vignette|Modèle 930 de systèmes de données scientifiques Swissair (SDS) était un constructeur américain d'ordinateurs militaires, puis civils, monté en gamme au cours des années 1960. Il est fondé en à Santa Monica, peu après la percée du rival , par une quinzaine de cadres de Packard Bell et Bendix, parmi lesquels Max Palevsky, Arthur Rock et Robert Beck, travaillant avec succès sur l'ordinateur PB250, partis rejoindre l'équipe qui avait conçu la série IBM 360, puis travaillé pour RCA à concevoir le Spectra 70.
Création Max Palevsky estimait que 10 % du marché était totalement négligé par les autres constructeurs. Grâce à ses contacts à l'université Chicago, il a réussi avec une quinzaine d'associés à lever de dollars auprès d'Arthur Rock et de la famille propriétaire de Sears Roebuck. Il souhaitent fabriquer des ordinateurs professionnels de plus petite taille et moins chers, mais mieux conçus, pour concurrencer IBM.
Arthur Rock, banquier new-yorkais à une époque où le capital risque n’existait pas, avait déjà aidé en 1957 huit jeunes ingénieurs de l’industrie des semi-conducteurs dans leur création de Fairchild Semiconductor, en quittant « leur autocrate de patron », William Shockley, qui avait participé chez AT&T à l'invention du transistor, découverte pour laquelle il partagea le prix Nobel en 1956 juste avant de s’installer en Californie, à Mountain View (Californie), afin d’y ouvrir le laboratoire Shockley sur les semi-conducteurs, pour les premiers composants en semi-conducteurs au silicium dans ce qui allait devenir par la suite la Silicon Valley. près de sa ville natale de Palo Alto : : .
Arthur Rock sera quelques années après, en 1968, le cofondateur et premier président d'un nouveau fabricant de circuits intégrés, le futur géant des puces électroniques Intel, et lors de la décennie suivante l'un des premiers investisseurs dans Apple lors de sa fondation en 1976. Max Palevsky, cofondateur de SDS sera aussi l'un des premiers investisseurs dans Intel, en utilisant le produit de la cession de ses actions SDS, dont la valeur a été multipliée par 900 en sept ans et demi.
À Wall Street, l'action Scientific Data Systems a progressé de 42 % entre et le , à l'action, pour une capitalisation boursière proche de de dollars. Le cofondateur Max Palevsky, qui avait investi en 1961 contrôle alors encore 15 % du capital pour une valeur de de dollars qui deviendra lors de la cession à Xerox en .
Premiers succès Premier ordinateur en 1962 et positionnement D'abord orienté vers les applications militaires, SDS a fourni des machines à la NASA américaine dans les années 1960, livrant son premier ordinateur en 1962, avec dans un petit bâtiment, se concentrant sur le « petit marché scientifique, autrefois négligé », avec des « modèles étonnamment peu coûteux » en cherchant à « optimiser » sa stratégie sur « un petit secteur du marché » avec les premiers systèmes commerciaux basés sur le silicium plutôt que le germanium.
Premiers conducteurs de silicium immunisés contre la température Le ministère de la Défense américain (MOD) est l'autre grand client de SDS pour l’avionique, les missiles et les applications spatiales. SDS fut ainsi le premier à ne travailler qu'en silicium, « le gouvernement l'exigeant quel que soit le coût », avec en contrepartie une excellence en temps partagé, l'amenant à adopter ensuite les premières versions d'UNIX système d’exploitation également souhaité par le MOD. Il est ainsi le premier fabricant à proposer exclusivement des conducteurs de silicium immunisés contre la température, permettant aux ordinateurs d’être utilisés à l’extérieur de pièces spécialement étanches et climatisées et devient « le premier fournisseur de puissance » sur le créneau spécifique des « calculs complexes en temps réel » grâce aux « capacités en temps réel à soutenir de multiples terminaux et capteurs », requis par la sécurité nationale. Leadership sur le temps partagé « Rapides et optimisées autour d’applications temps réel » ses machines profitaient par ailleurs de « nombreuses fonctionnalités innovantes », que IBM « n’a pas pu égaler » à temps, telles que la disque d’accès aléatoire rapide (RAD) pour l’échange de mémoire virtuelle et auxquelles Tymshare et Comshare ont fait appel, se ralliant au leadership de SDS sur le temps partagé, IBM y voyant « un marché de niche instable », il ne l'y suit pas.
