La première guerre civile de Castille oppose de 1351 à 1369 les partisans de (« Pierre le Cruel »), fils légitime du roi Alphonse XI, et ceux de son demi-frère Henri de Trastamare, qui l'emporte et devient le roi Henri II, premier souverain de la dynastie de Trastamare.
Causes du conflit Crise de la féodalité La guerre civile déclenchée par João Afonso de Albuquerque est la conséquence logique de l'opposition, durant le règne d', entre deux partis à la cour de Castille : l'un dirigé par la reine Marie de Portugal, l'autre par la maîtresse attitrée du monarque, Leonor de Guzmán, descendante du roi et qui a donné au souverain pas moins de dix enfants, dont Henri de Trastamare.
En toile de fond se déroule la guerre de Cent Ans qui est bien plus qu'un simple conflit franco-anglais. La société médiévale est en crise et à travers toute l'Europe, réformateurs et conservateurs s'opposent : Étienne Marcel, Jacob van Artevelde, la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons ou le grand Schisme d'Occident sont quelques-uns des nombreux exemples de cette opposition. Le conflit, parfois présenté comme une guerre de succession, dépasse la simple rivalité de deux prétendants au trône. La rébellion d'Henri de Trastamare n'est viable que par l'appui de la haute noblesse castillane, dont Pierre le Cruel a tendance à vouloir rogner les avantages et surtout le poids politique. Cette alliance du fils bâtard et de la haute noblesse est perçue par le peuple comme un obstacle aux lois que a fait voter par les Cortes de Valladolid en 1351, qui favorisent le commerce et l'artisanat ainsi que la sécurité des personnes. Ce peuple ne lui ménage pas son appui et qualifie le roi de Castille de Justicier et non de Cruel comme ses ennemis. est ici le réformateur et est d'ailleurs soutenu par les Anglais et par Charles de Navarre, qui s'est également inscrit dans cette ligne politique en France.
Pierre le Cruel et Henri de Trastamare
Fils et héritier d', doit dès son couronnement faire face à l'agitation de la haute noblesse de Castille, en particulier celle de ses demi-frères Henri et Fadrique, pour lesquels l'influence de leur mère sur le roi s'est traduite par des libéralités et des honneurs que Pierre et la reine-mère peuvent estimer exagérés.
Troisième fils illégitime d' et de Leonor de Guzmán, Henri est adopté par son tuteur, Rodrigue Alvarez Asturias, comte de TrastamarePossession située au nord-ouest de la Galice ; du latin: après Tamaris, au-delà de la rivière Tambre, qui lui transmet le titre en 1345. La mort de son père provoque la disgrâce de sa mère et l'écarte du pouvoir, contre lequel il commence à se rebeller dès 1351, date de l'arrestation puis de l'assassinat de sa mère sur ordre de Pierre le Cruel.
En 1353, a . Sous l'influence de sa maîtresse, Marie de Padilla, il choisit de gouverner en autocrate en s'appuyant sur le peuple (qui lui octroie son surnom de Justicier). Sa volonté de renforcer l'autorité royale se traduisant par un comportement autoritaire et expéditif vis-à-vis de cette haute noblesse castillane, cette dernière ne tarde pas à se rebeller ouvertement : son ancien chancelier, João Afonso de Albuquerque, désireux de rendre le pouvoir à la noblesse, organise une conspiration avec les bâtards royaux et le roi d'Aragon André Larané, , Du Guesclin fait le ménage en Espagne, Herodote.net.
À Tolède, capitale de la Castille, réprime les comploteurs, déclare la guerre à l'Aragon et fait assassiner en 1359 deux de ses demi-frères, Jean-Alphonse et Pierre respectivement âgés de 19 et https://www.persee.fr/doc/hispa_0007-4640_1964_num_66_1_3795 . Pierre le Justicier devient dès lors Pierre le Cruel. À la mort d'Afonso de Albuquerque, l'aîné des bâtards royaux Henri de Trastamare prend la tête de la rébellion.
