René-Antoine Ferchault de Réaumur, appelé par convenance Réaumur, né le à La Rochelle et mort le au château de la Bermondière, est un physicien et naturaliste français.
Jeune scientifique admis à l'Académie des sciences en 1708 grâce à un mémoire de géométrie, il s'intéresse avec persévérance aux développements des arts et métiers. Aussi, l'Académie le charge de diriger l'édition de la Description générale des Arts et Métiers. Mais l'homme ne dédaigne pas l'histoire naturelle des mollusques, crustacés, insectes et oiseauxIl suit la discipline physique de son temps qui ne connaissait pas la segmentation entre physique/chimie et biologie/éthologie.. Réaumur est un observateur remarquable des matériaux du vivant : il est fasciné par la nacre et les fils d'araignées. En particulier, il approuve la nature animale des coraux et madrépores. Par la multiplicité de ses intérêts que la ferveur encyclopédiste reprend surtout après 1750, il laisse ainsi son nom à la postérité.
Suivant pas à pas les progrès de la métallurgie, il fonde les bases de la sidérurgie scientifique dès les premières années de la décennie 1720 et la métallographie en 1724. Il vulgarise la possibilité de transformer la fonte en acier dès 1722 et promeut le fer blanc. Familier de la mise au point des fours, il écrit sur l'art du verrier et invente en 1729 un verre blanc opaque, nommé « porcelaine de Réaumur » qui n'est qu'un verre dévitrifié par chauffage et refroidissement. Ses recherches sur la vraie porcelaine ouvrent la voie aux travaux de Darcet et Macquer.
La difficulté des mesures physiques est un aiguillon pour ses recherches physiques. Avec l'étude de la température, il propose vers 1730–1731 un modèle de thermomètre à alcool sur une ligne de égales entre la température de congélation de l'eau et la température d'ébullition de l'éthanol. Dans le cadre de ses travaux sur la régulation thermique, il met au point et publie en 1749 un incubateur artificiel nommé « four à poulets » ainsi qu'un moyen de conserver les œufs par enduction d'un corps gras. Il rédige un volumineux ouvrage de mémoires sur l'entomologie en in-quarto publiés de 1734 à 1742. Il est aussi l'un des précurseurs de l'éthologie, ou étude des comportements animaliers.
Famille
La famille Ferchault est originaire de Vendée. et
Jean Ferchault, son grand-père paternel, . Il achète vers 1639 le château de Réaumur, construit en 1576 pendant la Renaissance (ce domaine est aujourd'hui le « Manoir des Sciences » de Réaumur, présentant au public les différents travaux du scientifique)..
Son père est René Ferchault, conseiller au présidial de La Rochelle — une fonction surtout honorifique. Sa mère est Geneviève Bouchel., fille d'un juge consul de Calais. Leur mariage a lieu le à l'église Saint-Barthélemy de la Rochelle. Ils habitent dans la rue des Herbiers (actuelle rue des Augustins). René Antoine y naît le .
Son père meurt le , tandis que son frère Jean-Antoine (1684-1719), naît le de la même année..
Biographie Premières études
Il fait des premières classes chez les oratoriens de La Rochelle, puis sa philosophie au collège jésuite de Poitiers. En 1699, il répond à l'appel de son oncle Gabriel Bouchel, chanoine de la Sainte-Chapelle de Bourges, qui l'invite à poursuivre des études de droit à Bourges. Il s'installe chez cet oncle avec son cadet Jean ( ? ou/et Honoré ?).
Arrivée à Paris
Quatre ans plus tard en 1703, il arrive à Paris chez son cousin Hénault, fermier général, père du jeune Charles Hénault et bien intégré dans la société intellectuelle de Paris : il a fréquenté Molière, Lully, Thomas Corneille (le frère du célèbre Pierre Corneille)… et chez lui on rencontre entre autres Fontenelle, secrétaire perpétuel de l'académie royale des sciences, savant et homme d'esprit. Constatant le goût de René-Antoine pour les mathématiques, Hénault lui fait donner des leçons dans cette matière ; mais le maître est tôt dépassé. Hénault le présente alors à Jean-Paul Bignon (1662-1743), président de l'Académie des sciences, et René-Antoine fait la connaissance de Pierre Varignon, ardent défenseur du calcul différentiel. Il travaille avec ce dernier jusqu'à être admis comme son élève au sein de l'académie des sciences le .
