La Science chrétienne (ou en anglais) est un mouvement religieux. Elle se définit elle-même comme la . Sa fondatrice, la théologienne autodidacte américaine Mary Baker Eddy, estime avoir redécouvert en 1866 les lois appliquées par Jésus dans la guérison des malades et la résolution des aléas de la vie, lois prétendument démontrables aujourd'hui. Son observation des guérisons et résolutions diverses obtenues sur la base de sa théorie en prouve, selon elle, la validité. Ainsi, la Science chrétienne est « chrétienne » en ce sens qu’elle repose sur les enseignements de Jésus de Nazareth, tels qu'exposés dans le Nouveau Testament. La Science chrétienne se veut une religion pratique permettant l'application de lois divines démontrables.

Afin d'assurer la diffusion de cette science, Mary Baker Eddy fonde en 1879 une Église sans credo, appelée « Église du Christ, Scientiste » (en anglais ) dont le siège est à Boston, rassemblant en 2008 dans Alexandre Fischer, La Science chrétienne (plaquette), Science chrétienne — Comité de publication (France), 2008, 4 p., et quelques centaines de milliers de pratiquants, principalement aux États-Unis.

La principale critique de la Science chrétienne est qu'elle a un caractère alternatif et non complémentaire au traitement médical. Ainsi, les guérisons alléguées sont obtenues en dehors de tout contrôle médical. Ses guérisons de maladies fonctionnelles ou organiques sont considérées comme relevant de l’effet placebo par les détracteurs de la Science chrétienne (ce qui n’est d’ailleurs pas totalement en contradiction avec la Science chrétienne, qui ne considère la maladie que comme le résultat de simples croyances erronées, qu’il faudrait donc corriger pour recouvrer la santé). La principale défense de la Science chrétienne est que chacun est libre de choisir la méthode de guérison qu'il juge la plus efficace et qu'il n'existe aucune contrainte à ce sujet. Les sympathisants mettent en avant les guérisons qu’ils disent avoir obtenues et réfutent toute idée de rejet de la médecine conventionnelleRégis Dericquebourg, Croire et guérir, Quatre religions de guérison, .

Histoire Mary Baker Eddy thumb|150px|Mary Baker Eddy

Mary Baker Eddy est élevée dans une famille congrégationaliste du New Hampshire. Elle se rebelle contre la théologie calviniste de son père en raison de son « déterminisme annonciateur des tourments de l’enfer » mais conserve de son éducation protestante une piété centrée sur la Bible. Sa mauvaise santé la pousse à s’interroger sur « la responsabilité de Dieu dans la souffrance humaine ».

En 1866, elle affirme avoir « découvert » la Science du Christ (ou Science chrétienne) qui lui aurait permis de guérir par la prière d’un problème de santé pronostiqué comme fatalBiography of Mary Baker Eddy, The First Church of Christ, Scientist, 2008. À la suite de son rétablissement, elle est convaincue que « l’Esprit divin a réalisé le miracle – un miracle (...) en parfait accord scientifique avec la loi divine »Mary Baker Eddy, Prose Works other than Science and Health, « Retrospection and Introspection », et affirme savoir que « des cures avaient été opérées dans les premiers temps de la guérison chrétienne par une sainte foi exaltante ; mais il me fallait connaître la Science de cette guérison »Lucienne Mazenod, Les femmes célèbres, .

Elle passe les années suivantes à étudier la Bible, particulièrement les enseignements et l’œuvre de Jésus. En 1875, elle publie Science et santé avec la clef des Écritures, exposant sa « découverte » qui permettrait à chacun d’accéder à l’amour guérisseur de Dieu. Elle affirme que son œuvre est inspirée par Dieu et qu’elle est la clef mentionnée dans l’ApocalypseApocalypse 3:7 permettant de comprendre la Bible qui, sans elle, reste obscure. Dans son ouvrage, elle expose les « lois universelles spirituelles » qui selon elle apportent « réconfort, régénération et guérison »Science et santé avec la clef des écritures, Christian Science.

Après avoir publié son ouvrage, Mary Baker Eddy organise des cours afin de dispenser son enseignement. Un seul étudiant assiste à sa première leçon mais elle en attire rapidement de nombreux autresHugh A. Studdert Kennedy, Christian Science And Organized Religion, . En 1879, elle fonde avec un groupe de quinze coreligionnaires l’Église du Christ, Scientiste. Le mouvement se présente comme le rétablissement de l’église chrétienne primitive et prend peu à peu de l’ampleur. Mary Baker Eddy consacre le reste de sa vie à développer son Église. En 1881, elle fonde le Collège métaphysique du Massachusetts afin de diffuser son enseignement et de former des auxiliaires. Elle autorise les étudiants ayant suivi sa formation à se présenter comme des praticiens de la Science chrétienne.

Face à la Nouvelle Pensée

À la même époque, la Science chrétienne doit faire face à la rivalité de la Nouvelle Pensée, mouvance rassemblant des auteurs, généralement disciples de la philosophie de Phineas Quimby, affirmant que les maladies ne sont pas réelles et sont le produit de superstitions dont il faut se débarrasser par la pensée positive. Emma Curtis Hopkins, étudiante de Mary Baker Eddy, devient en 1884 responsable du Christian Science Journal. Cependant son éveil à d’autres spiritualités la pousse à rompre avec le mouvement en 1885 et à dispenser son propre enseignement, donnant corps à la Nouvelle Pensée.

