Antoine Depage est né à Boitsfort le et est mort à La Haye le . Il fut un chirurgien et sénateur belge. Il dirigea aussi la Croix-Rouge de Belgique, créa la première école laïque d'infirmières diplômées en Belgique, dirigea l'hôpital de l'Océan pendant la Première Guerre mondiale et fut un des fondateurs du scoutisme en Belgique.

C'est sa rencontre avec le professeur Jules Thiriar qui fut le premier grand tournant de sa vie et le départ de sa future notoriété.

Biographie Études Après l'enseignement primaire, Antoine est envoyé, en internat, à l'athénée de Tournai où il se montre, à tel point, indiscipliné qu'il en est renvoyé.Ses études secondaires péniblement achevées, il s'occupe, un temps, d'aider son père dans la gestion de la ferme avant d'entreprendre, en 1880 des études de médecine à l'Université libre de Bruxelles.

Après des débuts médiocres, il reçoit le « feu sacré » lorsqu'il est attaché, comme étudiant externe, au service de chirurgie de l'hôpital Saint-Pierre dirigé par Jules Thiriar. Il obtient son doctorat en médecine avec la mention summa cum laude en 1887 non sans avoir rédigé un premier mémoire qu'il intitule De l’intervention chirurgicale dans la lithiase biliaire et qui lui vaut d'être récompensé, en 1886, par le prix Louis Seutin de la Société royale des Sciences médicales et naturelles de Bruxelles.

Vie publique Profession Dès le départ de sa carrière professionnelle, il est pris en charge de formation pratique par Paul Héger. Ce dernier va même lui confier, en 1889, les soins à prodiguer à son père Constantin Héger.

En 1888, il est nommé assistant au service des autopsies de l’hôpital Saint-Pierre. Sur les conseils de Paul Héger, il part, alors, pendant quinze mois se spécialiser à Leipzig d'abord, à Vienne ensuite et, enfin, à Prague où il élabore une thèse d'agrégation sur la tuberculose osseuse qu'il présente, en 1890, devant la faculté de médecine de l'Université libre de Bruxelles avec, à la clé, un titre d'agrégé de cette université.

Parallèlement à son activité médicale fondamentale, il participe à la création de la Société belge de chirurgie et fonde, en 1898, L’année chirurgicale, une revue scientifique consacrée à la littérature chirurgicale, et, en 1902, devient un des fondateurs de la Société internationale de chirurgie ainsi que, jusqu'en 1912, son premier secrétaire tout en organisant en 1905, 1908 et 1911 les trois premiers congrès internationaux de cette société à Bruxelles avant d'être nommé président du international à New York en .

En 1905, au de la place Georges Brugmann à Ixelles il fait construire, par l'architecte Jean-Baptiste Dewin, un institut de chirurgie : l'institut Berkendael. Seules des infirmières laïques y sont employées et Edith Cavell en devient l'infirmière en chef en 1907. Le de la même année, pour pallier le fait qu'il est obligé de chercher, à l'étranger, les infirmières qu'il emploie, Antoine Depage fonde, dans quatre maisons contiguës — — de la rue de la Culture à Ixelles, une des premières écoles laïques qui enseignent les soins infirmiersEn Belgique, la première école laïque enseignant les soins infirmiers fut créée le par César De Paepe. Les cours y étaient alors organisés hebdomadairement. Elle est dirigée par Octavie Docquier-Fauquet de 1890 à 1928. : l'École belge d’infirmières diplômées. Edith Cavell en est la première directrice générale et Marie Depage, son épouse, la directrice financière. L'école déménage, en 1914, à l'endroit de l'actuelle clinique Edith Cavell .

Le , avec Jules Thiriar, Antoine Depage procède, en urgence, à l'opération du roi Léopold II atteint d'un cancer du côlon. Cette maladie emporte, malgré tout, le souverain trois jours plus tard.

