Cet article décrit l'histoire du Yémen.
Préhistoire
Les premières traces de présence humaine semblent remonter à av. J.-C., comme l'atteste le site de Hadramaout dans le Wadi Dowan (l'est du pays). On a également découvert plusieurs sites rupestres à Saada datant de près de av. J.-C., comportant également de nombreux outillages de pierres néolithiques dans le désert du Rub al-Khali (nord-est du Yémen). Enfin, les préhistoriens pensent que la domestication du bétail s'est faite à la même époque, comme l'attestent les traces découvertes dans le Khawlan (nord-ouest du Yémen).
L'âge du bronze semble s'étendre de à av. J.-C., car les archéologues ont retrouvé des idoles en bronze sur des sites de petits villages pratiquant déjà l'agriculture irriguée. Durant cette époque, des populations sémitiques (Sémites) achèvent leur longue immigration. Ainsi, le Yémen vit le développement de ce qu'on appelle la culture de Sabr le long du littoral.
Antiquité
Selon les spécialistes, le premier véritable royaume du Yémen est le royaume sabéen de Marib, qui apparaît vers 1500 av. J.-C. L'épisode biblique de la visite de la reine de Saba à Jérusalem, où elle rencontre le roi Salomon (fin ), montrerait sa puissance. Mais l'identification du royaume de Saba à celui de Sheba n'est pas certaine, puisque la première mention réelle de celui-ci provient d'inscriptions assyriennes datant de 750 av. J.-C. Entre le et le , les premières inscriptions monumentales apparaissent dans les cités littorales. Celles-ci connaissent vers 750 av. J.-C. un essor architectural remarquable fondé sur la pierre. Une bonne corrélation existe entre cette évolution, qui pourrait indiquer un pouvoir central organisé, et l'apparition dans les inscriptions du titre de « mukarrib » ("unificateur").
Royaume sabéen historique
thumb|Ruines du temple de Mahram Bilqis près de Marib
Les premiers jalons historiques avérés de ce royaume datent de 716 av. J.-C., lorsque le mukkarib Yâthiamar, roi de Saba, paie un tribut au roi d'Assyrie Sargon II. Le mukkarib finance le creusement à la même époque d'une prise d'eau dans le rocher de la rive sud du wadi Dahana. Actuellement intégrée dans l'écluse méridionale de la digue de Marib, cette prise d'eau constitue peut-être le premier élément d'un barrage, ce qui en ferait le premier barrage connu construit au monde.
Cependant des forces centrifuges semblent menacer l'unité du royaume, puisque vers 700 av. J.-C., Karib'il Watar , fils de Dhamar'alî, lance deux campagnes contre la ville de Nashan pour réduire des velléités d'indépendance. Il demande de l'aide aux cités d'Haram et de Dekaminahû. Puis, de 689 à 681 av. J.-C., après avoir détruit le royaume d'Awsân, Karib'il Watar fonde l'empire sabéen, avec pour capitale Maryab (ou Marib). Il s'agit du premier État yéménite unifié réellement attesté.
Ce royaume subit une attaque d'Hadramaout, qui établit une brève domination au milieu du sous deux rois étrangers qui siègent sur le trône de Marib. Ils ont à faire aussi face à la pénétration d'une nouvelle tribu étrangère (d'origine arabe ?), celle de Ma'în, qui s'installe à Qarnaw(u), et fonde un nouveau royaume concurrent. Elle domine les villes de Yathill (Barâqish) et Nashan (As-Sawdâ). Toutefois, ce royaume très commerçant reconnaît la suzeraineté du royaume de Saba et en devient semble-t-il le vassal.
Liste des rois de Saba et Himyar
Ère de Qataban
thumb|Lion de bronze chevauché par un enfant. Sculpture de l'ère Qataban vers 75-50
Cet âge de prospérité semble se terminer au avec une violente période de guerre et d'instabilité. Les royaumes sudarabiques de Saba, Qataban, Maïn et Hadramaout luttent les uns contre les autres pour asseoir leurs dominations sur la région, et provoquent un abandon massif des sites de Kuhâl, Arârat, Kutal, Inabba, ce qui prouve l'importance de cette lutte violente. Finalement, le royaume Qataban l'emporte et fonde une hégémonie, qui dure de 500 à 110 avant notre ère.
