La réserve naturelle nationale des sagnes de La Godivelle (RNN23) est une réserve naturelle nationale, créée le afin de protéger de tourbières et divers habitats naturels de zone humide sur la commune de La Godivelle, dans le département du Puy-de-Dôme, en région Auvergne-Rhône-Alpes.
La réserve comporte des groupements aquatiques de bord d'eau à prêle des bourbiers, des boisements tourbeux, ainsi que tous les stades intermédiaires de bas-marais et haut-marais. Formées à la suite du retrait des glaciers lors de la glaciation de Würm, les deux tourbières protégées par la réserve accueillent une faune et une flore relicte glaciaire, comme la ligulaire de Sibérie ou le saule des Lapons, à très haute valeur patrimoniale. Sur les espèces animales et végétales recensées en 2007, plus de sont protégées au niveau régional ou international, ou sont inscrites sur les listes rouges des espèces menacées au niveau régional ou européen.
La gestion de la réserve s'est longtemps fondée sur la non-intervention et la libre évolution des milieux, ainsi qu'une meilleure acquisition de connaissances sur son fonctionnement et son patrimoine naturel. Bien que la tourbière ne soit pas aménagée pour l'accueil du public afin de préserver la faune et la flore, des animations sont proposées en été pour sensibiliser les visiteurs et un sentier de découverte au bord du Lac-d'en-Bas, en libre accès, a été inauguré en 2007.
Situation et description générale La réserve des Sagnes est située sur la commune de La Godivelle, le village le plus en altitude du département du Puy-de-Dôme (), dans le canton de Brassac-les-Mines. C'est également la commune la moins peuplée du département, avec une quinzaine d'habitants permanents durant l'hiver, très rude. Le village se situe à environ de Clermont-Ferrand, à au sud du Mont-Dore.
Limites du site et statuts réglementaires thumb|left|upright=1.2|Périmètre de la réserve naturelle. thumb|right|250px|Aire d'observation des tourbières des Sagnes de la Godivelle. La réserve naturelle fait partie des quatre réserves naturelles nationales situées sur le territoire du parc naturel régional des Volcans d'Auvergne, avec la vallée de Chaudefour, le rocher de la Jaquette et la réserve de Chastreix-Sancy. Elle a été créée par un arrêté ministériel du . L'altitude de la réserve varie très peu, de à .
Le site est initialement composé de deux parties : la plus grande autour du « Lac-d'en-Bas »Le lac s'oppose étymologiquement au « Lac-d'en-Haut », situé aussi à La Godivelle, comme son nom l'indique en surplomb, dans un cratère volcanique de type maar., lac d'origine glaciaire formé lors du retrait des glaciers il y a B.P. ; cette section porte sur , et la plus petite sur la tourbière de le Coualle Basse, à un kilomètre au nord du Lac, pour une superficie de .
Ces deux secteurs, bien que séparés physiquement, restent connectés écologiquement par le ruisseau de La Godivelle qui s'écoule du Lac-d'en-Bas vers la Coualle Basse.
Un décret du redéfinit le périmètre qui est désormais :
La tourbière dite « des Chastelets » (commune de La Godivelle) La tourbière dite de « Coualle basse » (commune de la Godivelle) La tourbière dite de « la Plaine Jacquot » (commune de Compains (et commune de La Godivelle) Le lac dit « d'en-Bas » et la tourbière dite du « Lac-d'en-Bas » (commune de La Godivelle)
La superficie totale de la réserve naturelle nationale des sagnes de La Godivelle est ainsi de environ, dont de surface cadastrée et de surface non cadastrée.
En plus du statut réglementaire de réserve naturelle nationale de France , ces deux secteurs sont classés en ZNIEFF de type 1 (Zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique) depuis les années 1980 (1980-82 pour le Lac-d'en-Bas, et 1985-86 pour la Coualle Basse)Voir le plan de situation et la fiche de présentation de cette zone, fournis par la DIREN Auvergne, et un vaste site Natura 2000 englobe la réserve, ainsi que deux tourbières voisines et des pâtures de moyenne montagne dans le site Cézallier Sud, et .
Mis à part les terrains de la réserve à proprement parler qui appartiennent à l'État français (ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires), les prairies alentour, les pâturages et même le Lac-d'en-Bas sont privés.
Origine du nom Le toponyme « sagne » — et ses dérivés sanha ou sagna en auvergnat et seigne dans le Jura, entre autres - désigne dans le Massif central, les Alpes et le sud de la France une zone humide de type marais ou tourbière. Dans les régions possédant plusieurs de ces milieux naturels, le terme « sagnes » est relativement fréquent, comme c'est le cas dans le Cézallier. À proximité des sagnes de La Godivelle se trouve par exemple le lieu-dit de Malsagne sur la commune de Compains et la commune de Chassagne, ou encore celle de Saignes plus au Nord vers les monts Dômes.
Le nom sagna ou sagne est aussi le nom du roseau commun (Phragmites australis) en Camargue et le long de la côte du Languedoc, où les récolteurs de roseau sont dénommés « sagneurs ».
Climat thumb|left|200px|Le village de La Godivelle durant l'hiver. Le climat de La Godivelle est celui du massif du Cézallier : typique d'un climat montagnard, d'influence atlantique. Le secteur ne connaît aucune période de sécheresse, les précipitations sont importantes, en moyenne , réparties de façon homogène sur l'année. On peut noter néanmoins deux pics plus importants, un en hiver et un autre en mai. En hiver la neige forme des congères et peut parfois bloquer les routes ; avec d'eau en moyenne elle représente un tiers des précipitations annuelles totales.