Ce positionnement génère la « nouvelle architecture audacieuse » du , « un ordinateur capable de communiquer » et doté d'une forte « capacité de mémoire virtuelle », au coût abordable grâce au temps partagé. Les cadres qui l'ont pensé viennent de l’UCLA de Berkeley, « un établissement notoirement non-conformiste ». Le quartier général de la SDS n'a « pas d’ascenseur pour encourager la mobilité physique » et la patron arrive au travail dans une « réplique de taxi londonien ».
L’industrie des semi-conducteurs dépend à ses débuts « presque entièrement de contrats gouvernementaux » visant à assurer visibilité et baisse des prix. Seymour Cray, cerveau de Control Data Corporation (CDC), a parrainé des recherches chez Fairchild Semiconductor, qui ont abouti en à un transistor en silicium plus rapide que n’importe quel autre en germanium : son nouveau « super-ordinateur », le CDC 6600, réunira près de Fairchild Semiconductor. La série Micrologic de circuits intégrés Fairchild Semiconductor a été présentée au salon de New York en et le concurrent Texas Instruments, selon son ingénieur Bob Bergman, a « décidé de rattraper la technologie » présentée dans « un délai six mois », y parvenant dès . Entre-temps, la NASA est chargée par le président Kennedy en de la mission Apollo pour envoyer un homme sur la lune. Elle commande en 1962 un ordinateur numérique de guidage basé sur la série Micrologic de Fairchild. D’autres fournisseurs, dont Motorola et Philco, ont copié la ligne Fairchild Semiconductor sous le nom générique RTL. Puis en 1964 la NASA fait de Philco un géant des semi-conducteurs, ce qui lui permet d’acheter General Microelectronics. En 1964 aussi, les laboratoires Lawrence Livermore imaginent Octopus, futur réseau de superordinateurs, le CDC6600s acquis en 1964 en attendant le CDC7600 de 1969. Il sera lancé en 1968, permettant l’accès à plus d’un millier de terminaux distants.
En 1965, RCA et SDS introduisent les premiers ordinateurs fabriqués avec des circuits intégrés : le Spectra 70 de RCA et le SDS 925 Piero Scaruffi, A Brief History of Electrical Technology. Partie 5 : "The Integrated Circuit and the Arpanet", 2016 . Le prix des circuits intégrés étant divisé par cinq entre 1961 et 1971, il devient intéressant d'en intégrer dans des ordinateurs commerciaux. TI entre lui sur le marché industriel en 1966 avec la série SN7400, qui dès 1967 est suivie par National Semiconductor, s'installant à Santa Clara, en Californie, et ajoutant les procédés Tri-State inventés par Dale Mrazek, tandis que Motorola, Signetics, Sprague et d’autres fournisseurs ont suivi.
L'ordinateur SDS 940, livré en , a été le premier conçu spécifiquement pour l'informatique en ligne et sera le premier connecté à Arpanet en au Stanford Research Institute. Son système d'exploitation a été créé en grâce à la collaboration des chercheurs de l'université de Californie à Berkeley, avec ceux de l'entreprise de temps partagé Tymshare et avec Richard Crandall de Comshare, société qui arrive peu après à lever à deux millions de dollars d'obligations convertibles auprès de la famille Weyerhaeuser puis à entrer en Bourse dès 1968.
Tymnet, réseau commuté basé sur le SDS 940, a été développé en 1968 chez Tymshare à Los Altos, ex-codé par Laroy Tymes et d'autres ex-employés des laboratoires Lawrence Livermore.