En 1912, il succède à Jules Thiriar comme professeur de clinique chirurgicale à l'hôpital Saint-Pierre et est nommé professeur de pathologie externe à l'Université libre de Bruxelles.

vignette|Le Grand Hôtel de l'Océan à La Panne (Belgique) vers 1906. Cependant, ces deux occupations seront de courte durée. Dès le début de la Première Guerre balkanique (1912-1913), quatre ambulances sont envoyées, à l’initiative du docteur Depage, par la Croix-Rouge de Belgique : une en Turquie, une autre en Bulgarie et deux en Serbie.Depage prend la tête de l'ambulance en Turquie. Son équipe médicale sur place à l'hôpital de Tach Kichla à Constantinople comprend les docteurs F. Neuman, Le Boulengé et De Nève ainsi que Joseph Van de Velde, un élève en de doctorat. Marie Depage est aussi à ses côtés, comme infirmière, ainsi que son fils ainé Pierre, comme ambulancier. En plus des soins de médecine d'urgence à prodiguer aux blessés, cette équipe doit faire face à une épidémie de choléra.

vignette|S.M. la Reine assistant le chirurgien Antoine Depage durant une opération à l'Ambulance de l'Océan pendant la Première Guerre mondiale. Toile de Fernand Allard l'Olivier. C'est la Première Guerre mondiale qui favorise sa plus grande renommée. Dès le , et à la demande d'Élisabeth de Belgique, le docteur Depage prend en mains l'organisation hospitalière que les règlements dévoluent à la Croix-Rouge de Belgique mais qui est totalement dépassée.En collaboration avec le docteur Louis Le Bœuf il crée, dans une aile du palais royal, une ambulance de qui ne servira guère, la Deutsches Heer investissant Bruxelles dès le .Obligé de fuir devant l'avance de l'armée impériale allemande, il fuit la Belgique occupée et, dès , monte une ambulance de 350 lits à l'institut Jeanne d'Arc à Calais.Sur demande du roi Albert , il rejoint le quartier général de l'armée belge établi à La Panne et y met sur pied, avec l'aide de Marie Depage, dès , l'hôpital de l'Océan, nom issu du nom de l’Hôtel de l'Océan réquisitionné et situé à front de mer, auquel vont pouvoir s'adjoindre des baraquements qui feront passer en quelques mois la capacité de l'ambulance de 200 à puis, aux moments les plus forts de la guerre, à . En 1915, Marie Depage part pour une tournée de trois mois aux États-Unis afin de récolter des fonds pour alimenter l'hôpital de l'Océan. Après deux mois, elle a déjà récolté ~ 100 000 USD lorsque, apprenant que Lucien, son deuxième fils âgé alors de 17 ans, rejoint son frère aîné sur le front, elle décide de revenir en Belgique libre. Elle meurt le , dans le naufrage de son bateau, le RMS Lusitania, torpillé par un sous-marin allemand.

Du au , pas moins de militaires belges furent hospitalisés dans l'hôpital de l'Océan : .

En 1920, Antoine Depage est nommé Président de la Croix-Rouge de Belgique et, en 1924, il fonde la Croix-Rouge du Congo.

Il est également, en 1924, un des promoteurs de la Ligue nationale belge contre le Cancer après être devenu, en 1923, le premier directeur du département de chirurgie de l'hôpital Brugmann.

Convictions En dehors, de ses activités professionnelles, il devient rapidement un membre des loges maçonniques de Bruxelles. Initié dès 1891 auprès de la loge Les Vrais Amis de l'union et du progrès réunis, il passe aux Les Amis philanthropes avant de devenir, en 1911, un des fondateurs des Amis philanthropes .

Membre du Parti libéral, il est élu, en 1908, conseiller communal à Bruxelles et rédige avec ses amis Paul Vandervelde et Victor Cheval La Construction des hôpitaux prônant une politique hospitalière en rapport avec les exigences d’une population en perpétuelle croissance. En , il devient sénateur, représentant pour l'arrondissement administratif de Bruxelles, et le reste jusqu'aux élections législatives d'avril 1925.

Toujours en quête d'améliorations sociales, il crée,en 1912, avec Marie Depage et quelques amis, le premier mouvement des Boy-scouts de Belgique inspiré de l'œuvre de Robert Baden-Powell. Il en préside le comité exécutif pendant qu'elle traduit les ouvrages du fondateur tout en assurant les relations publiquesSon fils cadet Henri, fait partie du jeune mouvement du scoutisme créé en Angleterre par Robert Baden-Powell et importé à Bruxelles par Harold Parfitt..

