Lee Krasner, née le à Brooklyn et morte le à New York, est une artiste peintre américaine, évoluant dans l’expressionnisme abstrait.
Longtemps peu reconnue comme artiste, parce que femme et épouse de Jackson Pollock, Lee Krasner est maintenant considérée comme une figure clé au sein de l'abstraction, et son travail atteint des prix élevés aux enchères. Elle est également l'une des rares femmes artistes à avoir eu une exposition rétrospective au Museum of Modern Art.
Son œuvre de plus de cinquante ans est en réinvention perpétuelle. Elle comprend des portraits, des dessins, des collages et des peintures de grandes dimensions. Très critique vis-à-vis de son travail, elle détruit ou recycle tout ce qui ne la satisfait pas, ce qui fait que des pans entiers de son œuvre ont disparu.
Biographie Famille Lena Krassner, connue en dehors de la famille comme Lenore Krasner, puis Lee, naît le de parents immigrés d'origine juive ukrainienne, Chane et Joseph Krassner, originaires de Chpykiv, une communauté juive de l'actuelle Ukraine. Joseph Krasner arrive d'Odessa en 1905, fuyant l'antisémitisme et la guerre russo-japonaise. Il fait venir sa femme Chane et leurs cinq enfants en 1908...
Lena est la sixième des enfants de la famille et la seule à être née aux États-Unis. La famille vit dans la tradition juive sur Jerome Avenue à Brooklyn et parlent yiddish entre eux. Les enfants fréquentent l'école juive en complément de l'enseignement public. La mère, Chane Krassner, devenue Anna Krasner, gère le magasin familial du Blake Street Market à Brooklyn..
Formation Dès son plus jeune âge, elle souhaite poursuivre une carrière dans l'art. Elle s'inscrit à l'école secondaire Irving High School for Girls de Washington qui dispose d'un cursus en art. Elle intègre ensuite The Cooper Union, école d'art réservée aux femmes pour laquelle elle décroche une bourse d'études. Lee Krasner y obtient son diplôme d'enseignante en art. En 1932, elle poursuit son perfectionnement et rejoint la National Academy of Design où elle réalise ses autoportraits, peints dans la forêt...
La crise économique la contraint à se tourner vers une formation gratuite pour enseignants au City College of New York tout en assistant aux classes de dessin d’après nature de Job Goodman..
De 1933 à 1940, une bourse d'études lui permet de travailler également dans l'atelier de Hans Hofmann qui l’encourage dans son choix d’une abstraction lyrique, basée sur une utilisation de la couleur. Sous son influence, les dessins de Lee Krasner montrent une tendance cubiste et évoluent vers l'abstraction..
Carrière artistique Début de carrière Engagée à la Work Projects Administration, elle participe, de 1935 à 1943, au Federal Art Project (FAP) qui a pour but de soutenir la création artistique pendant la Grande dépression. Elle travaille alors dans la division des peintures murales en tant qu'assistante de Max Spivak. Son travail consiste à agrandir les créations d'autres artistes pour réaliser des peintures murales publiques de grand format. Bien qu'heureuse d'avoir un emploi, elle est insatisfaite de travailler avec des images figuratives créées par d'autres artistes..
vignette|Gouache et collage sur papier. Étude pour une peinture murale que Krasner a faite pour la WPA, une agence américaine New Deal (1940) À la fin des années 1930 et au début des années 1940, elle crée des croquis de gouache dans l'espoir de réaliser une peinture murale abstraite. Dès qu'une de ses propositions de peinture murale est approuvée pour la station de radio WNYC, le programme a été axé sur la propagande de guerre. Lee Krasner continue de travailler pour l'effort de guerre en créant des collages affichés sur les fenêtres de dix-neuf grands magasins à Brooklyn et Manhattan. Elle est intensément impliquée dans l' pendant son emploi avec la Work Projects Administration mais est l'une des premières à démissionner lorsqu'elle réalise que les communistes en prennent la direction. Cependant, dans cette organisation, elle a pu rencontrer plus d'artistes et élargir son réseau.
Après avoir démissionné, elle rejoint en 1940 les American Abstract Artists.. Elle y rencontre les artistes Willem de Kooning, Arshile Gorky, Franz Kline, Adolph Gottlieb, Mark Rothko, Barnett Newman, Clyfford Still et Bradley Walker Tomlin et participe à une série d'expositions collectives. C'est à l'occasion de l'une d'elles, « American and French Paintings », qu'elle rencontre Jackson Pollock.
Œuvres Ses œuvres peuvent généralement être reconnues par leur style gestuel, leur texture et leur rythme. Elle est souvent réticente à discuter de l'iconographie de son travail et souligne plutôt l'importance de sa biographie puisqu'elle affirme que son art est formé par sa personnalité individuelle et son état émotionnel.
En 1972, elle figure dans la partie centrale de Some Living American Women Artists, un collage féministe de Mary Beth Edelson qui détourne la Cène de Leonardo da Vinci en ajoutant des portraits de femmes artistes américaines..
Grey slab paintings : années 1940 Elle crée ses peintures en travaillant sur une toile pendant des mois, en repeignant, en grattant ou en frottant la peinture, et en ajoutant plus de pigment jusqu'à ce que la toile soit presque monochrome à cause de l'accumulation de peinture. Elle finit par détruire ces œuvres : une seule peinture subsiste de cette période.
