Le Gaumont-Palace est un cinéma de Paris (France) aujourd'hui disparu, qui se trouvait au 1, rue Caulaincourt (). À sa place se dressent maintenant un hôtel Mercure et un magasin Castorama.

Le bâtiment, construit de 1898 à 1900 à l'origine en tant qu'Hippodrome de MontmartreLe compte-rendu de la cérémonie de la pose de la première pierre de l'Hippodrome de Montmartre le 16 janvier 1898 est faite dans la rubrique Échos de Paris, du journal Le Gaulois, 17 janvier 1898, , . Voir l'article reproduit sur la base Commons. est en 1901 par suite de déboires financiers repris pendant un an par un dresseur de chevaux du nom d'Albert Schumann, puis par monsieur Quenelle en 1902. Il est ensuite loué de 1903 à début 1907 par Charles C. Bostock un Anglais dresseur de fauves et devient l'Hippodrome Bostock qui était de fait un cirque. Des problèmes de gestion ayant surgi et malgré la qualité des spectacles, l'édifice fut fermé en , puis il prend en 1911 le nom de Gaumont-Palace. Il est entièrement rénové en 1931 et détruit en 1973, peu après sa fermeture. Avant sa modernisation, son immense salle pouvait accueillir à son maximum , ce qui en fit un temps « le plus grand cinéma du monde » selon ses promoteurs.

Histoire Genèse

Le bâtiment d'origine naît avec l'Hippodrome de Montmartre inauguré le Compte-rendu de l'ouverture de l'Hippodrome de Montmartre le 13 mai 1900 : Un M. du B. Spectacles & concerts, Ouverture de l'Hippodrome, Le Figaro, 15 mai 1900, , . par un spectacle équestre, intitulé « Vercingétorix », réunissant 200 artistes, 50 chevaux et six éléphantsPanneau Histoire de Paris devant l'ancien Hippodrome.. Il s'étend entre le boulevard de Clichy, la rue Caulaincourt et la rue Forest. Construit sous la direction des architectes Cambon, Galeron et Duray et derrière une façade de style Belle Époque, il peut recevoir dont assis, pour des exhibitions de cirque, de football, de patinage, de pantomime et même de combat naval, sous un immense chapiteau métallique. Par ailleurs, Édouard-Jean Niermans y aménage le « Grand Restaurant », dans le même style Art nouveau tendance rococo, dont il décore le Moulin Rouge..

L'Hippodrome accueille, dès 1907 des démonstrations cinématographiques sous l'égide des Cinéma Halls puis Royal Bio ; mais, dix ans après l'incendie du Bazar de la Charité (129 victimes) dû à l'embrasement de la lanterne de projection fixée provisoirement dans ses locaux, le projecteur de ce qui allait devenir le tout nouveau Gaumont-Palace est installé dans une cabine isolée, située au fond de la scène, à l'extérieur du bâtiment, sur le terrain du cimetière du Nord. Les copies 35 mm de cette époque sont très inflammables à partir de 150° centigrades (film flamme ou film nitrate, utilisation interdite par sécurité en 1950) et leur combustion produit des vapeurs toxiques. L'image doit donc être projetée par derrière (les films muets n'ayant évidemment pas de piste sonore peuvent être inversés droite/gauche dans le couloir de projection, les photogrammes emplissant entièrement l'espace entre les deux rangées de perforations), les spectateurs les regardent donc à travers l'écran. Cela est un avantage, car à l'époque aucune source lumineuse n'aurait été assez puissante pour projeter convenablement une image animée provenant d'une lanterne installée à l'autre extrémité. En effet la salle aux dimensions exceptionnelles mesure de mur à mur dans sa partie la plus large sur 70 de profondeur et 24 de haut.

Le Gaumont-Palace upright=1.2|left|vignette|Le Gaumont-Palace, dans les années 1910. vignette|Salle du Gaumont-Palace dans une publicité de 1913.

vignette|Aménagement intérieur à l'occasion du congrès mondial d'espéranto (1914).

