Paul Morand, né le à Paris 8 et mort le à Paris .., est un écrivain, diplomate et académicien français.
Populaire durant l'entre-deux-guerres, il est l'auteur d'environ 80 ouvragesLucienne Furois, « Paul Morand, un triestin d'adoption », in : Annuario SSLM 1987, EUT - Edizioni Università Trieste, : qui touchent à tous les genres littéraires. Il inspire après 1945 une nouvelle génération d'écrivains, les Hussards.
Opérant un virage ouvertement antisémite dès les années 1930, collaborationniste durant la Seconde Guerre mondiale, il est ambassadeur de l'État français de Vichy.
Morand posa quatre candidatures à l'Académie française, jusqu'à être accepté en 1968, Charles de Gaulle ayant notamment mis son veto, avant de le lever la dernière fois.
Biographie Jeunesse Son père, Eugène Morand (1853-1930), occupe à Paris, notamment grâce à l'entremise de son beau-frère Abel Combarieu, secrétaire général et directeur du cabinet civil de la présidence de la RépubliqueVoir in Journal inutile Tome I., plusieurs fonctions liées à l'art : conservateur du Dépôt des marbres en 1902, directeur de l'École nationale supérieure des arts décoratifs en 1908. Il fréquente également des poètes, dont le cercle des Amis de Mallarmé, des artistes et sculpteurs, dont Auguste Rodin, pendant la jeunesse de Paul. On lui prête cette simple réponse à la sempiternelle question : . Il meurt en 1930.
La mère de Paul, née Marie-Louise Charrier le , issue d'une famille de négociants et de magistrats parisiens, est une femme douce, très catholique.. Elle entretient avec son fils une relation faite d'affection et d'admiration, qui aura un rôle majeur dans la vie du diplomate écrivain. Veuve en 1930, elle fait de fréquents séjours estivaux chez son amie Suzanne Lalique, au Prieuré de la Mothe. Paul l'y rejoint souvent, se liant avec les invités habituels, écrivains, tel Jean Giraudoux, ou jeunes peintres dont le fidèle Raymond Legueult., qui fut un élève apprécié d'Eugène Morand aux Arts-Déco. Elle meurt en 1947.
Le jeune Paul apprend l'anglais très tôt et se rend à Londres à plusieurs reprises durant son adolescence (1902, 1903, 1904, 1908, 1909, 1913). Il visite aussi Venise et l'Italie du Nord, et chaque été séjourne pendant un mois près du lac de Côme.
Il entre au collège Jules-Ferry de Paris, puis au lycée Chaptal.
Dans Propos SecretsRoger Peyrefitte, Propos Secrets, Albin Michel, 1980, tome 2, et 364., Roger Peyrefitte mentionne Morand à propos du « scandale Fersen » dans lequel plusieurs de ses jeunes condisciples du lycée Carnot paraissent avoir été victimes de pédophilie ; il publie la lettre (non datée) que celui-ci lui adressa à la suite de la publication de L'Exilé de Capri (1959) — que Morand rebaptisa Uranus 1900 — qui lui avait rappelé — sans dire lesquels.
Il rate l'oral de philosophie de son baccalauréat en 1905. Jean Giraudoux devient son précepteur et le jeune Paul se transforme tout d'un coup en élève assidu. Il intègre l'École libre des sciences politiques, dont il est diplômé en 1905 (section diplomatique). Il termine premier au concours du Quai d'Orsay. Son oncle Abel Combarieu introduit Morand aux Affaires étrangères (service du Protocole) en 1912Journal inutile, Gallimard, 18 avril 1974.. Tout en débutant dans la carrière administrative, où il reçoit l'appui de Philippe Berthelot, il fréquente les milieux littéraires, fait la connaissance de Jean Cocteau et de Marcel Proust — qui vient d'ailleurs le rencontrer chez lui : visite de Marcel Proust à Paul Morand, archive de l'INA. — et s'essaie à la poésie en composant une Ode à Marcel Proust.
Période d'avant-guerre
Attaché à l'ambassade de Londres, il rentre à Paris et est affecté au cabinet du ministre des Affaires étrangères pendant la Première Guerre mondiale. Il est ensuite en poste à Rome et à Madrid. Son amitié avec Philippe Berthelot lui permet de faire des missions diplomatiques qui sont en fait à but littéraire. Après son mariage, il se fait mettre en congé illimité mais réintègre la Carrière en 1939 : il est nommé à Londres pour diriger la Mission économique française.
