieux, les officiers qui décident de rejeter l'armistice et de poursuivre la lutte dans le camp britannique le font en vertu d'une décision individuelle impliquant, avec l'abandon de leurs hommes et de leurs postes, le reniement des principes de discipline inculqués depuis le début de leur carrière.. Seule une poignée d'officiers de carrière rejoint le général de Gaulle, dont le vice-amiral MuselierQui fut le premier officier général à rejoindre de Gaulle à Londres., l'Armée d'armistice restant la seule héritière indiscutable de l'Armée française.. Le contre-amiral Charles Platon, en tournée en Afrique française au cours du mois de juillet 1940, n'a guère de mal à convaincre ses jeunes collègues de la nécessité de conserver l'Empire français sous un commandement unique.