L'histoire des Juifs en Algérie remonte à l’Antiquité, sans qu’il soit possible de retracer avec certitude la période et les circonstances de l’arrivée des premiers JuifsLa graphie « Juifs » (avec une capitale) désigne les membres d'une identité nationale ou ethnique. La graphie « juifs » (sans capitale) désigne les pratiquants de la religion juive. Voir à ce propos les articles Juifs et Usage des majuscules en français. ou de la conversion au judaïsme de populations sur le territoire de l’actuelle Algérie. Plusieurs vagues d'immigration ont en tout cas contribué à accroître sa population. Il est possible qu'il y ait eu des Juifs à Carthage et dans le territoire actuel de l'Algérie avant la conquête romaine mais le développement des communautés juives est lié à la présence romaine. Les révoltes juives des en terre d'Israël et en Cyrénaïque ont certainement causé l'arrivée d'immigrants juifs en provenance de ces contrées. Le prosélytisme juif envers les Berbères est un fait historique établi, mais son importance reste débattue.

La conquête musulmane de l'Afrique du Nord achevée en Algérie au fait entrer l'Afrique du Nord dans l'aire de civilisation islamique et marque durablement l'identité des communautés juives locales, dont le statut est désormais régi par la dhimma.

De nouveaux immigrants renforcent ultérieurement la communauté juive d'Algérie : des Juifs fuient l'Espagne lors des persécutions wisigothes des , puis encore lors des persécutions liées à la Reconquista espagnole du . Beaucoup de Juifs de la péninsule Ibérique s’installent alors en Algérie et se mêlent à la population juive locale, influençant ses traditions. Au , d'autres Juifs d'Italie, les Granas de Livourne, peu nombreux, mais jouent un rôle d'intermédiaires commerciaux entre l'Europe et l'Empire ottoman. Plus tard au l'Algérie voit l'arrivée de nombreux Juifs tétouanais, renforçant les rangs de la communauté..

Durant la colonisation française de l'Algérie dès 1830, la France ne veut pas ajouter à une guerre de conquête, une guerre de conversion catholique. La liberté religieuse est garantie aux autochtones musulmans et juifs pourvu que la tutelle militaire et administrative soit respectée. La communauté juive va progressivement se « franciser » par le biais de l'école et de l'influence des Juifs de la métropole. À la suite du décret Crémieux de 1870, les Juifs algériens des départements d'Alger, Oran et Constantine déjà fortement francisés, choisissent massivement de sortir du statut personnel de dhimmi, perçu comme archaïque, pour devenir des citoyens français. Ils assimilent de plus en plus aux colons et se distinguent du reste de la population indigène musulmane. Ce changement de condition est unique au Maghreb, les Juifs tunisiens et les Juifs marocains gardant à tout moment du protectorat de ces pays, la condition d'indigène. Ce rattachement à la France explique pourquoi, malgré un retour temporaire à la condition d'indigène durant le régime de Vichy., ils choisissent massivement l'émigration en France à la veille de l'indépendance de l'Algérie. Cet exil met quasiment fin à plus de de présence en terre algérienne. Quelques dizaines de Juifs très discrets vivent encore en Algérie..

Les relations entre Juifs, Algériens musulmans et colonisateurs français étaient très diverses et marquées à la fois par le statut de dhimmi des Juifs dans les pays arabes, leur statut de citoyen français depuis le décret Crémieux et par l'antisémitisme français durant les années 1940.

Des premières communautés à la conquête musulmane

vignette|Juif d'Algérie (1687).|gauche thumb|Juif d'Algérie au .L'origine des Juifs d'Algérie est très peu connue. Elle se confond avec celle de tous les Juifs d'Afrique du Nord.

