vignette|Un chiropraticien effectuant une manipulation vertébrale. La manipulation vertébrale est une technique manuelle médicale définie par Robert Maigne.https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1169833012001937 comme une ..
Cette définition exclut donc les techniques de mobilisation, les étirements, les tractions, les massages et les techniques myotensives.
La manipulation vertébrale est une manœuvre forcée contrairement à la mobilisation qui est non-forcée. En France seuls les médecins ayant suivi une formation en ostéopathie, les ayant un certificat de non contre-indication et les chiropracteurs sont habilités à ces manœuvres forcées au niveau du rachis cervicalDécret du 7 janvier 2011 relatif aux actes et aux conditions d'exercice de la chiropraxie sur Légifrance : Décret du 25 mars 2007 relatif aux actes et aux conditions d'exercice de l'ostéopathie sur Légifrance
La manipulation vertébrale est indiquée en cas de douleur du rachis en rapport avec un ou plusieurs dérangements intervertébraux mineurs, qui semble la conséquence de la contracture maintenue de certains faisceaux des muscles mono ou paucisegmentaires (multifidus et rotateurs).
La règle de la signifie que toute manipulation vertébrale doit se faire dans la direction trouvée libre et indolore à l'examen, donc à l'opposé du mouvement passif douloureux..
Les manipulations de l'articulation sacro-iliaque ainsi que celles concernant les articulations des membres (articulations périphériques) ont des particularités propres et sont pour l'instant moins codifiées que les manipulations vertébrales.
Définition
La manipulation vertébrale est un traitement des douleurs communes mécaniques d'origine rachidienne, à côté des autres moyens thérapeutiques que sont par exemple l'utilisation de médications, de ceintures ou corsets, des infiltrations, de la kinésithérapie, de la chirurgie.
Il s'agit donc d'une technique médicale, ostéopathique et chiropratique, bien codifiée, et enseignée en faculté de médecine dans le cadre du Diplôme Inter-Universitaire de médecine manuelle-ostéopathie délivré par 14 facultés de médecine, une école ostéopathique ou dans une école chiropratique (2 écoles en France à Ivry-sur-Seine et Toulouse).
Historique
S'il est difficile de retrouver une filiation historique parmi les courants très divers ayant développé des méthodes manuelles de soins, il est plus clair de différencier les théories en marge de la médecine, de celles s'étant intégré dans les cursus universitairesGuy Piganiol et coll, Les manipulations vertébrales, Gemabfc Dijon, 1987, ..
Le courant non médical est le plus ancien, avec l'invention de certains gestes pour tenter d'agir sur des douleurs d'origine musculo-squelettique; l'histoire est en effet truffée de rebouteux, rhabilleurs (en France) ou bone setters (en Angleterre), certains célèbres (Pierre Brioude (1832-1907) possède même sa statue dans son village natal de NasbinalsLa vie de Pierre Brioude, le exerçait ses talents à Muzillac dans les années 1920.) ; malheureusement le don n'étant pas transmissible, les techniques se perdaient avec l'inventeur... Seule la création d'un enseignement pouvait faire perdurer et perfectionner une méthode, ce qui fut fait pour la première fois aux États-Unis par Andrew Taylor Still (1828- 1917), médecin qui eut le mérite de retrouver (au contact d'indiens ou de ), codifier ou inventer nombre de techniques ingénieuses ; malheureusement la douleur de la perte de ses trois enfants en 1864 (méningites) le fera se détourner de la médecine impuissante à l’époque et utiliser ses techniques manipulatoires et sa conception profondément religieuse du monde pour créer un système médical holistique qu'il appela ostéopathie ; il n'hésita pas à la fin de sa vie à déclarer qu'il pouvait AT. Still, Autobiography -- with a history of the discovery and development of the science of osteopathy, New York, Arno Press and the New York Times, 1972. Le créateur du second courant américain, la chiropraxie, n'est pas médecin : David Daniel Palmer (1845-1913), apiculteur puis épicier, s'installe en 1886 à Davenport comme magnétiseur puis conçoit une théorie de la vertèbre déplacée comme entrave primordiale au bon fonctionnement organiqueF. Le Corre, S. Heldemann, La Chiropraxie, , Presses universitaires de France, 1986 ; il crée lui aussi une école en 1897 accordant une place importante aux radiographies (premiers clichés full spine en 1918). La situation actuelle aux États-Unis est une ostéopathie ayant intégrée le cursus universitaire, les Doctors of Ostéopathic Manipulative Medicine ou D.O.s américains étant médecins à part entière, avec accès à toutes les thérapeutiques, et possibilités de spécialisation médicale ou chirurgicale ; au contraire, la chiropraxie reste enseignée dans des écoles privées, le premier programme universitaire de Doctorat en Chiropratique aux États-Unis ouvre en . Ailleurs dans le monde des universités délivrent ce diplôme comme au Canada, en Australie, au Japon, au Royaume-Uni, au Danemark ou en Suisse.
