Thérèse Humbert, née Marie-Thérèse Daurignac ou d'Aurignac, le à Aussonne (Haute-Garonne) et morte après 1938, est une escrocSelon le site Internet du dictionnaire de l'Académie française, le mot est masculin et peut être employé pour qualifier une femme. française.
Son nom est associé à l'affaire Humbert, ou affaire de l’« héritage Crawford », qui secoue le monde politique et financier à la fin du et au début du .
Biographie Famille et enfance Marie-Thérèse Daurignac naît d'une famille paysanne à Aussonne, troisième d'une fratrie de sept enfants. Son père, Guillaume, est un enfant trouvé dans un tour d'abandon, puis reconnu tardivement par sa mère, Jeanne Daurignac. Il épouse une femme de sa cadette, Rose-Lucie Capella, future mère de Marie-Thérèse.
Un très modeste héritage, touché par le père, leur permet de se lancer dans l'achat de la vieille ferme des Œillets à Aussonne. Afin de trouver les fonds manquants et d'obtenir plus facilement un prêt, Guillaume Daurignac invente l'histoire d'un autre supposé héritage « à venir ». Rose-Lucie achète une boutique de lingerie en hypothéquant la ferme et les affaires semblent florissantes. Elle meurt en 1871, mettant la famille en situation difficile, d'autant plus que le père, plus ou moins illuminé, exerce des fonctions de rebouteux-guérisseur. Tout ceci pousse Marie-Thérèse à prendre en main les destinées familiales..
Mariage Marie-Thérèse montre dès l'adolescence un goût pour le subterfuge, persuadant notamment ses amies de mettre en commun leurs bijoux afin de faire croire tour à tour à chacun de leurs prétendants qu'elles sont riches.
Elle épouse, en 1878 à Beauzelle, Frédéric Humbert, futur député dont le père, Gustave Humbert, devient ministre de la Justice en 1882 dans le deuxième gouvernement de Charles de Freycinet. Elle réussit à l'épouser en faisant croire à sa future belle-famille (afin d'obtenir leur accord) une fable selon laquelle elle serait l’unique héritière d’une vieille cousine célibataire mourante, propriétaire du château de Marcotte, dans le Gers. Le stratagème est finalement éventé. Son mari, l'une des premières victimes de ses mensonges, reste admiratif face à son aplomb et à son charmeGautier Demouvaux, « Qui était Thérèse Humbert, la reine de l'escroquerie ? », ouest-france.fr, 9 février 2021..
L'affaire de l'héritage Crawford vignette|gauche|Thérèse Humbert et son défenseur au civil, Henri-Robert (croquis de Renouard, ). En 1879, elle prétend avoir reçu une partie de l'héritage du millionnaire américain Robert Henry Crawford, pour la raison que, victime d'une crise cardiaque dans un train, elle lui aurait alors porté secours.
Pour apporter du crédit à ses prétentions, elle monte un vrai procès, avec de faux adversaires, les « neveux » de Crawford, qui lui « disputent » son « héritage » ; puis elle signe avec lesdits « neveux », qui sont en réalité ses frères, une « convention » pour partager l'« héritage », qu'ils ne respectent pas ; elle engage alors un procès contre les « neveux », qu'elle gagne et utilise les jugements successifs, jusqu'à la Cour de cassation, pour prouver l'existence de cet « héritage ».
Frédéric Humbert, avocat, défend l'opération habilement. Dès lors, les Humbert obtiennent d'énormes prêts en utilisant le supposé héritage comme garantie. Ils emménagent à Paris, avenue de la Grande-Armée. Ils achètent le château des Vives-Eaux à Vosves (commune de Dammarie-les-Lys). Quand les prêteurs se montrent pressants d'être remboursés, ils empruntent à de nouvelles personnes qu'ils abusent tout autant, usant ainsi du procédé frauduleux de « cavalerie », bien connu, selon un système pyramidal qui sera plus tard décrit sous le terme de « système de Ponzi »Philippe Di Folco, Histoires d'imposteurs, La Librairie Vuibert, 2012, .Site actu.fr, page "Affaire Thérèse Humbert. Comment l’arnaque du siècle a été mûrie par une femme, près de Toulouse", consulté le 11 mars 2022..
Cette escroquerie dure une vingtaine d'années, jusqu'à ce qu'un juge, pressé par un créancier, fasse ouvrir le coffre-fort où sont censés se trouver les documents prouvant l'héritage, pour les placer sous séquestre. Le coffre contient une brique et une pièce d'un penny.
Les Humbert ont déjà fui le pays et ils sont arrêtés à Madrid en . Thérèse Humbert, qui a notamment comme défenseur Fernand Labori, est jugée et condamnée à cinq années de travaux forcés, tout comme son mari Frédéric. Ses deux frères, qui s'étaient fait passer pour les neveux Crawford, sont condamnés à deux et trois années de prison. Ces peines sont jugées alors clémentes, en regard des sommes en jeu..
Elle bénéficie de la libération conditionnelle et sort de la prison de Rennes le , le même jour que son époux, incarcéré à la prison de Thouars. À sa libération de prison, une rumeur tenant de la légende, répand sa possible émigration vers les États-UnisSite museedubarreaudeparis.com, page "L’affaire Thérèse Humbert"..