Croyant convaincu, il passe plus tard beaucoup de temps dans ses domaines pour y observer la nature, qui reflète les merveilles de Dieu..
Il meurt le . dans son domaine de la Bermondière à Saint-Julien-du-Terroux (Mayenne).
L'Académie des sciences vignette|upright=2|Lecture de la tragédie de L'Orphelin de la Chine de Voltaire dans le salon de Madame Geoffrin, par Lemonnier (1802). Reconstitution imaginaire de lecture d'une tragédie de Voltaire. Au premier plan à gauche, assis les jambes croisées et se retournant en arrière Buffon, derrière lui, de profil, Réaumur, entre Julie de Lespinasse, de profil, et Anne-Marie du Boccage, de face.
Le il obtient la place d'élève auprès de Pierre Varignon, rendue vacant par la promotion de M. Saurin au statut d'associé.. Une liste des membres de l'académie le cite comme tel depuis 1706 (il y est listé comme « méchanicien »)..
Dès le , il lit devant l'Académie une communication sur un problème de géométrie, Manière de trouver une infinité de lignes courbes nouvelles, en faisant parcourir une ligne quelconque donnée, par une des extrémités d'une ligne droite donnée aussi, et toujours placée sur un même point fixe., où il utilise une méthode mise au point par Louis Carré (1663-1711). Il présente l'année suivante deux autres mémoires portant sur le même sujet... Il est considéré comme le créateur de la notion de développée imparfaite.
Ce sont les seuls travaux de Réaumur en mathématique géométrique. En , il présente un mémoire intitulé De la formation et de l'accroissement des coquilles des animaux tant terrestres qu'aquatiques, soit de mer, soit de rivières.. Ce travail, où il précise le mode de croissance des coquilles de mollusques, inaugure ses recherches sur les invertébrés. Méry lui ayant opposé deux contestations en 1710 sur sa théorie de formation des coquilles, Réaumur lui répond en 1716 avec ses Éclaircissements de quelques difficultés sur la formation des coquilles.. Il présente en plusieurs mémoires consacrés aux invertébrés (1711., 1712., 1717.), sur la soie des araignées (1710.), les écrevisses (1712., 1718.), les guêpes (1719.)…
Il participe dès lors activement à toutes les activités de l'Académie. Il est nommé pour la première fois sous-directeur de l'Académie en 1713 (puis en 1718, 1722, 1723, 1726, 1730, 1734, 1739, 1746 et 1752) et directeur l'année suivante (ainsi qu'en 1716, 1717, 1720, 1724, 1727, 1731, 1735, 1740, 1747 et 1753).
Ses communications se succèdent : en 1712, il s'intéresse aux coquillages, à la reproduction des écrevisses et aux algues. En 1713, il se consacre à la botanique. Parallèlement à ses propres recherches, il est chargé par l'Académie de faire paraître une Description des Arts et Métiers. En 1711, il fait paraître ses deux premières études, sur la fabrication de l'ardoise et des fausses perles., puis, l'année suivante, sur les techniques utilisées pour la fabrication de miroirs, et, en 1713, sur le travail du doreur. Ces premières évaluations de l'artisanat français, où il propose souvent des améliorations techniques, sont rassemblées et publiées par l'Académie de 1761 à 1782 en .
