La république populaire de Pologne (polonais : Polska Rzeczpospolita Ludowa, PRL) est le nom officiel de la Pologne de 1952 à 1989, période durant laquelle le pays est gouverné par le Parti ouvrier unifié polonais, qui se réclame du marxisme-léninisme.
Le régime est en place dès 1944, mais le pays porte le nom officiel de république de Pologne (Rzeczpospolita Polska) jusqu'en 1952, date de l'adoption d'une nouvelle Constitution. La Pologne est alors membre du COMECON et du pacte de Varsovie dès sa création en 1955, faisant alors partie des régimes de politiquement alignés sur l'URSS au sein du bloc de l'Est.
Depuis sa création, la République populaire de Pologne, dirigée par un parti unique, a été caractérisée par des luttes internes constantes pour la démocratie. Malgré cela, certains progrès majeurs ont été réalisés durant la période de la république populaire de Pologne, telles que l'amélioration des conditions de vie, l'industrialisation rapide, l'urbanisation, l'accès aux soins de santé universels et l'éducation gratuite. La république populaire de Pologne a également mis en œuvre des politiques qui ont éliminé le phénomène des sans-abri et établi une garantie de l'emploi. En conséquence, la population de la Pologne a presque doublé entre 1947 et 1989..
Prise de contrôle par les communistes thumb|left|Bolesław Bierut. Durant la Seconde Guerre mondiale, la Pologne est soumise à une période d'occupation, d'abord, après l'invasion de 1939, par l'Allemagne nazie et l'Union soviétique, puis par l'Allemagne seule après l'ouverture des hostilités germano-soviétiques en 1941. Dans la nuit du 4 au , les premiers chars de l'Armée rouge, repoussant la Wehrmacht, franchissent la frontière soviéto-polonaise ; les combats ne commencent réellement qu'au mois de . L', armée de résistance intérieure polonaise fidèle au gouvernement en exil à Londres, lutte dans un premier temps aux côtés des Soviétiques, mais l'Armée rouge se met dès le mois de mai à désarmer les partisans polonais. Le NKVD réalise plusieurs milliers d'arrestations dans les rangs de la résistance non-communiste. Le , l'Armia Krajowa déclenche l'insurrection de Varsovie, prévoyant l'arrivée en renfort des Soviétiques ; mais Staline stoppe alors l'offensive de ses troupes, laissant les insurgés se faire écraser par les Allemands.
Le est officiellement fondé le Comité polonais de libération nationale (Polski Komitet Wyzwolenia Narodowego, ou PKWN, dit Comité de Lublin, du nom de la ville où il est installé à partir du ), qui revendique l'autorité sur la Pologne, en opposition au gouvernement en exil de Londres. Le Krajowa Rada Narodowa (Conseil national de l'intérieur), organisme fondé à la par les Soviétiques et présidé par Bolesław Bierut, assure collectivement la direction de l'État. L’Armée populaire polonaise (Ludowe Wojsko Polskie), seconde incarnation de l'Armée polonaise de l'Est, devient la force militaire du nouveau régime. Un service maintien de l'ordre, la Milice citoyenne (Milicja Obywatelska) est créé. Dans la nuit du au , ayant reçu le ralliement de Stanisław Mikołajczyk, ancien chef du gouvernement polonais en exil, le Comité de Lublin est rebaptisé gouvernement provisoire de la république de Pologne (Rząd Tymczasowy Rzeczypospolitej Polskiej). Edward Osóbka-Morawski est Premier ministre, avec comme vice-Premiers ministres Stanisław Mikołajczyk et Władysław Gomułka, le premier secrétaire du Parti ouvrier polonais. Le , le gouvernement provisoire s'installe dans Varsovie dévastée. À la conférence de Yalta, Staline peut présenter l'occupation soviétique de la Pologne comme un fait accompli, entérinant la formation d’un gouvernement pro-soviétique, ignorant le gouvernement polonais en exil.
Situation de la Pologne en 1945
vignette|gauche|Frontière de la Pologne en 1945. La Pologne a subi de lourdes pertes lors de la Seconde Guerre mondiale. En 1939, la Pologne comptait d’habitants et à la fin de la guerre, . Le premier recensement d’après-guerre dénombre une population de d’habitants. Près de 21,4 % de la population, soit plus de de Polonais ont été tués entre 1939 et 1945. Les minorités composant la population de la Pologne ont été affectées de façon significative, notamment les Juifs où 90% de la population juive du pays a été exterminée lors de la Shoah polonaise"Poland: Historical Background", Yad Vashem.. Avant la Seconde Guerre mondiale, un tiers de la population polonaise était composé de minorités ethniques. Après la guerre, beaucoup ayant survécu avaient immigré.
Plus de 80 % de la capitale polonaise est détruite au cours de l'insurrection de Varsovie. La Pologne, ayant été un pays plutôt agricole comparativement aux nations occidentales, a subi des dommages catastrophiques à ses infrastructures ce qui entraîne un recul industriel encore plus important au lendemain de la guerre. Les pertes au niveau des infrastructures et ressources nationales se chiffrent à plus de 30 % par rapport au potentiel d’avant-guerre.
Le conflit entraîne cependant un gain territorial : à l'issue de longues discussions des Alliés sur la question polonaise, la conférence de Potsdam décide finalement le rattachement à la Pologne de tous les territoires allemands situés à l'est de la ligne Oder-Neisse.
L’immense tâche de reconstruction du pays est accompagnée par les problèmes du nouveau gouvernement pour stabiliser son pouvoir et posséder une base centralisée. Cette tâche est rendue encore plus ardue du fait de la méfiance considérable d’une partie de la population polonaise envers ce nouveau régime.
