Krystyna Skarbek, née le Plusieurs dates de naissance apparaissent selon la documentation. Celle de 1915 correspond sans doute aux faux-papiers de son alias Christine Granville qu'elle adopte par la suite. à Varsovie. et morte le à Londres, est une espionne britannique d’origine polonaise.
Au début de la Seconde Guerre mondiale, elle effectue des missions de renseignement, notamment en Hongrie et en Pologne. Après le débarquement de Normandie, sous le nom de guerre de Christine Granville, elle mène des actions de soutien à la Résistance intérieure française au sein du réseau britannique JOCKEY de Francis Cammaerts rattaché à la section F du Special Operations Executive (SOE), en tant que courrier de ce réseau actif dans le sud-est. Son principal fait d'armes est l'organisation de la libération de Cammaerts et de deux autres agents détenus à Digne-les-Bains, en .
Après guerre, elle exerce divers petits métiers avant d'être assassinée dans le hall d'un hôtel londonien par un prétendant éconduit.
Parmi toutes les femmes agentes du SOE, c’est elle qui sert le plus longtemps comme agent secret. Selon un de ses biographes., ce sont les capacités et les résultats de Krystyna Skarbek qui ont amené le SOE à faire évoluer sa politique en faveur d'un recrutement croissant de femmes.
Biographie Premières années Krystyna Skarbek nait le à Varsovie, en Pologne alors province russe. Elle est la fille du comte Jerzy Skarbek issu du clan AbdankCette branche de la famille aristocratique Skarbek, descendant du clan Abdank, l’une des plus anciennes familles nobles de Pologne, n’avait pas droit au titre., des aristocrates polonais et de Stefania Goldfeder, fille d’un riche banquier d'origine juive. Elle est notamment parente avec Frédéric Skarbek, homme politique polonais Jarosław Krawczyk, « Wielkie odkrycia ludzkości. Nr 17 », Rzeczpospolita, 12 juin 2008.. Elle a un frère aîné, Andrzej. Krystyna grandit dans le confort à Trzepnica dans la propriété de campagne maternelle. Elle est très proche de son père et adopte un comportement de garçon manqué relativement inhabituel pour l'époque. Elle monte notamment à cheval à califourchon plutôt qu'en amazone, et apprend à manier les armes à feu..
thumb|gauche|Piste de ski à Zakopane. Dans les années 1920, en butte à des difficultés financières, la famille est contrainte de vendre la propriété familiale et s'établit de nouveau à Varsovie.. Son père décède en 1930 d'une tuberculose. L'empire financier des Goldfeder s'étant effondré, il devient difficile de supporter le train de vie de la veuve Stefania et ses enfants. Par souci de ne pas être un fardeau pour sa mère, Krystyna décide de travailler pour un concessionnaire Fiat. Cependant les dégagements de pot d'échappement la rendent malade. Elle quitte son poste et, sur les conseils de son médecin, entame un séjour au grand air à Zakopane dans les monts Tatras dans le Sud de la Pologne, au cours duquel elle devient une habile skieuse...
Le , elle se marie avec Gustav Karol Getlich, un homme d’affaires, mais cette union ne dure que quelques mois. Ils divorcent par consentement mutuel.. Le , alors âgée de 30 ans, elle épouse l’écrivain et diplomate . Celui-ci est bientôt nommé consul de Pologne à Nairobi, et le couple part rapidement s’installer en Afrique orientale britannique..
Carrière d’espionne Premières missions en Hongrie et Pologne thumb|Le journaliste Frederick Voigt du SIS. En , quand l’Allemagne envahit la Pologne, le couple décide de partir pour Londres, où Krystyna cherche à offrir ses services dans la lutte contre l’ennemi commun. Les autorités britanniques marquent peu d’empressement, mais finissent par être convaincues par ses relations, notamment le journaliste et contact du Secret Intelligence Service (MI6) Frederick Voigt..
