William Lawrence Shirer est un journaliste, historien et écrivain américain, né le à Chicago et mort le à Boston.

Il fut correspondant de presse, puis de radio en Europe, dans les années 1920 et 1930. Sa couverture des annexions nazies de 1938-1939 et du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale pour la CBS depuis Berlin le rendit célèbre auprès du public américain. Il fut avec d’autres journalistes engagés par Edward R. Murrow l’un des pionniers de la diffusion transatlantique, réalisant un certain nombre de « coups » médiatiques et inaugurant la formule du « tour d’horizon » entre correspondants en direct depuis plusieurs grandes capitales. Le Peabody Award lui fut remis en 1946 pour « couverture et interprétation remarquables de l’actualité ».

Il est également connu pour son ouvrage The Rise and Fall of the Third Reich (1960), un récit détaillé de l’histoire politique, diplomatique et militaire du nazisme, du régime hitlérien et de l’Allemagne dans la Seconde Guerre mondiale ; il avait auparavant fait paraître son Berlin Diary (1941). Il est l’auteur d’une quinzaine d’autres livres sur les événements du ainsi que de quelques romans. Plusieurs de ses ouvrages eurent un grand succès populaire et furent primés, mais firent l’objet de critiques d’historiens pour leur faiblesse à l’aune des exigences universitaires et pour leur coloration par certains partis pris.

Origines, formation et famille

William Shirer naît à Chicago le . Son père, un magistrat fédéral, meurt lorsqu’il a , et sa mère déménage avec William, sa sœur aînée et son frère cadet à Cedar Rapids, dans l’Iowa, où vivent les grands-parents maternels de William Shirer. Après sa scolarité secondaire à la Washington High School, il entre au , un collège d’arts libéraux ; il participe au journal étudiant, le Cosmos, et travaille l’été aux pages sportives du Cedar Rapids Republican.

Après avoir obtenu un Bachelor of arts de journalisme en 1925, il se rend en Europe dans l’intention d’y passer l’été et avec deux cents dollars en poche, mais ayant trouvé, le matin du jour prévu pour son retour, un emploi au bureau du Chicago Tribune à Paris, il s’y établit et va ne revenir aux États-Unis que quinze ans plus tard.

Lors de son séjour parisien, il suit des cours sur l’histoire de l’Europe au Collège de France.

Il épouse en 1931 une photographe autrichienne, Theresa Stiberitz, dite Tess (1910-2008) ; ils ont ensuite deux filles, Eileen Inga et Linda Elizabeth. Shirer divorce en 1961 et se remarie avec Irina Lugovskaya.

Il a perdu l’usage de son œil droit en 1932 à la suite d'un accident de ski dans les Alpes.

Au cours de sa scolarité et de ses années en Europe, il a appris l’allemand, le français, l’espagnol et l’italien.

Carrière

Paris De 1925 à 1927, Shirer travaille au Paris Tribune, l’édition française du Chicago Tribune, puis devient en 1927 correspondant de l’édition américaine. Cette nouvelle fonction l’amène à voyager en Europe ainsi qu’au Proche-Orient et en Inde, où il rencontre le mahatma Gandhi, avec qui il restera en contact.

Il perd son emploi au Tribune en 1932 en raison de la Grande Dépression ; le couple Shirer part vivre en Espagne, où il partage pendant un an une villa sur la côte avec le guitariste Andrés Segovia.

En 1934, Shirer est embauché par l’édition française du New York Herald, mais quitte Paris pour l’Allemagne au mois d’août. Il revient fréquemment en France dans les .

L’Allemagne nazie En 1934, Shirer est engagé par le bureau berlinois de l’Universal News Service, l’une des deux agences de presse du magnat des médias William Randolph Hearst. Il couvre notamment les triomphes hitlériens des années 1930 comme le retour à l’Allemagne du territoire du bassin de la Sarre en 1935 et la remilitarisation de la Rhénanie en 1936.

Lorsque l’UNS cesse ses activités en , Shirer est transféré à l’International News Service, l’autre agence de Hearst, mais il est renvoyé quelques semaines plus tard. Le jour même où il reçoit son avis de licenciement, il reçoit également une invitation d’Edward R. Murrow, le responsable des activités européennes de la CBS. Lors de leur rencontre, quelques jours plus tard à Berlin, Murrow explique à Shirer qu’il ne peut couvrir toute l’actualité européenne depuis son bureau de Londres et qu’il recherche un correspondant pour ouvrir un bureau en Europe continentale. Il propose le poste à Shirer, sous réserve qu’un enregistrement d’essai satisfasse les dirigeants du réseau, qui désirent juger si sa voix est adaptée à la diffusion radiophonique. Bien que Shirer craigne que sa voix flûtée ne convienne pas, l’essai est jugé concluant.

Shirer devient chef du bureau européen de la CBS, qu’il installe à Vienne ; la capitale autrichienne, en plus d’avoir une situation plus centrale que Berlin, offre alors plus de garantie d’indépendance vis-à-vis des autorités allemandes. Il est chargé de préparer les émissions et, dans les premiers temps, d’engager des correspondants de presse pour les mener à bien, car la CBS interdit alors à ses correspondants de prendre eux-mêmes la parole sur le réseau ; cette interdiction, jugée absurde par Murrow et Shirer, est levée en . Shirer est le premier de ce qu’on appellera les « gars de Murrow » (), un groupe de journalistes de radio recrutés par Murrow qui ont couvert la Seconde Guerre mondiale et l’après-guerre pour le public américain.

Jusqu’en 1939, Shirer et les autres correspondants étrangers en Allemagne ne sont soumis qu’à une autocensure : ils savent que les fonctionnaires du ministère de l'Éducation du peuple et de la Propagande du Reich, dirigé par Joseph Goebbels, peuvent leur refuser l’accès aux studios de radio de l’État ou les faire expulser du territoire allemand. Ils conservent malgré tout plus de liberté dans leur travail que les journalistes allemands s’adressant au public allemand.

