Otto Freundlich, né le à Stolp (Allemagne) et assassiné le au centre d'extermination de Sobibór (situé en Pologne occupée), est un sculpteur et un peintre allemand.
Au même titre que Kandinsky, il est considéré comme un des peintres fondateurs de l'abstraction et du constructivisme. L'œuvre de cet artiste engagé fut largement détruite par les nazis qui la dénonçait comme le symbole de l'« art dégénéré » que représentait à leurs yeux l'art moderneGeneviève Debien. Otto Freundlich (1878-1943) entre 1937 et 1943 : un artiste classé « dégénéré » mais une création ininterrompue, jusque dans l’exil.. Article mis en ligne le 25 mars 2010 à la suite du séminaire des boursiers de la Fondation pour la M ́em.. 2010, http://www.fondationshoah.org/FMS/IMG/pdf/22 - Genevieve Debien 2.pdf. <halshs- 00531768>.
Sa vie autant que sa réflexion esthétique donne à son œuvre une dimension morale et politique qui contribue à la diffusion de l'abstractionJean-Jacques Levêque, Les années folles, 1918-1939 le triomphe de l'art moderne, Paris 1992 .
Biographie vignette|Ascension, bronze, Münster. Otto Freundlich (dont le nom veut dire « aimable » en français) est né le dans une famille juive convertie au protestantismein Joachim Heusinger von Waldegg, "Abstraction et Utopies" Christophe Duvivier Otto Freunlich, Somogy, 2009 , d'entrepreneurs à Stolp en Allemagne dans la région de la Poméranie, aujourd'hui Słupsk en Pologne. Il est le cinquième enfant de son père Emile Freundlich et de sa mère Berthe Levy, morte un an après sa naissance. Son père se remarie avec Rose Bernhardt avec qui il a un enfant Kurt Michaël, Rose élève les six enfants dans la religion protestantein Cat coll, sous la direction de Julia Friedrich, "Otto Freundlich, Cosmic Communism", Prestel editions, Munich, 2017..
En 1897, Otto Freundlich interrompt ses études pour suivre une formation commerciale à Hambourg avant de passer son baccalauréat à Bützow. Après l'obtention de celui-ci, il se consacre à des études d'histoire de l’art, de philosophie et de littérature à Berlin. Il avait d'abord commencé des études de dentiste en 1904 à Munich, mais au bout d'un an, il renonça à satisfaire les exigences familiales pour se tourner vers la littérature. Débute alors sa correspondance avec l’écrivain, éditeur et compositeur Herwarth Walden et avec le cercle de ce dernier, l’association Verein für Kunst. Il s’intéresse à la composition musicale et lit Théorie des sensations du son comme fondement physiologique pour la théorie de la musique (1863) d’Hermann von Helmholtz.
Entre juin et , il traverse les Alpes à pied pour se rendre à Florence où il demeure jusqu'en novembre. En , il revient à Munich et retourne à Florence en octobre où il séjourne jusqu'en . Là, il réalisera la sculpture Männliche Maske (Masque d'Homme).
La rencontre de l'avant-garde à Paris vignette|Otto Freundlich, Grande Tête, 1912, plâtre. La sculpture fut ostracisée par les nazis comme art dégénéré sous le titre de Der Neue Mensch (L'Homme nouveau) — Hambourg, Museum für Kunst und Gewerbe.
thumb|Catalogue de l'exposition Entartete "Kunst" de 1937, présenté à Paris dans l'exposition l"Art Dégénéré" au Musée Picasso en 2025.