Elle part pour le Royaume de Hongrie en . Elle persuade un skieur olympique polonais d’avant-guerre, Jan MarusarzFrère du sportif Stanisław Marusarz., de l’accompagner en Pologne en traversant les montagnes Tatras couvertes de neige. Une fois à Varsovie, elle plaide sans succès auprès de sa mère juive pour lui faire quitter la Pologne. ; mais sa mère sera finalement internée puis tuée à la Pawiak, alors gérée par la Gestapo.
Pendant son séjour en Hongrie, elle retrouve Andrzej KowerskiNé le en Pologne et mort le à Munich, il sera connu plus tard sous le nom de guerre d’Andrew Kennedy., un officier polonais qu'elle a connu brièvement dans son enfance à Zakopane. Kowerski, qui a perdu une partie d’une jambe dans un accident de chasse avant la guerre, exfiltre du personnel militaire polonais et allié, et recueille des renseignements.
Là-bas, Krystyna organise les missions des courriers polonais qui transportent des objets et documents de renseignement militaire entre Varsovie et Budapest. L'une des missions consiste à faire passer en contrebande le fusil antichar wz.35 à travers les TatrasLes informations de conception et d'utilisation ont été détruites. Les Alliés n'ont jamais utilisé ce modèle. En revanche, des stocks capturés ont été utilisés par des troupes allemandes et italiennes. Cf. .. Sur demande du MI6, Krystyna et Andrzej Kowerski organisent la surveillance du trafic sur les réseaux routier, ferroviaire et naval aux frontières de la Roumanie et du Troisième Reich. Krystyna transmet des informations prépondérantes au sujet du transport de pétrole depuis les champs pétrolifères de Ploiesti vers l'Allemagne. On lui confie également la mission de saboter la ligne de communication principale sur le Danube..
En , elle est arrêtée par la Gestapo avec Kowerski, mais s’arrange pour obtenir leur libération en feignant les symptômes de la tuberculose.. Le fait que la Gestapo ne veut pas heurter la tante de Krystyna et l’ami de celle-ci, le Régent de Hongrie, Miklós Horthy., a notamment aidé à leur libération. Les deux agents réussissent à s’échapper de Hongrie à travers les Balkans et la Turquie pour gagner l'Égypte.
Le Caire thumb|upright|Le général Gubbins, le chef du SOE à partir de 1943. À leur arrivée aux bureaux du SOE au Caire en Égypte, ils sont en butte à la défiance de leurs supérieurs. Krystyna est soupçonnée pour deux raisons : d'abord à cause de ses contacts avec un service de renseignement polonais appelé « les Mousquetaires » ()Formé en octobre 1939 par l'ingénieur-inventeur Stefan Witkowski. Ce dernier est tué en 1942, sans qu'on sache par qui ni pourquoi., mal vu des Britanniques et des Polonais en exil pour diverses raisons. ; ensuite, on reproche à Krystyna Skarbek la facilité avec laquelle, après leur évasion de Hongrie, elle s’est arrangée pour obtenir du consul français vichyste à Istanbul (Turquie) des visas de transit à travers la Syrie (sous mandat français). Pour les agents de renseignements polonais, seuls des espions allemands peuvent y parvenir.. Il y a également des suspicions qui pèsent sur Kowerski. Le général Colin Gubbins, nommé chef du SOE en 1943, les évoque dans une lettre adressée au Commandant en chef et Premier ministre polonais Władysław Sikorski, en des termes qui disculpent KowerskiVoici un extrait de la lettre : .
Ils sont mis hors de cause : Kowerski clarifie les incompréhensions avec le général Stanisław Kopański et peut reprendre son travail d’espionnage. Un élément favorable à Krystyna survient d'un autre côté le , avec l'invasion de l'Union soviétique par l’Allemagne (opération Barbarossa), ce que ses renseignements obtenus des Mousquetaires ont prédit.. Ce même renseignement a été transmis par plusieurs canaux indépendants, y compris Ultra..
