vignette|upright=1.4|Les francistes de Marcel Bucard (au centre) en 1934.

Le fascisme français est une forme de fascisme qui émergea en France après la Première guerre mondiale sous la Troisième République, dans un moment où plusieurs nations voient l'apparition d'émules du fascisme italien puis du nazisme allemand.

Plusieurs mouvements politiques ou partis d'extrême droite se sont réclamés ouvertement du fascisme italien, tels que Le Faisceau ou le Francisme. Tandis que d'autres y trouvèrent soit une inspiration, soit un financement direct par la dictature fasciste de Mussolini, ou furent catégorisés ainsi par les historiens a posteriori.

Définition Le fascisme est une doctrine politique née en Italie en 1919. Cette doctrine issue du traumatisme laissé par la Première guerre mondiale entend réformer la nation en s'opposant aux démocraties libérales et à l'individualisme.

D'essence révolutionnaire, le culte du chef, l'irrédentisme, le nationalisme, le corporatisme, l'antiparlementarisme et l'opposition au socialisme, au libéralisme et à la démocratie en sont des composants idéologiques.

L'existence et la nature du fascisme en France dans l'entre-deux-guerres divisent depuis longtemps les historiens spécialisés : les uns estiment que la notion de fascisme est étrangère à l'histoire de la politique française, pendant que d'autres estiment que les idées fascistes ont bel et bien traversé le paysage politique français. Néanmoins, même des historiens concluant à l'existence d'un fascisme français dans cette période historique affirment que celui-ci serait resté marginal, sans véritable assise populaire et ne tentant que quelques intellectuels, à l'image de Drieu La Rochelle, Jouvenel ou Céline. Ce débat d'historiens n'étant pas tranché, il convient d'appréhender ce sujet d'investigation avec précaution.

Historique . D'une part, des ligues nationalistes et conservatrices se seraient radicalisées, au cours de deux vagues en réaction essentiellement au premier Cartel des gauches (1924-1926) et au deuxième Cartel (1932-1934). D'autre part, , faisant apparaître des convergences nouvelles (planisme, néosocialisme, technocratie, etc.) entre personnes politiques venues d'horizons politiques différents voire opposés.

Proto-fascismes français

La généalogie du fascisme ne peut être remontée trop haut au risque d'anachronisme. Il faut attendre l'entrée dans pour pouvoir parler de fascisme ().

La question du boulangisme

Le boulangisme (1888-1889) peut être comparé au fascisme par sa capacité à attirer des hommes d'extrême droite (bonapartistes, monarchistes, nationalistes) et d'extrême-gauche de l'époque (blanquistes, radicaux-socialistes) autour d'une synthèse reposant sur un chef, un État fort, une idéologie nationaliste et une volonté sociale. Boulanger n'était cependant pas idéologue et on ne retrouve pas dans le boulangisme une volonté de réorganisation de la société autour d'un projet soit totalitaire, soit organiciste.

Le rapprochement nationalisme-syndicalisme Selon l'historien Zeev Sternhell, les débuts du fascisme français remontent au début du , avec les rapprochement entre une partie de l'anarcho-syndicalisme et du nationalisme (qui était lui-même encore proche à cette époque de ses origines républicaines et de gauche).

Cette mouvance est principalement représentée par le Cercle Proudhon (créé en 1911 dans l'orbite de l'Action française par Georges Valois, Édouard Berth et Henri Lagrange), la revue Terre libre de l'anarchiste Émile Janvion (à la fois antirépublicain, antimaçonnique, antisémite et antimarxiste, rejoignant l'Action française à partir de 1910) où participent Marius Riquier et Georges Darien (auteur de Biribi), ainsi que des personnalités comme Georges Paul, journaliste anarchiste passé au monarchisme. Le projet de revue La Cité française (1910) rassemble aussi Georges Sorel (un temps proche du syndicalisme révolutionnaire), Georges Valois (anarchiste passé à l'Action française), Pierre Gilbert et Édouard Berth (héritier idéologique de Georges Sorel).

