Jean-Baptiste Étienne Auguste Charcot, souvent appelé commandant Charcot, né le à Neuilly-sur-Seine et mort le en mer (à au nord-ouest de Reykjavik), est un médecin, explorateur polaire français et un officier de la marine française.

Sportif, il fut champion de France de rugby à en 1896 et fut également double médaillé d'argent en voile aux Jeux olympiques d'été de 1900.

En 1911, il est nommé directeur d'études de l'École pratique des hautes études (EPHE), au sein de la section intitulée sciences naturelles et physiologie. Il dirige le Laboratoire de recherche maritime, laboratoire flottant correspondant au Pourquoi Pas ? IV. Il restera directeur d'études à l'EPHE jusqu'à son décès en 1936.

Biographie Débuts Fils du médecin Jean-Martin Charcot, Jean-Baptiste Charcot fréquente de 1876 à 1885, l'École alsacienne, où il pratique beaucoup le sport (boxe, rugby à , escrime). En classe de , il fonde avec quinze camarades de classe les « Sans Noms », une société scolaire avec laquelle il organise en 1880 un des premiers, voire le premier, match scolaire de rugby à en France..

À cette même époque, il rédige les aventures d'un trois-mâts en Patagonie pour un petit journal illustré. L'été, il pratique la voile à Ouistreham.

De 1883 à 1887, il fait de nombreux voyages avec son père (pays de Galles, Shetland, Hébrides, îles Féroé, Islande, île Jan Mayen, Pays-Bas, Espagne et Maroc) et en garde une véritable phobie des pays trop chauds. En 1888, il accomplit son service militaire au de chasseurs alpins en qualité de médecin auxiliaire.

En 1891, reçu au concours d'internat d'études de médecine, il fait, en qualité de médecin, un voyage en Russie avec son père.

En 1892, il achète son premier yacht (Daisy, un petit cotre qu'il rebaptise le Courlis), un sloop de avec lequel il apprend à régater. En 1893, son père, Jean-Martin Charcot, meurt d'un œdème du poumon. Jean-Baptiste fait construire par le chantier Bonnin à Lormont/Bordeaux son premier bateau qu’il baptise Pourquoi-Pas ? : il s’agit d’un cotre de (). Cette même année, il est interne à l'hôpital de la Salpêtrière puis à l'hôpital Saint-Antoine à Paris.

En 1894, il fait une croisière de deux semaines. L'année suivante, il soutient sa thèse de doctorat sur L'atrophie musculaire progressive, et devient docteur en médecine à la faculté de Paris, le . L'année de son doctorat, une infirmière de l’hôpital de la Salpêtrière meurt en couches en lui donnant une fille, Marie-Louise (1895-1927), surnommée Marion.. Cette même année, il est également finaliste du championnat de France de rugby, au poste de pilier droit de l'Olympique, club qu'il a fondé avec des amis du Racing Club de France« Jean-Baptiste Charcot » sur finalesrugby.fr..

Le ., il épouse Jeanne Hugo, petite-fille de Victor Hugo, divorcée de son ami d'études Léon Daudet. La même année, il est champion de France de rugby, toujours avec l'Olympique.

Il revend son bateau, qu'il remplace par un trois-mâts barque en bois de , le Pourquoi-Pas ? II. En 1897, il change de bateau pour une goélette en fer de , avec moteur à vapeur, le Pourquoi-Pas ? . En 1898, il remonte le Nil jusqu'à Assouan en compagnie du milliardaire Vanderbilt.

En 1899, séduit par les modifications et les améliorations apportées par le propriétaire intermédiaire, il rachète son ancien trois-mâts barque, le Pourquoi-Pas ? , et va croiser dans les eaux britanniques.

En 1900, il est double médaillé d'argent aux Jeux olympiques de Paris dans l'épreuve de voile.

En 1901, il effectue des recherches nautiques, météorologiques et microbiologiques vers l'archipel des Shetland, les Hébrides et les îles Féroé.

En 1902, il est versé dans la réserve de la Marine nationale. Il acquiert une goélette en fer de 214 tonneaux (la Rose-Marine), réalise une croisière avec son épouse à l'île Jan Mayen. Puis il navigue vers l'Islande, franchit pour la première fois le cercle polaire arctique et approche des glaces.

