Urtzi, également connu sous les formes Ortz, Ostri ou Ost (prononcer « ourtsi »), occupe une place singulière dans l'imaginaire et la langue basques. Tantôt présenté comme une divinité céleste, tantôt comme une personnification de la voûte du ciel, il est associé aux manifestations atmosphériques majeures (tonnerre, éclairs, tempêtes et lumière céleste) qui structurent la relation symbolique entre le ciel et le monde terrestre dans la mythologie basque.
Cette importance se reflète dans l'abondance du vocabulaire basque dérivé de la racine ortz- ou urtz-, utilisé pour désigner divers phénomènes météorologiques. Le tonnerre est ainsi représenté par Odei, Ortzantz ou Ozkarri, tandis que les rayons et éclairs sont désignés par Iñizitu, Oaztagi, Ostargi (ortzi + argi, signifiant « ciel de lumière ») ou Tximistarri. Les arcs-en-ciel portent également des noms issus de cette racine, tels que Ostadar, Ortzadar ou Ortzeder, témoignant de la persistance d'une conception sacrée du ciel.
Certains phénomènes météorologiques attribués à la force d'Urtzi comportent l'élément in en basque, comme inusterri (éclair), inhar (tonnerre), iñetazi (grêle) ou indriska (pluie battante). En Biscaye, un lexique abondant commençant par egu- est également attesté. Ces éléments linguistiques révèlent l'ampleur et la diffusion de l'exaltation du ciel dans les différentes régions du Pays basque.
La première mention écrite connue du terme remonte au XIIe siècle. Aimery Picaud, dans le Codex Calixtinus, consigna que le nom basque du Dieu chrétien était Urcia, mention à l'origine de nombreux débats historiographiques et linguistiques. Il écrit :
Dans les dialectes basques, les traces d'un culte ou d'une exaltation du ciel révèlent qu'Urtzi était associé aux pouvoirs de la tempête, tout en entretenant un lien étroit avec la voûte céleste et la lumière du jour. Deux jours de la semaine lui sont consacrés dans la tradition basque : osteguna (ortzeguna) et ostirala (ortziralea). Avec la christianisation du Pays basque, Urtzi fut progressivement identifié au dieu chrétien, tandis que le terme d'origine latine zeru (« ciel ») fut emprunté.
En basque, Ortzi signifie « ciel », « firmament » ou « tonnerre ». Plusieurs dérivés illustrent encore son rôle symbolique, comme Orzgorri (ortzi + gorri), signifiant « ciel rouge », ou Ostegun (ortzi + egun), littéralement « jour de tonnerre ».
Sous l'égide d'Urtzi Ortzi Ortzi : de divinité céleste à voûte du ciel alt=Arc-en-ciel, vestige de la croyance en Ortzi-Urtzi|vignette|Arc-en-ciel, la corne d'Ortzi, vestige du souvenir d'un ancien dieu
Urtzi, également nommé Ortzi, est présenté dans la tradition basque comme une divinité céleste et un générateur de tempêtes. Selon Robert Lawrence Trask dans son ouvrage The History of Basque, Urtzi personnifie la voûte céleste et la lumière céleste. Il est capable de projeter sur la Terre différentes manifestations selon son humeur : la pluie lorsqu'il est triste, le brouillard lorsqu'il est honteux, l'éclair et le tonnerre lorsqu'il est en colère, et la nuit noire lorsqu'il dort. En outre, il repousse les forces maléfiques nocturnes et occupe une place centrale dans les célébrations du solstice. Urtzi est également représenté dans divers travaux artisanaux et symbolisé par le lauburu.
La première mention écrite d'Urtzi remonte au XIIᵉ siècle dans le Codex Calixtinus, un manuscrit médiéval attribué à Aymeric Picaud, qui compile des textes et des mots basques recueillis lors d'un pèlerinage vers Saint‑Jacques‑de‑Compostelle. Dans un petit glossaire basque‑latin du Codex, Picaud consigne la forme latine « et Deus uocant Urcia », traduisible par « et ils appellent Dieu Urcia ». Cette attestation constitue l'une des plus anciennes sources écrites dans lesquelles apparaît un terme apparenté à Urtzi ou Ortzi et a servi de point de départ aux discussions sur ce mot dans l'histoire du basque : le radical urtz- ou ortz- est associé dans d'autres mots basques anciens à des phénomènes célestes ou météorologiques, suggérant une relation linguistique avec le ciel ou les orages. Dans l'analyse étymologique, on décompose urtzi en urtz- + i, où urtz dériverait de ortz signifiant « ciel », de sorte que urtzi peut être interprété comme « celeste » ou « du ciel ».
