Le massacre de Psará (en ) est un épisode de la guerre d'indépendance grecque. Il fut perpétré par les Ottomans contre la population grecque de l’île de Psará en juillet 1824. Psará était une île d'armateurs et de marins dont la flotte menait régulièrement des actions contre l'Empire ottoman. Le sultan Mahmoud II en décida la destruction afin de faciliter une contre-attaque en Grèce continentale. Plus de cent cinquante navires firent débarquer plusieurs milliers d'hommesLes chiffres divergent. sur une île d'une quarantaine de kilomètres carrés qui avait accueilli de nombreux survivants de massacres précédents. Le bilan est estimé à morts ou vendus comme esclaves. Mais, contrairement au massacre similaire sur Chios avec lequel il fut peut-être confondu, celui-ci ne suscita que très peu d'émotion en Occident.

thumb|upright=1.5|alt=carte moderne de deux îles|Une carte de situation avec les principaux lieux cités.

Contexte La guerre d'indépendance grecque

thumb|left|alt=tableau XIXe siècle : une foule autour d'un drapeau blanc à croix bleu|Germanos bénit les insurgés grecs.

La guerre d’indépendance grecque fut une guerre de libération contre l’occupation ottomane. Si les affrontements principaux eurent lieu dans le Péloponnèse et autour d’Athènes, d'autres régions furent concernées, comme les îles de l'Égée.

Ali Pacha de Janina qui cherchait à assurer définitivement l’indépendance de ses possessions en Épire s’était révolté contre le sultan Mahmoud II en 1820. La Porte (nom parfois aussi donné au gouvernement de l’Empire ottoman) avait dû mobiliser toute une armée autour de Ioannina. Pour les patriotes grecs organisés dans la Filikí Etería et qui préparaient le soulèvement national depuis la fin du , cette rébellion rendait le moment favorable. Il y avait potentiellement moins de soldats turcs disponibles pour réprimer leur soulèvement. L’insurrection fut déclenchée dans le Péloponnèse. Elle commença entre le 15 et le sous la double impulsion de Theódoros Kolokotrónis, un des chefs de l’insurrection, et de l’archevêque de Patras, Germanos, qui proclama la guerre de libération nationale le . Au même moment, Alexandre Ypsilántis pénétrait en Moldavie et Valachie, second foyer prévu pour l'insurrection, à la tête d'une troupe composée de membres de la Philiki Etairia installés en Russie. L'Empire ottoman réduisit l'insurrection dans les provinces danubiennes en neuf mois, tandis qu'en Grèce même, les insurgés triomphaient. Entre 1821 et 1824, les Ottomans avaient été chassés du Péloponnèse, de la Grèce centrale et de la plupart des îles de l'Égée. La flotte ottomane était bloquée en Propontide grâce à l'engagement des navires des principales îles d'armateurs : Hydra, Spetses et Psará.

Les victoires grecques avaient cependant été de courte durée. Deux guerres civiles avaient affaibli le mouvement entre 1823 et 1825. Il y avait en effet une forte opposition entre deux catégories de dirigeants potentiels, avec deux types de légitimité tout aussi valables. D’un côté, se trouvaient les notables marchands issus de l’administration ottomane du continent et de la bourgeoisie maritime des îles. De l’autre, il y avait les chefs de guerre issus de la classe « para-sociale » des klephtes et armatoles, souvent en fait réellement issus de la paysannerie comme Theódoros Kolokotrónis et espérant donner un rôle politique plus important aux paysans. On assista alors à deux guerres civiles en 1823-1825. La première avait été provoquée par les notables qui voulaient reprendre le contrôle de la révolution et la remettre dans la voie qu'ils défendaient en écartant les chefs de guerre du pouvoir. La seconde opposa le continent aux îles. Le sultan avait aussi appelé à l’aide son vassal égyptien Méhémet Ali qui avait dépêché en Grèce son fils Ibrahim Pacha avec une flotte et, dans un premier temps, puis hommes. La flotte et les troupes égyptiennes avaient d'abord réduit l'insurrection en Crète et à Kassos, puis ce fut le tour de Psará.

Une île de marins et d'armateurs au service de l'indépendance thumb|alt=tableau XIXe : un combat naval|La Bataille de Tchesmé, 7 juillet 1770. Tableau de Ivan Aivazovsky.

Psará était une île peu fertile. Sa principale production agricole était un vin de qualité moyenne. Ses habitants, entre et au début de la guerre d'indépendance, étaient principalement des pêcheurs et des marins« Psará et les Psariotes », p. 255.. L'aridité de l'île l'avait poussée vers la mer et le commerce. Comme pour le reste des îles commerçantes de Grèce, le traité de Koutchouk-Kaïnardji (1774) accrut sa fortune. Le commerce du blé lors des guerres napoléoniennes lui avait aussi profité : ses navires avaient forcé le blocus maritime imposé par les Britanniques à la France. Toutes les îles de l'Égée dépendaient du Capitan pacha, mais Psará, ainsi qu'Hydra et Spetses, avaient acheté leur liberté. Un impôt léger, prélevé par les Grecs eux-mêmes, était payé au Capitan pacha et des marins étaient mis à la disposition de la flotte ottomane. L'île était gouvernée par trois « démogérontes » élus tous les ans par quarante électeurs désignés eux aussi tous les ans par l'ensemble de la population.

La situation géographique de Psará faisait qu'elle pouvait assez facilement surveiller l'entrée des DardanellesElle n'en est éloignée que d'une centaine de milles marins, mais avec une vue « dégagée ». et prévenir d'une sortie de la flotte ottomane.

