Le château du Grand Jardin est situé à Joinville, en Haute-Marne.
Depuis 1978, le site est la propriété du conseil départemental de la Haute-Marne, qui a procédé, lors de plusieurs campagnes de travaux, à la réhabilitation du site : le pavillon a été restauré, un jardin d’esprit Renaissance a été recréé, le parc Romantique a été remis en valeur. Le Département y propose également, chaque année, une programmation culturelle.
Depuis , la communauté de communes du Bassin de Joinville-en-Champagne, par son office de tourisme communautaire, a pris en charge l’accueil des visiteurs.
Le pavillon est classé au titre des Monuments historiques en 1925, le jardin l’est en 1991. Ce dernier est également labellisé Jardin remarquable. Le Conservatoire des collections végétales spécialisées a reconnu l’intérêt de sa collection de buis devenue, en , « collection nationale » de Buxus.
Le site offre de promenade entre patrimoine architectural et végétal.
Historique Entre 1533 et 1546, Claude de Lorraine, duc de Guise, fait bâtir le château du Grand Jardin, grand pavillon de plaisance, fleuron de l'architecture de la Renaissance.
Il vient alors en complément" Le château d'En-Bas est une construction de plaisance dédiée au repos et aux réceptions, qui ne disposait pas des aménagements nécessaires à une habitation permanente, fonction qui restait celle du château d'En-Haut. " in Hélène BILLAT, Joinville, le château du Grand Jardin, Itinéraires du Patrimoine, Éd. Dominique Guéniot, 2005, . du château-fort situé sur les hauteurs de Joinville, le château d’En-Haut, demeure des seigneurs de Joinville, vendu et détruit à la Révolution.
Situé sur un terrain plat en contrebas, le château du Grand Jardin reçoit également la dénomination de château d’En-Bas, mais la luxuriance de son grand jardin fait rapidement sa réputation et son nom.
Dédié aux fêtes et réceptions des ducs de Guise, au repos et à l’agrément, le château du Grand Jardin accueille des hôtes de prestige : en , « François vint passer les fêtes de la Toussaint à Joinville, où il fut magnifiquement traité par le duc de Guise, seigneur du nommé lieu de Joinville ». On peut supposer que Claude de Lorraine profita de cette occasion pour accueillir le souverain avec les fastes d'usage et en faire l'hôte d'honneur d'une inauguration de son tout nouveau pavillon de plaisance, l’année 1546 apparaissant à deux reprises sur le pavillon.
Joinville vit également le passage de Henri II et son épouse Catherine de Médicis, François II et son épouse Marie Stuart (petite-fille de Claude de Lorraine), Charles IX, Henri de Valois, futur Henri III, le Prince de Condé, Louis XIII accompagné du cardinal de Richelieu, etc.
À la disparition de la branche aînée des Guise, au décès de Marie de Lorraine, dite Mademoiselle de Guise, le domaine est transmis aux ducs d’Orléans, qui en seront propriétaires jusqu’à la Révolution. Le pavillon manque de disparaîtreExtrait des registres du Conseil de le duc d’Orléans : En 1747, le château du Grand Jardin « étoit inhabité et inhabitable, / parce que les canaux de ce Jardin avoient endommagé les fondements des murs et des voutes du rez-de-chaussée / dud. Château / et que la vapeur de ces eaux / avoit pourri les planchers au premier et second étage. [...] L'inutilité de ce château ayant été démontrée, il avoit été arreté / de ne point faire la dépense nécessaire pour le réparer / d'autant que l'on pourroit tirer du prix des matériaux des bois de charpente / une somme de huit à neuf mille livres [...]. ». Archives Nationales R4 915, pièce c, cité dans Diane TIMMER, Rapport de synthèse, Paris, octobre 1985. au milieu du , pour laisser place à une maison de jardinier et à un colombier. Ce dessein n’est heureusement pas accompli ; le pavillon est conservé, mais commence une lente transformation intérieure, passant de la configuration d’un pavillon de fêtes à celle d’une habitation bourgeoise. Les jardins évoluent vers d’autres utilisations : cultures vivrières et une pépinière d’« arbres pour planter les routes »Cette mention apparaît dans la légende du Plan de la ville de Joinville, sur lequel on a tracé deux projets lavés en jaune pour que le conseil décide celui qui doit servir dans la traverse de cette ville / au grand chemin de Flandres en Bourgogne / passant par Reims, Chaslons, Vitry, Saint-Dizier, Joinville, Chaumont et Langres. 1755. Archives départementales de la Haute-Marne, C 101. y est implantée. Mais, le bouleversement majeur que connaissent ces jardins est d’être amputés de moitié de leur surface, par la construction d’une route royaleIbid. passant en leur centre. La parcelle ainsi isolée du pavillon devient une promenade publique, le parc du Petit Bois.