Ses premiers textes publiés sont des poèmes, notamment Lampes à Arc en 1919. Mais il fait sa véritable entrée en littérature en 1921 avec la parution de son premier ouvrage en prose, Tendres Stocks, un recueil de nouvelles préfacé par Proust.
Au cours des années 1920-30, il écrit de nombreux livres, récits de voyage, romans brefs et nouvelles (Ouvert la nuit, Lewis et Irène…), qui frappent par la sécheresse du style, le génie de la formule et la vivacité du récit, mais aussi par la fine description des pays traversés par l'auteur ou ses personnages, généralement de grands bourgeois cultivés aux idées larges.
Joséphine Baker, qui triomphe alors avec ses « danses nègres » au music-hall, lui aurait inspiré le personnage de la danseuse afro-américaine Congo initiée aux rites vaudou dans le Harlem des années 1920, qui apparaît dans une des huit nouvelles de Magie noire (1928).
Durant la même période, il pratique le journalisme, notamment pour Le Figaro. Il exerce aussi le métier d'éditeur en dirigeant chez Gallimard la collection « Renaissance de la nouvelle », où paraît en 1938 Nouvelles orientales de Marguerite Yourcenar. Il est également membre du comité de direction de l'association du Foyer de l’abbaye de Royaumont.
Le , à Paris, il épouse la riche aristocrate roumaine d'origine grecque Helena Chrissoveloni, princesse Soutzo (1879-1975). Les Morand donnent à cette époque de somptueuses réceptions dans leur hôtel parisien du de l'avenue Charles-Floquet, dont le salon d'une surface de près de carrés, ce qui faisait dire à Maurice Martin du Gard qu'« il paraissait désert quand il ne s’y trouvait que vingt personnes », ainsi qu'au château des Mesnuls, propriété du frère d'Hélène, banquier cultivé et polyglotte.
Seconde Guerre mondiale Parmi les faits marquants de la vie de Morand, on note son attitude durant la Seconde Guerre mondiale et sa proximité avec le régime de VichyPrincipale source : François Dufay, Le Soufre et le Moisi. La droite littéraire après 1945. Chardonne, Morand et les hussards, Paris, Perrin, 2006 ., de même que son antisémitisme, lequel transparaît déjà dans certains de ces textes publiés avant guerre, comme France-la-doulce..Voir sur nonfiction.fr..
À Londres, son anglophobie et son antisémitisme imprègnent son Journal de Guerre (tome I). : (). Le , Morand, rallié au nouveau régime, prend l’initiative de se rendre à Vichy et dénonce, dans son dernier rapport, ses collègues anglophiles de l’ambassade. Le gouvernement de Vichy ne le récompense cependant pas pour son ralliement.
Sur le choix de Vichy par Morand, le regard de Charles de Gaulle est ainsi rapporté par Alain PeyrefitteC'était de Gaulle, Fayard, tome I, 1994, . :
Après avoir été mis à la retraite d'office en 1940, il est nommé, lors du retour de Pierre Laval, membre de son cabinet à Vichy (1942).. Fréquentant les élites vichyssoises, il est au courant de la Shoah et de ses modalités, comme il l’écrit dans son Journal de GuerreGilles Karmasyn, « L’extermination au jour le jour dans les documents contemporains », Pratique de l'histoire et dévoiements négationnistes, publié le mai 2000, mis à jour le 14 février 2025, consulté le 6 avril 2025.. Ainsi, en , Morand note dans son journal, à propos des territoires conquis : .. Il est nommé en . ambassadeur de France en Roumanie, pays d'origine de la famille de son épouse. Jean Jardin, éminence grise de Pierre Laval, favorise son départ de Bucarest en 1944, lors de l'avancée des troupes russes, et le fait nommer en Suisse.
Lorsque la guerre se termine, il est ambassadeur à Berne, ce qui lui vaut d'être révoqué à la Libération par le général de Gaulle ; son action durant l'Occupation lui vaudra longtemps une solide inimitié de ce dernier qui, après son retour au pouvoir en 1958, empêchera jusqu'en 1968 son entrée à l'Académie française. À cause de cela, Morand l'appelle toujours avec mépris « Gaulle », notamment dans sa correspondance avec son ami Jacques Chardonne.
