Jacques Mesrine Lui-même prononçait son nom Mérine, mais une erreur récurrente des médias français a popularisé, à tort, la prononciation du « s », soit Mèss'rine., né le à Clichy et mort le à Paris, est un criminel français ayant opéré principalement en France, au Québec, en Espagne, en Suisse, en Italie et en Belgique.
Il est surnommé ou, à tort selon lui, . Sa postérité peut s’expliquer par la capacité qu’il a eue , à laquelle il a lui-même contribué en faisant paraître en 1977 son autobiographie, L’Instinct de mort.
Déclaré « ennemi public numéro un » au début des années 1970, il est notamment connu pour ses vols à main armée, enlèvements, évasions et pour son fort charisme médiatique. Il meurt abattu par des forces de l'ordre lors d’une intervention menée à la porte de Clignancourt, après un an et demi de cavale.
Biographie jusqu'à son évasion Jeunesse et guerre d'Algérie Jacques Mesrine est le fils d'André Pierre Mesrine (1908-1973) et de Fernande Charlotte Buvry (1908-1992), commerçants aisés du textile, qui possèdent une entreprise de dentelle de luxe à Paris. C'est à Clichy (au 3« La tombe de Mesrine attire les curieux » sur leparisien.fr. de l'avenue Anatole-France) qu'il grandit et qu'il se met à fréquenter le quartier populaire de Pigalle à Paris.
Ses parents ont pourtant des projets pour lui : ils souhaiteraient plus tard le voir intégrer HEC Paris, mais il n'aime pas l'école. Il effectue une partie de sa scolarité au collège libre de Juilly, tenu par les oratoriens, où il a comme camarade Jean-Jacques Debout. Il est ensuite renvoyé du lycée laïc de Clichy, à cause de violences exercées envers le proviseur. Il devient alors représentant en tissus.
Selon Michel Laentz, ancien journaliste de Minute, qui a travaillé avec lui à l'âge d'à peu près 18 ans en 1951, pour distribuer une revue satirique du Professeur Choron sur les grands boulevards à Paris, puis pour vendre des aspirateurs Tornado au porte-à-porte, il revenait parfois sur les lieux visités pour les cambriolerArticle par Jennifer Alberts le 27/06/2021 Écrit par.
Jacques Mesrine devance l'appel pour effectuer son service militaire et participe à la guerre d'Algérie comme militaire du rang à la compagnie, une unité qui réceptionne les pièces détachées, pour les acheminer vers le front. Jacques René Mesrine est décoré pour ces services de la croix de la Valeur militairePhoto du certificat dans le film de Richard Billeaud et Georges Pansu à 7 min 55 s. par le général Jean Olié. Il revient en France en , après avoir reçu un certificat de bonne conduite. C'est durant cette période qu'il découvre les armes et rapporte un pistolet .45 ACP, qu'il garde constamment sur lui.
D'après ses proches, l'expérience de l'Algérie l'a profondément marqué ; selon ses dires, il aurait été plusieurs fois de « corvée de bois » (exécution sommaire de prisonniers algériens en dehors des enceintes militaires), ce qui fut contredit unanimement par ses camarades d'unité.
Par ailleurs, Mesrine aurait été membre de l'OAS en 1961Edward Butts, Line of fire: heroism, tragedy, and Canada's police, Dundurn Press Ltd., 2009, & 217Journal de 20h00 sur TF1, Jacques Mesrine, 29/10/2009, Ina, ce dont les autorités françaises l'ont soupçonné à la suite de son arrestation de 1965 à Palma, lors d’un flagrant délit de cambriolage à la villa du gouverneur militaire. Néanmoins, aucune source d'importance n'est venue étayer une quelconque proximité entre Mesrine et cette organisation.
Premiers vols à main armée en France Il participe à de nombreux cambriolages et vols à main armée dès l'âge de vingt-trois ans. C'est à l'époque de son divorce en 1965 qu'il est arrêté et condamné pour la première fois à payer une amende pour port d'arme prohibé.
