L’hôtel Lallemant est situé à Bourges (Cher) et a gardé le nom de ses constructeurs, Jean Lallemant, trois membres de même prénom d'une riche famille de marchands originaire d'Allemagne et arrivée à Bourges au . Les terres où se dresse l'édifice ont été acquises le . Les bâtiments antérieurs ont été détruits par le grand incendie de Bourges en Patrick Martinat et Raymond Kot, Découvrir le Cher, Le Coteau, Éditions Horvath, coll. « La France par départements », 1990.. La construction de l'hôtel eut lieu entre 1495 et 1518. L'ensemble constitue un exemple remarquable de la fin du style Louis XII et de la première Renaissance française. L'hôtel Lallemant fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1840..

Description left|thumb|Couloir incliné de l’entrée rue Bourbonnoux vers la cour basse. L'hôtel Lallemant est bâti sur le rempart gallo-romain de la ville. À cause de cette position, il y a deux cours : la cour haute (où se trouvait l'entrée principale) et la cour basse (actuel accès des visiteurs), séparées par quelques marches. Les corps du bâtiment donnent sur deux rues : la rue de l'Hôtel-Lallemant et la rue Bourbonnoux ; le deuxième est plus bas que le premier, et on accède à la cour centrale par un passage voûté.

Le décor Renaissance de l’extérieur est particulièrement élaboré autour des baies et sur les tourelles de la cour haute. La finesse de cette ornementation a fait supposer l'intervention d'une équipe d'artistes italiens..

Le palais est orné d'un ensemble impressionnant de sculptures décoratives, sous forme de pilastres, corniches, chapiteaux, culs-de-lampe, colonnes, frontons, cheminées, médaillons, sous-faces de marches, moulures. Les décorations représentent des objets, comme les cornes d'abondance, coquilles, rinceaux, oves, flèches, tridents, coupes en feu, ou des personnages. Certains sont typiques, comme un phénix, le fou, un aigle, des oiseaux, ou plus clairement identifiés, comme saint Christophe, Pâris fils de Priam. Sur le palier voûté d'ogives, un moine au phylactère muet, un autre en prière, un troisième avec un livre ouvert, un autre veillant, un adepte tapis.

L'interprétation des sculptures de personnages dans le sens ésotérique et alchimiste a été largement développé, depuis Fulcanelli, Jacques van Lennep, ou Michel Bulteau : le fou au casque de Mercure, l'alchimiste au matras, le scrutateur de nature, le souffleur, l'amateur de secrets, sont autant de noms pour des personnages sculptés en corniche dans le bâtiment.

Architecture L’hôtel consiste en deux corps de logis principaux, l’un sur la rue de l'Hôtel-Lallemant, anciennement rue des Vielles-Prisons, l’autre sur la rue Bourbonnoux. L'hôtel Lallemant est bâti en partie sur les restes du rempart gallo-romain de la ville, plus haut. À cause de cette position, il y a deux cours : une cour haute et la cour basse, séparées par un muret et un petit escalier à quelques marches. Les intérieurs communiquent par un passage incliné. Le décor Renaissance de la cour haute est probablement l’œuvre d’une équipe d’artistes italiensPanneaux descriptifs à l’intérieur de l’hôtel : en témoignent les médaillons en terre cuite, balustres et coquilles encadrant les fenêtres de la tourelle, le belvédère couronnant la tour d’escalier. De ces médaillons circulaires incrustés contenant des figures en terre cuite sur fond de coquille, il ne reste que quatre, deux d’hommes et deux de femmes.

L’entrée actuelle de l’hôtel Lallemant et du musée des arts décoratifs se trouve rue de l'Hôtel-Lallemant. À l’origine, l’entrée principale était la grande porte à côté.