Dans cette série s'insèrent ses premières observations en métallurgie, intérêt activement soutenu par le Régent Philippe d'Orléans (1674-1723) qui constate l'importation d'acier croissante du royaume. Entre 1720 et 1722, Réaumur présente à l'Académie dix-huit mémoires consacrés à ce sujet. L'Académie des sciences décide de les rassembler et de les faire paraître en deux parties sous les titres L'Art de convertir le fer forgé en acier et L'Art d'adoucir le fer fondu ou l'art de faire des ouvrages de fer fondu aussi finis que de fer forgé.. Dans son Art de convertir le fer forgé, Réaumur exprime avec force les principes qui vont désormais guider les académiciens et selon lesquels il s'agit de faire progresser les connaissances et de contribuer au développement de la communauté scientifique internationale.. En 1721, le Régent le récompense pour ses recherches qui ouvrent une solution pratique à l'économie nationale en lui attribuant de rente annuelle.,
En 1725, il fait paraître son Explication des principes établis par M. de Réaumur pour la construction des thermomètres dont les degrés soient comparables.. En 1734, il publie le premier tome de ses Mémoires pour servir à l'Histoire des Insectes. Le deuxième tome paraît en 1736, le troisième en 1737, le quatrième en 1738, le cinquième en 1740, le sixième en 1742.
En 1749, il publie lArt de faire et d'élever en toute saison des Oiseaux Domestiques de toutes espèces..
De la diversité de ses études et articles En plus de ses enquêtes approfondies sur les arts et métiers, Réaumur couvre toutes les facettes de la physique et de l'histoire naturelle de son temps, qui incluent ce qui deviendra la géologie, la physique appliquée, la biologie... ou plus précisément l'éthologie, la physiologie, la génétique, l'entomologie...
L'or En 1718, Réaumur lance un inventaire des rivières aurifères de France..
L'acier Il s'intéresse à la fabrication de l'acier et tente d'améliorer la médiocre production française. Le premier, il démontre que l'acier n'est pas du fer épuré, comme on le pensait jusqu'alors. Grâce à ses recherches il démontre la possibilité de transformer la fonte en acier, par addition de fer métallique ou d'oxyde. Il étudie également les traitements thermiques de l'acier : cémentation et trempe en inaugurant l'utilisation du microscope pour l'étude de la constitution des métaux, créant la métallographie. Il publie en 1722 « L'Art de convertir le fer forgé en acier » et « L'Art d'adoucir le fer fondu ». Il se consacre en effet à la mission d'appui au développement industriel confiée à l'Académie par , qui comprend notamment l'examen des inventions et la publication de la Description des Arts et Métiers.
Il est le premier à avoir fabriqué de l'acier tel qu'il est défini aujourd'hui, ce qui le place parmi les précurseurs de la révolution industrielle. C'est cette découverte qui lui vaut la pension de livres de la part du Régent.
Le fer-blanc Il met au point un procédé économique de fabrication du fer-blanc en 1725 (Principes de l'art de faire le Fer blanc.) et prend même la direction d'une usine. Tout d'abord, il préconise de choisir les feuilles d'acier assez souple, de les décaper avec une solution acide (vinaigre, eau de seigle ?), puis de les frotter au sable avant de les étamer. Il indique également que le bain d'étain doit être recouvert d'une couche de suif pour limiter la formation d'impuretés.
La faïence et la porcelaine Réaumur se penche également de 1727 à 1729 sur la fabrication de la céramique et de la porcelaine... Il découvre le moyen de fabriquer du verre dévitrifié à base d'opaline ; c'est le verre blanc opaque connu depuis sous le nom de « porcelaine de Réaumur »..
Il donne le procédé pour transformer le verre commun en cette sorte de porcelaine dans le mémoire qu'il lit à l'Académie des sciences en 1739..
Les ancres et les câbles de marine Réaumur présente en à l'Académie Fabrique des ancres, avec des notes et des additions de Duhamel du Monceau. Cet ouvrage est publié en 1761 dans les Descriptions des Arts et Métiers, faites ou approuvées par messieurs de l'Académie Royale des Sciences.
Il s'est aussi intéressé à la force de traction des câbles et cordages (1711.) pour la marine.
Le thermomètre