Le courant médical considère les techniques manuelles comme une thérapeutique complémentaire aux autres, avec ses indications et ses contre-indications ; il ne s'agit donc pas de remplacer une médecine par une autre, mais d'évaluer l'apport de ces techniques par des études contrôlées afin de déterminer le service médical rendu et le rapport bénéfice-risque ; est d'avoir avec le Robert Maigne crée le premier enseignement universitaire de thérapeutique manuelle en 1971 à l'hôtel-Dieu de Paris, ayant abouti en 1997 à la création nationale d'un diplôme interuniversitaire de médecine manuelle-ostéopathie. Il est donc paradoxal que les lois Kouchner de 2002 officialisent l'accès de l'ostéopathie et de la chiropraxie à des non-médecins, malgré les recommandations de l'académie de médecine et du conseil de l'ordre des médecinsRapport de mission du Bertrand Ludes sur l'ostéopathie et la chiropraxie, 2007 (impossibilité de différencier ce qui est fonctionnel de ce qui ne l'est pas sans bagage médical solide, impossibilité du choix du meilleur traitement quand la seule réponse est , perte de temps lorsqu'une thérapeutique autre que manuelle est nécessaire...).
Principes
L'indication d'une manipulation vertébrale est posée par le médecin après un examen médical complet, examen général pour éliminer une maladie non mécanique (inflammatoire, infectieuse, tumorale...) puis examen orthopédique à la recherche de troubles posturaux et de dérangement intervertébral mineur ; la recherche de signes unilatéraux est essentielle (douleurs des tissus sous-cutanés, des structures ligamento-musculaires ou articulaires, contractures, signes de blocage unilatéral lors de certaines manœuvres cinétiques) puisqu'elle déterminera le sens de la manœuvre, selon l'effet désiré (voir ci-après les modes d'action) et selon les possibilités que donne la règle de la non-douleur et du mouvement contraire; la radiographie préalable est un sujet de discussion (systématique en dessous de 25 ans, et pour le rachis cervical pour tous les âges selon la SOFMMOO).; La préparation à une manipulation comprend une mise en confiance par l'explication du geste, puis des manœuvres de détente (massages, mobilisations).
La manipulation proprement dite s'effectue lorsqu'un bon verrouillage des segments articulaires sus et sous-jacent est obtenu, et lorsque le relâchement du patient est suffisant ; l'impulsion peut être minime lorsque ces deux conditions sont obtenues.