En 1887, le Christian Science Journal accuse Emma Curtis Hopkins et une autre dissidente, Mary H. Plunkett, de « voyager à travers le pays, prétendant enseigner la Science chrétienne, et trompant leurs victimes avec l’idée qu’elles la possèdent »« Beware of False Teachers », dans Christian Science Journal, juin 1887, . Mary Baker Eddy voit en effet dans la Nouvelle Pensée « une corruption de la Science chrétienne lui empruntant sa terminologie pour répandre une forme essentiellement non chrétienne de la guérison mentale ; dès ce moment, comme plus tard, ce mouvement a été confondu dans l’esprit du public avec [ses propres] enseignements ». Elle dépose finalement le terme de « Science chrétienne » et menace de procès ceux qui l’emploient sans son autorisation, ce qui pousse plusieurs mouvements au sein de la Nouvelle Pensée à modifier leur nom au cours des années 1890Beryl Satter, Each Mind a Kingdom, .

Fondation et croissance de l’Église

La Science chrétienne commence sa croissance à Boston à partir de 1882 grâce au travail de « guérison » effectué par les coreligionnaires formés par Mary Baker Eddy. Le mouvement est rejoint par de nombreuses personnes issues des églises protestantes traditionnelles, ce qui suscite contre lui l’opposition du clergé orthodoxe.

La Science chrétienne est toutefois menacée durant cette période par des dissensions internes. En 1888, l’Association de la science chrétienne perd un tiers de ses adhérents, ceux-ci reprochant à Mary Baker Eddy « son apparente obsession financière, son exigence d’une loyauté sans discussion, et sa paranoïa grandissante face aux desseins maléfiques de ses anciens étudiants »Beryl Satter, Each Mind a Kingdom, . Mary Baker Eddy réagit durement, qualifiant les apostats de « chiens pleurnicheurs », de « magnétiseurs malveillants » et d’« assassins mentaux ». Elle déplore qu’« il y ait vingt faux instructeurs pour un qui soit vrai ».

La situation est telle que Mary Baker Eddy, découragée, envisage d’abandonner Boston pour tout recommencer à Chicago. Elle parvient cependant à redresser son mouvement et met progressivement en place une structure en vue de consolider son Église. Elle détaille la nouvelle structure dans le Manuel de l’ÉgliseMary Baker Eddy, Manual of The Mother Church en 1895. La Science chrétienne ouvre des salles de lecture à travers tous les États-Unis, y compris jusque dans l’Utah où les autorités mormones s’inquiètent de cette extensionRebecca de Schweinitz, « Preaching the Gospel of Church and Sex », dans Dialogue, vol. 33, no 4, hiver 2000, . Elle se diffuse également à l’étranger et ouvre des filiales à Londres en 1896, à Hanovre en 1898Historie, Christian Science et à Ottawa en 1899History, Christian Science, 2003.

Selon l’historienne Beryl Satter, les efforts déployés par Mary Baker Eddy pour réorganiser son Église permettent « à un mouvement qui était en ruine en 1890 de renaître de ses cendres comme le phénix avant 1900 », passant « d’une simple congrégation de 26 membres en 1879 […] à en 1906 », ce qui « surprenait et parfois effrayait ses contemporains par sa diffusion météorique »Beryl Satter, Each Mind a Kingdom, . La croissance exceptionnelle de la Science chrétienne inquiète ses détracteurs, allant jusqu’à craindre pour certains d’entre eux que celle-ci ne finisse par prendre le contrôle du Congrès, ébranle les fondements de la civilisation moderne par son mysticisme ou, pour les adversaires religieux, détruise toute moralité par sa croyance en l’inexistence du péchéPeter Knight, Conspiracy theories in American history, .

Les raisons du succès fulgurant de la Science chrétienne font débat parmi les historiens contemporainsRoy Anker, Self-help and popular religion in modern American culture, . Sydney E. Ahlstrom l’explique par la place qu’elle accordait aux femmes, mettant un terme à leur exclusion de la sphère religieuse, et l’intérêt qu’elle a suscité pour « le ministère de la guérison que les églises protestantes avaient virtuellement abandonné, malgré sa prééminence dans le Nouveau Testament »Sydney E. Ahlstrom, A Religious History of the American People, . Raymond Cunningham l’attribue quant à lui au fait que la Science chrétienne a épousé une « tendance diffuse et diversifiée » au sein de la société américaine contre le matérialisme et le scientismeRaymond Cunningham, The Impact of Christian Science on the American Churches, 1880-1910, . Quant à R. Laurence Moore, il affirme que le regard contemporain est biaisé par le fait qu’à notre époque les éléments occultes de la Science chrétienne paraissent hors norme, ce qui n’était pas le cas au où l’influence d’autres mouvements (mesmérisme, swedenborgisme...) avait préparé « le chemin à l’émergence de la Science chrétienne »R. Laurence Moore, Religious Outsiders and the Making of Americans, .

Traitant la question de l’autoritarisme allégué de B. Eddy, le sociologue Régis Dericquebourg met en lumière le fait qu’« il ne fut sans doute pas facile à une femme de se faire entendre et de fonder un mouvement qui par son envergure empiétait sur les Églises et les dénominations dirigées par les hommes »Régis Dericquebourg, Religions de guérison, Cerf, 1988, .

Décès de la fondatrice

L’âge venant, Mary Baker Eddy se retire en 1892 dans sa résidence Pleasant View à Concord (New Hampshire), limitant les contacts, révisant ses précédents écrits et continuant à diriger de loin l’Église qu’elle a crééeA Biographical Sketch - Mary Baker Eddy, Christian Science Endtime Center. Pour Stefan Zweig, qui lui consacre une partie de son livre La guérison par l’esprit, « quand on a annoncé au monde pendant trente ans et claironné aux oreilles de millions d’individus qu’il est facile de triompher de toutes les maladies by mind, d’échapper victorieusement à l’erreur de la vieillesse, au mensonge de la mort grâce à la Christian Science, on ne peut pas se laisser surprendre en train de vieillir »Stefan Zweig, La guérison par l'esprit, .