Le , lors de l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne après plusieurs semaines de pressions des nazis sur le gouvernement autrichien, Shirer est le seul journaliste de radio américain à se trouver à Vienne, son confrère Max Jordan, de la NBC, s’étant absenté. Cependant, les troupes d’occupation allemandes, qui contrôlent les studios de la radio, ne l’autorisent pas à retransmettre son reportage aux États-Unis. Sur le conseil de Murrow, qui vient le remplacer à Vienne, Shirer gagne Londres en avion et peut y faire le premier compte-rendu non censuré d’un témoin direct des événements. Il rapporte dans son Berlin Diary que dans l’avion se trouvaient de nombreux Juifs qui fuyaient l’Autriche devenue nazie.

Le lendemain, Paul White, directeur de l’information de la CBS, demande à Murrow et Shirer de produire un « tour d’horizon européen » d’une trentaine de minutes dans lequel doivent intervenir en direct des correspondants depuis cinq capitales européennes (Berlin, Vienne, Paris, Rome et Londres). L’émission, organisée en huit heures avec les équipements téléphoniques et radiophoniques disponibles et présentée depuis New York par , est un grand succès et établit un nouveau format dans le journalisme de radio. Elle est à l’origine du , qui est, huit décennies plus tard, toujours diffusé chaque matin et chaque soir sur la CBS ; c’est le programme d’information radiophonique le plus ancien encore en activité.

Le bureau viennois est déplacé à Genève après l’Anschluss. Shirer suit la plupart des grands discours d’Adolf Hitler ainsi que des rassemblements de propagande comme les congrès du parti nazi à Nuremberg, et couvre les accords de Munich et la crise des Sudètes.

La Seconde Guerre mondiale vignette|upright=1.4|Shirer (à gauche sur le banc) dans le clairière de Rethondes, alors correspondant de guerre de CBS, frappe le texte d'un reportage sur la négociation ou la signature de l’armistice du 22 juin 1940. Le bâtiment à l'arrière-plan est le musée dans lequel se trouvait le wagon de 1918, avant que sa sortie en plein air n’en soit demandée par Hitler pour abriter les négociations et la signature du nouvel armistice. Basé à Berlin pendant la période précédant la Seconde Guerre mondiale, Shirer couvre les tensions germano-polonaises et l’invasion de la Pologne qui déclenche le conflit mondial en , puis, au printemps 1940, les opérations du front occidental, campagne de Norvège en avril, bataille de France en mai. Il peut ensuite se déplacer auprès des troupes allemandes lorsque celles-ci se rapprochent de Paris, et accomplit l’un des principaux « coups » médiatiques de la guerre en annonçant depuis Compiègne aux auditeurs américains la signature de l’armistice du 22 juin 1940 avant même que la nouvelle ne soit publiée par les autorités allemandes.

La censure est établie au début de la guerre, avec pour but de garder secrètes les informations qui pouvaient être utilisées par les pays en guerre avec l’Allemagne. Elle s’accentue lorsque la Grande-Bretagne refuse les offres de paix de Hitler et lance des bombardements contre des villes allemandes, dont Berlin. Alors que Murrow peut faire suivre le Blitz en direct depuis Londres, les correspondants étrangers en Allemagne ne sont pas autorisés à annoncer les attaques britanniques. Il leur est également interdit de mettre en doute la véracité des communiqués du ministère de la Propagande et de l’Oberkommando der Wehrmacht, et ils sont priés de ne pas employer le terme « nazi », jugé susceptible de faire mauvaise impression. Pendant quelques mois, Shirer parvient à communiquer le fond de ses reportages en usant d’un ton particulier, de silences, d’inflexions, d’allusions ou de termes d’argot américain inconnus des censeurs.

Pendant l’été 1940, Shirer subit des pressions croissantes de la part des autorités nazies pour diffuser les comptes-rendus officiels, qu’il sait être incomplets ou mensongers, et il prévient ses supérieurs à New York que la censure l’empêche de travailler en toute objectivité. En octobre, il fait rentrer sa femme et leur petite fille aux États-Unis en raison de l’intensité des bombardements britanniques. Ayant appris par une connaissance que la Gestapo le soupçonne d’espionnage et a entrepris de constituer un dossier contre lui, il organise son propre départ. Une astuce lui permet d’emporter son journal, qui aurait été un document compromettant et qu’il prévoyait de détruire : il place les volumes au fond de deux valises, les recouvre avec les textes de ses reportages visés et tamponnés par la censure et l’administration, et dépose par-dessus des cartes d’état-major qu’il n’est pas censé pouvoir faire sortir d’Allemagne. Il fait ensuite contrôler les valises par la Gestapo : les agents saisissent les cartes et commencent à contrôler les documents, mais la saisie semblant justifier leur inspection et les nombreux tampons officiels éteignant leur méfiance, ils négligent d’aller jusqu’au fond des valises, et les scellent. Shirer quitte l’Allemagne le .

L’année suivante, il publie son Berlin Diary, un témoignage au jour le jour des événements qu’il a couverts de 1934 à 1940, adapté de ses journaux et de ses notes. L’ouvrage est rapidement traduit en plusieurs langues, notamment en allemand, en français et en russe.

Shirer reste commentateur à la CBS après son retour aux États-Unis ; il donne également des conférences et tient une chronique au New York Herald Tribune.

Après la guerre Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, Shirer couvre le procès des grands criminels de guerre à Nuremberg et la conférence de San Francisco. Il reçoit en 1946 le Peabody Award pour « couverture et interprétation remarquables de l’actualité ».