En 1791, l’officier de cavalerie Raphaël-Hippolyte-François de Thosse (1751-1832) acquiert le domaine. La jouissance de sa nouvelle propriété est de courte durée : noble, il doit s’enfuir en Angleterre, tandis que son épouse, Antoinette née de Roussel (1758-1832) et leurs deux filles affrontent à Joinville la période révolutionnaire.
La dernière grande famille propriétaire est celle du maître de forges meusien Pierre-Hyacinthe-Félix Salin (1809-1878), qui acquiert le domaine en 1856. De grands travaux sont entrepris : réalisation de six grandes lucarnes, d’une balustrade en toiture et d’un escalier principal à volées doubles ; de nouveaux aménagements intérieurs sont exécutés. Dans les jardins, les douves sont comblées au profit de la création d’une rivière artificielle et d’une pièce d’eau. Des essences d’arbres exotiques que l’on aimait alors collectionner sont implantées. Peu à peu, le pavillon disparaît des regards extérieurs, protégé par un rideau de verdure. Un parc romantique, conçu comme une succession de tableaux offre des points de vue pittoresque sur le pavillon https://52.agendaculturel.fr/exposition/joinville/exposition-jean-joseph-picore-grand-maitre-de-l-arboriculture-en-lorraine.html Agenda 52 - Jean-Joseph Picoré, Grand maître de l'arboriculture en Lorraine. En 1907, la famille Salin sollicite le pépiniériste et paysagiste nancéien Jean-Joseph Picoré.
Le domaine passe tant bien que mal les deux guerres mondiales ; la seconde étant plus dévastatrice de par les activités des armées d’occupation. En 1945, on signale que « le château occupé par des militaires de toutes nationalités est dans un état lamentable »Extrait d’une lettre de M. Auzas, datée de 1945, Archives des Monuments Historiques, citée dans Jean-Michel MUSSO, Étude préalable, Restitution des toitures du , Rapport de synthèse, janvier 1993, .. Après guerre, les descendants du maître de forges parent au plus pressé, et restent propriétaires jusqu’en 1978, où le Département acquiert le domaine ; cette acquisition étant reconnue d’utilité publique et urgente par un arrêté du Préfet de la Haute-Marne en date du .
À partir de ce moment-là, c’est une seconde renaissance que connaît le domaine.
Architecture
Le pavillon de l’extérieur gauche|vignette|502x502px|Le Château du Grand Jardin Le château du Grand Jardin a été bâti selon des critères architecturaux en vogue dans le royaume de France sous le règne de François . Cette architecture se caractérise par un édifice s’articulant autour d’un module unique et des principes géométriques simples :
un plan rectangulaire et une élévation tendant à la symétrie, à la régularité et à la cohérence des volumes ;
une répartition rythmique de la façade en trois parties, mettant l'accent sur l'axe de symétrie, la porte d'entrée, dont la structure rappelle celle de l'arc de triomphe ;
une travée rythmique composée de deux éléments principaux : les grandes fenêtres à croisée alternent avec le couple niche/pilastres cannelés, le tout réuni par un entablement très orné ;
l'emploi des ordres et du vocabulaire ornemental inspiré de l’Antiquité gréco-romaine.