L'ensemble est acheté par Léon Gaumont qui tout en continuant les projections y installe le siège de la Société des Établissements Gaumont (S.E.G.) le François Garçon, Gaumont, un siècle de cinéma, coll. « Découvertes Gallimard / Cinéma » (), 1994. En 1925 elle deviendra pour cinq ans la Gaumont-Métro-Goldwyn (G.M.G.) grâce à un accord passé avec le studio américain Métro-Goldwyn-Mayer M.G.M., puis Gaumont-Franco-Film-Aubert (G.F.F.A.) en 1930 et, enfin, en 1938 société nouvelle des établissements Gaumont (S.N.E.G.)catalogue Gaumont 120 ans de Cinéma. Le , le Gaumont-Palace ouvre ses portes avec Martin Barnier, En route vers le parlant : Histoire d'une évolution technologique, économique et esthétique du cinéma (1926-1934), éditions du CEFAL, 2002, ..

À la demande de Léon Gaumont, dix-neuf ans plus tard, l'architecte Henri Belloc Henri Belloc sur Cinematreasures.org édifie sur le même terrain, en onze mois (1930-1931) et dans un style Art déco, le plus grand cinéma du monde (). Il est doté d'un vaste plateau scénique pour présentations d'attractions, avec deux balcons construits comme de véritables ponts de près de de portée sans aucun poteau de soutien, et un plafond acoustique ondulé pour faciliter la propagation du son. La profondeur définitive de la salle est ramenée à . Pour atteindre l'écran, les images doivent parcourir à cause de la forte plongée du faisceau. Il est en outre doté d'un cadre de scène de sur 15 () occulté par un rideau à la française de velours rouge devant un écran de sur 8,10 pour les premières parties composées des actualités de la semaine : Gaumont-La Revue Du Monde puis d'un court-métrage documentaire, et s'agrandissant à sur 14,36 soit (250 000 fois la surface de l'image sur la bobine)Publicité dans la presse parisienne 1931., pour la projection du grand film de format , selon le rapport standard de l'époque (1,33:1), et avec l'arrivée du cinéma parlant projeté sur toiles micro-perforées dites trans-sonores (1,37:1), qui reste la norme internationale (académique) jusqu'en 1952. Cette année-là est développé le ratio de cadre dit panoramique (1,66:1), au photogramme plus étroit en hauteur sur le film, mais qui en s'équipant d'objectifs de projection à focales légèrement plus courtes permet de projeter sur une plus grande largeur tout en conservant la même hauteur.

Bien qu'entièrement sonorisée en 1931Cinémagazine, novembre 1931, collection Ciné-Ressources., un orgue Christie acheté trois ans plus tôt demeura avec l'Orchestre Gaumont, fort d'une trentaine de musiciens placés sous la direction de Paul Fosse, afin de jouer quelques « classiques » pendant les entractes et d'accompagner les 125 exécutants du corps de ballet. ou bien les attractions scéniques. La cabine, de long sur 4,50 de large, édifiée au sommet du deuxième balcon est composée de projecteurs Radion (deux en service et deux de secours) à puissants arcs électriques au carbone (charbons à avance automatique) surmontés de pommes de douche reliées à un réservoir d'eau, témoins de la dangerosité que représentait la manipulation du film nitrate, ainsi que de lanternes à effets lumineux Brockliss pour suivre les revues présentées sur scène. Trop élevée par rapport à l'écran la projection sous un angle de plongée de 12°, ce qui était bien moins que dans la majorité des salles à cette époque, posait malgré tout un léger problème de déformation de l'image en forme de trapèze.

Le 27 juin 1935, Walt Disney est invité au Gaumont-Palace pour la projection de ses dessins animés puis un spectacle. sont présents. L'épouse du président de la République, Marguerite Lebrun, est la marraine de l'événement, le « gala Mickey Mouse »..