Façade sur la rue Bourbonnoux La façade sur la rue Bourbonnoux comporte trois niveaux et est percée de deux lucarnes de style classique. La corniche imposante est centrée autour d'un fronton rectiligne. Cette transformation, comme pour la façade donnant sur la cour, correspond aux transformations opérées par la famille Dorsanne au ; sur le fronton sont sculptées leurs armoiries. Le décor de cette façade est gothique hormis la travée centrale qui possède des éléments de style italianisants que l'on retrouve sur toutes les portes et ouvertures de passages : baies encadrées de pilastres à fûts plats avec un décor de vases et de rinceaux d'une grande finesse, ornementées de figures en mascaron ou d'animaux fantastiques, le tout en faible relief. Le mur adjacent est percé d’une porte et de deux fenêtres petites dont l’appui est très élevé au-dessus du sol.

La porte d'entrée donne accès à un couloir incliné conduisant en sept marches vers la cour intérieure basse. L’issue du couloir est une porte cintrée sous un portique dont les pilastres demi-cylindriques sont ornés de bandes en hélice et de niellures. Les chapiteaux sont décorés d’animaux fantastiques dont les têtes forment les appuis du tailloir. La corniche est ornée de fins bouquets, fleurs et feuillages. Au-dessus est une petite niche à pinacle finement fouillé.

thumb|left|Façade intérieure. À gauche la loggia, au milieu le couloir vers la rue Bourbonnoux surmonté de l’oratoire, à droite la cour haute et la petite tourelle.

La cour

La cour est bordée d'un côté par le bâtiment donnant sur la rue de l'Hôtel-Lallemant, anciennement cuisine ou atelier. Il abrite actuellement (en 2016) l'accueil du public. Sur l'un de ses côtés, une tourelle d'escalier ronde, se terminant par un belvédère.

De l’autre côté, deux façades de bâtiment de style Louis XII se développent sur deux niveaux différents. La partie basse abrite une loggia à trois voûtes, décorée de peintures murales et d'un bas-relief Renaissance daté de la seconde moitié du .. La porte à l'arrière donne sur le corps du logis.

Au-dessus du passage voûté de la cour vers la rue Bourbonnoux, la fenêtre de l'oratoire de style Louis XII, conserve un aspect gothique mais est encadrée par des colonnes sculptées de motifs italianisants.

La partie droite du bâtiment est percée de grandes fenêtres à meneaux et croisées; elles sont surmontées de larmiers retombant sur des animaux fantastiques. Les figures fantastiques sont peut-être, de gauche à droite et de haut en bas : un monstre marin, un singe, un cheval, un lion, puis un oiseau, un cerf, un sirène et un âne.

La travée tout à droite comporte une porte encadré de pilastres; au-dessus une tourelle en encorbellement est éclairée par deux petites fenêtres encadrées de balustres. Le cul-de-lampe représente une « fou ».

Tourelles d'escalier thumb|left|Angle ouest de la cour, tourelle au belvédère. L’angle ouest de la cour haute est fermé par une tourelle d’escalier qui est « une des plus gracieuses productions de la Renaissance ». La porte du bas est ornée de deux demi-colonnes très richement sculptées, l’entablement et la corniche portent de fines ciselures. Le fronton triangulaire contenant un médaillon ovale avec une tête de profil coiffé d’un casque à corne de bélier. La légende autour de la tête se lit PARBIVS FILI PRIAM REX TRECENECN MAGNAM, où on peut reconnaître « fils de Priam ». Le personnage est communément identifié à Pâris, fils de Priam, roi de Troie. Deux fenêtres sont superposées, à demi-colonnes couvertes de ciselures; celle du bas a pour fronton une coquille, celle du haut un triangle chargé de rosettes, est couronnée de trois vases en acrotères. Sa partie supérieure est à claire-voie. Au-dessus du bandeau sont deux colonnes et deux demi-colonnes cannelées à chapiteaux fantaisistes portant un entablement circulaire sur lequel repose le toit. L’architrave est à denticules et cordons perlés, la frise est à ronds découpés, la corniche à rinceaux.

thumb|Le fou dans encorbellement de la petite tourelle. Cette même cour possède à l’angle opposé une autre tourelle plus petite et portée en encorbellement sur des moulures richement décorées de rinceaux divers. Sous la retombée des nervures est une statue représentant un personnage accroupi avec un collier de grelots qui tire la langue et qui est coiffé d’un casque ailé. Il tient d’une main une marotte brisée et de l’autre une petite bête, peut-être un chien. Sous ses genoux, un autre buste drapé. Le casque est interprété comme celui de Mercure, le personnage qui tire la langue est un fou tenant son sceptre brisé. Le petit personnage dans le cul-de-lampe en dessous est, d'après Paul des Chaumes, un reste d'une construction antérieure.