Little Images: 1946–1949 alt=Lee Krasner, Étude pour une peinture murale. Gouache sur papier|vignette|Étude pour une peinture murale. Gouache sur papier. Elle crée un total de 40 œuvres durant cette période. Les images en mosaïque sont créées avec une accumulation épaisse de peinture tandis que ses peintures "palmées" sont réalisées avec une technique de goutte à goutte dans laquelle le pinceau est toujours proche de la surface de la toile. Chaque tableau est composé d’innombrables entrelacs de lignes argentées et de taches de couleur ou de sortes de hiéroglyphes.
Quand elle termine la série, Lee Krasner traverse à nouveau une phase critique envers son travail. Elle détruit finalement la plupart des travaux qu'elle a faits au début des années 1950.
Collages : 1951–1955 Inspirée par Matisse et ses découpages, Lee Krasner utilise ses dessins à l'encre noire pour réaliser des collages. En déchirant le papier au lieu de le couper, elle obtient des bords des figures plus doux que les formes géométriques aux bords durs de ses travaux précédents. Il s’agit de grands formats, utilisant divers types de support comme l'isorel (masonite), le bois ou de la toile, comme City Verticals, 1953, Shattered Light, 1954, Bird Talk, 1955, Bald Eagle, 1955, qui seront exposés en à la d’ mais elles sont peu appréciées, à l'exception d'une bonne critique de Clement Greenberg.
De 1953 à 1954, elle crée des peintures collages de plus petite taille composées de fragments d'œuvres précédentes. Certaines des œuvres qu'elle réutilise sont des toiles de Jackson Pollock. Les chercheurs interprètent de façons différentes les raisons pour lesquelles elle récupère les toiles rejetées par son partenaire. Certains affirment qu'elle veut à la fois montrer son admiration pour son art et le recontextualiser en manipulant ses images dans des collages. D'autres pensent qu'elle crée ainsi un sentiment d'une intimité qui manque dans leur relation réelle à cette époque, en combinant leurs œuvres.
Prophecy : 1956 Commencé avant la mort de Jackson Pollock en 1956, Prophecy représente une forme où l'on identifie un œil, des jambes et des pattes d’animal, faisant référence aux Demoiselles d'Avignon de Picasso et Femme I de Willem de Kooning (Femme I). Prophecy est complété ensuite par Birth, Embrace et Three in Two.
Il est considéré comme son œuvre la plus puissante ; il est à l'image de cette période sombre où elle quitte Jackson Pollock et s’exile en Europe..
Earth Green Series : 1956–1959 Au cours de l'été 1956, Lee Krasner commence sa série Earth Green. Bien que ce travail ait été entamé avant la mort de Pollock, il est considéré comme reflétant les sentiments de colère, de culpabilité, de douleur et de perte qu'elle ressent au sujet de leur relation avant et après sa mort. Ses émotions intenses l'amènent à développer son art selon des lignes plus libérées et à repousser les limites des concepts conventionnels. À travers ces peintures à grande échelle, Lee Krasner dépeint des figures hybrides constituées de formes organiques végétales et de parties anatomiques, qui font souvent allusion à des parties du corps masculin et féminin. Ces formes dominent la toile, ce qui la rend encombrée et remplie de formes éclatantes et bombées.
En 1957, Lee Krasner continue à créer des formes dans son travail, qui suggèrent désormais plus d'éléments floraux qu'anatomiques. Elle utilise des couleurs plus vives et contrastées. Elle dilue également la peinture ou utilise un pinceau sec pour rendre les couleurs plus transparentes. En 1958, elle est chargée de créer deux peintures murales abstraites pour un immeuble de bureaux à Broadway. Elle réalise deux maquettes en collages qui représentent des motifs floraux pour deux entrées du bâtiment. Ces peintures murales sont ensuite détruites dans un incendie..
Umber Series : 1959–1961 Les tableaux de la série Umber de Lee Krasner sont créés à une époque où l'artiste souffre d'insomnie. Comme elle travaille la nuit, elle doit peindre avec de la lumière artificielle plutôt qu'avec la lumière du jour, faisant passer sa palette de teintes vives et vibrantes à des couleurs monochromes et ternes.
Elle est toujours sous l'émotion de la mort de Jackson Pollock et de la mort récente de sa mère, ce qui l'amène à adopter un style intense.. Ces Action painting de grande taille utilisent de façon prédominante le blanc, le gris, le noir et le brun. Les gouttes et les éclaboussures de peinture sur la toile montrent une utilisation vive des pinceaux. Il n'y a pas de point central sur lequel le spectateur puisse se concentrer dans ces œuvres, ce qui rend la composition hautement dynamique et rythmée. Pour peindre à une si grande échelle, Lee Krasner cloue la toile contre un mur. Ces images sont plutôt interprétées comme des paysages violents et turbulents.
Primary Series: années 1960 En 1962, Lee Krasner recommence à utiliser des couleurs vives et des formes florales et végétales. Ces œuvres sont de composition similaire à ses images monochromes en raison de leur grande taille et de leur nature rythmée sans point focal central. Leurs palettes sont souvent contrastées et font allusion à des paysages ou des plantes tropicales. Elle continue à travailler dans ce style jusqu'à ce que, atteinte d'un anévrisme, elle tombe et se brise le poignet droit en 1963. Elle peint alors avec sa main gauche et applique souvent directement la peinture du tube sur la toile sans utiliser un pinceau, ce qui provoque de grandes taches sur la toile. Le geste et la physicalité de ces œuvres sont plus sobres. Lorsqu'elle récupère l'usage de son poignet droit, Lee Krasner commence à travailler sur une peinture de style all-over, où la forme et le fond ne font plus qu'un, brillante et décorative, moins agressive que ses peintures Earth Green et Umber Series. Les formes florales ou calligraphiques dominent la toile.
La reconnaissance