Mise en place de la République populaire de Pologne thumb|left|150px|Józef Cyrankiewicz. Le , un référendum entérine plusieurs importantes réformes économiques et sociales décidées par le gouvernement provisoire. Les grandes industries et les entreprises de plus de cinquante salariés sont nationalisées, et les grands domaines fonciers expropriés. Une réforme agraire se traduit par la distribution de près de six millions d'hectares de terres à un million de familles paysannes. Le sénat est aboli, et la nouvelle frontière est approuvée par les résultats officiels.
La politique que mène le nouveau régime est jusqu'au début de la guerre froide relativement pluraliste. Le Parti socialiste demeure une force politique importante, de même que le Parti paysan, principal parti d'opposition. Une presse indépendante peut paraitre et la place centrale qu'occupe la religion catholique dans la société polonaise n'est pas remise en cause. Le président Bolesław Bierut lui-même participe à des messes et des organismes du Parti ouvrier dans les campagnes associent parfois le clergé local à la programmation des festivités.
Dans le courant de l'année 1945, l'appareil de Sécurité de l'État (devenu le ministère de la Sécurité intérieure, Ministerstwo Bezpieczeństwa Publicznego, ou MBP) est suffisamment structuré pour prendre en main le maintien de l'ordre, jusque-là assuré essentiellement par l'Armée rouge et le NKVD. Le MBP dispose de plus de et d'une Milice, et met sur pied une formation militaire, le (Korpus Bezpieczeństwa Wewnętrznego, ou KBW), avec plus de . La Sécurité intérieure met en place une politique répressive d'envergure, multipliant notamment les arrestations dans les milieux de la résistance polonaise, emprisonnant les membres du réseau Liberté et indépendance. Les résistants anti-nazis non-communistes se voient accusés d'avoir été les complices des nazis. Des milliers d'arrestations sont également effectuées dans le cadre d'une politique dite de et d', visant également des personnes n'ayant aucune activité politique. Des maquis de résistance armée anticommuniste se développent, et sont réprimés par le KBW, le NKVD et l'Armée rouge, ne s'éteignant qu'au début des années 1950.
Jusqu'en 1947, le manifeste du Comité polonais de libération nationale fait office de constitution. Un Bloc démocratique est constitué par le Parti ouvrier polonais, le Parti socialiste polonais, le Parti démocrate et le Parti paysan. Le , des élections marquées par un recours systématique à la fraude et préparées par une intense campagne de propagande accompagnée de milliers d'arrestations dans les campagnes donnent la majorité absolue au Bloc démocratique. La première constitution de la République populaire de Pologne est adoptée. Le , Bolesław Bierut prend le titre de président de la République et, le lendemain, Józef Cyrankiewicz, membre du Parti socialiste et partisan de l'alliance avec les communistes, devient président du Conseil des ministres. Le Conseil national de l'intérieur est remplacé par le Conseil d'État, dont le président de la République fait partie avec le président de la Diète et le président de la Chambre de contrôle. Stanisław Mikołajczyk, devant l'irrégularité manifeste des élections, quitte le gouvernement, rompt avec les communistes et quitte la Pologne en avril.
En 1947 sous l’influence de l’URSS, la Pologne rejette le plan Marshall et adhère au conseil d'assistance économique mutuelle dominé par les Soviétiques. La collectivisation de l'agriculture sur 20 à 25 % des terres cultivables est mise en place à marche forcée, sous la surveillance de la Milice et de la Commission extraordinaire pour la lutte contre les abus et le sabotage, formée en 1945. La collectivisation est aussi une réponse aux difficultés bien réelles que connaît alors l'agriculture polonaise. Les campagnes sont éclatées en petites propriétés paysannes, le pays compte une énorme population rurale dont on ne sait quoi faire, vivant dans la misère la plus totale, la collectivisation apparaît au pouvoir comme la solution la plus rationnelle à cette crise. La Commission procède à des dizaines de milliers d'arrestations, visant en priorité les paysans aisés (dit koulaks) et les réels ou supposés. Le procès de l'affaire d'Elbląg, en , illustre ces méthodes d’élimination d'opposants potentiels, dont des rapatriés de France, accusés d'espionnage. Les services de sécurité sont omniprésents dans la vie sociale : à sont constitués des cellules policières (dites Services de protection, en polonais Referat Ochrony, ou RO), qui existent bientôt dans plus de six cents entreprises. Un réseau de collaborateurs est mis en place et pratique la délation généralisée, renforçant l'atmosphère de terreur politique. L'Église catholique polonaise est mise sous surveillance. Le gouvernement de Varsovie reprochait au Vatican de reconnaitre le gouvernement émigré de Londres et d'encourager l'anticommunisme (le pape Pie avait par une encyclique interdit aux catholiques toute collaboration avec les communistes). Le gouvernement communiste et l'épiscopat polonais parviennent cependant à un accord en .
L'appareil communiste est également victime de purges, qui ne se traduisent cependant pas par des procès à grand spectacle comme en Tchécoslovaquie communiste ou en République populaire de Bulgarie : Władysław Gomułka, partisan d'une plus grande indépendance politique de la Pologne, est accusé de . Il est démis en de ses fonctions de Premier secrétaire du Parti ouvrier polonais et remplacé par Bierut. Du 15 au a lieu le congrès fondateur du Parti ouvrier unifié polonais (Polska Zjednoczona Partia Robotnicza, ou PZPR), créé par la fusion du Parti ouvrier polonais et du Parti socialiste : cette union des deux partis constitue dans les faits une absorption des socialistes par les communistes, les militants socialistes opposés à la fusion ayant été exclus. Le Parti démocratique (SD) et le Parti paysan unifié (ZSL) (anciennement Parti paysan polonais PSL) sont conservés en tant que faire-valoir du PZPR, pour donner une apparence de multipartisme au sein du Front d'unité nationale (FJN).