À l'issue du second conflit mondial, le Gaumont-Palace devient un centre d'accueil de prisonniers de guerre.. Par la suite, il ne compte plus « que » de cinéma. Mais il reste encore en service de rideaux de scène et de tentures diverses, 150 km de câbles électriques et lampes en tous genres. Côté personnel, les effectifs sont composés de 30 ouvreuses, 32 techniciens, 30 ouvriers, ainsi que 18 femmes de ménageArchive vidéo..

En 1954, le cadre de scène est élargi à (portée maximale pour la poutre du fronton), afin que soit monté un écran de de base, notamment pour les films CinémaScope, toujours en . Les copies circulent sur des chronos manufacturés par la firme, et estampillés de la lettre « G » entourée d'une marguerite, en hommage à la mère du fondateur de l'entreprise, Marguerite Dupanloup, épouse Gaumont. Cette rénovation est confiée au cabinet d'architecte Georges Peynet « Les 100 ans du Gaumont-Palace » sur le site de la société Gaumont. qui en revoit entièrement la décoration en tenant compte des notions modernes d'acoustique pour ce volume de . Le plafond ondulé est conservé pour la propagation du son, mais les murs sont tendus de feutre rose et gris atténuant les réverbérations parasites. Un éclairage indirect coloré court sur trois niveaux horizontaux le long de la salle soulignant les bordures des balcons sans que rien vienne rompre ce rythme : « Splendeur des salles obscures-Paris », Grand-Écran, brochure du musée Carnavalet, édition Paris-Musées - Premier siècle du Cinéma.

Il possède alors des fauteuils spécifiques « Gaumont » réalisés par l'entreprise Gallay, couverts de velours rouge à dossiers courbes entourés par un rutilant tube chromé. À l'entracte, on peut se rendre au salon de thé, au bar, au foyer, ainsi que dans les galeries promenoirsGeorges Rémon, «Quand le Gaumont-Palace illuminait les Arts décoratifs », Mobilier et Décoration, Paris, 1931.. La façade à trois pans culmine à . Un temps décorée par une fontaine lumineuse, elle est éclairée par des tubes fluorescents rouges et verts soulignant les énormes enseignes « GAUMONT PALACE » de de haut. Dans la nuit complice, trois éclairages se succèdent afin de mettre en valeur les lignes générales de ce gros navire au crépi rose. Le vaste hall surplombé par une haute rotonde est revêtu d'un parement en granit noir et rose encadré de parois jaunes; il s'ouvre directement sur le parterre, tandis qu'un double escalier aux rampes en métal chromé donne accès aux foyers, à la corbeille, et au deuxième balconClaude Terreaux, Bertrand Lemoine, Virginie Champion, Les Cinémas de Paris (1945-1995), coll. Paris et son Patrimoine, Délégation à l'action artistique de la Ville de Paris, 1997.. Cinéma populaire, il présente toujours des attractions sur sa vaste scène mais s'essouffle au début des années 1960 avec l'apparition des films plus intimistes style Nouvelle Vague. Et puis l'entretien d'un tel édifice devient de plus en plus lourd; en hiver par exemple, 9 tonnes de charbon sont nécessaires chaque jour pour chauffer la salle et ses dépendances. Les économies d'énergie qui se profilent à l'horizon vont bientôt peser excessivement dans la balance.

L'été 1959 voit l'installation de deux projecteurs Philips DP 35/70 équipés de lampes à décharge au xénon pour des films de format 70 mm avec six pistes sonores magnétiques alimentant cinq voies derrière l'écran : extrême-gauche, gauche, centre, droite, extrême-droite, ainsi que des groupes de haut-parleurs d'ambiance répartis dans la salle. C'est le cas pour Salomon et la Reine de Saba, Ben-Hur première française en présence de Charlton Heston, ou Les Souliers de saint Pierre, sur un écran aux proportions 2,20:1 (les dimensions passent alors à de large sur 13,70 de haut)Ben-Hur The 70mm.Newsletter Chaque ratio étant encadré par des bordures mobiles de velours noir se déplaçant horizontalement et verticalement sur rails. La publicité annonce : « La hauteur d'un immeuble de 4 étages sur de façadePavés publicitaires publiés dans la presse parisienne. ».

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