Le massif de l'Esterel (//) est un massif montagneux volcanique de faible altitude qui s'étend sur . Situé sur le bord de la mer Méditerranée, il couvre le sud-est du Var et déborde sur les Alpes-Maritimes, en France. C'est une des régions naturelles de France.
Toponymie Frédéric Mistral émet plusieurs hypothèsesFrédéric Mistral, voir le mot Esterèu, Tresor dòu Felibrige, dictionnaire provençal-français, 1878 concernant l'origine ou la signification du nom du massif dont : de l'ancien provençal estelell vers le qui signifie « soleil »Bénédicte et Jean-Jacques Fénié, Toponymie provençale, Édition Sud-Ouest, coll. « Sud Ouest université » , ; du nom d'une ancienne tribu ligure appelée Suelteri ou Suetri qui vivait dans la région ; du mot latin Sterilis (« stérile »), à cause de la pauvreté des sols ; du mot espagnol Sierra Estrella ou portugais Serra d'Estrella ; du mot provençal Estèla/Estello (« étoile »).
Cependant, l'auteur indique que le nom Esterèu provient de l'ancien provençal Estelell.
Il pourrait aussi tirer son origine du pré-latin ester (« rocher escarpé, gorge »), à rapprocher du village basque Esterenzubi et du chaînon d'Ester dans les Préalpes bavaroises (Bavière).
Le massif est nommé Esterèu en occitan provençal tant selon la norme classique que selon la norme mistralienne.
L'écriture française Esterel reprend la forme de l'ancien provençal avant la vocalisation du -l en -u, comme c'est le cas pour de nombreux toponymes en Provence.
Géographie Situation thumb|left|Vue du cap Roux à Saint-Raphaël. thumb|Le massif depuis Cannes.
Situé dans le Sud-Est de la France, ce massif cristallin d'origine volcanique se jette dans la mer Méditerranée entre Saint-Raphaël (Var) et Mandelieu-la-Napoule (Alpes-Maritimes).
Il est séparé du massif des Maures par la vallée de l'Argens. Son relief est déchiqueté et profondément raviné (Grenouillet, Malinfernet…).
Le massif s'étend sur dont classés et protégés. La forêt domaniale, gérée par l'Office national des forêts, représente .
Principaux sommets vignette|Point culminant du mont Vinaigre : 614 mètres.
Le mont Vinaigre (614 m) est le point culminant et se trouve dans la commune de Fréjus Les Suvières (558 m) Le sommet du Marsaou (548 m) Le sommet du massif du Tanneron (516 m) Le pic de l'Ours (488 m) Le pic du Cap-Roux (453 m) Le Saint-Pilon (442 m) Le sommet des Grosses-Grues (440 m) Le sommet Pelet (429 m)
Hydrographie vignette|Le lac de l'Avellan.
Lac de l'Avellan, le plus important avec . Lac des Trois-Vallons. Lac du Grenouillet. Lac de la Charbonnière. Lac des Dames, intégré au golf de l'Esterel. Lac Saint-Esprit, en zone urbanisée (quartier de la Tour de Mare à Fréjus). Lac du Pont du Duc. Lac de l'Écureuil, point d'eau artificiel permanent jusqu'en 2009, offrait une végétation typique des milieux humides. En 2009, après l'apparition de fissures dans la digue en terre du barrage, l'ONF a décidé de purger le lac et détruire l'édifice. Le lac de l'Écureuil a laissé place à une prairie dans laquelle serpente l'Agay.
Géologie vignette|gauche|Les falaises rouges de l'Estérel.
À l'instar du massif des Maures et du massif du Tanneron qui l'encadrentAu niveau préfectoral (Alpes-maritimes), on parle du massif Estérel-Tanneron., l'Esterel est une relique de la chaîne hercynienne. Il est traversé par un important réseau de failles orientées nord-sud et ouest-est. L'Argens et son affluent le Reyran coulent aujourd'hui au fond de ces failles.
Si le socle de l'Esterel date de la formation de la chaîne hercynienne (période antécarbonifère), la quasi-totalité des affleurements volcaniques sont apparus à la fin du Paléozoïque, il y a d'années (au Permien). À cette époque, une intense activité volcanique règne durant d'années ce qui entraine la formation de basaltes puis de rhyolites rouges (volcan de Maure-Vieille). À l'Oligocène, une nouvelle expulsion magmatique y dépose les laccolites d'estérellite du cap Dramont.
