thumb|La place des Tilleuls, avec au fond le stade Michel Hidalgo, et à gauche la Renaissance. thumb|Monument de la dernière coulée provenant des laminoirs de la SMN devant l'école des Tilleuls Le Plateau est un quartier à cheval sur trois communes (Colombelles, Giberville, Mondeville) de la banlieue est de Caen, en France. Cette ancienne cité ouvrière a été créée au début du par la Société métallurgique de Normandie (SMN) pour loger ses employés. L'ensemble fut doté également de différents équipements : une école primaire, deux centres de formation professionnelle, un stade, une église, un centre culturel, une coopérative, des bains-douches, un centre médical. Une autre cité ouvrière plus petite a également été construite vers 1920 de l'autre côté de l'usine près du bourg de Colombelles ; c'est la Cité du Calvaire à proximité de laquelle se trouve l'église orthodoxe Saint-Serge édifiée en 1926 par les employés de l'usine avec l'aide financière de la SMN.
Le secteur fut sévèrement touché par les bombardements de 1944 et reconstruit à l'identique.
L'usine a fermé et le quartier est devenu résidentiel.
Histoire
Contexte En 1917, lorsqu'elle allume son premier haut-fourneau sur le site industriel, l'usine est isolée sur le plateau qui constitue la partie haute de Colombelles et se trouve couverte de bois. Les communes avoisinantes ne peuvent offrir à la SMN une main d'œuvre suffisante tant en nombre qu'en qualité professionnelle pour produire de l'acier en grande quantité. Dès lors, elle fait appel dans un premier temps à des ouvriers d'autres pays qu'elle tente de fixer sur place en construisant une cité-jardin à proximité immédiate de l'usine.
Genèse du projet (1912-1920) vignette|Plan du Parc de Clopée et de la Cité-jardin d'Alexandre Durville, architecte (mai 1913). |gauchePour mettre en œuvre ce projet mûri de longue date, la Société a fait appel dès 1912 à Georges Hottenger, un théoricien du paternalisme social. Il conseille à la direction de veiller à doter le quartier d'équipements culturels et de loisirs .
Le , afin de mener à bien son projet immobilier, l'entreprise constitue une société anonyme : (HEBN), qu'elle contrôle à 99 %. Elle envisage alors de construire de 1 500 à 2 000 maisons pour les ouvriers de l'usine.
En , l'architecte de la société, Alexandre Durville, établit deux plans : celui du destiné à accueillir les villas des ingénieurs et celui de la dévolue aux contremaitres et ouvriers. De cette proposition initiale sera retenue l'idée d'un qui sera beaucoup plus marqué dans le projet redéfini en , où les deux cités apparaissent bien séparées.
En 1918, la première partie du programme est presque entièrement réalisée mais la seconde partie concernant les ouvriers n'est que très partiellement engagée avec la réalisation d'une première cité d'une vingtaine de maisons à Colombelles, la , puis la construction, à titre d'essai, de quelques maisons ouvrières sur l'emplacement de l'actuel quartier Charlotte Corday à Mondeville. Y est expérimenté .
Jusqu'en 1920, les ouvriers français sont logés dans Caen ou Mondeville s'ils sont mariés, dans des baraquements sur le site de l'usine s'ils sont célibataires, et les ouvriers étrangers le sont dans des campements. Quatre de ces cantonnements sont situés du côté de la route de Cabourg : l'ancien camp des prisonniers de guerre allemands ainsi réaffecté, deux dont l'un est en fait occupé par des Russes et un camp kabyle, appelé aussi . Un cinquième camp est dévolu aux Russes dans le bas de Colombelles, là où sera édifiée en 1926 l'église orthodoxe Saint-Serge. Le recensement de Colombelles de 1921 compte 206 habitants célibataires dans le camp chinoishttps://archives.calvados.fr/ark:/52329/tvb5462l9njw/6f06bf24-e871-45a3-8399-36a0a7d568a4.
