Germain le Scot ou Germain l'Écossais ou Germain à la rouelle ou Germain de la mer ou encore Germain d'Amiens ou de Sénarpont, évêque missionnaire de l'Ouest de la Gaule au est un saint catholique et orthodoxe, célébré le .

Fils d'un prince irlandais, il naquit au et fut baptisé, selon la tradition, par saint Germain d'Auxerre.

Biographie Les origines et le nom vignette|Hauterives (Drôme), église Saint-Roch, vitrail de saint Germain, restauration de Bernadette SOUFFLET (2019).

Depuis le , le doute s’est installé sur les origines de saint Germain à la Rouelle. Selon l’abbé Marcel de Basseville, l'origine est différente suivant les traditions régionales. Dans un premier temps, les martyrologes RosweyldRosweld, Germanus Anglus Episcopus, 1607 et WilsonWilson, La vie des Saints de Grande-Bretagne, le présentent comme étant anglais. Jean Rolland remet en cause cette origine anglaise, et comme dom Cauchie, met en avant son origine « Scot » : « non anglus is fuit, sed Scotus » .

Il est appelé par la suite indifféremment «l’Irlandais» en Normandie et «l’Écossais» ou le Scot en Picardie. Les textes tendent à donner raison à ces deux origines. La famille de Saint Germain appartient au peuple : « Scoti Hibernici » . Ces Scots quittèrent l’Hibernie (l’Irlande) pour venir s’installer dans la région de la Clyde située dans l’actuelle Écosse.

Patrice Lajoye rappelle que ces ethnies ne sauraient avoir de valeur absolue. « Au Moyen Âge central, tout ce qui vient des îles Britanniques est dit "scot", voire "anglais" ». Saint Germain est un BretonPatrice Lajoye, "Saint Germain l'Écossais. Un Jupiter qui s'ignore", Ollodagos, vol. XXII, 2008, p. 39-48.

La famille Le rang de la famille de Saint Germain a également fait débat. La tradition bollandiste du veut que saint Germain « l’Irlandais » soit « le fils du prince Scot Audinius »Dom Baudot, Dictionnaire hagiographique. À la fin des années 1970, Robert DoldLa chapelle Saint-Germain de Querqueville, Archéologie médiévale, Tome 8, 1977, nous expose une origine multiethnique. Son père d’origine germanique est issu du peuple franc. Il s’appelait Odin. Il accepte la romanisation en se faisant appeler Audinius et s’engage dans l’armée romaine. Son contingent est envoyé en Bretagne insulaire aux limites nord de l’Empire dans la région de la Clyde. Il y rencontre une autochtone scotte nommée Aquila. Germain aurait donc grandi dans un milieu militaire.

Cette hypothèse a été avancée une première fois par le moine de Saint-Wandrille dom Jean Laporte en 1959 relayée par la suite dans le département de la Manche par Charles Grosset dans la Revue de la Manche qui fait le parallèle avec les vies de saint Germain d'Auxerre. Germain d'Auxerre ne s'est rendu ni en Irlande, ni en Écosse. Son activité s'est concentrée dans le Sud de l'île britannique. Dom Jean Laporte prolonge son argumentation : Audinius aurait fait partie de ces auxiliaires francs « constituant ces petits corps de troupes romaines qui vinrent de Gaule combattre les Pictes vers 414 et 416 ». Charles Grosset écarte quant à lui totalement une ascendance celtique pour Germain. Pour cet auteur, il y eut une confusion entre le nom de l'épouse et Aquila signifiant en latin les aigles romaines de l'empire. C'est pourquoi, il lui préfère l'appellation de la mer. Il s'agit du nom donné à la première église ayant comme patron saint Germain dans la Manche au bord de la Diélette.

Plus récemment, Patrice Lajoye soutient que le nom Audinius peut avoir une origine celtique avec pour sens "Petit seigneur".