Il rentre étudier à Berlin dans des écoles d'art privées, avant d'aller faire un séjour à Paris en 1908, où il loue un atelier au Bateau-Lavoir. Pablo Picasso est son voisin d’atelier. Il se lie avec ce dernier ainsi qu'avec Georges Braque, Guillaume Apollinaire et les cercles de Montmartre. Puis, en juillet, il retourne à Munich avec l’idée de fonder une école d’art et il publie des articles. En 1909, il effectue son deuxième séjour à Paris à Montparnasse et à Montmartre, où la galerie de Clovis Sagot lui organise une exposition. Enfin, il séjourne pour la première fois chez Otto Van Rees et Adya Van Rees-Dutilh à Fleury-en-Bière, dans la forêt de Fontainebleau. En , Freundlich est à Berlin où il s’installe dans un atelier et devient membre de la Berliner Secession et de sa revueChristophe Duvivier, Joachim Heusinger von Waldegg, repères biographiquesOtto Freundlich - 1878-1943, Paris, Somogy, 2009. . À l’automne, il est de retour à Paris, rue des Abbesses, où il demeure principalement jusqu’au printemps 1914. Il crée alors La Grande TêteLes nazis renommeront la sculpture : (L'Homme nouveau) une de ses sculptures les plus fameuses, en 1912 : "Olivier Cena, « Sculptures monumentales d'Otto Freundlich », Télérama, , 3 décembre 2007. consulté le 25 mars 2017..
L'avant-garde à Berlin vignette|Composition (1911), musée d'art moderne de la ville de Paris. vignette|Attribué à Otto Freundlich, Œil cosmique (1921-1922), pastel, collection privée. À l’occasion de sa participation à la Neue Sezession (Berlin) en 1911, Freundlich fait la connaissance de Karl Schmidt-Rottluff, et se lie d’amitié avec l’historien avec lequel il correspond jusqu’en 1930. Il noue des contacts avec l’historienne d’art de Hambourg, Rosa Schapire, et le collectionneur Josef Feinhals de Cologne qui, comme Niemeyer, compte parmi ses premiers collectionneurs. Il réalise à cette époque ses premières œuvres non figuratives, utilisant "en peinture des surfaces de couleur nettes et purement constructives sans éléments naturalistes ou impressionnistes"in Joachim Heusinger von Waldegg, "Abstraction et Utopies" Christophe Duvivier Otto Freunlich, Somogy, 2009 système auquel l'artiste restera fidèle. Le peintre et écrivain Hans Richter écrit : . À Fleury-en-Bière, il se lie avec le couple d’artistes néerlandais Otto et Adya Van Rees-Dutilh. Cette dernière réalise des tapisseries à partir de compositions de Freundlich. Leur amitié illustre le lien entre la vie de bohème, mouvement réformateur et l'art communautaire né du socialisme utopique de la fin du in Joachim Heusinger von Waldegg, "Abstraction et Utopies" Christophe Duvivier Otto Freunlich, Somogy, 2009 . L’été de l'année suivante, il participe avec des sculptures et une peinture à l’exposition la "Sonderbundausstellung" que Niemeyer a contribué à réunir à Cologne. Il montre sa grande composition abstraiteChristophe Duvivier, Joachim Heusinger von Waldegg, , . à Amsterdam dans le cadre d’une exposition organisée par Conrad Kickert. Ce dernier vient de réunir autour de lui, à Paris, un groupe d’artistes Otto Freundlich, Piet Mondrian, , Otto van Rees et Jan F. van Deene. Durant l’été, il fait la connaissance de Brancusi, Modigliani et Amadeo de Souza Cardoso. En novembre, il commence à travailler à sa sculpture Der neue MenschChristophe Duvivier, Joachim Heusinger von Waldegg, , . qui sera reçue en donation en 1930 par le Museum für Kunst und Gewerbe de Hambourg de la collectionneuse Olga Solmitz.
En 1913, Guillaume Apollinaire écrit pour la revue Der Sturm en février, son article « La peinture moderne » dans lequel il cite Freundlich parmi les . En mars, il s’installe dans le quartier de Montparnasse. Deux tapisseries réalisées par Adya Van Rees à partir de ses compositions sont exposées dans le cadre du premier Salon d’automne de Berlin (Erster Deutscher Herbstsalon) qui se tient à la galerie Der Sturm d’Herwarth Walden. De mars à , il séjourne dans l’atelier de restauration de la tour nord de la cathédrale de Chartres. Cette expérience sera essentielle pour la naissance de son esthétique. Il écrira à Schmidt-Rottluff : . Tandis qu’à son ami Souza Cardoso, à qui il adresse plusieurs cartes postales, il évoque le principe créatif fondamental, à ses yeux, de « déconstruction ». Début août, au début de la guerre, il rentre en Allemagne.