Entre 1961 et 1962, il réside au , dans le . Le , il est arrêté au Neubourg, dans l'Eure, où ses parents ont une maison de campagne, alors qu'il se prépare, avec trois complices, à effectuer un hold-up à la Société générale. Il est condamné, pour la première fois, à dix-huit mois de prison en . Il passera son temps d'incarcération dans les prisons d'Évreux, puis d'Orléans, où il dit avoir rencontré Pierre Carrot, dit Pierrot le fou . Il est relâché en 1963. Il souhaite alors quitter la vie criminelle et il trouve un emploi dans une entreprise d'architecture d'intérieur. Mais, à la suite de la mise en chômage technique des employés de celle-ci, il perd son travail et redevient délinquant.
Installation dans l'Oise en 1967 En 1967, il effectue dans l'Oise pour y devenir gérant de l'auberge de Mont Saint-Mard à Vieux-Moulin, au cœur de la forêt de Compiègne, où l'une de ses tantes lui confie l'établissement, avec sa compagne de l’époque, ex-prostituée, placée à la caisse, qui . Sur fond de jalousies de cafés de jeux proches accueillant également des caïds de banlieue, la police locale s’intéresse à cette auberge, tout comme les services fiscaux. Des impayés vaudront à Mesrine une condamnation par défaut à deux ans de prisonArticle par Gautier Lecardonnel le 21 juillet 2020 dans le Courrier Picard . À la suite d'une bagarre et de coups de feu quelques mois seulement après son arrivée, l’auberge est fermée. Elle sera reprise de 1978 à par un restaurateur parisien, Michel Carbonnell, venu avec son épouse"Nécrologie de Michel Carbonnell" en 2021 par Guillaume Grasset puis par Michel Laentz, ancien journaliste de Minute.
Îles Canaries, Québec et Venezuela Le , Jacques Mesrine est arrêté à Palma de Majorque en train de voler des documents politiques dans le bureau du gouverneur militaire. La police locale le soupçonne de travailler pour les services secrets français. Il est condamné à six mois de prison. En , il ouvre un restaurant à Santa Cruz de Tenerife dans les îles Canaries. Parallèlement, il continue son activité criminelle. En , il attaque une bijouterie à Genève, en Suisse. En , il ouvre une auberge à Compiègne, en France.
Le , il cambriole un hôtel à Chamonix, où il est reconnu. Le , il braque une maison de haute couture parisienne où il est, là aussi, reconnu. Maria de la Soledad le quitte et leurs trois enfants sont confiés aux parents de Mesrine.
Le , il échappe aux policiers et fuit au Québec (Canada) avec Jeanne Schneider, rencontrée après son divorce. Cette dernière est une call-girl, dont les souteneurs ont été abattus par Mesrine, selon ses dires, bien qu'aucune trace d'un tel règlement de comptes n'apparaisse dans les annales policières de cette période. À cette époque, il n'est recherché que pour escroqueries. En , le couple arrive à Montréal et s'installe au 3645, rue Sherbooke Est avant de rejoindre Mont-Saint-Hilaire pour entrer au service d'un millionnaire handicapé, Georges Deslauriers, qui a fait fortune dans le commerce des fruits et légumes. Jacques Mesrine, cuisinier et chauffeur, et Jeanne Schneider, aide ménagère, emménagent avec Deslauriers chez lui au 277, rue Auclair et y restent 5 mois, pendant lesquels Mesrine envisage de se retirer de la criminalité. Une dispute avec le jardinier du domaine entraine la mise à pied du couple qui, pris d'un désir de vengeance, enlèvent le millionnaire le , à l'aide d'un complice français, Michel, rencontré sur place. Alors qu'ils demandent une rançon de à son frère, Marcel, Georges Deslauriers réussit à s'échapper. Dès lors, Mesrine a fait de facto son entrée dans le grand banditisme.
