La bataille de Palerme est la neuvième bataille navale de la guerre de Hollande et la cinquième menée en Méditerranée lors de ce conflitLes précédentes batailles sont celles de Solebay, de Schooneveld 1 et de Schooneveld 2, du Texel, de Messine, de Stromboli, d'Alicudi, d'Agosta.. Elle a lieu le dans le port de Palerme, sur les côtes de Sicile. Elle oppose une flotte française, commandée par le duc de Vivonne, à une flotte combinée hispano-hollandaise, ébranlée par les défaites du Stromboli, d'Agosta et par la mort de son principal chef, Michiel de Ruyter. Elle se termine par une nouvelle victoire de la flotte française qui est désormais maître de la Méditerranée occidentale jusqu'à la guerre de Succession d'Espagne.
Le contexte militaire en Méditerranée en 1676
Au mois de , la guerre de Hollande en est à sa quatrième année. L’Espagne, qui s’est jointe à la Hollande contre la France en 1673, a reçu en 1675 en Méditerranée le renfort d’une escadre hollandaise alors que les Français ont réussi à débarquer à Messine, en révolte contre Madrid. Les combats de Messine (), de Stromboli (), d’Alicudi () et d’Agosta (), ont donné la victoire à la flotte française. Lors du dernier combat, l’escadre hollandaise, mal soutenue par les forces espagnoles, a été sévèrement malmenée et a perdu son chef, le prestigieux Michiel de Ruyter. C’est donc une flotte hispano-hollandaise très éprouvée qui s’abrite à Palerme au début de l’été 1676 où elle essaie de réparer ses avaries..
Pour les Français, la guerre en Méditerranée n’est cependant pas encore gagnée tant que cette force n’est pas neutralisée. Ils décident donc de reprendre l’offensive et appareillent de Messine le . La flotte est sous les ordres du maréchal de Vivonne (corps de bataille), secondé par le lieutenant général Duquesne (avant-garde) et par le chef d’escadre Jean Gabaret (arrière-garde).. À Palerme, le commandement hollandais est passé à l’amiral Jean Van Haën, successeur de Ruyter et celui d’Espagne à Diego de Ibarra, en lieu et place du vice-amiral La Cerda, qui n’a guère brillé lors du combat précédent.
Le brasier de Palerme
Le , la flotte française est devant Palerme. Elle compte , et . Dans le port, les Hispano-Hollandais n’ont pas encore terminé leurs réparations et Jean Van Haën est en train de faire embaumer la dépouille de Ruyter, conservée à bord de l’Eendragt. Gabaret et Tourville, sur une felouque, viennent les espionner. Ils dénombrent (dont ), et . Aucune fortification sérieuse ne protège la baie. Informé, Vivonne décide d’attaquer ces navires au mouillageLe décompte des forces en présence est délicat. Les chiffres retenus ici pour la flotte française sont ceux de Guy Le Moing (). Ils sont un peu différents de ceux de Michel Vergé-Franceschi qui donne « , et » (). Ces deux auteurs donnent les mêmes effectifs pour l’escadre hispano-hollandaise, laquelle ne correspond pas tout à fait au décompte fait dans l’Annexe et qui semble provenir d’une traduction de l’article en italien, hélas non sourcée. Les hollandais sont cités avec précision, mais pas les vaisseaux espagnols, dont certains sont peut-être confondus avec des galères ou des brûlots, ce qui fait monter l’effectif allié à , chiffre impossible à retenir..
Au matin du , le vent souffle du Nord-Est, c'est-à-dire vers l’intérieur du port. Vivonne en profite aussitôt pour s’approcher et lancer des brûlots. Ceux-ci, poussés par le vent, menacent immédiatement les navires au mouillage. Les capitaines, affolés, coupent leurs câbles d’ancre et laissent leurs bâtiments dériver vers le fond du port, poursuivis par les brûlots. Profitant du désordre, Vivonne et Duquesne accentuent l’attaque et lancent de nouveaux brûlots. Dans les rangs hispanos-hollandais, c’est la panique. Le feu passe d’un navire à l’autre alors que certains bâtiments s’échouent ou se brisent au fond de la baie. La ville elle-même est menacée par l’incendie.