Selon l'historien Richard Ayoun, la présence juive est « incontestable » dès avant la conquête romaine du , sur le littoral nord-africain à Hippo Regius (Annaba), Igilgili (Jijel), Iol (Cherchell), Icosium (Alger) et Gunugu (Gouraya) ainsi qu'à l'intérieur des terres à Constantine, Médéa mais il n'y a pas de preuve archéologique pour appuyer ces affirmations. La présence juive est réellement confirmée dans la région de Constantine dès les premiers siècles de l'ère commune, comme le montrent des épitaphes (en latin). qu'on y a découvertes.. Cette population se serait vue augmentée à la suite de la prise de Jérusalem par Titus en 70.., qui mène de nombreux Juifs sur les côtes de Carthage et de Maurétanie. Augustin d'Hippone et Jérôme de Stridon attestent tous deux de l'importance de la communauté juive aux : le premier, qui traite les Juifs de « paresseux » car ils observent le Shabbat, est l'auteur de Contre les Juifs et le second affirme dans une de ses lettres que les colonies israélites forment une chaîne ininterrompue « depuis la Maurétanie, à travers l'Afrique et l'Égypte jusqu'à l'Inde ».. Comme les autres Juifs de l’Empire, ceux d’Afrique romaine sont romanisés de plus ou moins longue date, portent des noms latins ou latinisés, arborent la toge et parlent latin, même s’ils conservent la connaissance du grec, langue de la diaspora juive de l’époque.

La synagogue de Sétif date du . et il en existait une autre à Auzia (Aumale)Les Juifs d'Algérie : images & textes par Jean-Luc Allouche, Jean Laloum, page 9, 1987.. La synagogue de Tipaza est construite au . Dès le , les historiens arabes signalent la présence de Juifs dans la région saharienne du Touat, dans le sud-ouest algérien.

Au , le pouvoir vandale offre une courte période de liberté religieuse aux Juifs. Mais lorsque les Byzantins arrivent en Algérie, les édits de Justinien excluent les Juifs de toutes les fonctions publiques et plusieurs synagogues sont transformées en églises comme à TipazaGeorges Froment-Guieysse, L'Encyclopédie coloniale et maritime, , 1944..

Au , l'Algérie accueille une première immigration de Juifs d'Espagne fuyant les persécutions du roi wisigoth Sisebut..

Les Judéo-Berbères vignette|Juive de Laghouat (1889). Source : Tropenmuseum. Berbères et Juifs pourraient donc avoir une origine géographique proche, que Richard Ayoun n'hésite pas à qualifier de « proximité familiale ». et ceci pourrait expliquer les affinités qui ont existé entre ces deux populations, dont un exemple est peut-être donné par le roi Juba II qui se marie avec Glaphyra, veuve du fils du roi de Judée Hérode le GrandAissa Chenouf, Les juifs d'Algérie : d'existence, Dar El Maarifa, page 22, 1999., même si celle-ci ne semble pas juive..

Il existe aussi une hypothèse d'une origine cananéenne des Berbères, soutenue par certains auteurs anciens chrétiens ou juifs, et plus récemment par Nahum Slouschz.. Ainsi, quand Augustin d'Hippone demande leur origine aux habitants d'Hippone, l'actuelle Annaba, ceux-ci lui répondent en punique qu'ils sont des « Canani ». Il rappelle aussi aux paysans l'histoire du fils maudit de Cham, Canaan et des fils d'IsraëlLa Sainte Bible, Clair, page 426.. Quant à l'historien Procope de Césarée, il mentionne une inscription trouvée à Tigisi (actuelle Aïn el Bordj, à de Constantine) en Numidie qui pourrait faire référence aux Cananéens de la Bible : Jacques-Antoine Dulaure, Histoire abrégée de différents cultes, vol. 1, 1825, .La traduction disponible sur le site de Philippe Remacle indique une transcription proche : « Jésus, fils de Navé ». Voir .. Et, selon le Sefer Yosippon, des descendants d'Ésaü se seraient établis dans le nord de l'Afrique. Juifs et Berbères cohabitent pendant longtemps à travers l'Afrique du Nord, favorisant les échanges culturels et humains.