Cependant, l'interprétation de ce glossaire reste débattue : cette traduction a suscité de nombreux débats. Certains chercheurs, comme Garate et Bähr, suggèrent qu'il s'agissait d'une confusion, l'interlocuteur ayant montré le ciel pour désigner Dieu. D'autres estiment que, vu la précision des autres traductions, le terme pourrait correspondre au nom authentique du Dieu catholique. Certains spécialistes proposent également que Picaud, cherchant à obtenir le mot basque pour « Dieu », ait simplement obtenu le terme pour « ciel », ce qui expliquerait pourquoi il a écrit « Deus uocant Urcia ». Il n'existe par ailleurs aucune mythologie médiévale ou récit ancien attestant l'existence de légendes élaborées autour d'un « Dieu Urtzi » en tant que figure divine distincte, ce qui renforce l'hypothèse selon laquelle Urtzi pourrait n'avoir été qu'un mot courant pour désigner la voûte céleste dans le basque ancien plutôt qu'un nom de divinité anthropomorphique. Cependant, la majorité des chercheurs s'accorde à considérer Urtzi comme une appellation de la voûte céleste.
Au XIXe siècle, les locuteurs du roncalais utilisaient le terme ortzea ou ortzia pour désigner le ciel. D'autres dialectes basques comportent également des mots composés contenant l'élément « ortze », vestiges de croyances anciennes, comme le souligne Julio Caro Baroja en citant Arturo Kanpion. vignette|Urtzi, un dieu « ciel-tonnerre » En 1976, la première Bible rédigée en basque par l'abbé Jaime Kerexeta emploie le terme ortzi pour la voûte céleste, au lieu de zeru, notamment dans la Genèse (1,14-15) :
Différents chercheurs ont proposé des interprétations variées d'Ortzi. Selon Juan Inazio HartsuagaJuan Inazio Hartsuaga est un anthropologue et essayiste basque contemporain, spécialiste de la mythologie basque comparée et de ses liens avec les traditions indo-européennes., Ortzi serait un espace vide, une scène où se manifestent les forces des divinités terrestres ; malgré leurs passages et manifestations depuis le ciel, ces divinités résident sur terre, notamment sur les sommets des montagnes, dans les grottes, les sources et les forêts.
Pour Joseba AurkenerenaJoseba Aurkenerena est un professeur de langue et de littérature basques, écrivain et chercheur né à Donostia/Saint-Sébastien en 1956, connu pour ses ouvrages et conférences sur les croyances traditionnelles et la mythologie basque ainsi que pour son engagement dans la transmission de la culture basque., Ortzi représenterait la totalité, un contenant infini englobant les éléments fondamentaux — feu, terre, air et eau — et abritant Amalur, Amaitsaso, Eguzki et Ilazki.
Les traces d'Ortzi dans les phénomènes de tempête L'éclair et le tonnerre alt=Témoin d'Ortzi|vignette|Après l'éclair vient le tonnerre En basque, certains phénomènes de tempête liés à la force d'Urtzi portent le préfixe « in » : Inusterri (éclair) Inhar ou ostotsa (tonnerre) Iñetazi (grêle) Indriska (pluie battante) Intza (rosée ou humidité matinale)
Le préfixe « in » se retrouve aussi dans Inkoa, forme labourdine désignant Dieu. Toutefois, il pourrait provenir du verbe egin (« faire »).
Le mot ortots, signifiant le bruit d'Ortzi, désigne le tonnerre, établissant ainsi un lien évident. D'autres termes relatifs au tonnerre et à l'éclair sont également rattachés à Ortzi :
Tonnerre : ostots, ostroi, ortzantz, ozmib, ortziri, iortziri, iurtziri, yurtziri, yusturi, iñusturi, iñusterri, ozminarri, ozkarri Éclair : iñizitu, iñezetu, oiñaztu, oneztu, oneztarri, onaztar, oñazkar, ozpiñarri, ozme, tximistarri
Selon Julio Caro Baroja, ces termes renvoient à trois domaines principaux : le ciel, Dieu et le tonnerre.