Intérieurs

Le passage voûté de l'entrée rue Bourbonnoux donne immédiatement accès, à sa gauche, à l'escalier principal qui commande toute la distribution intérieure. Il est à l'intérieur du bâtiment, et n'est pas à l’extérieur comme c'est le cas dans la plupart des constructions de cette époque. Cet escalier dessert notamment une chambre basse, une salle à manger d'hiver, et l'oratoire. Des personnages issus de la tradition gothique sont sculptés aux écoinçons; On reconnaît un bouffon, un homme sonnant dans une trompe, un autre tenant une guirlande. Devant l'oratoire, un petit couloir voûté d'ogives qui se termine par la porte de l'oratoire. Le couloir est décoré, comme l'escalier, de personnages. Ce sont des figures de moines sur les murs à la retombée des arcs.

Chambre basse La chambre basse contient une cheminée avec un manteau supporté par un jeu de pilastres adossés dont les chapiteaux sont des interprétations originales. Le manteau de la chemine est décorée des emblèmes royaux : le porc-épic pour Louis XII et l'hermine pour Anne de Bretagne. Sur les petits ôté sont sculptés de trophées d'armes.

Salle à manger d'hiver Cette pièce est couverte d'un plafond à caissons en bois. La poutre maîtresse est décorée de bucranes. Les lattes du parquet sont disposées en forme octogonale.

Plafond à caissons

Dans l'oratoire, de dimensions modestes () mais importantes pour une demeure privée, c'est le plafond qui attire l'attention. Les murs de l'oratoire sont ornés de pilastres aux chapiteaux volumineux qui représentent les symboles des évangélistes (le lion de Marc, l'aigle de Jean, l'ange de Mathieu et le taureau de Luc). Une niche dans le mur de droite se trouve une crédence en bronze sculptée et décorée de symboles.

Les trente caissons du plafond sculptés dans la pierre s'ordonnent en dix rangées de trois dans une pièce toute en longueur, terminée par un vitrail aux armes de la famille LallemantLe vitrail est réalisé par le maître-verrier Léon Jurie en 1926. Il remplace le vitrail d'origine réenchâssé dans l'église Saint-Bonnet de Bourges.. Des caissons à angelots alternent en quinconce avec des caissons où figurent des objets ou des animaux. « Parmi tous les décors, on remarque une colombe radieuse; une pomme d'arrosoir sur un brasier; un oiseau déchiquetant une tête de mort; un autre becquetant; une corne d'abondance; une ruche; un globe céleste avec la terre au centre; un enfant tenant une guirlande de perles, la lettre E dans des fleurs; une coquille enlacée d'un ruban à glands sur fond semé de E; un globe enflammé, au-dessus R R R; un livre entouré de flammes ».

Le plafond a fait l'objet, plus encore que les autres décorations, de nombreuses interprétations plus ou moins ésotériquesL'hôtel Lallemant de Bourges l'énigme des trente caissons du plafond. Quant aux nombreuses apparitions de suites de R et E, notamment dans une niche contenant des RERE et RER alternant, Buhot de Kersers note, un peu désabusé : « On pourrait y voir l’impératif du verbe déponent reor, songer, si ce n'était folie de chercher une explication aux énigmes de la renaissance, que nous ne réussissons pas toujours à comprendre, même lorsque nous en avons la clef ». Ces lettres se retrouvent également dans les manuscrits à peinture des frères Lallemant.

Dans la première rangée, à gauche d'un ange au-dessus d'une coquille saint Jacques, il y a un récipient, peut-être un entonnoir de Büchner (interprétation de Fulcanelli) et à droite un carquois sous un arc débandé.