À l’origine, l’architecture proposait de nombreuses verticales, dont l’effet a été amoindri par les modifications des : chaque grande baie était surmontée, en toiture, d’une lucarne, elle-même surmontée d’un entablement et de tabernacles finement ouvragés. Trois tours, sans doute à trois hauteurs différentesConstruites pour deux d’entre elles (au sud et à l’est) entre 1546 et 1575, et après 1575 pour la troisième côté nord, in Diane TIMMER, ibid., « tiraient » l’édifice vers le haut. Celles-ci disparurent au cours du . Les lucarnes actuelles, la balustrade de pierre en toiture ainsi que l’escalier principal datent du . vignette|Scène de combat à l'antique - façade principale. Peut-être encore plus que l’architecture, le décor ornemental des façades est d’une richesse et d’un foisonnement remarquables ! Trois thématiques sont traitées :
la guerre, la victoire, la paix et la renommée ;
le jardin et son abondance : prospérité et fécondité ;
la généalogie.
Tout concourt à représenter le pouvoir établi sur son territoire et au-delà par le nouveau duc de Guise. Il s’agit d’une architecture de triomphe, destinée à la glorification de Claude de Lorraine" L'ensemble du décor a été conçu à sa gloire, tel un empereur romain faisant représenter ses faits d'armes sur l'arc de triomphe. " in Hélène BILLAT, Joinville, Le château du Grand Jardin, Itinéraires du Patrimoine, Éd. Dominique Guéniot, 2005, ..
Si le nom de l'architecte du Grand Jardin est inconnu, il s'est en revanche inspiré des traités d'architecture de l’italien Sebastiano Serlio, et notamment des planches de son Quatrième Livre, paru en 1537 et traduit en français en 1542. Quant aux décors sculptés sur les façades, leur attribution reste hypothétique. Le lorrain Ligier Richier, l’italien Dominique Florentin et Jean Le Roux, dit Picart (actif milieu s.) sont le plus souvent cités. Les artistes se sont inspirés des gravures de l’École de Fontainebleau (cartouches, putti, termes, scène de combat). De nombreux éléments de décor évoquent également les gravures du Discours du Songe de Poliphile.
Le château du Grand Jardin contribue de manière précoce à la naissance du concept nouveau de « château de plaisance ». Ce type de construction restera exceptionnel ; le château du Grand Jardin l’est d’autant plus, aujourd’hui, qu’il a été préservéJean-Michel MUSSO, ibid. : « Si la France a conservé la mémoire de nombreux châteaux de cette époque, les demeures de plaisance, dépendances situées à proximité du château même, sont plus rares. Cette nouvelle mode qui s’était développée avec les voyages en Italie et le goût pour les jardins de plaisir, avait entraîné l’apparition d’un certain nombre d’ouvrages de ce type. Mais leur caractère de construction à la mode, justement, souvent de dimensions beaucoup plus modestes que les châteaux, a peut-être favorisé leur disparition rapide ou leur oubli. Elles ont laissé moins de traces dans les recueils d’ouvrages, dans les traités, dans les dessins et gravures, qui s’attachaient à représenter surtout la grande demeure accompagnée de l’ensemble du jardin. ».
L’aménagement intérieur Le pavillon est constitué d'un rez-de-chaussée surélevé : les deux tiers de ce niveau unique sont occupés par une vaste salle – la salle d’honneur, destinée aux bals et réceptions des ducs de Guise. Celle-ci recevait, à ces occasions, un décor somptueux mais sans doute éphémère.
Le tiers restant correspond à l’appartement ducal, une pièce dans laquelle les ducs de Guise pouvaient se retirer pour travailler ou se reposer.
Au-dessus de ce rez-de-chaussée, court un grand comble sur toute la longueur du pavillon.
Au sous-sol se situaient cuisines, celliers et caves. Un escalier-à-vis dessert, à chaque extrémité du pavillon, les différents niveaux.