La Première Guerre mondiale vignette|Composition (1933-1961), bronze, Otterlo, musée Kröller-Müller. Il passe la guerre dans les services de santé, publie de nombreux articles, se lie d’amitié avec Raoul Hausmann, Hannah Höch et les cercles dadaïstes de Berlin. Il change souvent d’adresse. Il peint, dessine et réalise ses premières gravures. Il s’intéresse à l’art du vitrail et à l’art monumental. En 1916, il épouse la pianiste Dore Leeser avec qui il aura un fils, Berthold, qui mourra en . Il participe avec des gravures et des textes à la revue pacifiste Die Aktion. Il fait partie du comité artistique consultatif du Arbeitsrat für Kunst et participe à la fondation du Novembergruppe. En , il divorce. Juste après la guerre, il fait paraître dans Die Aktion et Der Einzige une publicité pour son école d’art à Berlin. Sa mosaïque Die Geburt des Menschen, commande de Josef Feinhals, est exposée à la galerie Fritz Gurlitt de Berlin et à l’exposition de novembre du Kölner Kunstverein. Il organise avec Max Ernst et Johannes Baargeld la première exposition dadaïste de Cologne et participe aux revues dadaïstes ou expressionnistes Bulletin D, Der Ventilator, Die Erde, Das Tribunal, Der Storm. Il réalise les dessins Die Zeichen qui seront publiés en album à Cologne l’année suivante.
L'entre-deux-guerres vignette|Corps sphérique (1925), collection privée museum-ludwig.de.. vignette|Ascension (1929-1979), bronze, Munich, Pinakothek der Moderne. Au début des années 1920, Walter Gropius tente sans succès de lui obtenir un poste de professeur au Bauhaus. Avec Otto Dix, Raoul Hausmann, Hannah Höch et d’autres, il critique l’évolution du Novembergruppe. De à fin 1922, il réside principalement à Berlin. Il participe à la Grande exposition d'art de Berlin dans la section Novembergruppe. Il réalise une sculpture pour le caveau de son collectionneur et mécène berlinois, Julius Wissinger. Dans le même temps, Freundlich adhère à Berlin au groupe d’artistes anarchistes Kommune (Raoul Hausmann, Hedwig Hausmann, Tristan Rémy, Ludwig Hilbersheimer, Margaret et Stanislas Kubicki) avec qui il participe à l’Internationaler Kongress fortschrittlicher Künstler à Düsseldorf puis à l’Internationale Ausstellung revolutionärer Künstler organisée par l’Arbeiter-Kunst-Ausstellung à Berlin. En , il se marie une seconde fois. L'année suivante, il rend visite au conservateur du Museum für Kunst und Gewerbe de Hambourg. En août, il retourne brièvement à Paris et participe au Salon des indépendants. En , il publie en français une étude sur les peintres allemands modernes dans la revue le Jour. Cette étude est remarquée, par le journal Paris -Soir qui s'en fait l'écho et la cite : « À tous échos », Paris-soir, 29 septembre 1924..
Il réalise un grand vitrail qui sera exposé à Berlin en septembre de la même année. En février ou , il est de retour à Paris où il s’installe au rue Belloni, puis rue Bonaparte. Il assiste à la Sorbonne aux conférences de l’architecte viennois Adolf Loos. En juin, il rend visite au créateur de films abstraits Viking Eggeling quelques semaines avant la disparition de ce dernier.
, directeur du Museum für Kunst und Gewerbe de Hambourg s’engage à lui acheter le vitrail réalisé pour le collectionneur Johannes Bredt de Münster en 1926. Il fait la connaissance de Hedwig Muschg qui le soutiendra jusqu’à sa mort. En décembre, il se rend à Chartres, en compagnie des frères Bram (1895-1981) et Geer van Velde. En avril et en , il se rend à Berlin. Freundlich réalise Fragments de figure à l’ensemble des plans œuvre qui préfigure partiellement la syntaxe de ses œuvres des années 1930. En , il commence sa sculpture monumentale, Ascension, qu’il termine l’été 1929 et montre à l’exposition Abstrakte Kunst und Surrealismus au Kunsthaus de Zurich Pour Olivier Céna : , et il ajoute : .
Cercle et carré vignette|Communisme cosmique, Cologne, musée Ludwig.