André Daix, né André Delachanal le à Dreuil-Hamel (Somme) et mort le à Vincennes, est un auteur de bande dessinée français.

Après avoir travaillé dans l’animation, dans les années 1930, il se recentre sur le dessin de presse en publiant des dessins humoristiques. Il connaît un grand succès en créant en 1934, Les Aventures du Professeur Nimbus. Quelques années plus tard, il adhère au mouvement franciste et s’engage dans la collaboration avec l’Allemagne nazie durant la Seconde Guerre mondiale. Inquiété après guerre, il choisit la fuite pour éviter les représailles. Il continue le dessin tout en délaissant un peu la bande dessinée sous de fausses identités notamment au Portugal et en Amérique du Sud. Après une vie précaire durant ces années d’exil, il est de retour en France où il continue de dessiner pour la presse jusqu’à sa mort en 1976.

André Daix : de ses débuts à la consécration D’André Delachanal à André Daix André Pierre Delachanal naït à Dreuil-Hamel, ancienne commune française du département de la Somme, le dans la ferme de ses parents. Il est issu de la classe populaire. Il effectue les premières années de sa scolarité dans la commune voisine d’Oisemont puis à Aumale au sein du collège privé Saint-Joseph. En , après avoir obtenu son brevet de capacité de l’enseignement primaire, il devient instituteurAntoine Sausverd et Léonard De Sa, « Aventures et Mésaventures d’André Daix », Le Collectionneur de bandes dessinées, printemps 2007, , .. C’est durant cette période qu’il quitte la ferme de ses parents pour tenter sa chance à Paris. Durant quelque temps, il parvient à gagner un peu d’argent en vendant des journaux dans les rues de la capitale puis il part travailler à l’étranger comme illustrateur et journaliste. En 1919, il se trouve au Royaume-Uni et est diplômé de la John Hassal Correspondence School of Art de Londres. À partir de ce moment-là, il commence à publier plusieurs de ses dessins dans le Gest Journal, une revue publicitaire pour les représentants de l’entreprise Gestetner. En 1923, il est de retour en France pour y effectuer son service militaire.

En 1924, il se marie avec une vendeuse lilloise, Germaine Van Aken, et leur fille Yvonne naît l’année suivante. La famille s’installe aux Pays-Bas et en 1928 c’est la naissance de son fils François. De 1928 à 1929, il travaille pour le quotidien d’Amsterdam Algemeen Handelsblad. En 1929, tandis que femme et enfants s’installent dans le Val-d'Oise actuel, André Delachanal travaille à Paris. Son fils Jean naît en 1931. Durant cette période, il essaye de percer dans l’animation et de se faire un nom, et adopte un pseudonyme. Dans un premier temps, il signe D’Aix en référence au nom de famille de sa femme : Van Aken qui signifie en français «de la ville d’Aix-la-Chapelle»Antoine Sausverd et Léonard De Sa, « Aventures et Mésaventures d’André Daix », Le Collectionneur de bandes dessinées, printemps 2007, , . . Entre 1929 et 193, il réalise six courts métrages avec des chiens comme héros : Zut Détective, Zut chez les Sorcières, Zut chez les sportifs, Zut avocat, Zut épouse Flûte, Zut, Flûte et Trotte en famille, mais cette production ne remporte pas le succès escompté. Il retourne vers le dessin de presse et commence à publier des dessins humoristiques : en 1929 dans Le Pêle-Mêle et Pierrot, dans L’Almanach en 1931. Le héros de ses dessins est souvent « Le père Lafraise » mais c’est véritablement en 1934 qu’il connaît un succès international.

Les Aventures du Professeur Nimbus : un succès incontesté En 1934, la carrière d’André Pierre Delachanal, désormais signant sous le nom d’André Daix, démarre réellement. Il crée le personnage du Professeur Nimbus pour l’agence de presse Opera Mundi de Paul Winkler, qui lui demande de créer une bande comique pour le quotidien Le Journal. Pour créer le personnage de Nimbus, André Daix s’inspire de deux modèles. D’Adamson d’Oscar Jacobsson, il emprunte l’idée d’un personnage presque chauve à l’exception de quelques cheveux sur le crâne, et de Pitche d’Aleksas Stonkus il reprend l’idée d’un décor épuré mais pas négligéJean-Claude Glasser in : Daix André, Les Aventures du Professeur Nimbus 1934-1940, Futuropolis, 1985, . . Le succès est immédiat. Ce strip muet apparaît pour la première fois le dans Le Journal sous le nom de Les Aventures du professeur Nimbus. La bande est adaptée en dessins animés en 1936. Il est par la suite publié dans Le Matin de à .

De 1936 à 1939, les éditions Hachette publient six albums des Aventures du Professeur Nimbus. La maison d’éditions développe une politique d’albums destinés à la jeunesse dès les années 1920. Elle collecte notamment des albums transmédiatiques que l’on peut classer en trois catégories. On retrouve les bandes dessinées françaises paraissant dans la presse nationale, hebdomadaire comme la production d’Alain Saint-Ogan avec Zig et Puce, ou encore Les Aventures du Professeur Nimbus d’André Daix. On retrouve par ailleurs des comics strips comme Felix le Chat, Pim Pam Poum ou encore Tarzan, et enfin la production des studios Disney composée de dessins animés adaptés en bandes dessinéesJulien Baudry & Marie-Pierre Litaudon, « Hachette entre héritage et renouvellement (1920-1960) : comment « faire collection » face au défi des albums « transmédiatiques » ? », Strenæ 11, octobre 2016.. C’est dans cette volonté de développer une politique d’albums depuis les années 1930 que l’on retrouve cette production hétérogène. Les œuvres d’André Daix sont publiées dans une période où la production d’Hachette est dominée par la production Disney et par celle d’Alain Saint-Ogan.