Mode d'action des manipulations
Plusieurs modes d'actions peuvent être retenuesP. Vautravers, JY. Maaigne, Mode d'action des manipulations vertébrales, Rev Rhum, 70 (2003) : 713-719 : Un étirement des muscles paravertébraux, notamment des muscles profonds (transversaire épineux), dont la contracture réflexe maintenue semble le mécanisme essentiel dans la dysfonction segmentaire ; les muscles étirés seront ceux du côté le plus symptomatique (douleur, signes réflexes); par exemple, pour bien étirer les muscles droits si la lombalgie est à droite, on choisira une manœuvre en rotation-latéro-flexion gauche des épaules, avec une composante en flexionJY. Maigne, Manipulation lombaire et règle de la non douleur. Rachis lombaire et thérapies manuelles, Sauramps medical, 2006, . Un écartement des articulations postérieures (responsable du bruit de craquement par phénomène de cavitation gazeuse), l'étirement capsulaire concomitant ayant un effet inhibiteur sur les contractures musculairesA. Indahl et coll., Interaction between the porcine lumbar intervertebral disc, zygapophysial joints, and paraspinal muscles, Spine 22, 1997 : 2834-2840. ; il y aurait pour certains réintégration d'un méniscoïde incarcéré lors d'un mouvement de flexion-extensionN. Bogduk, Anatomie clinique du rachis lombal et sacré, Elsevier, 2005, ; cette action doit se faire cette fois-ci du côté de la douleur : pour une lombalgie droite sera donc effectuée une rotation droite du plan scapulaire (à condition que cette direction ne soit pas douloureuse). Un étirement ligamentaire : mise en évidence d'une réponse électromyographique du multifidus lors de l'étirement du ligament interépineux (réflexe ligamento-musculaire)M. Solomonow et coll, The ligamentomuscular stabilizing system of the spine, Spine 23, 1998 : 2552-2562. Une baisse de la pression intra-discaleJY. Maigne, F. Guillon, Effet des manipulations sur le segment mobile lombaire. Réflexions sur leur mode d'action, Rev Med Orthop , 1993, .. Une action non spécifique sur la douleur : activation du système descendant d'inhibition de la douleur (dont l'origine se situe dans la substance grise péri-aqueducale), par l'effet de la contre-stimulation qu'entraine l'étirement brusque des structures innervées. Un effet placebo : il ne peut être nié, de par la représentation mentale de la vertèbre remise en place appuyée par le bruit de craquement, ainsi que par la rencontre d'un thérapeute rassurant réparateur de l'angoisse et de la douleur.
Classification des manipulations
Deux types de manipulations peuvent être différenciéesJF. Salmochi, La tenségrité : une nouvelle compréhension du mode d'action des manipulations vertébrale, Rés Eur Rachis , août 2006, : Les manipulations axiales, où la pulsion est longitudinale (décoaptation), plus globale, avec action préférentielle sur les tensions réflexes des muscles paravertébraux. Les manipulations en rotation et latéro-flexion, où la pulsion est perpendiculaire à l'axe vertébral, avec une action plus segmentaire.
Les techniques fondamentales Techniques lombaires en rotation : se font en décubitus latéral, soit en lordose (action plus spécifique sur la charnière lombo-sacrée ou sur l'articulation sacro-iliaque), soit en cyphose (action de T12 à L4)R. Maigne, Diagnostic et traitement des douleurs communes d'origine rachidienne, Expansion Scientifique Française, 1989M. Coqueron, V. Chevalier, J. Marthan, P. Vautravers, Techniques manipulatives du rachis et des articulations périphériques, Encycl Med Chir, Elsevier, Kinésithérapie-Medecine physique-Réadaptation, 26-084-A-10, 2001, 9 p.. Technique pour la jonction thoraco-lombaire en rotation : à cheval en bout de table (action de T10 à L2). Technique pour le rachis thoracique et lombaire en décoaptation : en position assise, par appui épigastrique avec interposition d'une cale (action de T3 à L3). Technique pour le rachis thoracique en décubitus dorsal : avec appui épigastrique et contre-appui manuel (technique dite en déroulé). Technique pour la jonction cervico-thoracique en latéro-flexion C7-T1 : en position assise (récamier) ou en décubitus latéral (mandoline). Technique pour le rachis cervical en rotation (action de C2 à C6). Technique pour le rachis cervical en décoaptation (action de C0 à C3), en décubitus dorsal ou assis.
Les indications des manipulations vertébrales