En 1968, le projet d’hypertexte dirigé par Andries van Dam à l’université Brown, originaire des Pays-Bas, et appelé à l’origine Hypertext Editing System à partir de l’idée de son vieil ami du Swarthmore College, Ted Nelson, a donné naissance au système d’hypertexte graphique FRESS pour l’IBM 360.
SDS a enregistré au cours de cette année 1966 des ventes de de dollars et des bénéfices de de dollars, en hausse de 27 % par rapport à 1965, ayant bâti sa cinquième usine au cours de l'année et embauché pour porter son effectif à , mais ayant vu aussi cette croissance faire gonfler sa dette de 2 à de dollars, processus aussi subi par Control Data. Cette année 1966 voit aussi Univac, de Sperry Rand, et la division ordinateurs de Honeywell dégager enfin des profits significatifs.
En France, la CAE et Intertechnique vendent sous licence des calculateurs SDS.
Quand SDS est passé en 1966 à la série Sigma, son partenaire français, la CII, alors en cours de création, a annoncé la série 10000, réunissant le calculateur d'origine française CAE 10010, bas de gamme préexistant, le calculateur d'origine SDS rebaptisé CII 10020, bas de gamme américain et le gros calculateur SDS .
Gamme cumulant les applications de gestion et scientifiques En plus de machines, destinées principalement aux marchés scientifiques et universitaires, mais « plus rapides et moins chères » que celles des autres, Scientific Data Systems déploie à partir de 1967 une gamme d’ordinateurs cumulant à la fois les applications dites « commerciales » (ou « de gestion ») et scientifiques. L'esprit Sigma en décembre 1966 SDS développe en 1966, et parvient à le terminer fin décembre, son premier ordinateur de , le , qui sera vendu un million de dollars et peut servir plus de simultanément, sur une base de temps partagé. C'est le « premier de sa famille d’ordinateurs en temps réel », marquant « une étape importante dans le traitement hautement concurrentiel des données commerciales ».
Cet ordinateur « de très belle architecture » est livré sans logicielHistoire, épistémologie de l'informatique et Révolution technologique, résumés du cours de Gérard Verroust, 1994/1997, maîtrise Sciences & Techniques Hypermédia - , université Paris , car permettant aux clients d'y mettre le sien. Scientific Data Systems « facture séparément l'encodage cobol » de son , pour les clients qui souhaitent ce service. Après ce précédent, IBM tient compte à son tour « de l'importance prise au cours des dernières années par cet élément immatériel du traitement électronique de l'information » et propose aussi cette option en 1969, année qui voit le chiffre d'affaires du secteur logiciel dépasser celui du « secteur proprement industriel des ordinateurs ». Ses ordinateurs compétitifs se veulent plus transparents sur leurs coûts à un moment qui voit les utilisateurs aux États-Unis acheter plus souvent les ordinateurs « alors que lors des premières années la location était la règle ». Environ des à en service en auraient ainsi été achetés estime Le Monde, tendance aussi aidée par l'émergence d'une douzaine d'organisations spécialisées dans l'achat et la revente.
Le est en 1967 adopté par la CII pour en faire sa version, le CII 10070 puis l'améliorer avec l'Iris 50, et la transformer avec l'Iris 80.
Conçu avec plusieurs bus de mémoire, afin que les modules de mémoire puissent être accessibles à partir de plusieurs processeurs, le n'a été livré que lors des derniers jours de . Les français de la CAE, qui se fondent au cours de l'année 1967 dans la CII, sont alors intéressés par la construction d’un « multiprocesseur qui pourrait faire beaucoup de choses », approche intéressant un « certain nombre de sociétés à l’époque », mais en raisonnant jusque-là sur l'idée ancienne qu'un seul processeur « était en charge, en attribuant des choses aux autres ». La CII s'était décidée à l'utiliser comme ordinateur de gestion, et elle avait entrepris, à cet effet, de doter la machine d'un logiciel spécial, le système d'exploitation Siris 7, permettant de cumuler plusieurs fonctions, scientifiques et de gestion, sur un même ordinateur, grâce à une puissance et une architecture adaptée.