Il a aussi acquis dans les années 1895-1900 un chalet en bois de style suisse dans la ville d'eau d'Aix-les-Bains, en Savoie.

Expéditions en Antarctique vignette|redresse|gauche|Le Pourquoi-Pas ? , gravure de Léon Haffner. vignette|redresse|Itinéraire du Pourquoi-Pas ? en 1908-1910.

En 1903, Jean-Baptiste Charcot fait construire à Saint-Malo un trois-mâts goélette de , Le Français[cite: 1, 2]. Pour suivre de plus près les travaux, il s'installe à proximité de Saint-Servan, dans une demeure dominant la Rance, au lieu-dit La Passagère. Il monte la première expédition française en Antarctique, qui hiverne sous le vent de l'île Wandel[cite: 1, 2]. vignette|upright=0.9|Jean-Baptiste Charcot vêtu du costume polaire confectionné par la maison Ström Paris pour l'expédition du Français (Les Armes et les Sports, 1903). Pour équiper le bord contre le froid extrême, Charcot délaisse l'usage exclusif des fourrures au profit de vêtements en laine, confiant la réalisation de sa garde-robe polaire et des tenues de son équipage au tailleur parisien Ström Paris[cite: 1, 2]. Le , l'expédition quitte la péninsule Antarctique, après un hivernage sans encombre[cite: 1, 2]. Il s'agit du premier hivernage d'une expédition scientifique dans les Pôles après celui du belge de Gerlache sur la Belgica entre 1897 et 1899[cite: 1, 2]. Les objectifs scientifiques sont dépassés : de côtes découvertes et relevées, trois cartes marines détaillées, 75 caisses d'observations, de notes, de mesures et de collections destinées au Muséum national d'histoire naturelle. Le bateau est revendu à la marine argentine. Dès son retour en France, Charcot divorce et s'installe chez sa sœur Jeanne, avec sa fille Marion. vignette|redresse|Madame Charcot et son enfant sur le pont du Pourquoi-Pas ? (). Le , il se remarie avec Élisabeth Marcelle Marguerite (Meg) Cléry (fille d'un célèbre avocat parisien, Léon Cléry), peintre qui l'accompagnera souvent dans ses voyages. Monique, sa deuxième fille et la première du couple, naît le Avec descendance par les familles Allart et Buret (cf. Benoît Heimermann et Gérard Janichon, Charcot, le gentleman des pôles, Éditions Ouest-France/du Pen-Duick, 1991).Elle mourra en à Louveciennes, à l’âge de 87 ans.. Il lance une nouvelle expédition antarctique et commence la construction du Pourquoi-Pas ? , bateau d'exploration polaire de , gréé en trois-mâts barque, équipé d'une machine à vapeur chauffant au charbon et comportant trois laboratoires et une bibliothèque.

En , Jean-Baptiste Charcot part hiverner à l'île Petermann pour sa deuxième expédition polaire. De retour en , après un deuxième hivernage, l'expédition est riche en expériences scientifiques : des mesures océanographiques (salinité, sondage), des relevés de météorologie, une étude des marées, une étude du magnétisme, des collections de zoologie et de botanique confiées au Muséum et à l'Institut océanographique de Monaco. Il rapporte aussi des découvertes géographiques comme le tracé de la terre Alexandre et une nouvelle terre, la terre de Charcot. Les résultats de l'expédition, considérables, comprennent également le relevé cartographique de de côtes. Mais Charcot, victime du scorbut, revient considérablement affaibli.

En 1911 naît Martine (1911-1979), troisième fille de Jean-Baptiste Charcot. Il mène cette année-là une courte campagne océanographique en Manche. En décembre, il participe, avec le lieutenant de vaisseau Nicolas Benoit à la création des Éclaireurs de France, l'un des deux premiers mouvements de scoutisme en France , dont il est le premier président. En 1912, le Pourquoi-Pas ? IV devient le premier navire-école de la marine. De 1913 à 1936, il est président du Yacht club de France.