Le major Peter Wilkinson annonce néanmoins à Krystyna et Kowerski qu’il veut se dispenser de leurs services. À cette nouvelle, le mari de Krystyna, Jerzy Giżycki, prend ombrage du traitement cavalier qu’on leur inflige et renonce brusquement à sa remarquable carrière d’espion britannique. Lorsque Krystyna lui dit qu’elle aime Kowerski et qu’elle ne revient pas vers lui, il part pour Londres puis émigre au Canada.. Bien que lavés de tous soupçons, Krystyna Skarbek et Kowerski sont provisoirement mis à pied. Krystyna fait alors l’expérience d’une interruption prolongée de l’action. Ce n'est qu'en 1943 qu'ils reprennent les entraînements militaires, Krystyna Skarbek comme agent de terrain et Andrzej Kowerski comme instructeur..
France vignette|droite|Vassieux-en-Vercors, lieu du parachutage de Krystyna Skarbek le 6 juillet 1944. En 1944, les événements l’amènent à reprendre du service et accomplir ses exploits les plus célèbres. Parlant parfaitement le français, elle est affectée au SOE Section F et prend comme nom de guerre « Christine Granville ». Krystyna est choisie pour remplacer Cecily Lefort, courrier du réseau « Jockey », qui a été capturée et sauvagement torturée (plus tard exécutée) par la Gestapo.. Le , sous la fausse identité de Pauline Armand, elle est parachutée dans le sud-est de la France sur le terrain SAP (Bennes) de Vassieux-en-Vercors, dans le cadre de la mission Paquebot avec le capitaine Tournissa et trois sous-lieutenants. : Francis Billon (qui se fracture le fémur à la réception), Yves Moineaux (ancien du 27 BCA) et un agent de l'Intelligence Service. Ils rejoignent le réseau Jockey, dirigé par un Belgo-Britannique, ex-pacifiste, Francis Cammaerts.. Krystyna l’aide en faisant la liaison entre les partisans italiens et le maquis français pour des opérations conjointes contre les Allemands dans les Alpes. Début août, elle établit un contact avec des conscrits polonais enrôlés dans les armées d’occupation allemandes au col de Larche, en haute altitude. Après deux jours de marche, elle persuade les Polonais de déserter, incitant les troupes allemandes sur place à se rendre..
L'opération de Digne Sitôt cet épisode clos, Krystyna réalise son plus haut fait d'armes en France. Francis Cammaerts et deux autres agents viennent d'être arrêtés le , près de trois jours avant le débarquement de Provence.
Le , à l’issue d’une réunion tenue avec les colonels Constans et Wiedmeyr à Apt, Francis Cammaerts et ses compagnons Xan Fielding, Claude Renoir et Christian Sorensen regagnent Seyne. Aux abords de la ville de Digne-les-Bains, ils sont arrêtés par un barrage allemand. Après vérification de leurs pièces d’identité, les quatre hommes vont poursuivre leur route quand le coup de klaxon d’une voiture de la Gestapo surgissant derrière eux les immobilise. Encadrés aussitôt par quatre SS les menaçant de leurs pistolets mitrailleurs, ils sont contraints une nouvelle fois à présenter leurs papiers à un civil s’exprimant en français. Celui-ci, après avoir examiné attentivement les pièces d’identité, autorise le chauffeur Claude Renoir à poursuivre sa route à bord de la voiture de la Croix-Rouge. Les trois autres passagers, tous officiers du SOE, sont conduits à la villa Marie-Louise, siège de la Gestapo..
Dès qu’elle apprend l’arrestation de Francis Cammaerts, Krystina Skarbek demande le à son radio Deschamps « Albert » d'en informer le commandant Brooks Richards, chef du SOE à Alger. Afin de sauver le chef de son réseau, elle enfourche une bicyclette et part à Digne. Là, elle prend contact avec le capitaine de gendarmerie française Schenck qui, étant Alsacien et parlant allemand, assure la liaison entre la préfecture et les autorités d’occupation. Elle se présente comme la nièce de Bernard Montgomery et menace le gendarme de terribles représailles si les prisonniers sont maltraités.. De plus, elle propose deux millions de francs pour les libérer. Sur ce, Schenck la présente à un intermédiaire, Jules Waem dit « le beau Max », interprète pour la Gestapo. Celui-ci accepte de libérer les agents à la condition qu'il bénéficie d'une protection..