Incertitudes sur la fin de sa vie Dans le journal hebdomadaire Détective du , un article décrit l'histoire de l'escroquerie, à la suite de la mort de Romain Daurignac. Le titre de l'article est « Vingt ans d'illusionnisme ». L'article est signé par Jean France, qui dit s'être occupé de l'affaire Thérèse Humbert pour le compte de la Sûreté générale et s'être rendu à Madrid chercher les Humbert et les ramener à Paris pour leur procès. L'article indique : « Thérèse Humbert vit toujours, petitement, à Paris. Elle a perdu sa miraculeuse vitalité. Quels revers lui a laissés le passé d'or ? C'est une vieille femme assez humble, qui ne parle jamais ».
Cet article est accompagné de deux photos. La première montre les portes d'entrée d'une maison à Paris avec la mention : « Ici, boulevard des Batignolles, demeure aujourd'hui celle qui fut « la Grande Thérèse ». » En dessous de la deuxième photo, le commentaire : « Derrière ces fenêtres aux rideaux blancs, Thérèse Humbert médite sur son passé… »..
En 1936, selon le recensement effectué cette année-là, Thérèse Humbert vit toujours à Paris, dans le arrondissementArchives de Paris Recensement de population, arrondissement, quartier des Batignolles, elle est recensée sous le nom d'Aurignac en 1936 avec son mari et leur fille au 4, boulevard des Batignolles, vue 2/254., au 4 boulevard des Batignolles avec son époux dénommé Eugène Humbert dit d'Arlot [ou d'Arcot] né en 1857, présenté comme « artiste-peintre », et leur fille Marie Herbecq Humbert, née en 1884. Eugène Frédéric Humbert, « artiste peintre », meurt l'année suivante au 10 du même boulevard, vue 9/24. et l'acte de l'état-civil le mentionne alors « époux » et non « veuf » de Thérèse d'AurignacArchives de Paris Acte de décès du 14/12/1937 d'Eugène Frédéric Gaston Humbert, dressé au arrondissement le surlendemain, vue 9/24..
En , elle refait la une des journaux, parce qu'elle hérite vraiment, de son frère mort veuf sans enfant ; les journalistes la signalent vivant au 19 rue des Chasses à ClichyParis-Soir, Paris, 15 mai 1939, — sur Retronews..
Dans la culture vignette|Couverture du numéro de L'Assiette au beurre consacré à Thérèse Humbert (Noël Dorville, 1903). Évocation Devenue célèbre en raison des nombreux articles de presse qui furent consacrés à cette affaire, Thérèse Humbert fut longtemps surnommée « la Grande Thérèse ».
Ce qualificatif, ainsi que la formule de « plus grande escroquerie du siècle », a été abondamment repris par cette même presse à la suite de la déclaration de l'homme politique Pierre Waldeck-Rousseau, président du Conseil, au moment où l'affaire, et le scandale qui y est lié, éclatentSite books.openedition.org, article de Frédéric Chauvaud "« Les millions et les picaillons » de la « Grande Thérèse » (1878-1903)"..
Dans la presse Entre autres caricatures et articles qui occupent la presse française et internationale au moment du procès :
Le , le journal satirique L'Assiette au beurre a consacré un numéro entier au procès des HumbertL'Assiette au beurre, 8 août 1903, ..
Dans la littérature vignette|redresse|gauche|Couverture du livre Arsène Lupin, gentleman-cambrioleur. Arsène Lupin, gentleman-cambrioleur (Le Coffre-fort de madame Imbert), nouvelle de Maurice Leblanc, publiée dans Je sais tout du : Thérèse Humbert y apparaît sous les traits de « Gervaise Imbert » ; elle réussit à rouler le jeune Arsène Lupin, qu'elle fait en outre passer (à son insu) pour un Crawford (rebaptisé Brawford). Le récit de Maurice Leblanc se termine par ces motss:Arsène Lupin gentleman-cambrioleur/Le coffre-fort de Madame Imbert. : Thérèse Humbert est un roman de Noëlle Loriot (sous le pseudonyme de Laurence Oriol), publié par Albin Michel en 1983. . Rééd. J'ai lu Google Livre "Thérèse Humbert" par Laurence Oriol. Note de l'éditeur..
À la radio Les grandes Arnaqueuses (série Savoirs, Épisode 1 : « Thérèse Humbert : escroquer la haute société »), émission du sur France Culture avec Tiphaine de Rocquigny et Frédéric Chauvaud, professeur d'histoire à l'université de PoitiersSite franceculture.fr, page Le fil Culture, Les grandes arnaqueuses de l'histoire, épisode 1..
Au théâtre Laurette ou l'Amour voleur, pièce de Marcelle Maurette et Marc-Gilbert Sauvajon.
À la télévision Thérèse Humbert, série de Marcel Bluwal et Jean-Claude Grumberg, d'après le roman éponyme de Noëlle Loriot (voir ci-dessus), avec Simone Signoret (dans le rôle-titre), Michel Aumont et François Périer, diffusé en 1983. Il s'agit d'un des derniers tournages de l'actriceSite Sens critique.com, fiche sur le téléfilm Thérèse Humbert..
Notes et références
Annexes Bibliographie Paul Guimard, Le Roman vrai de la Troisième République : prélude à la Belle Époque, sous la direction de Gilbert Guilleminaut, 1956, 293-328. Hilary Spurling, La Grande Thérèse. La plus grande escroquerie du siècle (La Grande Thérèse. The Greatest Swindle of the Century, 2000), Paris, Allia, 2003. 128 p. , chapitre III, Métive, .
. J.-M. Carpentier et Alain Libert, Les plus incroyables arnaques de l'Histoire, essai historique, 2017, éditions La Boîte à Pandore .
Articles connexes Madame Darvalo (alias Blondinette d'Alaza) : maîtresse de Romain Daurignac. Anna Delvey, fausse héritière, dans les années 2010.
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