La rencontre avec Germain d’Auxerre Le contexte historique est marqué par l’avènement de la nouvelle religion officielle de l’Empire romain depuis le , mais également par les invasions barbares. Les nouveaux arrivants bousculent les pratiques tandis que les indigènes récemment convertis retournent progressivement au paganisme. Face à cette situation, l’Église envoie ses membres à la reconquête des populations. En 429, le pape Célestin envoie le missionnaire Germain d'Auxerre en Bretagne au contact des Scots et des Pictes. Accompagné de Loup et du jeune Sénart, il part combattre l’hérésie pélasgienne qui nie le péché originel et la nécessité de la grâce. Ils y font la rencontre d’Audinius et d’Aquila. Séjournant parmi eux, ils se lièrent d’amitié. « L’intelligence dans les sciences » de leur fils retint l’attention des missionnaires. Ils acceptent le baptême. Germain d’Auxerre demanda à être le parrain du fils et selon la tradition l’aida à sortir de la piscine baptismale en lui donnant son nom Germain. De cette rencontre avec saint Germain d’Auxerre, le « jeune Germain » entretient un profond intérêt pour les sciences et la théologie. Il devient prêtre à l’âge de 25 ans.

La légende de Germain à la rouelle dans le Cotentin Le départ pour Diélette (Direth) et la traversée sur une roue Devenu prêtre, Germain souhaite rejoindre son parrain en Gaule, et traverse la Manche. Il se rend dans le port le plus proche, mais il ne trouve aucune barque, ni aucun pêcheur. La légende veut qu'il a prié Dieu de lui fournir une embarcation, et qu'une roue de char lui soit apparue. Il s’adresse au ciel : « Seigneur, supplie Germain, si vous approuvez les desseins que j’ai formés pour votre gloire et le salut des âmes, procurez-moi le moyen de franchir les océans. » . « Conduis-moi comme tu as conduit les fils d’Israël du milieu de la mer Rouge ». Une roue d’un char descendit du ciel et c’est ainsi qu’il se rendit en Gaule. La rouelle serait plus probablement une barque circulaire irlandaise, que la tradition représente comme une roue de charrue. Cette embarcation traditionnelle se nomme corracle ou curraghs en irlandais. Elle est formée d'une ou deux peaux de bœufs tendues sur une armature en osier. Dans les représentations typographiques, Germain est représenté debout sur sa roue soit en position verticale, soit en position horizontale. Il débarque à l'embouchure de la Diélette (Manche). Lorsqu’il aborde la côte, une réunion de justice se tenait sur la plage. Son arrivée captive la foule qui se dirige vers le saint. Le juge en colère traite le saint de magicien et blasphème sur le dieu chrétien. Le juge se trouve alors frappé par la colère divine.

Cet épisode a été rattaché aux péripéties d'un personnage de la mythologie irlandaise Mog Ruith surnommé le « Serviteur à la Roue » et identifié au dieu Dagda, personnage qui voyage également sur les eaux avec une roue.

Le combat avec le « dragon à sept têtes » ou le « serpent » du Trou Baligan de Flamanville Le combat avec le « dragon » ou le « serpent » de Flamanville nous est rapporté par deux sources.

Il s'inscrit directement dans la lignée des combats de héros ou de dieux contre les dragons narrés par les mythes indo-européens. Le nom de Baligan se rapprochant de dénominations du diable chez plusieurs peuples européens.

L’hagiographie bollandiste Il y avait dans la région un dragon d’une taille colossale possédant sept têtes. Il terrorisait la région en faisant provision d’enfants dans les villages alentour. Il retournait les dévorer et les digérer dans une grotte. Le procurateur romain Maximien demande au saint d’intervenir. Sur le chemin de la grotte, ils trouvent un enfant mort. Saint Germain lui redonne vie. L’hagiographie bollandiste décrit saint Germain faisant face à la grotte où se tient le dragon. La bête à la vue de saint Germain baisse la tête comprenant le mal qu’elle vient de faire. Saint Germain passe son étole autour du cou du dragon et le dirige vers une citerne non loin de la grotte. Une fois le dragon capturé, il en obture l’orifice.