La corne d'Ortzi / Ostri À Oñati, la tempête et l'arc-en-ciel partagent le même terme : ostroi. D'autres appellations incluent ostadar, ortzadar, ortzeder, ostarka, oztil, uztagi (pont de Rome, corne de la mer…).
vignette|À Hondarribia, un double arc-en-ciel est appelé « le mariage des renards »
Bähr rapporte qu'à Hondarribia, l'arc-en-ciel double est nommé « le mariage des renards » (semblable au rifain thamr´era bussen, « noces du chacal »). À Oñati, on croyait que passer sous l'arc-en-ciel pouvait changer de sexe, croyance également présente en Europe du Nord. L'arc-en-ciel pouvait aussi provoquer la castration, en raison de la connotation du mot « corne » en latin, associé à des idées sexuelles et maléfiques.
Antonia González del Valle, de Tereñes, décrit un rituel pour « castrer » l'arc-en-ciel : Faire sept ou neuf nœuds sur un fil. Creuser un trou et y enterrer le fil. Piétiner et écraser le fil. Répéter la formule : - Castre-le !… Castre-le !… Castre-le ! Retirer le fil une fois l'arc-en-ciel détruit.
Selon Julio Caro Baroja, l'arc-en-ciel aurait pu être perçu comme le signe du médiateur créateur du ciel, devenu au fil du temps un être maléfique.
Superstitions autour de la pierre de foudre et protection contre les tempêtes alt=Hache en silex d'Ochancourt (Somme, France)|vignette|La pierre de foudre, appelée Cenauria en latin, correspond à une hache ou un couteau en silex
On croyait que lorsqu'un chêne, hêtre ou frêne était frappé par la foudre, une pierre de foudre s'enfonçait dans le sol sur une profondeur de sept estatu (≈1 400 m) et remontait progressivement chaque année d'un estatu (≈200 m). Après sept ans, elle réapparaissait à la surface sous la forme d'une hache ou d'un couteau paléolithique, pris pour une pierre de foudre par les ignorants.
Les habitants plaçaient cette pierre à l'entrée de leur maison lorsque la tempête approchait, tranchant vers le haut, afin de protéger les lieux et les occupants. Cette pratique était courante à Mañaria, Laudio, Urrialdo, Nafarrate, Elduain, Ataun, et dans d'autres régions d'Europe.
Certains considéraient la pierre de foudre comme une hache en fer ou en bronze. Barandiaran note que :
Actualisation d'Ortzi
Ces propos de Julio Caro Baroja rejoignent les observations de Robert L. Trask : une relation existerait entre « Ortz » et « Egu » pour désigner le ciel. Selon Robert Lawrence Trask, ayant été autrefois vénéré comme personnification de la voûte céleste ou de la lumière du ciel, le préfixe « in » (présent dans Inusterri, Inhar, Iñetazi, Indriska et Intza) pourrait être lié à Inko, forme abrégée de Jainko (« Dieu »).
En biscayen, le lexique autour de Egu pourrait avoir une signification équivalente. Le basque consacre même deux jours de la semaine à cette entité : osteguna (ortzeguna) et ostirala (ortziralea).
Adieu Joanes ! alt=Salomé, fille d'Hérodiade, portant la tête de saint Jean|vignette|Selon Flavius Josèphe, la fille d'Hérodiade aurait pu s'appeler Salomé, puisque dans le Nouveau Testament seul le nom de la mère apparaît. Quand les prières au Soleil sont transformées en prières à Joanes, on voit un syncrétisme : la figure chrétienne de Jean le Baptiste reprend le rôle solaire d'Urtzi dans les rituels quotidiens. Le récit chrétien est repris et superposé aux croyances locales. Jean le Baptiste devient un intermédiaire symbolique entre le Soleil (Eguzki) et le monde humain. Ici, la figure de Jean/Joanes est en quelque sorte “solarisée” : il guide la lumière et le jour, un rôle que le Soleil jouait auparavant dans la mythologie basque.
Selon Jose Maria Satrustegi, dans certains villages, les prières à Eguzki Amandre (soleil) sont remplacées par celles dédiées à saint Joanes (Donibane). Satrustegi rapporte un exemple à la ferme Borderre d'Ondarrola :.
Jean le Baptiste