Missions en tant que militaire De 1914 à 1918, durant la guerre, Jean-Baptiste Charcot est d'abord mobilisé dans la Marine, avec le grade de médecin de la Marine de première classe, et affecté à l'hôpital maritime de Cherbourg. En , il obtient de l'Amirauté britannique le commandement d'un navire spécialement étudié et construit par les Britanniques pour la chasse aux sous-marins. En 1916, il réussit à convaincre la marine militaire française de construire à Nantes trois bateaux pièges pour la lutte anti-sous-marine, armés par des équipages vêtus comme des marins civils de la marine marchande. Commandant du premier des trois bâtiments sortis du chantier baptisé Meg, il bourlingue pendant deux ans au large des côtes bretonnes et normandes sans hélas rencontrer de sous-marin allemand. Charcot termine la guerre avec les croix de guerre britannique puis française et une citation à l'ordre de l'Armée pour ses services de guerre.

vignette|redresse|Jean-Baptiste Charcot.

De 1918 à 1925, Charcot, obtient, dans la réserve, successivement les grades d'enseigne de vaisseau, de lieutenant de vaisseau puis de capitaine de corvette avant d'être promu capitaine de frégate en 1923. Durant cette période, il assure avec son navire le Pourquoi-Pas ? IV des missions scientifiques dans le golfe de Gascogne, en Manche, dans l'Atlantique nord, en Méditerranée et aux îles Féroé, principalement pour des études de lithologie et de géologie sous-marine au moyen de dragages, dont Charcot a mis au point du matériel et des méthodes.

Chef des missions polaires À partir de 1925, atteint par la limite d'âge, Jean-Baptiste Charcot ne peut plus commander le Pourquoi Pas ?. Celui-ci est commandé par l'officier de première classe des équipages Le Conniat. Charcot reste à bord en qualité de chef des missions.. Il va effectuer de multiples navigations vers les glaces de l'Arctique. En 1926, il est élu membre libre de l'Académie des sciences et se voit confier une mission à la Terre de Jameson. Il explore la côte orientale du Groenland et rapporte une abondante récolte de fossiles et de nombreux échantillons d'insectes et de flore locaux.

En 1928, le Pourquoi Pas ? IV et le croiseur Strasbourg (ex croiseur allemand KMS Regensburg) partent à la recherche du gros hydravion français, un « Latham 47 » piloté par le lieutenant de vaisseau de Robien, disparu avec le grand explorateur norvégien Roald Amundsen. Lui-même était à la recherche du général italien Umberto Nobile, disparu en survolant le pôle Nord à bord du dirigeable Italia dont on est sans nouvelles. Les recherches restent vaines pour retrouver Amundsen et Robien, mais Nobile est retrouvé vivant avec une partie de son équipage.

En 1929, Jean-Baptiste Charcot est reçu à l'Académie de marine.

vignette|redresse|Vue générale des obsèques du commandant Charcot et de ses compagnons sur le parvis de Notre Dame, à Paris, en 1936, prise d’une tour de la cathédrale. vignette|redresse|Faire-part des funérailles du commandant Charcot et de son équipage.

À partir de 1930, il prépare l'année polaire internationale. De 1931 à 1933, il s'occupe de la définition de la mission, de l'implantation et de l'organisation de la station du détroit Scoresby avec le concours de scientifiques, des autorités danoises locales et de la main d'œuvre du pays. Il donne le commandement de son navire à Auguste Chatton. En 1934, il est élevé à la dignité de grand officier de la Légion d'honneur. L'été 1934, il installe au Groenland une mission ethnographique dirigée par Paul-Émile Victor, qui séjourne pendant un an à Angmagsalik pour vivre au milieu d'une population d'Esquimaux. En septembre de la même année, il co-fonde avec le Muséum national d'histoire naturelle l'aquarium et musée de la Mer de Dinard. En 1935, il revient chercher Victor et ses trois compagnons (Robert Gessain, Pérez et Fred Matter), puis va poursuivre l'établissement de la cartographie de ces régions. Le , un cyclone ravage les côtes de l'Islande, mais le bateau parvient à se réfugier dans un petit port.

Dernier voyage, mort et inhumation