thumb|Le second grand réveil (illustration couleur de 1839). Le grand réveil (en ) correspond à une vague de réveils religieux dans le royaume de Grande-Bretagne et ses colonies américaines au milieu du . Le terme de est apparu vers 1842. On le retrouve dans le titre de l'ouvrage consacré par Joseph Tracy au renouveau religieux qui débuta en Grande-Bretagne et dans ses colonies américaines dans les années 1720, progressa considérablement dans les années 1740 pour s'atténuer dans les années 1760 voire 1770. Il sera suivi de nouvelles vagues de réveil, le second grand réveil (1790-1840) et une troisième vague de réveils entre 1855 et les premières décennies du . Ces réveils religieux dans la tradition protestante et surtout dans le contexte américain sont compris comme une période de redynamisation de la vie religieuse. Le Great Awakening toucha des églises protestantes et des églises chrétiennes évangéliques et contribua à la formation de nouvelles Églises.

Les origines : la crise spirituelle des églises traditionnelles ? Une religion du pouvoir

Dans les églises congrégationalistes, les ministres généralement étaient payés par la ville. De même dans les communautés quakers, la ferveur des premiers temps semblait s'éteindre ; et les membres étaient plus intéressés par les questions financières que la religion qui était censée garantir l'ordre moral.

La domination des églises « Halfway » Les églises congrégationalistes des premiers temps étaient composées de « Saints », personnes choisies par l'assemblée qui devaient faire une confession publique de leur foi et manifester celle-ci en se conformant par une vie pure aux principes évangéliques. Ces membres signaient un « covenant » (un pacte sur le modèle de l'alliance avec Dieu), s'engageaient à mener une vie d'obéissance soumise aux enseignements ecclésiastiques. Ils pouvaient ainsi voter pour élire leur pasteur et faire baptiser leurs enfants.

En 1662, un synode à Boston approuva le « » (c'est-à-dire un pacte à mi-chemin). Les adultes pouvaient obtenir le baptême et celui de leurs enfants, mais non le droit de vote des décisions, qui ne pouvait être obtenu qu'après confession publique de leur foi et obéissance aux principes moraux et à la discipline de l'église. En 1720, la majorité des congrégationalistes étaient des membres « Half-Way » allant à l'église pour des raisons principalement morales. En outre, dès 1700 la plupart des églises leur offraient la communion, ne respectant plus les principes du synode de Boston.

Dès 1700, une politique semblable s'engagea dans les églises quakers : la , qui ne demandait plus à ses membres la preuve qu'ils possédaient bien une « lumière intérieure ». En outre, l'arminianisme, qui rejetait les principes de base du salut par la foi seule en insistant sur la notion de collaboration de l'homme à son salut, avait gagné de nombreuses églises et remettait en cause les principes fondateurs de la Réforme.

L'influence des idées des lumières

En Europe au , les intellectuels se tournèrent vers des explications plus rationnelles et moins théologiques pour expliquer l'origine du monde, en se basant sur les théories développées par Galilée, Newton et la philosophique de la déduction de Locke qui gagnèrent les États-Unis.

Une révolution intellectuelle se répandit à travers le pays touchant même les églises. L'homme n'était plus le résultat du péché originel, un Dieu quelconque avait donné la raison à l'homme pour qu'il puisse comprendre son environnement et en profiter. Les deux Mathers voulaient ainsi réconcilier les nouvelles avancées des sciences naturelles avec les explications théologiques.

L'essor de nouvelles confessions et le piétisme allemand Les autres églises : presbytériennes, réformées et d'autres courants d'origine allemande grandirent en nombre, attirant de nombreux fidèles avec l'arrivée des colons irlandais, des écossais presbytériens, des huguenots français et des allemands. Ces divers groupes, dont certains étaient gagnés au courant piétiste, firent preuve d'une forte religiosité pour conserver leur identité. Le piétisme allemand qui insistait sur la piété personnelle, la prière, la discipline morale et la charité avait gagné l'Europe de l'Est et se répandit à travers le Nouveau Monde et dans ces nouvelles églises par le biais de ces émigrés. Le centre originel du piétisme se trouvait à Halle dans le Brandebourg en Allemagne avec pour leader Philipp Jacob Spener et August Hermann Francke. En effet, la majorité des groupes germanophones qui gagnèrent les États-Unis appartenait au mouvement piétiste : les Frères Moraves, les Mennonites et autres anabaptistes dont certains étaient devenus quakers ou Églises baptistes du Septième Jour… et ces groupes exercèrent une forte influence sur le Grand Réveil.

Ainsi, bien que les historiens s'accordent aujourd'hui pour soutenir qu'aucune réelle crise religieuse n'est apparue au aux États-Unis et que la religion demeurait toujours la seconde priorité des gens après leur travail, les églises avaient le sentiment d'avoir perdu leur vitalité que les fidèles s'étaient éloignés du « covenant originel », de la foi, d'une vie morale et des principes de la Réforme. De nombreux prédicateurs peignaient cet abandon de la foi originelle et de Dieu. Certains regrettaient les premiers temps de la colonisation. Une réforme était nécessaire pour retrouver cet idéal.

Le renouveau des églises et la naissance des évangéliques Le rôle des Grands Itinérants (circuit riders) Le Great Awakening a été marqué par la figure de grands prédicateurs parcourant des kilomètres pour prêcher l’Évangile et appeler à la conversion.

Le premier à percevoir la nécessité d'un renouveau dans les églises fut, en 1726, le pasteur de l'Église réformée néerlandaise (Dutch Reformed Church) de la vallée de Raritan, qui, imprégné d'un piétisme aux accents calvinistes, cherchait à raviver la foi dans le cœur de ses fidèles par des prédications au style très direct, insistant sur les Évangiles, le péché et la bonne nouvelle du salut. Il fut suivi par de nombreux pasteurs d'autres églises.

