Les élections législatives françaises de 1919 ont eu lieu les et, pour six sièges, le . Elles ont élu la Chambre des députés de la douzième législature de la Troisième République.
La majorité politique bascule à droite, à la suite de la victoire de l'alliance des forces centristes et conservatrices au sein de la formation dite du « Bloc national » (composée de l'ARD, de la FR, des RI et des conservateurs). La nouvelle assemblée fut surnommée « Chambre bleu horizon », en référence à la couleur bleu horizon des uniformes des très nombreux anciens combattants qui y siègeront.
Contexte historique Séquelles de la guerre Bilan humain À la fin de la Première Guerre mondiale, la France est exsangue : le conflit — militaires et civils et — puis la grippe de 1918 dite « espagnole » ont fait des ravages dont l'ampleur n'est pas évidente à chiffrer (on parle de ).
Bilan économique et financier L'économie a été durement touchée par la guerre : près de 50 % des paysans sont morts., du territoire ont été classés en zone rouge, dénotant des destructions très importantes, 13 départements ont été touchés par les destructions à des échelles diverses, ont été entièrement ou partiellement détruits, de routes ont été détruits, des milliers d’usines et mines ont été détruites, une grande partie du réseau routier est inutilisable, le réseau ferroviaire est désorganisé et de nombreux ponts ont été détruits.
La dette de la France vis-à-vis de l'étranger est d'environ de francs-or après la guerre., ses dépenses de guerre totalisent de francs-or, financés à 80 % par des emprunts. La Commission des réparations estime par ailleurs à de francs-or (valeur de 1914) le montant des dommages matériels subis.
Nouvelle loi électorale vignette|Carte de propagande présentant la liste socialiste candidate dans la Nièvre. La loi du instaure un nouveau système électoral, mixte, alliant scrutin proportionnel plurinominal et scrutin majoritaire plurinominal à un tour dans le cadre du département. Le scrutin uninominal majoritaire à deux tours par arrondissement, en vigueur depuis 1889, est donc abandonné.
Bien que l’électeur puisse glisser dans l’urne un bulletin de vote imprimé par une des listes et sur lequel figurent les noms des candidats du parti, la loi électorale précise que l'électeur vote pour des candidats individuels. Il peut voter pour autant de candidats qu'il y a de sièges à pourvoir. L'électeur peut donc :
glisser dans l'urne un bulletin imprimé par un parti, sur lequel figurent les noms des candidats du parti ; glisser dans l'urne un bulletin imprimé par un parti, sur lequel l'électeur aura rayé ou remplacé certains des noms ; écrire à la main sa propre liste de candidats.
Il y a ensuite trois moyens d'être élu : les candidats ayant rassemblé une majorité absolue de suffrages exprimés sur leur nom sont élus ; les sièges non pourvus sont ensuite répartis à la représentation proportionnelle, au quotient, entre les différentes listes (le score d'une liste étant égal à l'addition des voix recueillies individuellement par les candidats qui y figurent) ; les sièges restants sont tous attribués à la liste ayant recueilli le plus de voix ; une fois que le nombre d'élus par liste est connu, les élus au sein de ces listes sont ceux ayant obtenu le plus de voix individuellement.
Le but de ce changement de mode de scrutin est de mettre fin aux fiefs d'hommes politiques et de permettre la formation de majorités politiques plus larges et plus stables, capables de soutenir un gouvernement plus longtemps.
L'aspect proportionnel du scrutin reste mineur. Dans un département de 5 sièges, le quotient équivaut à des suffrages exprimés. Les listes reçoivent un siège autant de fois qu'elles ont reçu des suffrages exprimés, la liste en tête remporte les sièges restants. Si une seule liste a obtenu plus de des suffrages, elle remporte l'intégralité des sièges de la circonscription. Si les deux listes en tête ont obtenu et des suffrages, la liste en tête obtient 4 sièges, la seconde remporte le seul siège restant, aucune des autres listes n'obtient d'élus.
Campagne électorale Divisions à gauche La constitution des listes doit tenir compte de trois facteurs : d’une part, la tendance de l’opinion à penser que l’Union sacrée doit être prolongée dans la paix afin de résoudre les nouveaux problèmes de la France de l’après-guerre ; d’autre part, le refus de la SFIO, alors en crise, de prendre position sur la question du bolchevisme, qui a pourtant, semble-t-il, attiré de nombreux nouveaux adhérents durant la guerre.
Pour préserver leur unité, les socialistes décident en de ne conclure aucun accord en vue des élections législatives de la fin de l’année. Cette décision isole de fait les radicaux, contraints de renoncer à une nouvelle alliance à gauche, et permet la mise en branle d’une campagne agressive de la droite et du centre dirigée contre la SFIO, accusée de cautionner le bolchevisme.