Les données de la station météorologique la plus proche, rectifiées en fonction de l'altitude du site, indiquent des températures moyennes très basses : inférieures à pendant huit mois, et n'excédant pas en moyenne mensuelle pendant l'été. La température moyenne annuelle se situe aux alentours de . On enregistre également de gel par an.
Géologie et pédologie L'histoire géologique du site de La Godivelle est celle du Cézallier. L'activité volcanique, à l'origine du massif basaltique du Cézallier, a laissé place aux périodes glaciaires, qui ont donné naissance aux nombreux cirques, verrous, moraines et niches de nivation où se sont formés des lacs comme celui du Lac-d'en-Bas. Le radoucissement du climat qui a suivi la dernière période glaciaire (glaciation de Würm, terminée il y a approximativement ) a favorisé le développement d'une vie planctonique dans les lacs, notamment les diatomées, qui ont proliféré dans le Lac-d'en-Bas, au point que leurs squelettes siliceux s'accumulant au fil des siècles ont formé une épaisse couche de diatomite, atteignant une épaisseur de 10 à maximumPlan de gestion 2000-2005. C'est d'ailleurs pour extraire cette diatomite que le lac a été asséché entre 1960 et 1968.
Le substrat dominant sur la réserve est bien sûr la tourbe, qui peut atteindre une dizaine de mètres par endroits comme l'attestent les prélèvements pollenanalytiques effectués, reposant sur les coulées basaltiques du Cézallier.
Hydrologie thumb|right|200px|Les prairies humides entourant le Lac-d'en-Bas et la tourbière sont parcourus de drains permettant de diminuer l'engorgement des sols. Les tourbières de moyenne montagne telles qu'on peut les observer en Cézallier dépendent fondamentalement de l'approvisionnement en eau pour se développer et subsister. La quantité d'eau apportée par les précipitations assure que le milieu reste gorgé d'eau en permanence, et la pauvreté en éléments minéraux de cette eau et l'absence de pollution permettent le développement des végétaux caractéristiques des tourbières telles que les sphaignes, les carex, et d'autres plantes favorisés par un milieu oligotrophe. La quantité et la qualité des eaux qui alimentent les tourbières de la réserve naturelle sont donc primordiales.
Or, la situation hydrologique de la réserve présente certains points pouvant diminuer la quantité et la qualité de l'eau des tourbières : en quantité tout d'abord, un réseau de drains creusés dans les prairies de fauche bordant le lac, parallèlement au sens d'écoulement des eaux, permet de diminuer l'engorgement des terrains, mais risque de provoquer un abaissement local de la nappe d'eau.
En qualité ensuite, le village de La Godivelle ne dispose pas de système de traitement et d'assainissement des eaux usées, qui sont directement rejetées dans le ruisseau de la Godivelle, qui relie le Lac-d'en-Bas à la Coualle Basse. Comme l'explique le rapport de 1993 sur les petites pollutions localisées sur les cours d'eau du territoire du Parc. :
Les égouts sont en partie collectés mais non restaurés, ils arrivent au ruisseau par une buse. En aval du rejet, il y a une augmentation de la turbidité de l'eau, un dépôt grisâtre est observable sur 4 à .
Histoire Préhistoire thumb|right|300px|Le paysage d'estives du Cézallier est marqué par les activités humaines depuis des milliers d'années. L'analyse des grains de pollen conservés dans la tourbe au fil des siècles, la « palynologie », permet de retracer l'évolution de la végétation aux alentours de La Godivelle. Son histoire recoupe celle du massif du Cézallier : le radoucissement du climat qui a suivi la dernière glaciation (la période dite tardiglaciaire de la glaciation de Würm) a permis le développement progressif d'une végétation basse à genévriers vers B.P. Les forêts restent cependant localisées aux situations les plus abritées.
Durant la période du postglaciaire jusqu'à environ B.P., les forêts se développent, tout d'abord les boulaies et pinèdes, puis les chênaies. Le noisetier s'installe alors, et la chênaie s'enrichit ensuite en tilleul, pin et frêne.
De à B.P. progressent dans les relevés les pollens d'espèces montagnardes comme le Hêtre et le Sapin, dont l'apogée se situe entre et B.P., avant le début de l'impact de l'homme sur ce milieu. Les grandes pelouses montagnardes ou estives, caractéristiques des espaces pâturés comme le Cézallier, se sont donc développées dès cette époque. On assiste ensuite à la progression des espèces végétales cultivées et pâturées, ainsi que de grandes quantités de cendre, témoins d'incendies, emprisonnées dans la tourbe.
Histoire ancienne de la région de La Godivelle
thumb|right|200px|L'église romane de La Godivelle, et la fontaine en andésite, la plus grande du Puy-de-Dôme. right|thumb|Le Lac-d'en-Haut. On ne dispose que de peu d'éléments de l'histoire ancienne de La Godivelle et de ses alentours. L'habitat semble avoir eu du mal à se fixer ; trois pôles de développement urbain sont connus : un château entre les tourbières du Lac-d'en-Bas et celle des Chastelets, dont le toponyme garde le souvenir, et deux églises, à Janson et La Godivelle.
L'implantation sur le chef-lieu actuel serait intervenue tardivement dans le Moyen Âge, probablement du fait de son emplacement sur la route reliant Lyon et Bordeaux, ce qui en faisait une étape commode et protégéeOuvrage sans date ni titre, du Conseil général du Puy-de-Dôme, service de conservation départementale du patrimoine ethnologique, à propos du village de La Godivelle..
Les ressources communales étaient essentiellement basées sur l'agriculture, surtout de l'élevage, mais restaient (et restent encore à l'heure actuelle) modestes. Le cadastre de 1830 indique ainsi que les sites de la Coualle Basse et du Lac-d'en-Bas étaient exploités par pâturage et fauche, et mentionne également l'existence de moulins le long du ruisseau la Godivelle.