Le vaisseau amiral d’Espagne explose. Diego de Ibarra se noie. La Cerda est tué. La galère patronne d’Espagne s’embrase. Jean Van Haën est tué. Le contre-amiral Van Middelland se noie. Les Hollandais, outre ces deux officiers généraux, perdent 7 lieutenants, ou matelots, les Espagnols entre et selon Duquesne, selon Villette-Mursay. .. Douze vaisseaux, , sont détruits et perdus, soit presque la moitié de l’escadre (en ne prenant en compte que les vaisseaux, seuls bâtiments réellement « utiles » au combat)Bilan pour les vaisseaux donné par , et complété pour les autres pertes par une estampe de l'époque consultable sur gallica.fr.. Dans le camp français, hormis les brûlots qui ont rempli leur mission, tous les navires sont saufs et il n'y a que . Ces pertes sont faibles, mais témoignent malgré tout de l’intensité de la canonnade du côté des navires alliés qui ont pu échapper au feu et se sont défendus.
Les Français maîtres de la Méditerranée occidentale
Lorsque la nouvelle de la victoire arrive à Versailles, Colbert exulte : « C’est la plus glorieuse action qui ait jamais été exécutée par aucune armée navale »Cité par .. Une joie qui s’explique par la peur qu’inspirait la flotte hollandaise jusque-là. En 1672, il avait fallu solliciter l’alliance de la flotte anglaise pour entrer en guerre contre les Provinces-UnieJean Meyer, dans .. Après le retrait anglais de 1674, la flotte hollandaise était restée maître de la Manche, avait attaqué Belle-Ile et était venue narguer les Français devant Rochefort. L’entrée de l’escadre de Ruyter en Méditerranée en 1675 était apparue comme un défi que la jeune flotte de Louis XIV, après sa prestation peu convaincante en mer du nord (1672-1673) et sa quasi inertie en 1674, semblait peu à même de relever. Cette bataille achève aussi de ruiner la puissance navale de l’Espagne, déjà très ébranlée par ses défaites lors de la guerre de Quatre-Vingts Ans (1568-1648) et de 1635-1659 contre la France.
La victoire de Palerme, qui complète celle d’Agosta, n’est pas la dernière. En 1677, elle est suivie par la campagne de d’Estrée à Tabago qui réussit, après un premier échec, à détruire l’escadre de Jacob Binckes et à ruiner de nombreux comptoirs hollandais. Ces victoires sèment l’inquiétude en Angleterre, où l’émergence de la France en tant que grande puissance navale est perçue comme une menace insupportable., compte tenu qu'elle s’additionne à la puissance terrestre de Louis XIV dont les troupes sont victorieuses dans les Flandres au même momentIl s'agit des batailles de Valencienne, de Cambrai, de Saint-Omer, de Cassel et d'Ypres.. Elles provoquent un rapprochement immédiat entre l’Angleterre et la Hollande et la signature d’une alliance, même si Londres n’entre pas en guerre car la paix générale est signée en 1678. Quoi qu’il en soit, avec cette victoire, les Français sont maîtres de la Méditerranée occidentale pour plusieurs décennies. Il faudra attendre la guerre de Succession d’Espagne (1701-1714) avec la chute de Gibraltar, le siège de Toulon et la prise de Minorque pour que cette suprématie soit remise en cause par la Royal Navy.