Rapprochement de la droite et du centre Les divisions partisanes au sein de la droite persistent. Les monarchistes de l’Action française sont isolés, mais les nationalistes, clairement antiparlementaristes, les catholiques, hostiles à la laïcité, et les « progressistes » (qui sont en fait les républicains les plus modérés de l’avant-guerre) opèrent un rapprochement avec les républicains modérés du centre-droit, rassemblés en plusieurs petites organisations souvent membres de l’Alliance démocratique, qui rejettent toute éventualité d’accord de quelque sorte que ce soit avec les radicaux.
Ces derniers se retrouvent par conséquent pris en étau entre une SFIO qui hésite entre la radicalisation et le statu quo, et une droite plus que jamais anti-gauchiste.
Constitution des listes vignette|296x296px|Bulletin de vote imprimé par la liste républicaine et démocratique d'union nationale dans la circonscription du Finistère À la suite de complexes négociations, 324 listes se constituent. Les socialistes optent pour des listes homogènes, tandis que les radicaux se divisent entre alliés au centre-droit et listes isolées. Les listes du Bloc national regroupent, dans la plupart des cas, des membres de l’Alliance démocratique, des progressistes, des nationalistes et des catholiques.
Les forces en présence sont hétéroclites et la campagne confuse ; les candidats du Bloc national s’accordent tout de même généralement à axer leurs revendications sur la plus stricte application des traités de guerre, la fin du dirigisme et la lutte sans conditions contre le bolchevisme. Alexandre Millerand, enfin, parvient à rassembler autour de lui une très large coalition dans son bastion du deuxième secteur de la Seine en prônant un renforcement des pouvoirs présidentiels.
Résultats Analyse générale Les résultats sont assez confus, à l’exception de ceux de la SFIO qui progresse, parvenant cette fois à présenter des candidats dans toutes les circonscriptions. Les radicaux, particulièrement lorsqu’ils sont isolés, ont tendance à reculer, et la victoire du Bloc national est sans ambiguïté : c’est un vague bleue qui déferle sur la chambre basse, surnommée durant cette législature « Chambre bleu horizon », en raison du très grand nombre d’anciens combattants qui y siègent (44 % du total des députés).
Cette victoire reste la plus grande de la droite et du centre-droit jusqu’aux législatives de 1968. On dénombre plus de 60 % de nouveaux élus dans cette nouvelle législature.
Résultats détaillés
+Résultats des législatives de 1919PartisVoix%SiègesFédération républicaine1 819 69121,93183Section française de l'Internationale ouvrière1 728 66320,8389Alliance républicaine démocratique1 502 81418,11107Parti républicain radical1 420 38117,1286Radicaux indépendants889 17710,7193Conservateurs504 3636,0829Parti républicain-socialiste430 0545,1826Total8 295 143100613Abstentions3 309 17928,51Inscrits / participation 11 604 32271,48
Les résultats sont très confus et les groupes parlementaires formés après les élections, en particulier ceux issus du Bloc national, sont issus de diverses tendances et partis politiques.
Conséquences Le mode de scrutin amplifie la victoire des partis de droite. La SFIO, très isolée, perd un tiers de ses sièges. La défaite semble plus importante pour le parti radical qui ne retrouve que la moitié de ses sièges. Toutefois les députés du Bloc national éclatent rapidement en de multiples groupes parlementaires dont certains sont susceptibles de s'allier avec le parti radical. Les élections suivantes renouvelant les conseils municipaux et généraux montrent une plus grande stabilité du corps électoral par rapport aux positions d'avant-guerre. De fait, aux élections sénatoriales de , les radicaux minimisent les pertes et restent la formation la plus forte de la Haute Assemblée ( sur 240)..
législature Durée de la législature : - .
Président de la République : Raymond Poincaré/Paul Deschanel/Alexandre Millerand
Président de la Chambre des députés : Paul Deschanel/Raoul Péret/Paul Painlevé +GouvernementDates (Durée)Parti(s)Président du ConseilComposition initiale1 sans_cadre|102x102pxGouvernement Clemenceau IIdu au ( et )Bloc national ARD→PRDS FR ALP→FR LJR RIGeorges Clemenceau (RI)14 ministres 18 sous-secrétaires d'État2sans_cadre|99x99pxGouvernement Millerand Idu au ()Alexandre Millerand (SE)15 ministres 10 sous-secrétaires d'ÉtatGouvernement Millerand IIdu au ()15 ministres 11 sous-secrétaires d'État3 sans_cadre|101x101pxGouvernement Leyguesdu au ()Georges Leygues (PRDS)15 ministres 11 sous-secrétaires d'État4 sans_cadre|112x112pxGouvernement Briand VIIdu au ()Parti républicain-socialisteAristide Briand (PRS)15 ministres 7 sous-secrétaires d'État5 sans_cadre|101x101pxGouvernement Poincaré IIdu au ()Bloc national PRDS FR LJR RIRaymond Poincaré (PRDS)14 ministres 4 sous-secrétaires d'État
Références
Articles connexes Liste des élections législatives françaises (Troisième République) Lois constitutionnelles de 1875 Reconstruction en France et en Belgique après la Première Guerre mondiale
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