Psará s'engagea dans la guerre d'indépendance grecque le dimanche de Pâques 1821, soit deux semaines après le début du soulèvement dans le Péloponnèse. Quarante de ses navires marchands, convertis rapidement en « navires de guerre » furent alors mis au service de la Grèce insurgée. La flotte ottomane était quant à elle une véritable flotte de guerre avec des vaisseaux de ligne et des navires de soutien. Les Grecs compensèrent cette infériorité grâce à une spécialité psariote : le brûlot qui avait démontré son efficacité lors de la bataille de Tchesmé pendant la révolution d'Orloff (1769-1771). Quatre brûlots psariotes avaient réussi à se glisser dans la ligne ottomane et à l'enflammer, amenant à terme sa destruction.

Ses vaisseaux contrôlèrent très rapidement l'Égée. Ainsi, dès le mois d'avril, la Porte avait rassemblé hommes à Smyrne avant de les envoyer écraser le soulèvement en Grèce. Sept navires de Psará intervinrent pour empêcher la traversée. Un navire ottoman fut coulé et quatre autres capturés (avec les 450 hommes qu'ils transportaient). Le , Andreas Giannitsi, un capitaine psariote, fit un coup de main contre un fort du golfe d'Enos (sur la côte thrace) et captura vingt-trois canons, deux obusiers et leurs munitions. L'île participa au premier engagement naval de grande ampleur le , lors de la bataille d'Eresós (une baie de Lesbos). Le deuxième plus grand vaisseau de ligne ottoman, armé de soixante-seize canons, s'était trouvé coupé du reste de la flotte. Il fut décidé d'utiliser des brûlots. Seuls des vieux marins psariotes, vétérans de Tchesmé, connaissaient encore la technique. Le troisième brûlot fut le bon : le navire prit feu, s'échoua puis explosa après la fuite de son équipage. Lorsque le reste de la flotte ottomane arriva le lendemain, les navires grecs s'avancèrent vers celle-ci et la mirent en fuite. Le mois suivant, une flotte combinée de quatre-vingt-dix navires de Psará, Hydra, Spetses et Kassos empêcha un débarquement sur Samos mené par le Capitan pacha Kara Ali qui commandait quatre vaisseaux de ligne, cinq frégates et une vingtaine de vaisseaux transportant soldats ottomans.

thumb|left|alt=tableau ancien : des hommes dans une barque rament pour s'éloigner d'un grand navire en feu|Le navire amiral turc attaqué par le brûlot psariote de Kanáris. Tableau de Nikifóros Lýtras.

Psará participa à l'évacuation des chrétiens chassés de KydoniesOu Cydon ou Cydonie, l'Ayvalık actuelle sur la côte d'Asie mineure près de Pergame. lors des exactions ottomanes dans la ville à l'été 1821, puis à l'évacuation des Chiotes survivants lors du massacre de Chios en . Ses navires composèrent aussi la flotte grecque combinée (Psará, Hydra, Spetses) de cinquante-six vaisseaux de ligne et huit brûlots, qui donnèrent la chasse à la flotte ottomane dans la seconde moitié du mois de après les massacres. Le ( julien) 1822, le capitaine psariote Konstantínos Kanáris coula le vaisseau amiral ottoman avec son brûlot, tuant l'amiral ottoman Kara Ali et marins turcs. La flotte ottomane était ancrée dans la baie de Chora, capitale de Chios. L'attaque eut lieu le soir, au moment de la rupture du jeûne du Ramadan. Le brûlot de Kanáris éperonna la Capudana (navire amiral de la flotte ottomane) vers minuit. Le mât de beaupré fut coincé dans un sabord au niveau de la proue et la mèche allumée. Kanáris et ses hommes évacuèrent tandis que le navire-amiral s'embrasait en quelques minutes. Les marins turcs essayèrent de s'enfuir avec les canots de sauvetage, dont deux trop chargés coulèrent. Kara Ali, alors qu'il embarquait dans une chaloupe, reçut un espar enflammé sur la tête. Conduit sur la terre ferme, il mourut le lendemain. Il fut enterré dans la citadelle de Chora. Son navire explosa au bout de trois-quarts d'heure, quand la réserve de poudre fut touchée.

Les marins psariotes lançaient souvent des coups de main contre les côtes turques, pillant et rançonnant les habitants, et paralysaient les communications et le commerce en empêchant la navigation côtière.

L'île devint donc une des principales cibles du sultan ottoman lors de sa contre-attaque face à la Grèce insurgée. Mahmoud II, découvrant la taille de Psará comparée aux torts que l'île lui causait, aurait déclaré :

Le massacre Les troupes d'Ibrahim Pacha avaient écrasé le soulèvement en Crète, mais ses navires avaient été harcelés par les flottes de Kassos et surtout de Psará. Afin de faciliter un prochain débarquement dans le Péloponnèse, la Porte décida de réduire ces deux îles. Ibrahim Pacha se chargea de Kassos début juin. La flotte ottomane, commandée depuis le printemps 1823 par le Capitan pacha HusrevGordon, History of the Greek Revolution, , ., s'attaqua à Psará le mois suivant. Ces deux îles étaient des cibles relativement faciles : proches des côtes d'Asie mineure, elles étaient par contre éloignées des renforts potentiels venus de Grèce continentale. Dans les deux cas, les flottes d'Hydra et Spetses arrivèrent trop tard.

La prise de l'île thumb|alt=carte moderne|Carte schématique de l'attaque.L'île mesure entre 7 et dans sa plus grande longueur et sa plus grande largeur.

Préparatifs