Plan d'ensemble du site (décembre 1913). |bordure|centré|733x733px
La cité ouvrière (1921-1939) Mise en œuvre à partir de 1921 avec l'édification d'une école d'apprentissage dès 1923, la construction de la cité réussit après guerre à attirer une main-d'œuvre locale qui s'était montrée au tout début réfractaire au travail en usine. Rapidement se constitue un quartier où se concentrent les ouvriers et leur famille dans un espace géographiquement coupé des trois communes de Colombelles, Giberville et Mondeville , un quartier fermé : le Plateau. Sont successivement construites la (1921), la (1925), la et la (1926). Le camp chinois puis russe laisse la place à la dès 1921. Le camp kabyle est transformé en cantonnement pour les ouvriers célibataires.
Construits pratiquement dès l'origine, les équipements culturels et de loisirs sont gérés à partir de 1945 par le comité d'entreprise de l'usine et ne trouvent leur indépendance qu'après 1967-68. Ils accueillent les fêtes collectives : banquets, cérémonies de remise des médailles du travail, arbres de Noël mais aussi fête du 14 Juillet, fêtes religieuses et fêtes sportives. Des lieux de promenade sont aménagés le long de l'Orne au parc Legonidec et dans le grand bois des sapins du site. Des équipements sportifs sont construits à partir de 1933, année de création de l'Union sportive normande : cinq terrains de foot dont un pour les rencontres et quatre pour l'entrainement ; deux terrains de basket ; un court de tennis ; un gymnase et une tribune.
Dès les années 1920, la cité est dotée d'équipements commerciaux permettant d'assurer son autonomie : la coopérative y joue un rôle éminent. En complément, des commerçants ambulants y assurent des tournées régulières. L'eau et l'électricité sont fournies par la Société qui a construit par ailleurs des bains-douches permettant une toilette hebdomadaire. Jusqu'en 1967, l'école jusqu'au certificat d'études, l'école d'apprentissage pour les garçons et l'école ménagère pour les filles sont .
Le quartier est hiérarchisé, de la hiérarchie de travail de l'usine. En surplomb et face à l'usine, les Grands Bureaux, achevés en 1913, .
Pendant l'occupation allemande (1940-1944) La Basse-Normandie est occupée par les Allemands dès . Le Plateau et son usine constituent un enjeu pour l'envahisseur qui va les occuper pendant quatre années. Les locaux de l'école sont réquisitionnés et les élèves sont scolarisés en alternance à mi-temps, matin et après-midi. L'école ferme en lorsque les Allemands organisent leur défense derrière le préau. En , les cheminées de l'usine, qui servaient d'observatoire à l'occupant deviennent des points de repère pour les bombardiers de la Royal Air Force. Pendant les bombardements alliés, les soldats qui desservent les canons se réfugient avec les habitants dans les tranchées creusées sur le site, dans les caves des maisons et lors des plus fortes alertes, dans les abris des Roches. Un mois après le Débarquement, la cité est évacuée. Le retour sur le Plateau s'amorce le . La cité est détruite à 80 %. Le bilan dressé à cette date fait état de de bombes et de . Le Plateau pleure : civils tués sous les bombardements ou résistants fusillés ou morts au combat pour libérer Caen. Une stèle leur rendant hommage est inaugurée le sur la place de l'église.
Reconstruction (1944-1956) Après les nécessaires opérations de déminage du site, le Plateau est reconstruit à l'identique et reste donc pavillonnaire. Il retrouve sa physionomie en 1952. Sa forme urbaine, de plan orthogonal, n'est pas remise en cause et le tracé des rues n'est pas sensiblement modifié. Sur les que compte la cité, 364 sont entièrement reconstruits.
Fin 1945, le Plateau accueille dont les logements, redevenus habitables, sont ravitaillés en eau par un château d'eau installé provisoirement sur les toits des Grands Bureaux.
Le Plateau est doté en 1946 d'un édifice de culte catholique : la chapelle Notre-Dame-des-Travailleurs. Edifié à l'intersection des trois communes mais sur le territoire de Mondeville, le bâtiment est entièrement construit par les ouvriers catholiques du Plateau sur un terrain mis à disposition par l'usine et avec des matériaux qu'elle a fournis gracieusement.