Louis-Ferdinand Céline, lourdement condamné pour faits de collaboration, a envers Paul Morand la dent encore plus dure, dans son style bien personnel :
Période d'après-guerre Après la Guerre, il est contraint à l'exil à Vevey en Suisse. Il y passe une dizaine d'années avant d'être à nouveau admis sur le sol français. Il lui est toujours reproché ses amitiés du temps de Vichy et le soutien de l'Occupant à la publication de ses ouvrages, tandis que lui-même proteste de son intégritéGavin Bowd, Paul Morand et la Roumanie.. Il fait partie, avec Fabre-Luce ou Jouvenel, de ces grands bourgeois exilés qui « ne tolèrent aucun reproche et n'imaginent aucun retour sur eux-mêmes ». Son Journal inutile montre qu’il n’a rien changé, ni amputé, de ses opinions politiques : « [le temps de] Morand semble s'être brutalement arrêté du côté de Vichy en 1942. Spectaculaire phénomène de vitrification » dira Pierre Lepape..
Prémonitoire, il écrit en 1941 :
Durant ces années, il se consacre à la poursuite de son œuvre, marquée par des orientations nouvelles et, notamment, par un intérêt nouveau pour l'Histoire, ainsi qu'en témoignent Le Flagellant de Séville et Fouquet ou le Soleil offusqué.
En 1946, il s'exile partiellement à Tanger, fuyant les accusations de collaboration. Il y écrit Hécate et ses chiens, une histoire troublée qui dépeint le Tanger des années 1920. Il y vécut environ dix années, jusqu'en 1956, à la « Villa Shakespeare », rue Bakali.
Il devient à la même époque, avec Jacques Chardonne, le modèle et le protecteur d'une nouvelle génération d'écrivains appelée par la suite les Hussards. Il entretient une relation quasi filiale avec le premier d'entre eux, Roger Nimier.
Fin de vie Il est élu à l'Académie française le . au fauteuil de Maurice Garçon, élu en 1946. Le chef de l'État, contrairement à la tradition, ne le reçoit pas, après avoir pourtant levé son veto de manière implicite en déclarant au secrétaire perpétuel, Maurice Genevoix :
Il survit un an et demi à son épouse, morte le . Il meurt à l'hôpital Necker à Paris. Conformément aux dispositions de son testament, ses cendres sont mêlées à celles de son épouse à Trieste, ville dont sa famille était originaire.
Dans la biographie qu’elle lui a consacrée, Pauline Dreyfus indique que c’est de sa liaison avec May de Brissac que serait née en 1939 l’écrivaine Elvire de Brissac, ajoutant « Cette paternité est, dans le petit milieu parisien, un secret de polichinelle ».
Œuvres Poèmes Lampes à Arc, avec un dessin de l'auteur, Paris, Au sans pareil, 1920, rééd. René Kieffer, 1926, lithographies de Frans Masereel Feuilles de Température, Paris, Au sans pareil, 1920 Poèmes complets (1914-1924), Paris, Au sans pareil, 1924 Poèmes, Toulouse, éditions Richard, 1928 U.S.A., Paris, Au sans pareil, hors-commerce, 1928
Nouvelles et recueils de nouvelles
Romans Lewis et Irène, E.Flammarion, 1923, Grasset, 1924, Émile-Paul, 1925 — avec illustrations de Jean Oberlé, 1926 Flèche d'Orient, Gallimard, 1932 France-la-doulce, N.R.F., 1934 Bug O' Shea, Laboratoires Deglaude, 1936, Louis Icart illustrateur L'Homme pressé, Gallimard, 1941 Montociel, Rajah aux Grandes Indes, Genève, Éditions du Cheval Ailé, 1947 Le Flagellant de Séville, Fayard, 1951 Hécate et ses chiens, Flammarion, 1954 La Dame Blanche des Habsbourg, Robert Laffont, 1963 Tais-toi, Gallimard, 1965 Les Extravagants, scènes de la vie de bohème cosmopolite, premier roman écrit en 1910-1911, édition posthume en 1986 chez Gallimard Romans, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade (éd. Michel Collomb)
Essais, portraits d'écrivains et de personnages historiques
Récits de voyage et portraits de villes
Chroniques Chronique du I. L'Europe galante, 14 nouvelles (Europe), Vertès, 1927 (avec des lithographies en noir) ; Grasset, 1925 ; Ferenczi, 1928