Au Miocène (-23 à -5 millions d'années), un mouvement tectonique conduit la Corse et la Sardaigne à se séparer de l'actuelle Provence par un vaste mouvement rotatoire de . On retrouve les mêmes roches porphyres dans l'Esterel que dans les calanques de Piana.
thumb|Falaise composée de rhyolite.
Depuis, le massif a subi une très forte érosion ce qui ne permet plus de voir la forme de l'édifice volcanique initial. Il est majoritairement composé de roches porphyriques (volcaniques), notamment de rhyolite qui lui donnent sa coloration rougeâtre (avec des veines ponctuelles d'estérellite bleue).
Ce volcanisme est lié à une extension de la croûte terrestre, l'éclatement de la Pangée et la formation de la Téthys. Ce volcanisme d'extension daté du Permien se retrouve ailleurs en France : en Corse (Monte Cinto) et dans le Morvan (MontreuillonPierre Thomas, Crochons de faille affectant des prismes rhyolitiques, carrière de Montauté, Montreuillon (Nièvre), ENS de Lyon - Laboratoire des Sciences de la Terre, 10 septembre 2007).
Climat Le climat est à dominante méditerranéenne se caractérisant par : des étés chauds et secs, des hivers et automnes doux et souvent humides, parfois très arrosés par plusieurs successions de systèmes dépressionaires occasionnant beaucoup de pluies, ponctuées d'éventuels épisodes de neige sur les plus hauts sommets.
Le climat est sous influence maritime et soumis aux aléas méditerranéens, avec des inerties thermiques pouvant contraster très radicalement avec des masses d'air venant du nord-ouest ou de l'est (golfe de Gênes). Ces conflits peuvent provoquer des phénomènes très violents et localisés : vents tempétueux, orages accompagnés de précipitations diluviennes (de type cévenol) menant parfois à des inondations dramatiques dans les vallées et aux abords des cours d'eau.
Ces phénomènes de précipitations de plus en plus brefs et violents sont à l'origine d'une érosion des surfaces agricoles et côtières, localement aggravée par une dénaturation des sols et/ou une déforestation découlant d'un accroissement de l'urbanisation poussés par une forte pression foncière.
Milieu naturel Faune Cerf élaphe, sanglier, lézard, tortue d'Hermann, cigale, papillon, perdrix, faisan, lièvre…
Flore La flore de l'Esterel varie selon l'exposition : l'adret (versant sud), très ensoleillé et sec est couvert d'une végétation typiquement méditerranéenne qui a dû s'adapter pour limiter l'évapotranspiration (feuilles vernissées et coriaces…). Le versant nord du massif (ubac) est plus frais et humide (microclimat assez proche du type alpin avec la présence de fougères, houx, bruyères…). La végétation a dû s'adapter à des sols très pauvres : sols volcaniques, durs et acides, donc peu dégradables et lessivés par les pluies.
Strate arborée Les pinèdes de pin maritime sont fréquentes et on rencontre aussi le pin parasol essentiellement sur le littoral. Les chênes sont également abondants, chêne-liège, chêne pubescent, chêne vert et chêne sessile étant les principales espèces présentes et pouvant s'hybrider entre ellesHybridation des chênes et changements climatiquesDynamique d'hybridation dans le complexe d'espèces des chênes blancs européens (Chênes pédonculés - Quercus robur L., sessiles - Q. petraea (Matt.) Liebl., pubescents -Q. pubescens Willd. et tauzins - Q. pyrenaica Willd.), Olivier Lepais. L'eucalyptus, importé d'Australie, y est devenu subspontané, et parfois considéré comme une espèce envahissante.
Maquis et broussailles Genévrier, romarin, thym, arbousier, bruyère arborescente, callune, myrte, ciste, genet, lavande, mimosa, cinéraire, lentisque, férule commune…
Histoire Époque protohistorique Paléolithique : présence de burins de Noailles sur le site de Gratadis près d'Agay. Le burin de Noailles est un outil en silex. C'est un burin d'angle, parfois multiple, sur troncature et encoche d'arrêt (cf. musée archéologique de Saint-Raphaël).