Pour revenir aux Aventures du Professeur Nimbus, il convient de mentionner que c’est une des rares bandes à être publiée dans la presse américaine. En effet, elle est éditée dans quelques journaux de provinces de 1938 à 1940. Après la Libération, Nimbus apparaît le dans Résistance sous la signature de J. Darthel. C’est en réalité un pseudonyme qui regroupe un ensemble de dessinateurs anonymes parmi lesquels Rob-Vel, de son véritable nom Robert Velter, qui assure les bandes de 1970 à 1974Antoine Sausverd et Léonard De Sa, « Aventures et Mésaventures d’André Daix », Le Collectionneur de bandes dessinées, printemps 2007, , . . En 1985 c’est au tour des éditions Futuropolis de publier dans leur collection Copyright l’ensemble des Aventures du Professeur Nimbus de la période allant de 1934 à 1940. Opera Mundi choisit d’arrêter de produire la série après le départ de Rob-Vel en 1974.

Cependant, Nimbus n’a pas réellement disparu de la presse puisque Le Progrès de Lyon en propose une sélection depuis le Patrick Gaumer & Claude Moliterni, Dictionnaire mondial de la bande dessinée, Paris, Larousse, 2001, .. Il constitue une reprise des gags conçus entre 1990 et 1991 par Pierre Le Goff qui reprend la série pendant une dizaine d’années à partir de 1981. Le héros, prénommé Nimbus, est d’apparence sérieuse, chauve à l’exception d’un cheveu dressé sur le haut de crâne en forme de point d’interrogationAlain Beyrand, Hop, , janvier 1990, . . Il incarne le prototype du savant distrait qui fait beaucoup rire le lectorat. Nimbus est vêtu d’une queue-de-pie avec un nœud papillon et des souliers vernisPatrick Gaumer & Claude Moliterni, Dictionnaire mondial de la bande dessinée, Paris, Larousse, 2001, .. Les histoires sont courtes et rassemblent une succession de gags pour distraire les lecteurs. En effet, lorsqu’il ne dispense pas des cours, il exerce des activités diverses comme chef d’orchestre, garçon de café, chirurgien ou encore explorateur. Par ailleurs, l’absence de bulle semble accentuer le côté mime du personnageJean-Claude Glasserin : Daix André, Les Aventures du Professeur Nimbus 1934-1940, Futuropolis, 1985, .. Les décors sont limités, tout comme le nombre de personnages secondaires. La série est anodine politiquement à l’inverse d’autres productions d’André Daix et c’est une des bandes quotidiennes les plus connues par sa longévité et son humour simplement visuel.

Une œuvre abondante jusqu’au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale Après le succès des Aventures du Professeur Nimbus, la collaboration d’André Daix avec Opera Mundi continue. Il s’agit davantage d’une production à destination de la jeunesse. L’agence de presse lui confie la réalisation des Aventures des Fratellini, une planche hebdomadaire reprenant les trois clowns Fratellini en l’adaptant en bandes dessinées. La bande est publiée de 1935 à 1937 dans Ric et Rac. À la différence des Aventures du Professeur Nimbus, il ne s’agit pas d’une bande dessinée muette. La bande, en noir et blanc, met en scène les aventures de trois clowns. Elle est présente sur une demi-page du journal. Elle est courte puisqu’elle est à destination des enfants comme cela est mentionné sur la page du journalAndré Daix, Les Aventures des Fratellini, Ric et Rac, , 16 novembre 1935. . Des points communs avec le reste de sa production sont à mentionner. En effet, tout comme dans Les Aventures du Professeur Nimbus, on retrouve la présence d’un décor simple mais présent ainsi que des personnages secondaires restreints au minimum. Par exemple, dans la publication de , les trois clowns sont seulement accompagnés d’un aviateur pour leur permettre d’arriver à destination.

En 1936 pour Le Turbulent, André Daix crée deux bandes : Saladin, bande dessinée muette dont le personnage principal est inspiré de Nimbus, qui parait aussi dans Marseille Matin de 1937 à 1939, ainsi que Les Exploits de Taupinet une série animalière. Cette série porte la marque du dessin d’André Daix et présente elle aussi des ressemblances frappantes au niveau du dessin des personnages avec Les Aventures du Professeur Nimbus. Nous retrouvons le même coup de crayon, les mêmes formes de visage et le décor sommaire. En 1939 Daix publie Polycarpe pour L’Auto. De plus, pour Opera Mundi, il publie Chiffonnette dans Paris-Soir de 1939 à 1940. Ce n’est pas une bande dessinée au service de l’effort de guerre mais plutôt une bande pour distraire le lectorat, à l’inverse de la production engagée qu’il publie durant la Seconde Guerre mondiale. Chacune de ces séries est composée d’une succession de vignettes sans phylactères : ce sont donc des bandes muettesPatrick Gaumer & Claude Moliterni, Dictionnaire mondial de la bande dessinée, Paris, Larousse, 2001, .. Chiffonnette représente la naïveté et l’insouciance d’une jeune fille qui est là pour divertir la gent masculine et pour profiter de la vie durant cette période où les effets de la guerre ne se font pas encore cruellement sentir. Si elle reste dans un registre divertissant et léger, la bande n’est pas en premier lieu destinée à la jeunesse comme ce fut le cas des bandes présentées précédemment.

Un dessinateur engagé Un militant antisémite de la première heure