Durant l'ère Qataban, période d'apogée artistique pour le Yémen, une nouvelle monnaie est fabriquée au milieu du , ce qui tend à montrer la vitalité des échanges commerciaux caravaniers entre le Yémen et l'ensemble de la péninsule arabique. Mais la puissance de Qataban doit composer avec les autres royaumes certes assujettis mais relativement autonomes, et qui entretiennent des relations complexes entre eux. Cela limite leur efficacité face à des périls extérieurs. Ainsi, vers -200, le royaume de Haram est détruit par l'invasion de plusieurs tribus arabes, notamment celle d'Amîr. Ces tribus, rapidement soumises sous la tutelle sabéenne, introduisent et imposent de nouveaux cultes, comme le montre le temple principal de Haram dans lequel le culte de Matabnatiyân est remplacé par celui de Halfân, divinité des nouveaux venus.
Finalement, au , s'unifient réellement les royaumes yéménites, sous la domination de Saba. Bien qu'incapable d'empêcher l'intrusion de nouvelles tribus arabes dans le Jawf, Saba impose peu à peu son pouvoir. Avec la disparition en -120 du royaume de Ma'in, l'ensemble du Jawf est sous le contrôle de Saba. L'aristocratie sabéenne s'approprie les régions de Nashan, Nashq et Manhiyat ; le reste est abandonné aux tribus nomades. Qataban sombre et éclate avec la sécession de Himyar en -110, qui le supplante et met fin à son hégémonie.
Hégémonie d'Hadramaout thumb|Situation à la suite de l'affaiblissement d'Hadramaout vers 100 La chute de Qataban entraîne de nombreux bouleversements importants, dont la destruction de nombreux sites majeurs, comme celle de Raybun au Hadramaout, mais aussi l'éclosion du petit royaume d'Awsan.
Finalement, une nouvelle ère de prospérité commerciale et caravanière s'ouvre, grâce à deux facteurs majeurs : l'expansion croissante de l'Empire romain qui, avec la prise de l'Égypte et de l'Asie Mineure, offre un débouché commercial gigantesque, et, d'autre part, le développement de la Chine et de l'Inde. De fait, le Yémen se découvre une place de carrefour central majeure qui dynamise ses villes. Cela explique la tentative avortée de Rome de mettre sous tutelle cette région en lançant en -26 une expédition dirigée par Lucius Aelius Gallus, qui occupe un temps Nashan et Yathill.
Dès lors, le royaume d'Hadramaout se lance dans une politique hégémonique, au début du , sous le règne de Yashurîl Yuharish, qui étend son pouvoir désormais jusqu'au Zafâr omanais. Devant sa puissance, les petits royaumes encore indépendants s'unissent, à l'instar de Himyar et de Zafâr. Cette hégémonie se fait dans une certaine violence, avec des destructions dans le Jawf : seuls Nashan, Nashq et Manhiyat sont encore habités de manière permanente. De plus, Himyar se lance dans une politique de colonisation, en fondant en Érythrée des colonies sur la côte vers 45 qui ne subsistent guère.
Le premier signe d'affaiblissement d'Hadramaout semble apparaître en 74 avec la fondation de la principauté de Radmân, suivi vers 100 de la restauration du Royaume de Saba. Les conflits sont violents, d'autres sites sont abandonnés comme Haram et Kaminahû.
Mais Hadramaout reprend son contrôle en détruisant définitivement en 175 le Qataban. Seul Himyar semble avoir été suffisamment puissant pour contrer son hégémonie. Sous le règne d'Ilî'azz Yalut, Hadramaout connaît son apogée politique et culturel.
Ensuite, c'est un long déclin : en 230, le roi de Saba Sha'r Awtar rompt son alliance avec le Hadramaout, et s'empare de Chabwa et de Qâni, puis lance les premières expéditions contre les Arabes du désert. Mais le retour en force de Saba est éphémère, et brisé définitivement par les rois himyarites Yâsir Yuhan'm et son fils Shammir Yuharish qui annexent Saba. Ensuite, l'Hadramaout ne peut empêcher l'Abyssinie d'occuper de 200 à 275 les côtes du Yémen occidental autour de Najran. Enfin, le conflit inévitable d'Hadramaout contre la puissance montante d'Himyar voit l'anéantissement du premier. Le souverain himyarite, Shammir Yuharish, conquérant l'Hadramaout, unifie pour la première fois la totalité de l'Arabie méridionale, formant ainsi l'Empire himyarite au début du .