Personnalité Personnage public et souvent médiatisé, Antoine Depage a un esprit d'entrepreneuriat social, comme l'atteste la création d'une clinique chirurgicale privée ou celle d'une des premières écoles laïques qui enseigne les soins infirmiers en Belgique, qu'il met au service de la collectivité. Cet esprit est aussi concrétisé par la création du mouvement des Boy-scouts de Belgique.Son altruisme et sa capacité de mettre rapidement en œuvre des structures opérationnelles sont révélées par la création de diverses ambulances pendant la Première Guerre balkanique et la Première Guerre mondiale.Son opiniâtreté à faire valoir ses vues ainsi que son refus de l'autorité hiérarchique et son indiscipline vis-à-vis de celle-ci lui valent de nombreux démêlés avec l'administration militaire et ses supérieurs en grade tout au long de l'existence de l'hôpital de l'Océan.

Vie privée vignette|upright|alt=Sépulture d'Antoine Depage et de son épouse dans le cimetière de Watermael-Boitsfort (croisée des allées )|Sépulture d'Antoine et Marie Depage à Watermael-Boitsfort. Né le , Antoine Depage est le fils de Frédéric Depage et d'Élisabeth La Barre des exploitants agricoles établis à Boitsfort en lisière de la forêt de Soignes.Dans ses jeunes années, ses loisirs consistent principalement à courir la forêt en compagnie de ses six frères et des fils de son voisin, Ernest Solvay.

En 1889, il rencontre au chevet de Constantin Héger sa petite-fille, Marie Picard — qui mourra le dans le torpillage du RMS Lusitania — qu'il épouse le et avec qui il a trois fils : Pierre, Lucien et Henri. Elle le soutient et l'assiste dans tous les combats.

Malade, il meurt, le à La Haye, des suites d'une opération chirurgicale.

Funérailles Le docteur Depage est inhumé le , au côté de Marie Depage, dans le caveau familial du cimetière de BoitsfortLa sépulture se trouve à la croisée des allées face à celle de ses parents.. Le Sénat lui rend hommage lors de la séance du mardi .

Œuvres didactiques Liste non exhaustive : (KBR code 68_224874)

(KBR code II 92.728 A)

(KBR code 67_283035) (KBR code III 72.160 B)

Distinctions et honneurs Docteur honoris causa des universités de Sheffield, de Yale et de Budapest ; membre correspondant de la Société nationale de chirurgie ; médecin major-général à vie dans la réserve militaire ; 75px grand officier dans la catégorie « Civil » de l'Ordre de Léopold ; 75px 75px croix de guerre 1914-1918 belge et française ; 75px croix militaire de ; 75px médaille interalliée de la victoire ; 75px médaille de l'Yser ; 75px médaille commémorative de la guerre 1914-1918 ; médaille du roi Albert ; 75px croix civique de ; 75px commandeur de l'Ordre national de la Légion d'honneur ; 75px commandeur de l'Ordre du Bain ; 75px commandeur de l'Ordre de Sainte-Anne ; 75px commandeur de l'Ordre de l'Aigle blanc de Serbie avec glaives ; 75px Médaille de la Reconnaissance française ; 75px Distinguished Service Medal.

Mémoire vignette|Monument à Edith Cavell et Marie Depage à Uccle (Bruxelles), œuvre de Paul Du Bois (1920). À Saint-Gilles, une clinique, située avenue Henri Jaspar, porte son nom ; à Laeken, une des cinq nouvelles ailes du centre hospitalier universitaire Brugmann porte son nom ; à Ixelles, un monument en bronze au pied de l'Institut médico-chirurgical de la Croix-Rouge, au coin de la place Georges Brugmann et de la rue Stallaert ; l'avenue Antoine Depage, qui jouxte le campus du Solbosch de l'université libre de Bruxelles, située à la fois sur les territoires de la ville de Bruxelles et de la commune d'Ixelles, porte son nom ; à La Panne, l'ancienne rue des Artistes, perpendiculaire à la digue de mer et qui longeait l'hôpital de l'Océan a été rebaptisée avenue Docteur A. Depage () ; à Calais, l'impasse du docteur Antoine Depage.

Notes et références Notes

Références Henri Depage. La Vie d'Antoine Depage. Préface d'Albert Devèze. Bruxelles, Renaissance du Livre, 1956. 365pp. 106 photos.

Voir aussi Bibliographie