L'effort de reconstruction se poursuit avec logements de disponibles en .
En 1956, avec logements, la reconstruction est pratiquement achevée (à 94%).
Des années 1960 à la fermeture de l'usine en 1993 Après la Reconstruction, le Plateau ne connaît pas de nouvelles constructions. Pour faire face à l'accroissement des demandes de logement lors des embellies économiques de 1962 puis de 1974, la direction de l'usine choisit de co-financer des lotissements à proximité immédiate, tels le Foyer normand à Colombelles ou la Société des HLM. Elle encourage par ailleurs et depuis 1955 l'accession des ouvriers à la propriété avec des prêts spécifiques.
En 1972, la SMN transfère tout son patrimoine immobilier à la société HEBN, à charge pour elle de le moderniser. Le plan de modernisation défini en 1974 prévoit notamment la transformation de l'arrière cuisine en salle de bains, avec douche et toilettes.
Les différentes formes d'habitat
Le quartier est composé de trois grands secteurs. Selon leur rang dans la hiérarchie sociale, les employés recevaient une maison en conséquence.
Le quartier des villas se situe le long du coteau boisé à proximité de la route de Cabourg. Ce sont des demeures de style néo-normand, entourées par de grands jardins et qui bénéficient d'une belle vue sur la campagne environnant Caen. On peut inclure dans ce type d'habitat la maison du directeur, vaste demeure de , comportant 11 pièces, entourée d'un parc arboré de 3ha ; en 1988, elle a été transformée en maison de retraite, la Feuilleraie, aujourd'hui fermée. Proches des Grands Bureaux et donc du pouvoir, s'élèvent d'abord les villas des ingénieurs divisionnaires, ordonnées autour d'un square, puis les chalets des autres ingénieurs, avec une surface habitable de et comprenant sept pièces, dont une salle de bain et un salon.
Les maisons des contremaitres se trouvent autour de la rue Centrale et de la Grande rue. Elles se présentent comme des séries de maisons jumelées par deux et entourées de petits jardins. Certaines étaient également dotées de balcons : elles étaient composées de quatre logements, deux en bas et deux à l’étage avec balcon. (par exemple : rue des balcons). Ces maisons sont construites en pierre de Caen. Les contremaitres disposaient de et de quatre pièces. Ces maisons .
L'habitat ouvrier à proprement parler se situe vers la rue du Bois ou dans la Cité des Roches. Il s'agit de séries de maisons accolées les unes aux autres, en barres sur le territoire de Mondeville, avec un jardin sur le devant sur le territoire de Colombelles. Ces maisons sont beaucoup plus petites : selon la taille de la famille, elles vont de (trois pièces) à (quatre pièces).
Les équipements
La plupart des équipements se concentrent dans le secteur de la place des Tilleuls à proximité de la route de Cabourg.
La Renaissance, ancien cinéma-théâtre. Détruite pendant la bataille de Normandie, elle rouvrit en 1949. Depuis 2005, c'est une salle de spectacle de 430 places. consacrée à la musique, au théâtre et à la danse. L’Orchestre régional de Normandiel’Orchestre régional de Basse-Normandie en est le partenaire artistique privilégié.
L'Hôtellerie. Construite en 1913 pour contenir un restaurant et des chambres pour célibataire. Ce bâtiment de style néo-normand accueille actuellement l'Orchestre Régional de Normandie.
La bibliothèque. Ouverte en 1952 sous le nom de Bibliothèque de l'Amicale du Personnel, elle déménagea en dans ses locaux actuels, auparavant annexe de l'Hôtellerie. En 1969, elle devint la Bibliothèque du Comité d'Entreprise de la SMN. En 1988, la SMN décida de se séparer de plusieurs équipements du Plateau ; la bibliothèque fut alors reprise en coopération avec la mairie de Mondeville en 1988. L'usine ayant fermé, la municipalité gère désormais seule cet équipement culturel.
L'école. Groupe scolaire construit en 1929.