Le , le couple Mesrine-Schneider quitte le motel des Trois Sœurs à Percé où il s'était réfugié et franchit illégalement la frontière des États-Unis. Le , le corps étranglé d'Évelyne Le Bouthilier, patronne du motel, est découvert dans sa résidence à Percé. Mesrine est soupçonné. En fuite aux États-Unis, Mesrine est arrêté à Texarkana, dans l'Arkansas à la frontière avec le Texas et extradé vers le Canada. À sa sortie d'avion, il fanfaronne devant les journalistes et déclare, reprenant une phrase du général de Gaulle : « Vive le Québec libre ! » Accusé de meurtre et de kidnapping, Mesrine se retrouve à la une des journaux québécois. Il est déclaré « ennemi public numéro un ». Le , Mesrine s'évade avec Jean-Paul Mercier et délivre sa compagne Jeanne de la prison de Percé, mais ils sont repris le lendemain. Toujours en , ils sont condamnés respectivement à dix et à cinq ans de prison pour l'enlèvement et la séquestration de Georges Deslauriers. En , Mesrine et Jeanne Schneider sont acquittés pour le meurtre d'Évelyne Le Bouthilier. Mais cette accusation d'un meurtre qu'il déclare n'avoir pas commis, malgré un important faisceau de présomptions« Mesrine, la légende écornée » sur moreas.blog.lemonde.fr., sera pour Mesrine un des thèmes principaux de son deuxième livre, Coupable d'être innocent, écrit en 1979.
Alain Normandeau, criminologue et directeur d'un projet de réinsertion, le rencontre à trois reprises dans sa cellule en 1972 ; il se souvient :
Le , il s'évade de la prison de Saint-Vincent-de-Paul avec cinq autres détenus dont notamment Jean-Paul Mercier, André Ouellet, Pierre Vincent et Robert Imbault. La prison de Saint-Vincent est alors entourée de deux murets de barbelés et d'un mur de quatre mètres. Dans les miradors, nuit et jour, chaque sentinelle fait le guet, sept jours par semaine. Les cellules sont alors éclairées en permanence et le plafond constitué de grillages sur lequel les gardiens font des rondes. À l'époque il y a pour . Mesrine avait repéré que les rondes étaient moins fréquentes le week-end et s'était procuré des limes, des outils et une échelle de peintre. Jocelyne Deraiche est accusée d'avoir aidé à l'évasion de Mesrine et sera ultérieurement condamnée à de prison. Leurs cavales sont émaillées de nombreux méfaits. Le , ils braquent ensemble la Caisse populaire de Saint-Bernard de Dorchester, puis, dix minutes plus tard, font de même avec celle de Saint-Narcisse de Lotbinière. Leur butin s'élève à . Le , ils braquent la Toronto Dominion Bank à Montréal et récidivent trois jours après dans le même établissement.
Le , ils échouent dans leur tentative de libérer trois prisonniers de la prison de Saint-Vincent-de-Paul, mais blessent grièvement deux policiers dans la fusillade qui s'ensuit. Une semaine plus tard, pendant qu'ils s'exercent au tir en forêt, Mesrine et Jean-Paul Mercier tuent deux garde-chasse attirés par les détonations, près de Saint-Louis-de-Blandford au Québec. En octobre, après d'autres braquages à Montréal, ils effectuent un court passage à New York, au palace du Waldorf-Astoria. Puis, d'octobre à , Mesrine fuit au Venezuela avec Jean-Paul Mercier et leurs deux maîtresses. Plus tard, Mercier et sa maîtresse les quittent à la suite d'une morsure de chien, subie par cette dernière, qui les oblige à revenir au Québec pour recevoir des soins. Jean-Paul Mercier sera tué d'une balle dans la tête par la police canadienne lors d'une de ses tentatives de cambriolage deux ans plus tard. Quant à Jeanne Schneider, la maîtresse de Mesrine, elle finira sa peine en France à la prison de Fleury-Mérogis. À sa sortie, elle restera en France.
Retour en France (1972-1973) Mesrine retourne en France en , où il commet le braquage de la paie d'une usine de Gisors pour un montant de et celui d'une caissière retirant d'une banque.