France : Avant garde (Duquesne) Le Saint-Esprit, 72 canons, lieutenant général Duquesne Le Fortuné, 56 canons, capitaine d'Amfreville L'Aimable, 56 canons, capitaine de la Barre Le Joli, 46 canons, capitaine de Belle-Isle-Erard Le Grand, 72 canons L'Eclatant, capitaine de Coëtlogon Le Mignon, 46 canons, capitaine de Relingues L'Aquilon, 50 canons, capitaine de Montreuil Le Vaillant, 54 canons, capitaine de Septesmes Le Parfait, 60 canons, Trois brûlots La Notre-Dame de Hunières, capitaine Honorat L'Hameçon, capitaine Verguin Le Dangereux, capitain du Rivaut
Corps de bataille (Vivonne) Le Sceptre, 80 canons, capitaine de Tourville, Duc de Vivonne Le Pompeux, 72 canons, chef d'escadre de Valbelle Le Saint-Michel, 60 canons, chef d'escadre Preuilly d'Humières L'Agréable, 56 canons, capitaine d'Ailli (Ailly) Le Téméraire, 50 canons, capitaine de Lhéry La Sirène, 46 canons, capitaine de Béthune L'Assuré, 56 canons, capitaine de Villette-Mursay Le Brusque, 46 canons, capitaine de la Motte (Mothe) Le Sage, 54 canons, capitaine de Langeron Le Fier (?), 60 canons, capitaine de Chabert Trois brûlots L'Ardent, capitaine Despretz Le Ligornois, capitaine Serpaut L'Orage, capitaine Scion
Arrière garde (Gabaret) Le Lys, 74 canons, Gabaret l'aîné L'Heureux, 54 canons, capitaine de la Bretesche L'Apollon, 54 canons, capitaine de Forbin l'ainé Le Trident, 38 canons, capitaine de Bellefontaine Le Sans-Pareil, 70 canons, capitaine de Châteauneuf Le Magnifique, 72 canons capitaine de la Gravière Le Vermandois, 50 canons, capitaine de la Porte Le Prudent, 54 canons, capitaine de la Fayette Le Fidèle, 56 canons, capitaine de Cogolin Trois brûlots L'Impudent, capitaine Chaboisseau L'Inquiet, capitaine Fourteau La Notre-Dame de Bon-Voyage, capitaine Toucas
25 galèresProvinces-Unies : Vrijheid 50 canons, (Adam van Brederode) - coulé Stad en Lande 54 (Joris Andringa) Spiegel 70 (Gillis Schey) Provincie van Utrecht 60 (Jan de Jong) Steenbergen 68 (Pieter van Middelandt) - coulé Kraanvogel 46 (Jacob Willemszoon Broeder) Zuiderhuis 46 (Pieter de Sitter) Gouda 76 (Lieutnant-Admiraal Jan den Haen, tué) Leeuwen 50 (Frans Willem, Graaf van Stierum) Damiaten 34 (Isaac van Uitterwijk) Edam 34 (Cornelis van der Zaan) Groenwijf 36 (Juriaan Baak) Eendracht 76 (vice-amiral Gerard Callenburgh) Oosterwijk 60 (Jacob Teding van Berkhout) Harderwijk 46 (Mattheus Megang) Leiden 36 (Jan van Abkoude) - coulé Wakende Boei 46 (Cornelis Tijloos)
Espagne Nuestra Señora del Pilar (Capitana Real) 64/74 Almirante Don Diego de Ibarra (tué) - explosion à d'équipage Santiago (Nueva Real) 80 San Antonio de Napoles 44/46 - brûlé500 hommes San Felipe 40/44 - brûlé San Carlo, 40 Salvator delle Fiandre, 42 San Salvador (navire-amiral de Flandres), 48 - brûlé350 hommes d'équipage San Joaquin/San Juan 80 San Gabriel 40 Santa Ana 54/60 - brûlé et rapatrié Nuestra Señora del Rosario 50 San Jose (Almirante Juan de Villaroel, tué) brûlé San Salvador brûlé
(* probables) Nuestra Señora de Guadalupe * Nuestra Señora del Rosario y Las Animas *
4 brûlots 19 galères
Notes et références
Voir aussi Bibliographie
Articles connexes Guerre de Hollande Histoire de la Sicile Histoire de la marine française de Richelieu à Louis XVI
Catégorie:Histoire de Palerme Catégorie:Bataille navale impliquant la France Catégorie:Bataille navale impliquant l'Espagne Catégorie:Bataille navale de la mer Méditerranée Catégorie:Bataille navale impliquant les Provinces-Unies Catégorie:Bataille ou siège de la guerre de Hollande Catégorie:Bataille ou siège de 1676 Catégorie:1676 en France Palerme