Naissance de mouvements fascistes français dans les années 1920

Malgré le premier rapprochement des années 1910, la véritable apparition du fascisme découle cependant du traumatisme de la Première Guerre mondiale et de la révolution bolchevique de 1917.

D'une part, contrairement à ses promesses, la majorité de la gauche française participe aux gouvernements pour soutenir l'effort de guerre, quelques socialistes se convertissant à l'occasion à un nationalisme farouche (Gustave Hervé en France comme Benito Mussolini en Italie). En parallèle, la Révolution bolchevique de 1917 entraîne un mouvement de séduction et de répulsion qui enfantera les premiers groupes fascistes (reprendre la puissance de séduction des révolutions bolcheviques, mais mettre cette force au service de l'anticommunisme).

D'autre part, la guerre a révélé un monde nouveau plus violent et militarisé, où la technique, la grande industrie et la vitesse ont une importance primordiale (voir notamment le mouvement du futurisme italien, le mouvement technocratique). En 1918, les invalides de guerre sont 6 millions et se regroupent avec les autres anciens combattants dans des associations pour défendre leurs intérêts. L'idéologie des anciens combattants a ainsi pu jouer un rôle important dans le développement du fascisme français au sein des ligues d'extrême droite.

De tous ces éléments et d'autres, vont naître les premiers véritables mouvements fascistes en France, par rencontre d'hommes d'extrême droite avec des hommes ayant rompu avec la gauche, notamment le Faisceau (1925-1928) et le courant fasciste de Gustave Hervé.

vignette|Maurice Langlois-Longueville, Georges Valois et Jacques Arthuys, membres du Faisceau, devant la chambre correctionnelle (24 janvier 1927) à la suite d'une expédition contre les locaux de l'Action française le 14 novembre précédent. Agence Meurisse, Paris, BnF.

Le Faisceau

Premier parti fasciste français, le Faisceau est créé en 1925 par Georges Valois (ancien du Cercle Proudhon), attirant hommes de gauche et de droite, notamment des jeunes de tous horizons attirés par la nouveauté. Ce premier fascisme français, dont le nom fait référence au fascisme italien, sera cependant un échec.

Tiraillé entre plusieurs directions idéologiques (la recherche d'un fascisme socialiste, la copie pure et simple de l'Italie, la défense des intérêts patronaux), le Faisceau éclate en deux groupes en 1928. D'une part, Georges Valois crée le Parti républicain syndicaliste, avec Charles-Albert (de son vrai nom Charles Daudet, ex-anarchiste devenu néo-jacobin, futur collaborateur à La Gerbe sous l'Occupation), Jacques Arthuys, Hubert Bourgin et René Capitant (qui retourne à gauche et édite le journal Cahiers Bleus). D'autre part, le docteur Pierre Winter crée le Parti fasciste révolutionnaire, aux côtés de E. d’Eaubonne, Maurice de Barral et Philippe Lamour (qui reste clairement fasciste et édite le journal Révolution fasciste).

gauche|vignette|upright=0.6|Gustave Hervé, date inconnue.

Le courant fasciste de Gustave Hervé

Gustave Hervé, l’un des quatre signataires de la création de la SFIO, leader révolutionnaire et antimilitariste de ce parti, se convertit au nationalisme dès 1912-1914. Hervé a donc suivi le même chemin que Mussolini (exclu du PS italien car favorable à l'entrée de l'Italie dans la Première Guerre mondiale). Son passage du socialisme au nationalisme le mènera au fascisme. Mais c'est un fascisme sans troupes, c'est un nationalisme pacifiste à la française selon les analyses de Raoul Girardet, Hervé n'étant d'ailleurs pas un ancien combattant de la Grande Guerre, contrairement à Mussolini.