Les Juifs du Touat Le Touat est une région du sud-ouest de l'Algérie actuelle, dans le Sahara, où les Juifs semblent avoir été présents depuis le , particulièrement dans la ville de Tamentit.. Selon l'historien Jacob Oliel., les Juifs se sont établis au Touat dans les années 132 – 135 après la répression par les Romains de la révolte de Cyrénaïque de 115 – 117. Au , leur capitale est Tamentit où ils ont une synagogue. Cette communauté prospère tout au long du Moyen Âge, quand ils contribuent au développement des foggaras et du commerce transsaharien avant de disparaître à la fin du sous les coups d'un cheikh fanatique.. Il en reste des descendants qu'on reconnaît parfois à leur patronyme comme les Touati ou Touitou.

De la conquête arabe à l'expulsion des Juifs d'Espagne L'islamisation de l'Algérie débute au milieu du et sa conquête par les Omeyyades est achevée avant la fin du même siècle. vignette|Juifs d'Alger portant leurs tenues (1905).La résistance berbère est tenace. Une des figures les plus marquantes en est Dihya, dite la Kahina, dont beaucoup avec Ibn Khaldoun disent qu'elle était judaïsante. Pendant cinq ans environ, elle dirige les tribus berbères opposées aux Arabes avant d'être défaite.

L'immigration juive qui avait suivi la conquête arabe semble se poursuivre, ainsi qu'une certaine fusion avec des Judéo-Berbères. On trouve des communautés juives dans de nombreuses villes dont principalement Béjaïa, Alger, Oran, Constantine, Mostaganem mais aussi au sud ; Biskra, dans le M'zab et jusque dans les oasis sahariennes. Ces auteurs citent Gérard Nahon, « Le judaïsme algérien, de l'Antiquité au décret Crémieux », dans Les Nouveaux Cahiers, , 1972, pages 1 – 13.. Les communautés juives sont soumises au statut de dhimmis., comme sur toutes les terres musulmanes depuis le pacte du calife Omar ibn al-Khattab, au , qui tout en leur laissant la liberté du culte leur attribue un statut juridique et social très inférieur à celui des musulmans.

Après la défaite de la Kahina et la conquête de l'Andalousie, plusieurs révoltes des Berbères sufrites (kharidjisme berbère) ou rostémides déstabilisent le pouvoir abbasside au Maghreb. Les Kharidjites comme les Rostémides de Tiaret ou les dynasties berbères kharidjites de Tlemcen se montrent tolérants vis-à-vis des Juifs.

Au , résident en Algérie plusieurs savants juifs. : Rabbi Juda ibn Quraysh, linguiste de Tiaret, qui produit une étude comparative de l’hébreu et de l’arabe à l’araméen. Rabbi Isaac ben Jacob Alfassi, décisionnaire halakhique, originaire de Fès, au Maroc, dont le grand-œuvre est le Sefer HaHalakhot (ספר ההלכות).

Vers la fin du , les Rostémides kharidjites s'installent au Mzab, lors des attaques almoravides. Plusieurs oasis où vivent les Kharidjites et les communautés juives se développent rapidement.

Après plusieurs siècles relativement paisibles, les Juifs d’Afrique du Nord sont au soumis à une persécution terrible de la part des Almohades.. Les communautés du Sud disparaissent en 1142, celle d'Oran, en 1145, celle de Tlemcen, en 1146 et celle de Bougie en 1147. En 1165, le pouvoir almohade instaure une politique de conversion forcée à l'islam pour les Juifs, avec interdiction de se marier avec des musulmans et de pratiquer le commerce à grande échelle.. En 1198, Le souverain almohade Al Monsur impose aux Juifs de porter un vêtement particulier, de couleur jaune.. Les Juifs doivent alors (au Maghreb comme en Espagne musulmane) choisir entre pratiquer clandestinement leur religion ou s’exiler vers les quelques pays accueillants, l’Égypte, la terre d'Israël ou l’Italie..

Les Almohades finissent par adoucir leur politique et autoriser les Juifs à vivre dans les villes maghrébines.

Entre le et le , une importante population juive s'installe à Ghardaïa, capitale du Mzab..Jacques Taïeb, Sociétés juives du Maghreb moderne (1500-1900), éd. Maisonneuve & Larose, Paris, 2000, ..

Après le déclin de l'Andalousie thumb|Synagogue de Netanya (Israël) de rite algérois, honorant deux rabbins algérois.