Mégalithes : menhir d'Aire-Peyronne, de la pierre levée, des Veyssières.
Occupation de l'Esterel par des peuples celto-ligures (par exemple les Ligauniens au-dessus de la ville de Fréjus). Retraite des Oxybiens après l'invasion romaine en 57 , ils laissent des constructions comme : oppidum du Rastel d'Agay, du mont Saint-Martin près de Mandelieu-la-Napoule, sur le bonnet du Cappelan, au Barban les restes d'un village et enfin sur l'Auriasque une spectaculaire forteresse à double rempart en pierres sèches encore visible de loin aujourd'hui.
Les rhyolites ont été exploitées dès l'Antiquité pour la fabrication de meules, par exemple la meulerie de Bagnols-en-Forêt (pour les moulins à huile et à céréales). Des meules pratiquement dégagées ont été découvertes, signe que les habitants de l'époque avaient dû fuir devant un danger : une interruption de l'exploitation a eu lieu au (période des grandes épidémies : peste …) mais s'est poursuivie jusqu'au . Des meules de rhyolites de l'Esterel ont été retrouvées dans l'épave d'un bateau de type sarrasin daté du .
Antiquité La colonisation du rivage par les Grecs et les Phocéens a eu lieu vers 600 avec la fondation de Massalia (Marseille), des villes d'Antipolis (Antibes) et de Nikaia (Nice). Ensuite pendant la période romaine la voie aurélienne a été construite à partir de 241 av. J.-C., reliant la région à Rome via Forum Julii (actuelle Fréjus). On a retrouvé une borne milliaire sur le tracé de l'actuelle Nationale 7, près de l'auberge des Adrets de l'Esterel.
Moyen Âge thumb|left|Voie d'accès à la grotte de Saint-Honorat. thumb|Grotte de Saint-Honorat (Sainte-Baume).
La Sainte Baume est la grotte de l'ermite Honorat d'Arles (saint Honorat) ( de l'ère chrétienne). Voir la Vida de sant Honorat du poète Raymond Féraud (). Les habitants du coin, jaloux de la popularité de la Sainte Baume de Marie-Madeleine à l'ouest du département du Var, donnèrent également ce nom à la grotte de Saint-Honorat. Ils montaient lui rendre visite. Devant l'afflux de pèlerins, il s'exila quelques années plus tard sur l'île la plus inhospitalière des îles de Lérins, à laquelle il donna son nom. Au fil des siècles d'autres ermites s'installèrent également dans la grotte.
Du au thumb|Panorama du massif de l'Esterel.
Le massif a longtemps été le repaire de brigands : Gaspard de Besse (1757-1781), qui détroussait les voyageurs et agents du fisc au , s'y abritait. « Passer le pas » de l'Esterel était une expression fameuse et la toponymie témoigne encore de l'insécurité de ces lieux, comme la maison forestière de Malpey nommée « mauvaise montagne ».
Il a aussi été le refuge des forçats évadés du bagne de Toulon.
Depuis 1800
Au , la pénétration est devenue plus systématique et l'exploitation économique s'est développée (chênes-lièges pour la fabrication des bouchons, bois de cade pour l'extraction de son huile …). La route de la corniche d'Or est construite à l’initiative du Touring club de France entre 1901 et 1903Écomusée du pays de la Roudoule, La Route des Grandes Alpes, Édition de l’écomusée du pays de la Roudoule, Puget-Rostang , .
L'ingénieur des eaux et forêts Auguste-Eugène Muterse (1851-1922) est chargé de construire des routes et des pare-feu pour permettre l'exploitation de la forêt et sa préservation. La construction de maisons forestières en favorise ensuite l'entretien. Ce travail s'étale sur seize années entre la fin du et le début du .
De gigantesques incendies se sont produits au (1964, 1986, 2003, 2007). En 1964, la quasi-totalité de la forêt a été ravagée par le feu. L'État et les collectivités ont investi dans l'élargissement des pistes et l'installation de citernes d'eau en de nombreux points. Aujourd'hui existent sur le site de l'Estérel de pare-feu, environ de pistes défense de la forêt contre les incendies ainsi qu'une quarantaine de citernes d'eauAménagements DFCI et pastoralisme, Site Natura 2000 de l’Estérel - FR 9301528..