Une partie de l'économie régionale de l'époque peut se lire dans les différentes cartes : Le Périple de la mer Érythrée, Table de Peutinger.
Yémen préislamique vignette|Buste de , roi de Saba et Himyar en 135-175. thumb|Royaumes yéménites vers 230 thumb| Proche-Orient vers 565.
L'Empire himyarite inaugure la grande période faste du Yémen préislamique tant du point de vue de l'étendue du territoire, recouvrant une grande partie du sud de la péninsule d'Arabie, que culturel ou commercial.
Économiquement, il est certain que les échanges se poursuivent même s'il y a de sévères revers. En effet, au , le monnayage sud-arabique cesse. Pire, le système d'agriculture irriguée pluriséculaire qui permettait de stopper la désertification croissante de la région tend à être moins bien entretenu : la première rupture de la digue de Marib eut lieu sous le règne de Tharan Yuhanim en 360 ; la seconde en janvier 456 sous le règne de Sharahbi'îl Ya'far, fils d'Abîkarib As'ad. Mais les contacts diplomatiques et commerciaux avec Rome se multiplient comme l'ambassade de 339-344 de Théophile envoyé par l'empereur romain Constance II.
Politiquement, l'Empire s'étend de 440 à 450 avec les expéditions d'Abîkarib As'ad, fils de Malkîkarib Yuhanim, et son fils Hassân Yuhanim qui étendent le pouvoir de Himyar sur l'Arabie centrale. Pour mieux assurer leur contrôle, ils y fondent une principauté confiée à Hujr, prince kindite.
La question religieuse montre combien le Yémen fut le théâtre de multiples influences. D'abord, en 380, Abîkarib As'ad et ses corégents se convertissent au judaïsme. Cette première révolution met un terme définitif au polythéisme ancestral ; les grands temples sont non seulement abandonnés mais détruits. Puis, peu à peu se diffuse le christianisme qui est vu comme une secte et combattu comme tel. Ainsi, vers 470 a lieu le martyre d'Azqir sous le règne de Sharahbi'îl Ya'far. Une lutte religieuse éclate entre chrétiens et juifs sur fond de guerre civile. Dès 519, le roi d'Éthiopie Caleb Ella Asbeha soutient activement le coup d'État du chrétien Madîkarib Yafur sur le trône. En juin 522, il sera exécuté par le monarque juif Yusuf As'ar Dhū Nuwas qui s'empresse d'asseoir son pouvoir en lançant une grande persécution des chrétiens dont le comble se situe en novembre 523 avec le martyre de saint Aréthas à Najrân.
Le voit donc se développer des troubles religieux d'importance mais aussi un déclin politique de l'Empire. Déjà, dès 500, les sites de Nashan, Nashq et Manhiyat sont peu à peu abandonnés, signes d'un déclin manifeste. Puis, le chrétien Madîkarib Yafur doit lancer une expédition punitive en Arabie centrale pour châtier la révolte en juin 521 du Kindite juif Al-Hârith qui refusait de reconnaître son usurpation. Avec le roi juif Yusuf As'ar Dhu Nuwas, c'est Najrân qui refuse de se soumettre en juillet 523. Enfin, l'Empire demeure impuissant à contrer la grande invasion par les Abyssins mandatés par le Basileus en 525. Le roi Yusuf se suicide.
Le christianisme s'implante ainsi grâce aux forces étrangères, balayant les derniers foyers judaïques forcés à se convertir ou à partir. Le roi Sumûyafa Ashwa est intronisé. Les troubles poussent ce dernier à fortifier dès 531 Qâni (Bir-Ali) mais il est renversé en 535 par le chef du corps expéditionnaire abyssin toujours présent, Abraha, qui transfère la capitale de Zafâr à Sanaa.
Le règne d'Abraha semble marquer une pause dans le long déclin de l'Empire, très éprouvé par la guerre civile et religieuse.
L'occupation abyssine n'est cependant pas bien acceptée. Ainsi, en 570, un prince juif yéménite, Sayf Ibn Dhi-Yaz'an, fait appel aux Perses pour chasser les Abyssins, ce qui entraîne l'invasion perse sassanide du pays, qui renverse le roi abyssin Masrûq.