Rébellion et guerre dans la péninsule Ibérique
Entre 1352 et 1354, la figure de proue de la rébellion nobiliaire est João Afonso de Albuquerque, ancien favori du roi et de la reine-mère, tombé en disgrâce au moment où le mariage de et de Blanche de Bourbon s'avère être un échec du fait des retards dans le versement de la dot et du mauvais traitement infligé par le souverain à son épouse. Albuquerque est l'artisan essentiel de cette union et paie le prix de son échec. Il se réfugie au Portugal et Pierre le Cruel, qui peut à ce moment-là compter sur l'appui de ses demi-frères Henri et Fadrique, laisse ces derniers en poste à la frontière portugaise, mais sous la surveillance d'un parent de sa maîtresse Marie de Padilla. Le roi ayant été informé par celui-ci de tractations secrètes entre ses demi-frères et Albuquerque, Henri et son frère doivent rejoindre ouvertement la rébellion, à laquelle s'est également joint un nouveau parti, composé de la famille et des alliés de Jeanne de Castro, fraîchement épousée par Pierre le Cruel grâce à l'annulation controversée de son précédent mariage par deux évêques conciliants, et abandonnée de la même façon que Blanche de Bourbon.
Jusqu'en 1354, Henri de Trastamare perpètre des actes de rébellion isolés, avec l'aide de ses frères. Ses menées s'inscrivent dans un mouvement de révolte plus général, celui de la haute noblesse castillane, dont les épisodes marquent les premières années du règne de Pierre le Cruel. Ces rébellions sont très durement réprimées par le roi, qui n'hésite pas à faire exécuter les fauteurs de troubles malgré leur rang et contrairement aux usages qui veulent que les menées de la noblesse soient sanctionnées par l'enfermement, l'exil ou la confiscation des terres et châteaux.
Premiers affrontements armés En , Albuquerque meurt empoisonné à Medina del Campo et Henri prend naturellement la tête du mouvement séditieux. Une rencontre entre les ligueurs et le roi est organisée à Tejadillo, village proche de Toro, et , malgré la surveillance dont il est l'objet durant son séjour, parvient à convaincre les infants d'Aragon et Tello de Castille, frère d'Henri, de quitter la rébellion. Il rejoint ainsi Ségovie, convoque les Cortes (pendant hispanique des États généraux) à Burgos. Ces Cortes votent les subsides nécessaires à l'armement d'une armée pour réduire la rébellion.
En 1355, l'armée royale reprend la ville de Tolède dont la population s'était soulevée et entreprend d'exécuter les rebelles. Toro tombe en 1356. Ces premiers affrontements tournent largement à l'avantage du roi et Henri de Trastamare doit fuir et se réfugier en France auprès de Jean le Bon et surtout du dauphin Charles.
Les royaumes de Castille et d'Aragon en guerre
profite de l'accalmie sur le plan domestique et prend prétexte d'un incident maritime entre une flotte aragonaise et des navires génois pour déclarer la guerre au royaume voisin d'Aragon. Entre 1356 et 1361, l'armée castillane pénètre dans le royaume voisin et conquiert plusieurs villes. Henri de Trastamare et son armée s'engagent aux côtés du roi d'Aragon, . Le , la paix est signée à Terrer.
Entretemps, entre 1356 et 1360, Pierre le Cruel fait assassiner ses ennemis : Jean de la Cerda, Fadrique de Castille, Joan d'Aragon - demi-frère de Pierre le Cérémonieux -, sa tante Éléonore de Castille, mère du précédent et veuve d', etc.
La dure guerre menée par Pierre le Cruel contre le royaume d'Aragon et le ressentiment né de ses exactions affaiblissent considérablement le parti légitimiste et permettent à Henri de Trastamare d'envisager une conquête du royaume de Castille.