La littérature orale de la Basse-Normandie La tradition normande du avance que tout le pays était dans la désolation. Un gigantesque serpent, véritable monstre, s’était établi dans une caverne près de Flamanville. Toutes les semaines la bête parcourait les villages et brisait les clôtures à la recherche d’enfants qu’elle dévorait dans son antre. Pour calmer le monstre, les habitants avaient pris la décision de lui donner en offrande un enfant. Alors que la foule amenait comme à l’accoutumée un enfant au serpent, un étrange objet sur la mer attira son attention : « la foule voyait un homme se tenir debout, une crosse d’évêque, une mitre en tête et une grande chape. Il ne marchait pas. Il semblait glisser. À mesure qu’il avançait on s’aperçut qu’il était porté par une grande roue de charrue. » C’était saint Germain la Rouelle. Le saint se dirige vers l’antre du serpent. Celui-ci se recroqueville et tente de retourner dans le trou Baligan. Mais saint Germain l’en empêche, et lui assène un coup de crosse à la tête. La bête se contorsionne puis se fige et s’incruste contre un bloc de granit. Le saint se retourne ensuite vers la foule médusée qui accepte le baptême. Saint Germain reste un peu plus de trois mois dans le Cotentin. Les Cotentinois réclament la protection du saint et lui demandent d’intervenir à Saint-Germain-sur-Ay, Carteret et Querqueville où d’autres serpents terrorisent les villages. Il suscite l’émulation de la population qui pour marquer son passage y érige des églises en son nom.

Le missionnaire chrétien face au paganisme en Gaule Au-delà de la littérature normande et de l’hagiographie, le moine irlandais du pays des Scots . La Normandie accueille dès 392 ses premières communautés chrétiennesElisabeth Deniaux, Claude Lorren, Pierre Bauduin, Thomas Jarry, La Normandie avant les Normands, Rennes, 2002, . Si les élites urbaines n’opposent pas de résistance à la christianisation, les cultes indigènes demeurent des électrons libres au sein de l’empire. Ces croyances se manifestent au par des pratiques visant à entrer en communion avec "les dieux" par le biais de pratiques autour d’éléments naturels : troncs d’arbres, cours d’eau, menhirs, mer… Les dons de thaumaturges sont considérés par les historiens comme des actions de guérisons travesties en miracle. Leurs travaux s’orientent plus particulièrement sur le travail d’apostolat de saint Germain.

Le culte des alligators Dans son étude de 1943, l’abbé Marcel de Basseville tente de trouver une explication concernant les serpents cotentinois. Durant la romanisation, des alligators furent transportés pour agrémenter les combats de gladiateurs dans les arènes. Il y a eu en Gaule une attirance pour ces animaux exotiques, et . L’abbé Marcel voudrait voir dans ces monstres une description populaire de ces reptiles.

Dragon et serpents ou l’incarnation allégorique du paganisme expirant Charles de Gerville (1769 -1853) rattache les combats de saint Germain contre les serpents aux luttes contre des cultes s’étant déroulés autour des monuments mégalithiques du CotentinCharles de Gerville, Études Géographiques et Historiques sur le département de la Manche, Jusqu’à la fin du le Cotentin disposait d’un important patrimoine composé de dolmens et de menhirs. Beaucoup d’entre eux furent arasés. Saint Germain, loin de vouloir détruire ces monuments, aurait récupéré les rites et les lieux où se concentraient les cultes païens. Charles de Gerville fait ainsi le parallèle avec l’emplacement de ces anciens monuments. Les quatre principales communes cotentinoises où les hagiographes notent ses interventions spectaculaires, comptaient sur leur territoire des ensembles mégalithiques : À Flamanville se trouvait une pierre levée ou peulwan (pilier druidique) du hameau La serpentine. Ce beau spécimen se trouvait près de Diélette. Il mesurait Charles de Gerville, Études géographiques et historiques sur le département de la Manche, . Il fut détruit en 1725 « par les ordres d’un marquis de Flamanville pour faire quatre colonnes devant supporter un pont ».