Le journal de Gustave Hervé s'appelle depuis 1916 La Victoire, nouveau nom de La Guerre sociale. Hervé appelle à la constitution d'un Parti socialiste national et présente son projet dans son journal en L'Information financière, économique et politique, 10 juillet 1919, Ibid., 13 juillet 1919. Le Populaire, journal des socialistes SFIO, se moque : Le Populaire, 10 juillet 1919. Il s'allie en , provisoirement, à quelques figures historiques du socialisme, attachées à un socialisme patriote hostile à l'internationalisme, à l'Allemagne, au bolchevisme : Alexandre Zévaès (ex-député du POF marxiste guesdiste devenu un socialiste indépendant, futur antifasciste dans les années 1930 et futur collaborateur de L'Œuvre de Marcel Déat sous l’Occupation, Jacques Prolo, ancien anarchiste devenu, comme Zévaès, un animateur du Parti républicain-socialiste, Jean Allemane (leader historique du socialisme français)L'Éclair, 2 août 1919, Émile Tissier (ex-marxiste guesdiste, adjoint d'Hervé). Ils animent un Parti socialiste national, composante du Bloc national, opposé à la SFIO. Leur parti végète après 1919.

Zeev Sternhell présente ce parti comme un Zeev Sternhell, Ni droite, ni gauche. L'idéologie fasciste en France, Complexe, 1987, . L'auteur, pourtant, ne l'étudie pas dans son ouvrage.. Shlomo Sand évoque quant à lui , par ailleurs philosémite et prosionisteShlomo Sand, La Fin de l'intellectuel français ? Zola à Houellebecq, Paris, La Découverte, 2016..

Gustave Hervé crée ensuite le Parti de la république autoritaire (1925), une nouvelle mouture du Parti socialiste national (1927) puis la Milice socialiste nationale (MSN ; 1932-1933) quand arrive Marcel Bucard. Le MSN s’effondre fin 1933 au profit du francisme, scission du MSN menée par Marcel Bucard.

La « première vague » du fascisme français ?

vignette|Caricature communiste présentant Léon Daudet, l'un des dirigeants de l'Action française, comme un « chef fasciste »(La Provence ouvrière et paysanne, , 11 juillet 1926). La victoire de la gauche aux législatives de 1924 (Cartel des gauches) va entraîner l’éclosion de nombreuses ligues de droite nationaliste, lui reprochant divers aspects de sa politique : politique laïque, politique économique (chute du franc), etc. L'historien Robert Soucy parle d'une « première vague » de ligues d'extrême droite en 1924-1926. Le retour de la droite au pouvoir en 1926 (avec le gouvernement d'Union nationale de Raymond Poincaré) et la bonne santé de l'économie française vont vite faire retomber cette vague d'agitation, et ceci jusqu'en 1932.

Les ligues nationalistes des années 1924-1926 ne prônent généralement pas une idéologie véritablement fasciste (pas d'État totalitaire notamment), mais plutôt une idéologie réactionnaire, inspirées par Charles Maurras, le bonapartisme (mélange de nationalisme, catholicisme et militarisme) voire simplement un nationalisme républicain. Cependant elles pratiquent parfois un relatif alignement verbal et vestimentaire sur le jeune fascisme italien, qui possède un fort pouvoir de séduction. Les ligues et mouvements nationalistes réactionnaires ont cependant leur place ici car leur aile dure s’apparente clairement au fascisme. Elle se détachera souvent de ces mouvements jugés trop conservateurs pour devenir pleinement fasciste.

Les ligues de cette première vague sont : la Ligue des chefs de section de Binet-Valmer, rassemblant des anciens combattants ; la Légion (-1925) d'Antoine Redier (ancien combattant, rédacteur en chef de La Revue française), ligue forte dans les régions catholiques, à l'idéologie réactionnaire (style Action française) malgré un style fasciste, s'intègre aux JP en puis au Faisceau en ; la Ligue républicaine nationale, fondée en par Alexandre Millerand pour rassembler les droites républicaines et parlementaires face au Cartel des gauches, regroupant adhérents, élus et rares militants des partis de la droite parlementaire (notamment l’Alliance démocratique et la Fédération républicaine, groupes affiliés), pouvant de ce fait difficilement être rattachée au fascisme ;