Deuxième rébellion d'Henri de Trastamare Henri de Trastamare décide d'attaquer en 1360 et se rend maître de la cité de Nájera. Au cours de la prise de la ville, Jean Fernández de Hinestrosa, oncle de Marie de Padilla et favori de Pierre le Cruel, trouve la mort. En représailles, fait mettre à mort deux des frères d'Henri et envoie ses troupes à Nájera dès le mois d'avril. Henri de Trastamare est battu et doit se réfugier dans la ville. Inexplicablement, Pierre le Cruel ne met pas le siège devant la cité et retourne à Séville. Trastamare se réfugie de nouveau en France. vignette|La guerre civile castillane
Internationalisation du conflit Alliance d'Henri de Trastamare et de Maltraitée dès les débuts de son mariage avec Pierre le Cruel, Blanche de Bourbon meurt en 1361, vraisemblablement assassinée sur ordre de son époux. Blanche est la belle-sœur du dauphin Charles et les mauvais traitements lui attirent l'inimitié de la France. En revanche, Henri de Trastamare a déjà lutté aux côtés des Valois en particulier au Languedoc, et bénéficie d’un fort soutien à la cour du roi de France. Henri a déjà soutenu le roi d'Aragon le Cérémonieux dans sa guerre contre le royaume de Castille et, en 1363, les deux hommes signent le traité de Binéfar : le souverain aragonais appuie Henri dans ses prétentions au trône de Castille et doit récupérer en contrepartie le royaume de Murcie Article "La guerra fraticida" par Julio Valdeón Baruque sur, site du Gouvernement autonome de Castille et León.
Au-delà des considérations familiales et personnelles, l'intérêt de est limpide. En vue de la reconquête future des territoires cédés aux Anglais en vertu du traité de Brétigny - un tiers du royaume de France -, le roi veut éviter que l'Anglais dispose d'un allié sur la frontière sud du royaume, et le faire remplacer par un solide allié qui pourra en temps voulu faire peser une menace sur la principauté d’Aquitaine. Les Anglais ne pouvant déclencher les hostilités sous peine de perdre les bénéfices du traité, le roi de France a l'avantage de l'initiative, mais n’en a pas les moyens matériels, le pays étant ravagé par les compagnies et saigné par l’exorbitante rançon de Jean le Bon. Pour se refaire une santé financière, il faut se débarrasser des compagnies de routiers qui bloquent tous les axes commerciaux et pressurent la population de tout ce qu’elle aurait pu donner en taxes à l’État. Avignon étant menacée et rançonnée par les compagnies, le pape voit d’un bon œil le projet de croisade en Espagne proposé par Charles. L’objectif officiel est le suivant : mener une croisade contre le royaume de Grenade, il faut pour cela passer par la Castille. Le pape n’est pas dupe, mais ses intérêts convergent avec ceux de : il faut se débarrasser des compagnies. rachète la liberté de Bertrand du Guesclin, qui avait été fait prisonnier à la bataille d'Auray et le charge de prendre la tête des Grandes Compagnies et des Tard-Venus, principalement cantonnées en Bourgogne et dans la vallée du Rhône, et de les mener en Castille appuyer la lutte du Trastamare contre son demi-frère. Celui-ci appelle à ses côtés son cousin Olivier de Mauny, qui remporte par la suite des batailles décisives. Ils lèvent ainsi . , peu dépensier, ne souhaite cependant financer l'expédition, mais face aux troupes de Du Guesclin qui campent devant Avignon, le pape est contraint de payer les subsides nécessaires à la campagne. Il finance donc l’expédition, avec d'autant moins de scrupules que le roi Pierre le Cruel s'est toujours entêté à ne pas suivre ses injonctions quant à son comportement matrimonial.
Cette armée franchit les Pyrénées en plein mois de et au , Henri et du Guesclin envahissent la Castille par La Rioja. L'armée franco-aragono-castillane contrôle rapidement l'essentiel du royaume à l'exception de la Galice, de Séville et de quelques autres places : Henri de Trastamare, proclamé roi de Castille à Burgos, marche sur Tolède et Séville. se réfugie en Galice et de là embarque pour Bayonne, en Guyenne, puis il rejoint Bordeaux où il demande assistance au Prince noir, en signant le traité de Libourne, ce dernier saisissant avec empressement cette nouvelle occasion de guerroyer.
Alliance de Pierre le Cruel et du Prince Noir