Ce renouveau fut principalement marqué par la personne de George Whitefield (1714–1770) né en Angleterre. Il fit la connaissance de John Wesley fondateur du méthodisme et commença à prêcher dès 1736 en Angleterre. Il est considéré comme le fondateur des mouvements revivalistes américains et du Grand Réveil et fut l'un des fondateurs du méthodisme. Whitefield arriva aux États-Unis en 1738 pour commencer ses grands voyages d'évangélisation à travers les colonies. Il démarra ses « tournées » en Géorgie puis en 1739 à Savannah jusqu'à Philadelphie avant de revenir à travers la campagne à Charleston. En 1740, il voyagea en Nouvelle-Angleterre après avoir soulevé des foules qui le suivaient le long de son chemin. Il impressionna même le cynique Franklin à Philadelphie qui disait qu'il pouvait prêcher à en même temps grâce à sa forte voix. Ses plus grandes tournées se déroulèrent surtout en Nouvelle-Angleterre où les prédicateurs revivalistes avaient le droit de prêcher en tant qu'itinérants. Quand on refusait l'accès aux églises à Whitefield, il prêchait dans les champs où la simplicité de son message, l'assurance de son salut et la vivacité avec laquelle il prêchait parlant de repentance nécessaire, peignant l'enfer auquel on peut échapper par la foi, attiraient des foules. Whitefield publia un ouvrage édifiant à ce sujet, The Eternity of Hell Torments, avertissant solennellement les auditeurs d’un « bûcher éternel ». On assista ainsi à des field preaching, vastes séances de prêche où des milliers de personnes se repentaient ensemble. La rapidité des conversions, ainsi que l'indifférence affichée contre les confessions chrétiennes, suscitèrent des controverses.

De nombreux prédicateurs suivirent son exemple aux États-Unis : Jonathan Edwards (1718-1747), grand prédicateur de Nouvelle-Angleterre célèbre pour son sermon Sinners in the hands of an Angry God et grand théologien, William Tennent (1673-1746) et Gilbert Tennent (1703-1764), presbytérien et ami de Whitefield qu'il accompagna et aida surtout à Boston, (1716-1756), puritain qui prêcha activement en Nouvelle-Angleterre.

Les grands prédicateurs prirent la place dominante au détriment des ministres réguliers souvent critiqués par les grands prédicateurs qui appelèrent à un retour vers une foi pure et première. Certains ministres adoptèrent ces principes d'autres les rejetèrent comme Charles Chauncey à Boston qui condamna cette approche religieuse.

Des prédications marquées par l'émotion et la conversion personnelle Le Great Awakening rejette l'arminianisme, le salut par les œuvres ou les rites. Les prédicateurs réaffirment le message libérateur du salut par la grâce et délivrent les fidèles de leur condition de pêcheurs en réaffirmant le salut par la Grâce seule. Seule la foi compte pour être sauvé accompagné du désir d'essayer d'accomplir désormais des actes bons. Les prédicateurs insistent ainsi à nouveau sur la conversion, la foi, la vie religieuse personnelle : lecture de la bible, prière dévotions, et exhortation individuelle. La conversion doit être synonyme de nouvelle vie d'une « new birth », de changement, de transformation. Le Great Awakening place l'individu au centre responsable de ses choix, débarrassé des autorités religieuses devant Dieu et rejette dans un certain sens le Half Way Covenant en réaffirmant l'importance de la new birth. Ils réaffirment la nécessité pour le fidèle de se convertir pour recevoir la Sainte-Cène (Eucharistie).

Le Great Awakening favorise le rejet du rationalisme en matière religieuse pour privilégier les sentiments et l'émotion contre le formalisme des églises traditionnelles. Lors des grandes manifestations, les prédicateurs n'hésitaient pas à accompagner leurs paroles de gestes, de cris pour convertir les foules. La prédication avait de grands effets sur le corps : les gens poussaient des cris de joie, parlaient en d'autres langues, s'évanouissaient dans le repos de l'Esprit Saint, pleuraient, imploraient Dieu.

Le Great Awakening revient donc aux principes fondateurs de la Réforme : l'insistance sur le salut par la grâce et sur la conversion, donc dans un certain sens il favorise le retour au « covenant ».

Le foisonnement de l'activité religieuse et missionnaire Les Américains se passionnaient pour la religion, jeunes et femmes surtout. La littérature religieuse connaissait un grand succès. Les Églises gagnèrent entre 20 et 50 % de plus de fidèles, principalement en Nouvelle-Angleterre. L'église congrégationaliste vit le nombre de ses fidèles augmenter considérablement et connut un dynamisme sans précédent (la notion de covenant (alliance) était véritablement prise au sérieux pendant cette période). De même un flot considérable de membres et de ministres grossirent les rangs des églises. De nombreuses universités furent alors créées pour former les futurs pasteurs revivalistes : « new light » c'est-à-dire « des nouvelles lumières » tels que Princeton (1746), Brown contre Harvard, gagné par le libéralisme et l'arminianisme. Les débats théologiques abondèrent, suscités par Edwards qui réconcilia la tradition calviniste avec la « New Birth » contre les philosophes des Lumières dans A treatise concerning Religious Affections. Il fonda la théologie évangélique par une série de livres. Des chants et hymnes nouveaux furent créés tels que les hymnes d'Isaac Watts. Des initiatives de tout bord furent prises pour répandre la parole : Eleazar Wheelock, puritain du Connecticut créa des écoles « Moor's Indian Charity School » à Lebanon en 1754 pour les indiens pour qu'ils puissent par eux-mêmes accéder notamment à l'écriture et la lecture et à l'évangile. Puis il créa une université ouverte aux indiens et aux blancs.